Témoignage 29/07/2011 à 22h35

Le Baclofène a guéri mon mari alcoolique en dépit des interdits

Na75 | Attachée de presse


Des bouteilles d’alcool (Arthur Caranta/Flickr).


« Le Dernier verre » d’Olivier Ameisen, éd. Denoël.

Mon mari était malade alcoolique depuis vingt ans. Rien n’y faisait : thérapies diverses et variées, traitements tout aussi divers et variés... En octobre 2008, sa thérapeute lui conseille le livre du cardiologue Olivier Ameisen, « Le Dernier verre ». Titre trompeur : car on est vraiment loin ici des Alcooliques anonymes (AA) et de la tension permanente que l’abstinence représente.

Olivier Ameisen y parle traitement. Pas miraculeux -nous ne sommes pas dans le domaine de la croyance- mais en tout cas révolutionnaire.

Mon mari n’a plus rien à perdre : à part moi, il a déjà tout perdu -son boulot entre autres. Il décide de tenter ce traitement à base de Baclofène, médicament vieux de quarante ans utilisé essentiellement sur les scléroses en plaque.

Le 3 décembre 2008, mon mari a rendez-vous avec Renaud de Beaurepaire, psychiatre et chef de service à l’hôpital Paul Guiraud de Villejuif, qui martèle que le Baclofène donne effectivement des résultats étonnants sur l’alcoolisme. A l’époque, il est l’un des seuls à braver « les interdits » et à proposer ce traitement.

Dans le cas de l’utilisation du Baclofène pour la maladie alcoolique, nous sommes hors-AMM, soit hors autorisation de mise sur le marché (interdit !).

Un peu plus que ça même : pour tordre le cou au « craving », le besoin irrépressible de boire, il faut un dosage plus élevé que celui utilisé dans le cadre de son AMM, soit 80 mgs.

En résumé, pour casser le « craving », on utilise un médicament hors son autorisation de mise sur le marché et au-dessus des dosages conseillés -même si régulièrement employés outre-Atlantique.

In-di-ffé-rent à l’alcool

Mon mari montera par paliers, sur un peu plus de deux mois, jusqu’à 120 mgs. Quelques effets secondaires :

  • somnolence au début -le Baclofène est un myorelaxant-,
  • un peu de raideur dans la nuque.

Bien dérisoire par rapport aux effets secondaires de l’alcool.

C’est à 120 mgs, fin janvier/début février 2009, que mon mari devient indifférent à l’alcool. In-di-ffé-rent. Pas abstinent mais indifférent. Il peut boire un verre ou deux, sans tomber dans le tonneau. Le rêve de tout malade alcoolique dont la seule solution était jusqu’à présent l’abstinence totale avec toutes les frustrations que cela comporte.

A voir, que dis-je à savourer, de l’extérieur, c’est hallucinant. Il prend un verre avec moi le soir, on s’en sert éventuellement un deuxième... Je finis le mien, le sien part dans le vinaigrier ou l’évier. Tout ceci sans effort aucun. Sans avoir essayé de restreindre la consommation, sans employer le Baclo comme une aide à l’abstinence.

En consommant, au début, les doses excessives habituelles, jusqu’à ce que le Baclo fasse son travail. Jusqu’à ce que le Baclo lui enlève le BESOIN de boire des verres pour ne garder qu’une très raisonnable ENVIE d’en boire un ou deux. De l’aliénation de l’addiction au plaisir de la consommation maîtrisée.

Un médicament qui ne coûte rien et ne rapporte rien

Bien sûr, mon compagnon n’est pas un cas unique. L’information est passée, essentiellement vie des forums sur le Net. Le Net où les malades, faute de prescripteurs, s’approvisionnent en Baclo, en infos... Oui, pas assez de médecins prescripteurs, toujours frileux car réceptifs aux attaques permanentes à l’encontre du Baclofène de la part de :

  • l’AFSSAPS agence française de la sécurité sanitaire des produits de santé
  • le conseil de l’ordre des médecins,
  • les alcoologues,
  • et les AA en tête.

Les malades tentaient et tentent encore l’automédication. Si des réussites sont là -et elles sont là- d’autres malades qui n’ont pas accès à l’information ou renoncent devant la difficulté à obtenir une prescription, continuent de mourir.

Les essais thérapeutiques sont lancés sur toutes ces nouvelles molécules. Une étude est lancée sur le Baclofène mais à un dosage perdu d’avance (90 mgs) : certains doivent monter jusqu’à presque 300 mgs pour atteindre l’indifférence.

Le Baclofène à trois défauts majeurs :

  • Il échappe complètement à la filière classique et habituelle de la découverte médicale et pourtant, il guérit.
  • C’est un médicament générique, il ne coûte rien et ne rapporte rien. Aucun enjeu financier, aucun jack-pot possible pour les labos qui préfèrent naturellement breveter.
  • S’il n’y a pas de profits financiers à escompter côté industrie, il n’y a ni palmes, ni honneur à espérer du côté de la « Faculté » pour des alcoologues réputés et reconnus qui passent à côté de la découverte.

