A débattre 24/10/2010 à 12h21

Désenvouter les manifestants, le conseil de Tillinac à Sarkozy

Pierre Haski | Cofondateur Rue89


La poupée vaudou à l'effigie de Nicolas Sarkozy (DR).

Nicolas Sarkozy en poupée vaudou criblée d'épingles ? Non, il ne s'agit pas d'un élément de l'enquête sur l'apparition du Diable qui aurait conduit une famille de la région parisienne à sauter par la fenêtre, entraînant la mort tragique d'un bébé. Il s'agit de la manière dont un proche du président de la République, l'écrivain Denis Tillinac, décrit l'attitude des Français vis-à-vis du chef de l'Etat.

Denis Tillinac, un Chiraquien rallié à Nicolas Sarkozy, qui se trouvait récemment avec ce dernier au Vatican, analyse dans le Journal du dimanche les raisons pour lesquelles, à ses yeux, le chef de l'Etat s'attire l'hostilité des Français, comme le montre le dernier baromètre Ifop-JDD publié dimanche, qui le voit tomber sous la barre historique des 30% de popularité.

Il a une explication :

« Le malaise est global. Toutes les catégories, depuis les lycéens jusqu'aux retraités, découvrent peu à peu que les Occidentaux sont voués à la précarité dans un monde de plus en plus incertain, de plus en plus mobile, de plus en plus évanescent. Mais ils n'ont pas envie de se l'avouer. Alors ils se sont construit un petit fétiche sur lequel ils lancent des fléchettes.

Le fétiche, c'est Sarkozy. C'est irrationnel, cela confine à la pensée magique, mais il devient un bouc émissaire.

On a beaucoup entendu qu'il payait les conséquences de la soirée au Fouquet's, ou du séjour sur le yacht de Bolloré, mais le chef de l'Etat ne vit pas plus fastueusement que Mitterrand, Chirac ou Giscard d'Estaing. On a construit autour de lui l'archétype du riche absolu, qui est contre les pauvres, contre les humbles. II est d'ailleurs conscient de la focalisation sur sa personne dans ce conflit, et il trouve cela logique. On est dans l'exorcisme d'une angoisse profonde, celle de tout le corps social. »

« Il faut que Sarkozy parle moins »

Voilà qui va assurément mettre fin aux manifestations et ressouder les Français derrière leur Président. Grâce à Denis Tillinac, ils vont enfin prendre conscience qu'ils étaient sous l'emprise d'une « pensée magique » qui les poussait à planter des aiguilles dans la poupée vaudou de Nicolas Sarkozy pour exorciser une vérité qu'ils refusent de voir en face (l'ironie de cette parabole est que ces poupées ont réellement existé lorsqu'un petit malin a produit commercialement en 2008 les poupées de Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal).

Pour sortir de cette « pensée magique » malfaisante, Denis Tillinac a une solution, qui pourrait permettre à Nicolas Sarkozy de reconquérir l'opinion d'ici à 2012 et d'assurer sa réélection, dans une sorte de contrat social a minima :

« Il faut qu'il parle moins. Qu'il efface, autant que faire se peut, les côtés les plus voyants de l'image que les gens se sont fabriquée. Il y a, certes, une hargne terrible anti-Sarko.

Mais même les plus irréductibles disent qu'il est courageux, qu'il fait le job, qu'il mouille la chemise, et qu'aucun autre ne ferait sans doute mieux. Les temps vont être de plus en plus durs et les Français peuvent se dire : “Il nous fait suer, il nous exaspère, mais il tient la route”. Ce réflexe-là pourra le sauver. »

Avec des amis comme ça, Nicolas Sarkozy n'a sans doute plus besoin d'ennemis. Mais les propos de Denis Tillinac donnent une idée de la manière dont l'Elysée analyse la crise actuelle : les Français refusent de voir la réalité de la mondialisation en face et sont aveugles aux efforts du Président pour adapter la France à cette nouvelle donne. Aucun doute, aucune autocritique, Nicolas Sarkozy n'a rien à se reprocher...

Personnellement, en lisant cette interview, j'ai eu une furieuse envie de fabriquer une nouvelle poupée vaudou, à l'image de Denis Tillinac !

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  • thierry reboud
    • Posté à 12h46 le 24/10/2010
    • Internaute

    Mais même les plus irréductibles disent qu'il est courageux, qu'il fait le job, qu'il mouille la chemise, et qu'aucun autre ne ferait sans doute mieux.

    Non, les plus irréductibles ne disent pas ça. Et même de très nombreux réductibles ne disent pas ça.

    Ceux qui disent ça, ce sont les concepteurs du plan média de Sarkozy. Ce sont sans doute des bons slogans, mais ça ne correspond pas pour autant à la réalité, ni à la perception qu'on en a.

    De très nombreux réductibles et irréductibles disent plutôt que Sarkozy se montre têtu et borné, qu'il a pondu une réformette qui se contente de léser les moins riches et que n'importe qui à sa place se serait sans doute rendu compte qu'il tire beaucoup sur la corde.

