A débattre 14/10/2010 à 20h34

« The Social Network » : les geeks, d'incorrigibles machos ?

Pierre Haski | Cofondateur Rue89

Dans « The Social Network », le film sur la saga Facebook, cinq personnages sont réunis dans la chambre d’étudiant de Mark Zuckerberg à Harvard : trois hommes et deux femmes. Zuckerberg répartit les fonctions entre les hommes : directeur financier, directeur technique... Et les femmes, elles font quoi ? « Rien », répond sans hésiter le fondateur de Facebook. Bienvenue dans l’univers masculin des nerds !

Dans le film de David Fincher, par ailleurs bien ficelé, j’ai souffert pour les femmes et leur image. Leur seul rôle, dans l’univers des jeunes créateurs géniaux des start-ups qui nous entourent, s’apparente à celui de jolis pots de fleurs, le sexe en plus, et encore, pas toujours. (Voir l’extrait de « The Social Network »)

Elles servent aussi de mobile : c’est pour se venger de sa copine qui le plaque que Mark Zuckerberg crée en une nuit Facesmash, un site grossier de comparaison des filles de Harvard qui préfigure Facebook. Il comprend que c’est comme outil de drague que son invention peut décoller et rajoute, in extremis, une ligne de code essentielle : le statut, « célibataire », « en couple », etc.

Sur un blog américain, le scénariste du film, Aaron Sorkin, répond d’ailleurs sur le sujet de l’image des femmes dans The Social Network en confirmant qu’il a été fidèle à la réalité :

« Facebook a été créé une nuit d’incroyable misoginie. L’idée de comparer les femmes à des animaux, puis de les comparer entre elles, basé sur leur apparence, puis de les classer. C’était une revanche, d’abord contre la femme qui venait de briser son coeur (et qui devrait recevoir une médaille pour ne pas lui avoir brisé la tête), puis contre l’ensemble de la population féminine de Harvard. »

Sorkin ajoute :

« J’ai écrit à propos d’un groupe d’hommes très en colère et profondément misogyne. Ce ne sont pas les nerds adorables sur lesquels nous faisions des films dans les années 80. Ils sont en colère parce que la “cheerleader” (chef des pom pom girls sur les stades de football américain, ndlr) préfère sortir avec le capitaine de l’équipe plutôt qu’avec les garçons qui dirigent le monde en ce moment.

Ils s’entourent donc de femmes qui ne les menacent pas (et, pour être franc, aucune femme qui pourrait les menacer ne serait intéressée de les approcher). »

En sortant de la projection, j’ai posté sur Twitter un commentaire consterné sur l’image des femmes dans le film, avec une question : « geek = macho ? » (geek ou nerd, ce n’est évidemment pas la même chose, mais la question transcende les genres pour s’adresser à l’ensemble de l’univers du Web).

« Pas du tout monsieur »


Capture d’écran du Tweet

Je me suis attiré une réponse ferme d’une femme, Michelle Chmielewski, une Américaine vivant à Paris, Community manager comme on dit en bon français, c’est-à-dire passant l’essentiel de son temps sur le Web, blogueuse et tweeteuse de son état. Sa réponse : « Pas du tout monsieur ».

Au téléphone, jeudi, Michelle m’a affirmé que la réputation machiste des geeks est « fausse », même si elle reconnaît que l’univers des entrepreneurs du Web est très masculin. De plus, dit-elle, plus convaincante, « Internet n’est qu’une traduction de la vraie vie ».

La situation, affirme-t-elle, est en train de changer, avec l’arrivée de davantage de femmes sur le Web. Et de fait, il existe de plus en plus de signes de la fin du monopole masculin sur le Net (même si, avouons-le, les cinq fondateurs de Rue89 sont tous des hommes).

En mai dernier, le blog technologique Techcrunch annonçait ainsi l’arrivée en France du réseau Girls in tech, regroupant quelque 7 000 femmes à travers le monde :

« Le réseau originaire de la Silicon Valley, Girls in Tech, arrive à Paris afin de mettre en avant les femmes qui bossent dans le domaine des nouvelles technologies -et elles sont nombreuses ! »

Copines de geek

On trouve des tas d’autres initiatives de femmes actives sur le Web et dans l’univers de la technologie, comme Les Dames de la Cantine, un espace de travail collaboratif en réseau situé à Paris.

Il n’empêche, l’impression laissée par « The Social Network » n’est pas inventée. Pour s’en rendre compte, il suffit d’aller lire l’un des blogs, certes pas tout frais, mais l’un des plus jubilatoires possibles, CopinesDeGeek.com, dont l’objet social est contenu dans son nom. On peut lire dans la promesse du blog :

« Le geek est-il un être social ? Socialisé ? Ou pire, socialisable ?