La colère d’un médecin

Est-ce pour cette raison que plusieurs médecins s’intéressent plutôt à une autre molécule, le Nalmefene ? Dans le Figaro, on a pu lire ce 15 septembre :

« Le Nalmefene permettrait d’agir sur la consommation excessive d’alcool et offrirait à des patients la possibilité de redevenir des buveurs modérés et non pas abstinents. Une vraie nouveauté. »

Comment ça une « vraie nouveauté » ?

En février 2011, cela fera deux ans que mon compagnon est guéri sous Baclofène. Il le doit, je le dois, à Olivier Ameisen et à Renaud de Beaurepaire.


L’édito de Renaud de Beaurepaire dans la revue Le Courrier des addictions.

La colère de ce dernier à l’égard de certains de ses confrères, trop timorés ou influençables, mérite d’être rendue publique. Il en va de la vie de certains malades.

Vous trouverez, dans l’édito de Renaud de Beaurepaire dans la revue Le Courrier des addictions, toute la sensibilité d’un vrai médecin. La passion, et l’enthousiasme. De l’exaspération aussi et une très légitime colère. (Télécharger le document)

► Corrigé le 24/10/2010 à 16h55. Correction de l’intitulé de l’Afssaps, Agence française de la sécurité sanitaire des produits de santé.

► Article initialement publié le 21/10/2010.

Riverains, réagissez en commentaires au témoignage de Naëlle_ : connaissez-vous le Baclofène ? ou autres méthodes surprenantes et/ou décriées qui vous ont aidé ou aidé l’un de vos proches contre l’alcoolisme ?

  • 151296 visites
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  • KIKI21000
    KIKI21000
    retraité
    • Posté à 20h04 le 21/10/2010
    • Internaute 53190
      retraité

    pour moi, l’arrêt a été brutal... Un an de prison dont 8 avec sursis,(condamnation méritée) si j’avais eu connaissance d’un remède quelconque, j’aurai essayé, mais je suis de ceux qui pense qu’une addiction c’est difficile de s’en débarrasser, celle-ci est un véritable emploi à plein temps, première question du matin, où vais-je trouver les moyens d’étancher ma soif. De toutes façons toutes les méthodes sont bonnes, mais aucunement idylliques. Et surtout, passer par la case prison n’est pas l’idéal.
    Car l’alcoolisme est un combat quotidien, déjà pour répondre à son addiction, ensuite pour ne pas répondre à toutes les sollicitations.

  • Stéphane75
    Stéphane75
    Le mari
    • Posté à 20h45 le 21/10/2010
    • Internaute 130444
      Le mari

    Bonsoir, je suis le « mari ». Le malade alcoolique objet de cet article.
    Quelques réactions aux commentaires. J’essaye de faire court...

    La dépendance au Baclofène :
    Le médicament est naturellement une drogue. Lorsqu’il s’agit de vie ou de mort, il est une drogue qui fait vivre. L’alcool me faisait mourir.
    Mon « statut » médical est aujourd’hui celui de « Guéri sous traitement ».
    Pour être clair, sans traitement, je meurs. On ne se pose pas la question pour l’insuline du diabétique ou toutes les autres drogues médicamenteuses qui permettent aujourd’hui au corps de vivre autant de temps que la prise du médoc le permet.
    J’ai considérablement baissé la prise du médicament. J’espère pouvoir m’en passer définitivement le plus rapidement possible. Mais pour l’instant, il me permet de vivre.

    La volonté :
    Naturellement, elle ne suffit pas. Dans 9 cas sur 10, le malade alcoolique rechute après une période d’abstinence... et à quel prix. Par contre, une volonté farouche est tout à fait nécessaire pour trouver et convaincre un généraliste de prescrire le Baclofène. Le scandale est là.

    A Kio :
    Vos questions sont aussi les miennes. J’ai vécu dans ma tête et mes tripes la fin de ce besoin irrépressible de boire. Personne ne sait encore expliquer comment... ça marche. Quant à la différence entre le besoin que j’avais et le plaisir que je ressens aujourd’hui à boire un verre de vin... ou deux... c’est un peu la différence entre la maladie et l’absence de maladie adictive. entre vous et moi quoi.

  • guyome
    • Posté à 21h07 le 21/10/2010
    • Internaute 11884

    Sans vouloir être désobligeant, les effet du baclofène dans la lutte contre l’alcoolisme semblent Lien Lien Lien, même si les articles sont récents. D’ailleurs, cela ne serait pas la première fois qu’un médicament est Lien.

    Par contre, je ne suis pas sûr qu’il y ait une quelconque cabale médicalo-financière contre Baclofène, les études semblent récentes et les pratiques sont longues à changer. Il faudrait interroger l’AFSSA ou des alcoologues, non ?