    Maintenant, si les groupies de Sarkozy veulent se convaincre du contraire... Faudrait peut-être penser à désenvoûter Tillinac.

  • vol19
    • Posté à 13h12 le 24/10/2010
    • Internaute

    Désolé mais je ne partage absolument pas le point de vue de Pierre Haski. Celà n'a rien à voir avec la pensée magique mais plutôt de « dynamique des groupes » pour simplifier.
    Que ce soit René Girard « le bouc émissaire », « la route antique des hommes pervers » ou d'autres plus auteurs plus spécialistes dans la lignée du psychanalyste Bion, il y a bien des phénomènes collectifs à l'oeuvre entre un leader ou une îcone dans un groupe de fascination/répulsion, si celle-ci fascine à un moment, puis domine trop, va trop loin dans l'histrionisme, il focalise alors le mauvais objet de tous, et le collectif demande sa tête au propre comme au figuré. La solution c'est le ban, la distance.
    Certains psychanalystes ont montré que dans des organisations, la violence collective tombe d'emblée sur le numéro deux. C'est sans doute pour celà qu'en France , la fonction présidentielle devrait être dans une posture de réserve, et la fonction exposée est celle du premier ministre qui justement sert de fusible au bout d'un certain moment.
    NS a indifférencié la fonction présidentielle , il a tout pris (même la lanterne) devenu homiprésident, il a poussé toutes les limites possibles à un point jamais atteint et se trouve à mi mandat face à la rage collective. Miterrand dans son premier septenat a connu également l« impopularité, mais il y a eu la cohabitation, un premier ministre qui s'est trop exposé, et lui-même qui a su jouer la posture de réserve, la distance, l'inauguration de musés en province et quelque part celà a payé, la pulsion sacrificielle collective est tombée sur Jacques Chirac et son bord politique et Miterrand a été reélu. Là, il n'y a pas cohabitation, deux camps opposés.
    Il semble que NS va donc choisir un premier ministre qui s'expose trop, réalise des gaffes, (par exemple Borloo) dépasse les “normes de différences”, qui occupera la scène médiatique, et fera oublier le Président honni pendant deux ans , qui apparaitra par moment que dans des moments très scénarises et qui sait essayera de repartir en campagne en 2012...en essayant de construire une image de père courage dur et réaliste qui défend des valeurs de bon père de famille. L'électeur va t-il croire ?

    La question à se poser dans une organisation est celle de la circulation des pulsions sacrificielles, de la violence lié à l'inhérente différences des statuts, la concurrence, les malentendus, un pouvoir coopératif, décentralisé tente de réguler la violence par la parole, des négociations, amener à une équité de la répartition des sacrifices, d'autres pouvoirs au contraires centralisés distants, utilisent les rapports de force majorité/minorité, essayent d'écraser l'autre partie, ce qui finit par susciter la haine et la vie politique est rythmée par des convulsions, des révolutions de palais et des oligarchies...

  • Lairderien
    • Posté à 13h16 le 24/10/2010
    • Internaute

    @ Pierre Haski

    Mince, tout en lisant je pensais à la poupée vaudou...et votre conclusion dit exactement la même chose.

    Sommes nous si nombreux a être exaspérés par ces « guignols » aveugles et sourds devant leur idole du moment ?

  • Nicotine
    • Posté à 13h53 le 24/10/2010
    • Internaute

    Pour ma part, en lisant l'itv de Tillinac dans le Jdd, c'est aux mots -« J'étais, à titre personnel, plutôt pour une loi qu'on aurait fait passer à la hussarde » (sic) que je suis partie en vrille. Nous sommes 3,5 millions à marcher en crabe dans la rue après un viol collectif. Tillinac chipote sur le gros sel et préfère le gravier : il aura un pavé.

  • Lohiel
    Lohiel répond à Pierre Haski
    • Posté à 14h50 le 24/10/2010

    Pierre Haski, vous avez vu le texte fort argumenté que Frédéric Lordon a publié hier, sur le fait que cette « réforme » est simplement le dernier verrouillage que la finance (cannibale) va imposer au peuple ? Vertigineux...

    Un extrait, qui semble une réponse à Tillinac :

    Mais la confusion n'est pas du côté qu'on croit, et ce que ces tentatives de discrédit veulent faire passer pour des amalgames sans pertinence procède en fait des rapprochements les mieux fondés : à beaucoup, le travail est devenu insupportable, du fait même de la soumission de l'économie aux logiques de la finance, promises à l'éternité quand la répartition aura été méthodiquement détruite. L'emprise de la finance a rendu la vie de beaucoup de salariés odieuse. Comme si ça n'était pas suffisant, la capitalisation rampante en fera de même avec celle des pensionnés. La finance renflouée aux frais du public, fauteuse de récession, commanditaire de l'austérité, aussi arrogante que toujours, bonus en bandoulière, attend confiante la chute du pactole des retraites. Est-ce que par hasard ça ne commencerait pas à faire un peu beaucoup ?

    Le texte de Lordon est long et un peu complexe, mais il vaut vraiment la peine d'être lu jusqu'au bout avec attention :
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