A la une 08/11/2010 à 15h24

10 000 kms avec un iPhone pour vanter les réseaux sociaux

Stéphanie Biju | Journaliste


Wijnand Boon (Stéphanie Biju).

Internet ? Trop anonyme, trop superficiel, en partie responsable d’un individualisme grandissant, selon la reine Beatrix des Pays-Bas. Wijnand Boon, sujet insubordonné, a décidé de prendre son bâton de pèlerin pour lui prouver le contraire, en cherchant gîte et couvert via les réseaux sociaux.

« Hi. I am a freelance journalist and singer-songwriter from the Netherlands and I am traveling by foot. The first goal on my journey is Saint-Jacques-de-Compostelle after which I hope to walk on to Rome and Jerusalem. It is not a religious pilgrimage, but a social media project. Is your couch available on Friday ?

[Salut. Je suis un journaliste freelance et un auteur-compositeur-interprète des Pays-Bas qui voyage à pied. La première étape de mon voyage est Saint-Jacques-de-Compostelle, après quoi j’espère marcher jusqu’à Rome et Jérusalem. Ce n’est pas un pèlerinage religieux, mais un projet sur les médias sociaux. Votre canapé est-il libre vendredi ? ] »


Le parcours de Wijnand Boon (capture d’écran du site TwalkWithMe de Wijnand Boon).

Le message est envoyé par Wijnand Boon. Ce Hollandais de 33 ans cherche alors un toit entre Chartres et Tours, par le biais du site CouchSurfing.org, réseau mondial qui met en relation voyageurs et hébergeurs. Couchsurfing mais aussi Facebook, Twitter, Lindekln... autant de médias sociaux à l’aide desquels Wijnand Boon entend accomplir, dans la foulée, les trois principaux pèlerinages chrétiens.

« Toujours quelqu’un qui connaît quelqu’un »

Parti le 11 septembre de Leiden au Pays-Bas avec son iPhone et sa guitare, ce pèlerin des temps modernes s’est donné une mission : convaincre les plus sceptiques que non, les internautes utilisateurs de ces réseaux ne sont pas (seulement) des asociaux cachés derrière leurs écrans.

Au contraire, il fait le pari qu’ils peuvent même être les maillons d’une grande chaîne de solidarité qui le mènera jusqu’à Jérusalem :

« Mon plan est d’entrer en contact avec des gens sur ma route en me connectant avec eux à travers les médias sociaux. Je leur demande un repas et un lit pour une nuit... Il y a toujours quelqu’un qui connaît quelqu’un qui connaît quelqu’un et Facebook, Twitter peuvent aider à relier ces points. »

Il est un inconnu qui n’a rien à donner et sait que c’est beaucoup demander. Mais à défaut de croire en un Dieu, il a foi en son projet.

« Tous ceux qui utilisent les médias sociaux savent qu’il y a régulièrement des cas d’entraide sur les sites. »

« Les médias sociaux ont mauvaise réputation aux Pays-Bas »

N’en déplaise d’ailleurs à la reine Béatrix des Pays-Bas.

« L’an dernier, dans son discours de Noël, la reine a déploré le caractère trop individualiste de la société moderne et la perte de notre sens de la communauté ; elle a aussi affirmé que les rencontres virtuelles sur Internet augmentent la distance entre les gens au lieu de les rapprocher. »

Méconnaissance et absence d’analyse approfondie, n’a pas hésité à lui écrire Wijnand.

« Je ne sais pas comment c’est ailleurs, mais Internet et les médias sociaux ont vraiment mauvaise réputation aux Pays-Bas.

Pour les politiques, les représentants d’une certaine génération qui ne l’utilisent pas, c’est un média qu’ils ne peuvent pas contrôler. Ils jouent donc sur la peur. L’accent est porté sur le téléchargement illégal, la dépendance au jeu, la pédophilie... Pour moi, c’est surtout une grande invention. »

Wijnand Boon a trouvé dans le discours de la reine Béatrix un sens à donner au voyage au long cours qu’il avait envie de faire depuis plusieurs années. Et puisque la reine a évoqué l’esprit de solidarité, donné l’exemple de Jésus et Marie hébergés dans une étable, il a opté pour les pèlerinages chrétiens dont la réussite repose sur la notion d’hospitalité et de partage. Son iPhone comme étoile du berger.

« J’ai été hébergé chez un pédiatre, un charpentier... »

Wijnand Boon est en France depuis le 28 septembre. Il se trouve actuellement dans les environs de Tours. Guidé par Facebook et Twitter dans son pays et en Belgique, dans nos frontières, il trouve surtout refuge chez des « couchsurfeurs » [internautes qui lui prêtent son canapé, ndlr] ou amis de couchsurfeurs.

« J’ai été hébergé chez un pédiatre, un charpentier, un professeur de technique, le guide de la cathédrale d’Amiens... »

En échange du gîte et du couvert, il n’hésite pas à prendre sa guitare. Ses reprises de Bob Dylan, Pink Floyd ou Song for K., la première chanson inspirée par son pèlerinage, ponctuent en toute convivialité les repas partagés.

Tours, Poitiers, Angoulême, Bayonne... A raison de 25 à 30 kms par jour, Wijnand Boon pense arriver fin novembre à Saint-Jean-Pied-de-Port. Il repassera en France, au printemps, le long de la côte méditerranéenne cette fois, direction l’Italie.