  • Tatoo too blue
    Tatoo too blue
    Y'en a marre
    • Posté à 10h42 le 22/10/2010
    • Internaute 94564
      Y'en a marre

    Alors c’est très compliqué, c’est pas un scoop.

    Je précise que je suis abstinent depuis 3 ans et que je me suis saoulé quotidiennement, seul, pendant des années...Jusqu’au jour ou j’ai dit Stop et que j’ai entrepris une démarche de soin encadrée. J’avais essayé plusieurs fois seul sans succès.

    Chaque personne va avoir un alcoolisme et surtout des raisons différentes et personnelles qui l’auront à un moment poussé à « laisser sa gestion déraper ».

    Il faut trouver les choses enfouies qui ont fait que l’on a accepté de s’auto-administrer pendant des années un produit qui nous emmènera au tombeau en nous mettant aux premières loges de la longue descente qui consiste à perdre tout ce que l’on a autour de nous qui pourrait être le moteur d’un bon équilibre. Amour, travail, estime de soi et des autres.

    C’est dur d’aller chercher et de verbaliser ces choses, ces démons qui nous ont poussé à la bouteille parce qu’elle savait calmer nos angoisses, nos peurs ou nos douleurs morales et/ou physique...Temporairement....

    Je dis Bravo à tous ceux qui ont réussi ou réussiront à arreter de boire. Je connais le mur qui s’érige devant ceux pour qui ce n’est encore qu’un rêve.

    Qu’un produit comme le baclofène ait de bons résultats c’est bien. C’est très bien. C’est même très très bien si ça peut aider.

    Mais mon experience (qui n’est pas universelle puisque chaque problème d’alcool est unique) me pousse à croire que le vrai soin ce passe au niveau de « ce » qu’on sait depuis des années mais qu’on a refoulé, pas réglé et qui nous tends sans cesse la main « pour aller boire un coup ». Boire un coup pour régler, temporairement, ce qui ne l’est pas dans le fond.

    Souhaiter arreter de boire n’est pas suffisant. La volonté non plus, n’a rien à voir la dedans.

    C’est de détermination qu’on besoin toutes les personnes qui souhaitent de libérer de l’asservissement alcoolique.

    Bon courage à ceux qui veulent en sortir et bon courage aux proches de ceux qui vivent, aussi, l’enfer.

  • Brédala
    Brédala
    NB : dernières lignes dans " (...)
    • Posté à 12h25 le 22/10/2010
    • Internaute 63792
      NB : dernières lignes dans " (...)

    J’ai lu d’autres témoignages d’internautes ravis par le Baclofène, mais je constate des expériences de 2 ans maximum de « libération », n’a-t-on pas plus de recul ?
    Il y a le cap des 5 ans, il semblerait qu’une personne sur cinq tient plus de cinq ans...Ces chiffres datent de l’an 2000 (ils ont peut-être changé depuis), deux de mes proches étant alcoolo-dépendants, je connais leur parcours du combattant.
    Une autre grande avancée scientifique a été de reconnaître cette addiction comme une drogue dure, ce qui a été révolutionnaire, surtout dans notre pays (c’est pas le seul !) si généreux en vin, en bière où la culture et la convivialité passent obligatoirement par un verre d’alcool.
    Merci pour cet article, le tabou qui emprisonne les personnes ayant un problème avec l’alcool (comme on dit pudiquement) est malheureusement encore très présent.

  • pierreA
    pierreA répond à Na75
    chomeur
    • Posté à 14h08 le 22/10/2010
    • Internaute 130531
      chomeur

    J’ai discuté de cet article avec un ami qui fréquente les AA de très longue date, qui m’a fait remarquer que justement ils cessaient de lutter et admettaient leur impuissance et leur défaite face à l’alcool, et que pour beaucoup, graĉe à ça, l’envie d’alcool disparaissait totalement tôt ou tard. Il m’a cité une phrase de leur livre principal qui avait été écrit par les fondateurs dans les années 30. Je la reproduis : « les médecins qui connaissent l’alcoolisme s’accordent qu’il est impossible pour un alcoolique de redevenir un buveur normal. Peut-être la science apportera-t-elle la solution, mais ce n’est pas encore fait. » Il m’a aussi dit qu’il ne rêvait pas du tout de pouvoir boire un verre de temps en temps, car il n’aimait plus l’odeur de l’alcool. Bien sûr, il m’a autorisé à rapporter ses propos mais il reste anonyme.

    Peut-être la science trouvera-t-elle un traitement ? Peut-être le baclofène peut aider ? Mais cet ami me disait que son alcoolisme ne se limitait pas au « craving », mais se répandait dans toutes sortes de comportements. En tous cas, je ne crois pas à la cabale pharmaceutique. Il y a peu de recul, simplement, et je crois que le traitement de l’addiction en France est très mauvais, tout simplement (manque de médecins, tabou important etc.)