A la une 06/11/2010 à 11h14

Guéant et Squarcini n'effraient ni Mediapart, ni Le Canard


Accusés par ces médias de superviser l'espionnage de journalistes, Guéant et Squarcini portent plainte pour diffamation.


« C'est la première fois de ma vie que je porte plainte », a confié Claude Guéant au Journal du Dimanche, qui révèle que le secrétaire général de l'Elysée et le patron du contre-espionnage, Bernard Squarcini, vont porter plainte en diffamation respectivement contre Mediapart et Le Canard enchaîné.

L'hebdomadaire satirique avait publié une bombe ce mercredi en affirmant que Nicolas Sarkozy supervisait personnellement l'espionnage de journalistes par le biais de Squarcini, patron de la DCRI (Direction centrale du renseignement intérieur).

Le lendemain, Mediapart affirmait que Claude Guéant était l'homme qui organisait la surveillance. Deux de ses journalistes enquêtant sur les affaires Karachi et Bettencourt auraient été « géolocalisés » par les services français lors de leurs déplacements pour rencontrer leurs informateurs.

Claude Guéant a rencontré son avocat vendredi soir, selon Le JDD, qui le cite :

« On ne peut pas laisser dire n'importe quoi, il y a des limites à tout. Et puis il y a tellement de journalistes disant du mal du Président, je le déplore, que cette tâche que l'on m'impute serait gigantesque ! Tout cela est absurde. »

Une tentative de diversion selon Squarcini

De la même façon, Bernard Squarcini, patron de la DCRI, bouillonne. Accusé d'être au cœur du cabinet noir de l'Elysée, il attaque sur un autre front et y voit une tentative de diversion :

« On tente de déstabiliser la boutique à un moment où la menace terroriste n'a jamais été aussi forte. »


Bernard Squarcini à l'Elysée, le 21 novembre 2008 (Philippe Wojazer/Reuters).

Se posant en patron solide d'une maison attaquée, l'homme insiste sur le fait que son « seul vrai métier » est de déjouer les complots terroristes.

Accompagné de son supérieur, le directeur général de la police nationale (DGPN) Frédéric Péchenard, il a fait l'objet d'une audition à huis clos, jeudi, par la délégation parlementaire au renseignement.

Le Canard devra donc se défendre devant la justice des accusations qu'il a publiées. L'article qui a mis le feu aux poudres est signé Claude Angeli, le rédacteur en chef de l'hebdomadaire, qui cite des sources anonymes au sein de la DCRI et dit avoir les preuves de ce qu'il affirme.

On peut se demander pourquoi la décision a été prise, au Palais, de porter plainte. En effet jeudi, l'Elysée, joint par Le Point.fr, qualifiait l'article du Canard de « farfelu » :

« Le Canard enchaîné n'est pas le Washington Post ou le New York Times. Claude Angeli n'est ni Bob Woodward ni Carl Bernstein. [...] Pour autant, nous n'attaquerons pas Le Canard enchaîné en diffamation, comme il est de tradition. »

Pour Le Canard, des plaintes téléguidées par Sarkozy

Selon Louis-Marie Horeau, rédacteur en chef adjoint du Canard enchaîné, en charge notamment du contentieux, Le Canard attend sur ses deux pattes que la plainte de Squarcini lui soit notifiée :

« Il arrive très souvent que des personnalités s'estimant malmenée par le journal clament haut et fort qu'ils vont régler l'affront devant la justice, et qu'ils ne le fassent jamais. Ou se désistent au moment de l'audience. »

Le Canard est confronté à une demi-douzaine de procès par an, le dernier perdu remonte à plus de cinq ans. Il s'agissait d'une erreur sur le nom du policier impliqué dans une affaire bien réelle, selon leur avocat Me Antoine Comte (également avocat de Rue89) :

« Nous nous défendons comme des chiens, chaque procédure est longuement travaillée, nous venons avec des témoins, des offres de preuves. Les magistrats le savent et, au fil des années, cela a découragé des adversaires de nous attaquer. »

Il ne fait aucun doute pour Le Canard que les procédures révélées par Le JDD servent de cache-sexes au président de la République. Valéry Giscard d'Estaing, à l'époque des diamants de Bokassa, avait agi de même laissant ses cousins, également mis en cause, attaquer l'hebdomadaire.