Quelques warrior-girls ont tenu le choc. Nous sommes de celles-là et décidons de vous faire partager notre expérience (encore légère pour ma part) afin que vous aussi puissiez connaître le bonheur ; o), mêlé de désarroi parfois, à fréquenter un geek.

  • Comment et où rencontrer de tels énergumènes ?
  • Comment les “accrocher” (séduire n’est pas dans leur vocabulaire) ?
  • Comment ne pas fuir à toutes jambes lorsqu’il vous présente ses potes ou qu’il vous emmène à une réunion de geeks ?

Bref tout le “how to survive in the geek’s world” ! »

De quoi découvrir que derrière le geek se cache l’homme, malgré tout. Malgré Mark Zuckerberg, aussi, que le film rend tout aussi antipathique sur le plan humain qu’il apparaît comme un développeur et un inventeur de génie.

Vu la place que prend Internet dans nos vies, il est temps que les femmes y occupent, pour paraphraser Mao et sa « moitié du ciel », « la moitié de la Toile ». Et qu’elles en peuplent non seulement les blogs et les comptes Twitter, mais aussi l’ensemble de la chaîne de production, afin que le prochain film consacré à l’univers du Web ne soit pas aussi caricatural, aussi incorrigiblement machiste.

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  • Den.s
    Den.s répond à mish
    Consul
    • Posté à 21h36 le 14/10/2010
    • Internaute 126312
      Consul

    Mais quel est ce titre à la con ? ! !

    Incroyable de faire des raccourcis comme ça !

  • rcg
    rcg
    ingenieur
    • Posté à 22h05 le 14/10/2010
    • Internaute 129342
      ingenieur

    Monsieur Haski,

    Pour avoir croisé Zuckerberg quelques fois, je puis vous assurer qu’il est vif d’esprit et certes facétieux (la scène du peignoir devant les investisseurs est d’ailleurs vraie), mais certainement pas le monstre de froideur, d’arrogance et de frustration sexuelle que dépeint le film.

    Dans la réalité, Zuckerberg était avec sa copine actuelle (Priscilla Chan) tout au long des évènements que décrit le film. Savoir rien que cela change pas mal de choses sur la supposée motivation machiste et vengeresse derrière la création de Facemash....

    Le plus grand tort de votre article est donc de reposer sur Aaron Sorkin comme expert ès-geek et ès-Facebook, et plus généralement sur Hollywood pour vous expliquer la psychologie des gens de la Silicon Valley, ces blancs-becs plus au nord de la Californie, qui ont eu le toupet de ruiner leurs empires à coup de Napster et de Bittorrent.

    Sorkin a déclaré dans une itw que je ne trouve plus, détester le milieu de l’Internet, et savoir ce qu’est Facebook comme « je sais ce qu’est un carburateur mais je ne saurais pas le trouver sous le capot »

    Si le sujet de Facebook vous intéresse réellement, je vous conseille plutôt de lire les papiers de David Kirkpatrick, l’auteur de « The Facebook Effect », « l’autre » bouquin sur Facebook qui est autrement mieux documenté (et pour cause : il est le seul journaliste à avoir eu accès à tous les protagonistes pendant des heures)

    Petit reality check sur le film donc :
    Lien

    Et plus largement, sur la vision de Zuckerberg :
    Lien

    Cordialement ...

  • Nanienyo
    • Posté à 22h08 le 14/10/2010
    • Internaute 129344

    Quand ce film est sorti, je sentais que ce genre de commentaires allaient apparaître...

    Sans vouloir rentrer dans les détails ici, parce que c’est complexe, Mark Zuckerberg n’est -pas- un geek, et encore moins un nerd. C’est un commercial, un entrepreneur, c’est différent. De la même façon que Steve Jobs n’était pas un geek, alors que Steve Wozniak l’est indubitablement.

    A partir de là, généraliser sur le comportement des « geeks » à partir de cet exemple est totalement infondé et ridicule. La généralisation en soit est déjà inutile, mais là on atteint des sommets, pardonnez-moi.

    Jamais le milieu geek n’ai eu de réputation de « macho ». Ce cliché de « copines de geek » (site d’ailleurs mort depuis quelques années, le citer en exemple n’est pas une excellente idée) n’illustre qu’une seule chose : le fait qu’une personne passionnée a tendance à oublier le monde qui l’entoure quand elle s’adonne à sa passion. Mais seuls les gens sans passion ne peuvent pas le comprendre. De plus, dans le cas du site précédemment cité, il s’agit pour l’essentiel de second degré.

    Il est incroyable de constater qu’après une vague où le geek est passé de « dernière des merdes » à « trendy », on assiste à un retour de stigmatisation crasse. Voilà encore un exemple qui n’est basé sur aucune réalité.