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  • ecor1
    ecor1
    sur le fil
    • Posté à 15h41 le 08/11/2010
    • Internaute 25388
      sur le fil

    Il « s’est donné une mission : convaincre les plus sceptiques que non, les internautes utilisateurs de ces réseaux ne sont pas (seulement) des asociaux cachés derrière leurs écrans. “

    Ca c’est de la mission...comme on dit, ca va faire bouger les lignes, une fois que le monde sera convaincu que non, les réseaux sociaux ne recèlent pas uniquement des gars qui s’abillent en noir, qui ne bronzent jamais, ont de longs cheuveux sales et se nourissent uniquement de chips et coca.

    Si après ca il y encore des guerres dans le monde, c’est a vous dégouter de l’humanité.

  • Alexander Doria
    Alexander Doria
    wikipédien…
    • Posté à 15h43 le 08/11/2010
    • Internaute 42699
      wikipédien…

    C’est sympa comme usage des social network. Sympa mais un peu inquiétant. Tout-le-monde est tellement connecté que je ne sais pas si un trip intégral à la Jack Kerouac serait encore possible.

    Quand je voyage, j’aime bien être surpris, sympathiser avec des gens dont je ne sais rien, me perdre dans des lieux que je connais pas, me laisser tenter par l’imprévu. A choisir mon logement en fonction Facebook, mon itinéraire en fonction de google maps et mes visites touristiques en fonction de wikipédia, il me semble que je perdrais en magie et en émerveillement.

    Je sais bien que notre époque privilégie les voyages hyper-organisés. Mais n’est-ce pas dans la désorganisation, l’inconnu que naissent les souvenirs les plus riches, les rencontres les plus marquantes ?

  • Iv
    Iv répond à ecor1
    Roboticien utopiste
    • Posté à 15h48 le 08/11/2010
    • Internaute 39192
      Roboticien utopiste

    Je note le ton sarcastique, n’empêche... Si chaque personne sur abonné à un réseau social (facebook n’est pas le seul, couchsurfing en est un autre) avait un contact Afghan, Irakien, Russe, Israélien Palestinien, Chinois (ah non merde c’est censuré chez eux) qui lui montre un peu ce qui se passe sur place sans passer par le filtre CNN ou TF1, oui, ça pourrait tout à fait rendre certains conflits impossibles, inexcusables, impardonnables.

    Ça pourrait permettre à de nombreuses personnes de penser plus loin que leur petite tribu, leur petite commune. Ça pourrait faire des relations internationales un vrai thême de campagne élcetorale et, oui, changer pas mal de choses dans le monde.

    C’est pas un combat ridicule que de promouvoir des technologies pour rapprocher des peuples, bien au contraire.

  • Zigpoc
    Zigpoc
    transitoire
    • Posté à 15h53 le 08/11/2010
    • Internaute 104004
      transitoire

    Hier j’étais coincé devant chez moi. Je ne savais pas comment ouvrir la porte de mon appartement.
    Alors j’ai pris mon iphone, et j’ai créé un groupe facebook : comment ouvrir une porte avec une clef. Immédiatement il y a eu plein de membres, des comptes twitter créés pour m’aider à trouver la solution : tourner la clef après l’avoir insérée dans la serrure. Sans ça, je serais probablement mort de froid .

    Alors vous, les pisse-froids et les techno-sceptiques, vous pouvez dire ce que vous voulez à propos les réseaux sociaux, ils m’ont sauvé la vie et ça je ne l’oublierai jamais. Merci Steve, merci Mark, merci la vie.

  • Ratmanoff
    Ratmanoff
    Libre
    • Posté à 15h56 le 08/11/2010
    • Internaute 66920
      Libre

    Bonjour
    je suis moi même inscrit au site couch et d’autres et je dois reconnaître que les gens qui s’invitent sont des sortes de parasites, soit de fauchés soit des riches qui veulent se la jouer prêt du peuple ! je reste donc dubitatif car il est difficile d’effectuer des comparaisons tellement le monde de vie des habitants de chaque pays est différent. En tous états de cause il est évident que le pauvre saura vous accueillir , on ne sait jamais la solidarité peut renvoyer l’ascenseur.
    Thierry

  • Sybylle
    Sybylle
    Autodidacte multilingue
    • Posté à 22h44 le 08/11/2010
    • Internaute 117442
      Autodidacte multilingue

    « Je ne sais pas comment c’est ailleurs, mais Internet et les médias sociaux ont vraiment mauvaise réputation aux Pays-Bas.

    Pour les politiques, les représentants d’une certaine génération qui ne l’utilisent pas, c’est un média qu’ils ne peuvent pas contrôler. Ils jouent donc sur la peur. L’accent est porté sur le téléchargement illégal, la dépendance au jeu, la pédophilie… Pour moi, c’est surtout une grande invention. »

    Et bien c’est comme chez nous !
    La peur de la perte de contrôle de l’information inquiète au plus haut point les élites gouvernantes, car chacun est libre de s’exprimer et de commenter toute information, faisant la nique aux différents filtres gouvernementaux préservant les élites politiques, et surtout ceux ayant des choses à se reprocher....

    Vu que leur changement d’argumentation ne sera que politique (à force de trop critiquer, ils vont y perdre des électeurs), tout revirement de ces personnalités est factice. Seule du sang neuf et contemporain permettra de virer ces préjugés.

    Internet est une moyen de communication, au même titre que le téléphone ou le télégraphe... La peur vient de l’ignorance, cette dernière permettant un contrôle accru des individus : « c’est dangereux, mais pour votre bien on s’en occupe ».