Mais il faut remonter à la préhistoire pour trouver une contre-attaque aussi directe de l'entourage politique présidentiel : c'est l'affaire dite de « la commode à Foccart » de son prénom Jacques, chargé par de Gaulle à la fois des services secrets et du suivi des élections. En 1969, une commode qui permettait d'enregistrer les autres pièces du palais fut découverte. Jacques Foccart a poursuivi Le Canard qui avait sorti l'histoire.

« Un patron du renseignement qui se renseigne »

La plainte pour diffamation de Bernard Squarcini va l'entraîner « sur des terrains mouvants » selon Horeau :

« Il va falloir qu'il prouve que nous lui imputons un fait qui “porte atteinte à son honneur, à sa considération”. Un patron du renseignement qui se renseigne et qui dit “c'est déshonorant que je me renseigne”, ou “on porte atteinte à ma considération en m'accusant d'obéir aux ordres du président de la République”, nous ne sommes pas terrorisés. »

Edwy Plenel, patron de Mediapart, se dit « ravi » de la plainte de Claude Guéant :

« Oui, dans l'article de Mediapart, on nomme expressément Guéant. Nous avons les preuves qu'il faut. Ce sera une superbe occasion de montrer comment ce gouvernement piétine la liberté de l'information. »

Pas d'intérêt pour les journalistes mais pour les sources

Les soupçons d'espionnage de journalistes ou de leurs sources entretiennent la chronique depuis plusieurs semaines :

  • Rachida Dati est persuadée d'avoir été mise sur écoute pour avoir alimenté en avril des « rumeurs » sur le couple Sarkozy. L'ancienne garde des Sceaux ne portera pas plainte pour éviter de nouveaux ennuis. Elle s'est déjà vue supprimer tous ses avantages.
  • Le Monde a porté plainte contre X pour violation du secret des sources parce que, selon le journal, « les services du contre-espionnage ont été utilisés pour rechercher l'informateur d'un de nos reporters », en l'occurrence David Sénat, conseiller de Michèle Alliot-Marie, muté depuis. Squarcini avait déclaré à ce propos : « Je ne m'intéresse pas aux journalistes mais aux sources lorsqu'elles sont haut placées dans les cabinets ministériels. »
  • Les vols d'ordinateurs se sont multipliés au mois d'octobre : deux concernent des journalistes de Mediapart travaillant sur l'affaire Bettencourt-Woerth, un chez le journaliste du Monde chargé de la même affaire, et un autre au Point, encore en lien avec le même dossier.


Dessin de Baudry

Sophie Verney-Caillat, Blandine Grosjean et Nolwenn Le Blevennec

Mis à jour le 06/11/10 à 12h20. Ajout des précédents soupçons d'espionnage.

► Mis à jour le 06/11/10 à 16h45. Ajout des citations de Louis-Marie Horeau et Edwy Plenel.

Photos et illustration : Claude Guéant à l'Elysée, le 20 octobre 2010 (Philippe Wojazer/Reuters) ; Bernard Squarcini à l'Elysée, le 21 novembre 2008 (Philippe Wojazer/Reuters) ; dessin de Baudry

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  • poingsurlei
    poingsurlei
    bienheureux
    • Posté à 12h09 le 06/11/2010
    • Internaute
      bienheureux

    Bof.... Ca fait près de 100 ans que le Canard survit dans la mare et le limon de la politique française.... Il l'a fait face à un nombre impressionant de gouvernements divers et variés, sans se déculotter et sans baisser les yeux.... et sans pub...
    Donc voyont voir jusqu'où vont aller, dans leurs plaintes respectives, ses pompeux cornichons qui commencent franchement à nous pomper l'air. Ils sont tellement sûr d'eux.

  • emiboot
    emiboot
    frite lance
    • Posté à 12h37 le 06/11/2010
    • Internaute
      frite lance

    Bien joué le canard :
    phase 1 sortir une bombe dont tout le monde se doute et qui agit comme un aimant,
    phase 2 : nos rg - outrés - finissent par porter plainte non pas pour gagner mais pour avoir le nom des contacts
    phase 3 : on sort le dossier complet, et ça éclabousse partout.

    Parce que le « On tente de déstabiliser la boutique à un moment où la menace terroriste n'a jamais été aussi forte. “ ca va quoi. C'est le marronnier. On subit le vigipirate rouge depuis 2005. Que ce soit vrai ou non : ça a moins de portée que la rage de contrôle de l'omniprésident.
    Longue vie à des derniers canards libres !

