sur le terrain 15/10/2010 à 21h07

Mobiliser via Facebook, OK, mais après, « c'est un peu la merde »

Sylvain Malcorps | Journaliste

(Du Havre) Vendredi matin, dans le centre-ville du Havre, entre 1 000 et 2 000 lycéens de la région du Havre ont défilé dans les rues. La veille, ils étaient près de 5 000. Pour les jeunes qui défilent, mobiliser les effectifs de multiples établissements n’est pas chose aisée, surtout à une telle fréquence.

Dans ce conexte, les pages Facebook et les SMS sont de précieux outils, explique Pauline Horellou, étudiante en lettres :

« En fait, tout se passe via Facebook maintenant. C’est extrêmement rapide. Quelques meneurs créent un groupe sur le site en fixant une heure et un endroit de rendez-vous.

Directement après, ils invitent tous leurs contacts à rejoindre ce même groupe. Après, à eux de faire de même avec leurs propres amis. En l’espace de quelques heures, tout le monde est au courant. »

« On arrivait pas gérer tout le monde »

Une telle mobilisation via les réseaux sociaux n’est pas sans rappeler l’organisation des apéros géants qui ont réuni dans plusieurs villes de France au printemps des milliers de personnes en un seul et même endroit, afin de festoyer.

Si cette technique virale de transmission de l’information a fait ses preuves et semble toujours très bien fonctionner, l’organisation sur place est beaucoup plus hasardeuse. Pour Florian Doré, âgé d’une quinzaine d’années :

« Le problème, c’est que hier on a eu beaucoup de problèmes : plein de gars ont foutu la merde parce que on arrivait pas à gérer tout le monde. Alors aujourd’hui, on a décidé que chaque lycée allait se charger de ses élèves. Sinon, on s’en sort pas. C’est un peu ça notre gros problème... »

Et de fait, sur place, on remarque rapidement à quel point la diversité des groupes d’élèves présents représente une difficulté supplémentaire pour ces ados en charge du bon déroulement de la manifestation. « C’est un peu la merde », glisse même l’un d’eux.

La méthode du rassemblement express via Facebook, s’il permet de véhiculer rapidement l’information, ne résoud pas les problèmes d’ encadrement et de sécurité d’un nombre aussi important de jeunes.

  • 16201 visites
  • 108 réactions
Vous devez être connecté pour commenter : or inscrivez-vous
  • Alain Pacifique
    Alain Pacifique répond à jyeden
    enfin!! ça marche !
    • Posté à 21h48 le 15/10/2010
    • Internaute 24637
      enfin!! ça marche !

    quoique....

  • Flipette le Dauphin
    • Posté à 23h37 le 15/10/2010
    • Internaute 113213
      ...

    Je ne suis pas sûre que le problème vienne spécifiquement de Facebook. Les téléphones portables fonctionnent très bien aussi, et le problème reste le même dans toutes les mobilisations lycéennes (et parfois estudiantines) : des mômes (rien de péjoratif dans l’usage de ce terme) qui font leur première expérience citoyenne, connaissent les premiers balbutiements de leur conscience politique, et parmi lesquels, forcément, s’en trouvent plein pour qui ce qui prime est le fait de pouvoir librement sécher les cours, et « foutre le dawa ». Et de fait, je pense que même les plus responsables d’entre eux sont impuissants face à ce déchaînement, il leur est impossible de gérer la meute !
    Un de mes élèves a eu des paroles d’une lucidité effrayante ce matin (je travaille dans un lycée en Seine Saint Denis) : « Mais madame, le gouvernement il s’occupe jamais de nous, y’ a que quand on fout la merde qu’il nous écoute ! Moi je trouve qu’il vaudrait mieux aller gueuler devant l’Elysée, mais de toutes façons personne ne nous laissera entrer dans Paris, on est que des noirs, des rebeus et des asiats, et on vient du 93 ! » Et bam.

    Allez les jeunes, faites du mieux que vous pouvez, moi je ne vous en voudrai pas si ça dérape un peu, mais FAITES VOUS ENTENDRE !

  • Grunt_
    Grunt_ répond à Stérix-
    Technicien informatique
    • Posté à 03h03 le 16/10/2010
    • Internaute 119275
      Technicien informatique

    Le problème n’est pas tant l’utilisation d’un outil numérique, que la dépendance totale à la plateforme mise en place par une seule entreprise, qui décide unilatéralement des conditions d’utilisation..

    Imaginez une église, dans laquelle vous ne pouvez entrer que si vous acceptez les dogmes, et les interdictions, de la religion qui y est pratiquée. Et imaginez que ces gamins se réunissent dans cette église, entre croyants. Ça paraîtrait scandaleux, n’est-ce pas ?

    On en est là, aujourd’hui, avec les églises Facebook (pour tout le monde), MSN (pour les jeunes), Myspace (pour les artistes) et j’en passe. Une seule entité qui détient le « lieu numérique » sur laquelle s’exerce une activité. Et les gens marchent.

    Pourtant, ce n’est pas comme si Internet était justement prévu pour permettre à chaque internaute de parler à tous les autres, sans dépendre d’un point de passage central..