A débattre 24/10/2010 à 14h09

Eléments de langage : Rama Yade en flagrant délit de mauvais foi

Benoit Deschodt | Journaliste/Photographe

Parmi les éléments de langages que l’Elysée a distribués à ses ministres pour mener la bataille des retraites dans l’opinion, il en est un qui, repris à qui mieux-mieux par tous les membres du gouvernement, ne manquerait pas de faire hurler de rire si ce n’était sur un sujet aussi grave.

Depuis plusieurs semaines maintenant, on entend dans la bouche des membres du gouvernement que le report de l’âge de la retraite de deux ans n’aurait pas de conséquences sur l’entrée sur le marché du travail des jeunes.

Dernière saillie drolatique en date sur ce terrain aussi vaseux que la plaine du Gange après la mousson, celle de Rama Yade, secrétaire d’Etat à la Jeunesse et au Sport.

Pas plus tard que samedi 23 octobre dans l’émission « On n’est pas couché » de Laurent Ruquier sur France 2, elle expliquait, avec tout le sérieux qu’on lui connaît -le ton grave et professoral- que non, évidemment, le report de l’âge de départ à la retraite ne mettrait pas en concurrence les séniors et les jeunes entrant sur le marché du travail :

« Bien sûr qu’on ne va pas demander à un jeune d’occuper le poste d’un sénior [...]. Ils n’ont pas la même expérience, pas les mêmes qualifications et sans parler du salaire ! Donc non, il est faux de dire que les seniors prennent la place des jeunes. Il faut donc les rassurer sur ce point... »

Pourquoi les jeunes font du bruit

Les voilà rassurés... Evidemment qu’un junior et un sénior ne se bousculeront à un même poste... Il est même probable que les jeunes l’aient compris tous seuls et que, si cet argument pirouette ne les satisfait pas, c’est certainement qu’il y a un truc qui cloche dans cette manière de présenter les choses. Comme un fond de mauvaise foi...

A moins que ce soit une profonde naïveté, ce qui montrerait, de la part d’une secrétaire d’Etat, une incompréhension totale du problème. Pas franchement rassurant, mais laissons le bénéfice du doute...

Car ce que Rama Yade oublie de préciser, c’est que si le salarié de 60 ans doit bosser deux ans de plus, ce sont deux ans pendant lesquels la personne un peu plus jeune qui pouvait prendre sa place, restera à la sienne, et ne permettra pas à une personne plus jeune qu’elle d’occuper son poste, à moins d’un licenciement, auquel cas on ne la remplace pas parce que ça coûte cher...

Et le jeune qui essaie de rentrer dans le monde du travail, hé bien il attend en bas. A la porte. Et c’est pour ça qu’il tambourine et qu’il fait du bruit, le jeune, il aimerait bien qu’on lui ouvre.

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  • adieuoscar
    adieuoscar
    La delation n'est pas un devoir (...)
    • Posté à 16h14 le 25/10/2010
    • Internaute 128044
      La delation n'est pas un devoir (...)

    Tu habites ou exactement ? Sur la lune ? Sur l’ile d’Arros ?

  • oestler
    oestler
    ouvrier
    • Posté à 07h54 le 26/10/2010
    • Internaute 131015
      ouvrier

    C’est pire que çà , le « vieux travailleur » , on lui dit qu’il ne tient pas la cadence , il coûte cher , on fait tout pour le virer (y a plein de méthode) , on prend un jeune en stage...et comme çà, y a pas d’emploi pour les deux.

  • Boutauvent
    Boutauvent
    Testeur de temps libre
    • Posté à 13h07 le 26/10/2010
    • Internaute 45018
      Testeur de temps libre

    C’est également admettre implicitement qu’à l’image de l’état, l’entreprise privée n’a pas l’intention de compenser un départ à la retraite par une embauche, ayant misé depuis longtemps sur les délocalisations, les robotisations... et cette merveilleuse innovation constituée par les « auto-entrepreneurs » qui vont devenir des sous-traitants corvéables à merci (et à leurs dépens) en échappant totalement à toute forme de convention collective.
    De la précarité « conjoncturelle », nous nous dirigeons à grands pas vers la précarité « institutionnelle » dont je doute qu’elle participe à la réduction des déficits publics.

  • grandjacques-
    grandjacques-
    retraité
    • Posté à 16h08 le 26/10/2010
    • Internaute 57395
      retraité

    Ben alors, c’ est fini ? Plus besoin d’ apprendre la chanson :
    « Nous entrerons dans la carrière
    Quand nos ainés n’ y seront plus »
    Mais l’ auteur est de mauvaise foi parce que, maintenir au travail un salarié tout cassé, tout pourri jusqu’ à perpète, ça va créer des emplois. Ambulanciers pour les transporter, les aider à monter les escaliers...