    Pour terminer, UN film sur UN sujet ne fait pas la réalité ni la norme. Les femmes sont maintenant très présentes sur Internet que ce soit en tant qu’utilisatrices (vous citez Twitter, mais savez-vous qu’il y a plus de femmes que d’homme sur les réseaux sociaux ? Cf : Lien) ou que créatrices (notamment en création de sites web, il y en aurait trop à citer). Mais, plus important, si il n’y a pas d’équivalent féminin à Mark Zuckerberg, c’est peut-être qu’aucune femme n’a envie de le devenir ? La parité deviendrait-elle une obligation, au delà des aspirations des personnes ? Et, encore plus important, savez-vous qu’un « geek » est un passionné, et que ça n’est pas une profession ? Les femmes geeks existent (oserais-je un « la preuve »), pour la simple raison que la passion n’a pas de sexe. Vous faites un amalgame entre les geeks et l’univers web, tout d’abord, mais aussi entre la dimension privée et professionnelle.

    Bref, le sujet est bien trop compliqué pour se permettre de résumer « geek = macho », en se basant sur une personne qui n’a d’ailleurs jamais trouvé son soutien auprès des geeks mais bel et bien auprès des utilisateurs d’internet « lambda ».

  • tox
    tox
    http://www.dessins-tox.com
    • Posté à 22h12 le 14/10/2010
    • Internaute 10208
      http://www.dessins-tox.com
  • Saheyus
    Saheyus
    Nightfall, quietly it crept and (...)
    • Posté à 23h22 le 14/10/2010
    • Internaute 28231
      Nightfall, quietly it crept and (...)

    « Geek pas macho du tout, parfaitement disposé à partager son travail avec adorable geekette »

    Je parie que 90% des geeks signeront sans hésitation cette proposition.

    Plus sérieusement, j’imagine mal un geek refuser à une femme de bosser dans le même domaine que lui, ou d’avoir les mêmes passions (geek, c’est une passion, pas un métier). Au contraire, ils rêvent tous d’en voir davantage.
    Après, évidemment, comme la geekette est une rareté, dès lors qu’on en croise une, on s’intéresse plus au fait que ce soit une femme qu’au fait qu’elle aligne du code. Pour ça, on peut toujours demander à n’importe quel copain...

    C’est assez paradoxal. L’adoration assez générale des geeks pour les femmes entraîne très probablement son lot de sexisme. Mais pas du machisme, non, plutôt une forme de sexisme romantique.

    Je n’ai jamais vu de vrai geek qui se sente en « position de force » vis-à-vis des femmes.

  • aurelie.bl
    aurelie.bl répond à Nanienyo
    travaille
    • Posté à 00h17 le 15/10/2010
    • Internaute 127317
      travaille

    « Mais, plus important, si il n’y a pas d’équivalent féminin à Mark Zuckerberg, c’est peut-être qu’aucune femme n’a envie de le devenir ? La parité deviendrait-elle une obligation, au delà des aspirations des personnes ? “
    un joli raccourci et une interprétation quelque peu douteuse. Bonne question cela dit. Pourkoi n’y a t il pas de femmes comme Mark Zuckerberg ? Pourquoi n’y a t i l pratiquement pas de femmes dans les CA des grandes entreprises ? que 18 % de femmes députées ?

    parce qu on le veut pas ? ça me fait bien marrer, ça.
    pas plutôt question d’éducation ? de sexisme ? le congé maternité, utilisé comme justification pour diminuer les salaires et donner moins de responsabilité ?

  • aurelie.bl
    aurelie.bl
    travaille
    • Posté à 00h24 le 15/10/2010
    • Internaute 127317
      travaille
  • belaragoth
    • Posté à 00h38 le 15/10/2010
    • Internaute 30795

    il est vrai qu’avant c’était un monde dominé par les hommes. Mais je n’ai plus l’impression que c’est le cas maintenant. Je fais partie de la génération où les femmes commencent à s’affirmer sur le net. Et je pense que la génération suivante ne verra plus la distinction des sexes.

    Je suis une pure geekette. J’aime les livres héroics fantasy, les mangas, je regarde les films science fictions. Je consulte les sites high-tech comme korben, journal du geek, gizmodo. Je joue à des mmo. Et pour finir (hop un peu de pub) j’ai crée un site Lien. : D.

    J’ai remarqué quand même une chose, dans les sites journalistiques, les commentaires sont bien plus dures envers les journalistes femmes. On critique plus volontiers les femmes qui ont soi-disant mal écrit. Mais quand il ne s’agit pas de métier mais plus de passion comme les jeux ou autres, les hommes sont bien plus gentils. Bien au contraire ils se plient en quatre devant elles. Bien sûr il y a des exceptions comme les kikitoudurs (joueurs se prenant pour les plus forts et réagissant comme des enfants)