  • debatbla
    debatbla
    grave mais pas désespérée
    • Posté à 16h04 le 06/11/2010
    • Internaute
      grave mais pas désespérée

    Vous négligez un point d'importance :

    Il s'agit de plaintes avec « Citation directe » !

    Donc tribunal, mais sans passage par la phase instruction !

    C'est là où réside toute l'astuce du château, pour tenter de désamorcer le scandale de possibles révélations qu'entraînerait une enquête ! .

    Un simple procès au civil, réduit à juger seulement, s'il y a eut ou non, diffamation à l'égard des seuls Guéant et Squarcini.

  • Pierre BOREL
    Pierre BOREL
    50% Réac 50% Révolutionnaire
    • Posté à 16h47 le 06/11/2010
    • Internaute
      50% Réac 50% Révolutionnaire

    Excepté « Le Figaro » qui avance avec des oeillères (et qui l'assume) je n'avais encore jamais vu un Gouvernement déclencher une telle hostilité de l'ensemble de la Presse ; Le plus surprenant étant que les critiques les plus dures viennent de publications historiquement peu hostiles au côté droit de l'échiquier politique.

    Certes les « délires » de Marianne et de Médiapart sont parfois plus que limite mais ces deux média sont dans leur rôle avec une rédaction clairement opposée au pouvoir actuel.

    Mais, et je le constate chaque semaine, il y a une radicalisation de la part des publications plus « neutres » : Je prends pour exemple Le Point et l'Express dont la Rédaction n'est pas réputée infiltrée par de dangereux gauchistes ; Et pourtant les articles concernant le Gouvernement et la Présidence sont...sans équivoque.

  • wouahab-
    • Posté à 18h04 le 06/11/2010
  • Caso
    Caso
    Curieux
    • Posté à 18h15 le 06/11/2010
    • Internaute
      Curieux

    Trois remarques :
    - Le petit Journal de Yann Bartes a filmé et diffusé des images de membres des RG en train de les surveiller. Il devrait être facile d'identifier le service qui les a envoyés.
    - Est-ce que cette surveillance est un élément trop concret pour être cité dans un article basé sur des soupçons et des oui dire ?
    - Le canard enchainé a certes été plusieurs fois condamné mais, de mémoire, c'était principalement pour ne pas avoir révélé ses sources ou avoir été en possession de documents protégés. Ces condamnations ne mettaient jamais en cause la qualité du travail des journalistes.

  • tropi
    tropi
    calisé
    • Posté à 18h29 le 06/11/2010
    • Internaute
      calisé

    je compte sur les journalistes pour informer les citoyens des suites de ces plaintes en diffamation.
    ce sera un excellent moyen de mettre en lumière les turpitudes (avérées ou non) de ceux que la majorité a choisi gérer la société
    lecteur du canard depuis plusieurs décennies, j'attends les résultats avec gourmandise

  • Slyos42
    Slyos42
    consultant réseaux et télécoms (...)
    • Posté à 19h06 le 06/11/2010
    • Internaute
      consultant réseaux et télécoms (...)

    Le Canard Enchaîné est réputé pour sa « fiabilité », il ne part jamais sans « biscuit ». Il est tout de même troublant de constater que certains journalistes, comme ceux du Monde, de Mediapart,....voient leurs sources pillées par un vol avéré.
    Un de journaliste du Monde était « suivi » depuis un moment. On dérobe son portable cadenassé à son bureau alors qu'il vient tout juste de déménager de place dans l'immeuble bd Blanqui. Pour un autre, on « dézingue » son ordinateur pour en extraire le disque dur. Idem au Point et à Mediapart. Ah, ça les démange au Château de connaître les personnes qui sont à la source ! Pas de bol, la loi est formelle, elle indique que le journaliste, quoi qu'il arrive se doit de protéger ses sources.
    Arroseur arrosé, bien le bonjour ! Quand on pense que Guéant et Squarcini (deux super flics RG pur jus) font les farots et se lancent dans une procédure de plainte. Tant mieux, au fond ! Peut-être que des magistrats feront correctement leur travail et feront que la vérité (la vraie) soit enfin mise au jour.
    En attendant, amusons-nous à composer un nouveau gouvernement qui, quoi qu'il arrive, sera encore aux ordres.
    Bon week end.
    SLY