A LA UNE 07/10/2010 à 13h24

Le Breton est bon (à l'école)

Gaëlle Coursel | Etudiante en journalisme


Au début du XXe siècle, la Bretagne comptait le plus fort taux d’analphabètes en France. Aujourd’hui, l’académie de Rennes et celle de Nantes (sans vouloir rallumer la querelle « Nantes est-elle bretonne ? ») récoltent les meilleurs résultats scolaires de France.

En matière de taux de réussite au bac, mais surtout de taux d’accès d’une génération au diplôme. Cela signifie que ces académies savent garder dans le système scolaire un maximum d’élèves, et à un excellent niveau.

Le taux de réussite au baccalauréat 2009 était de 86,2% sur l’ensemble du territoire français. En 2009, trois académies figurent dans le peloton de tête, avec un taux de réussite de plus de 90% : Nantes, Rennes et Grenoble. En queue, on trouve Créteil (77,7%) et Amiens (82,6%).

La différence bretonne, c’est que l’excellence scolaire ne conduit pas à abandonner les autres sur le bord de la route. Rennes conduit 71% d’une classe d’âge jusqu’au baccalauréat, quand la moyenne nationale est de 65,6%. Et en Picardie seulement de 59,7%.

Une société organisée autour des écoles

Depuis le début du siècle, l’école a été le moyen pour les Bretons d’acquérir les bases du français et d’accéder à une élévation sociale. Les mères et grands-mères ont cherché à « faire entrer dans le capital familial la formation », raconte Bernard Pouliquen, auteur d’un ouvrage bretonnant, « Construire l’excellence scolaire - l’exemple de la Bretagne ».

« Elle est la reine de la maison, pleinement consciente de sa souveraineté. [...] La Bretagne vivait à la maison en la personne de ma grand-mère, et pourtant c’était elle qui m’entretenait de la France. »

C’est dans ses termes que Mona Ozouf, dans son ouvrage « Composition française - Retour sur une enfance bretonne », revient sur la difficile conquête de son identité.

A propos de l’école, elle raconte :

« La France enseignée à l’école était celle que la maison désignait comme notre ennemie héréditaire [...], et pourtant elle était aussi le pays qui avait fait [...] une marche vers la justice et la démocratie. »

Public-privé, l’embarras du choix

Ce processus historique conduit à organiser la société autour de l’école. En Bretagne, le taux de scolarisation des 16-19 ans, plus fort qu’ailleurs, est lié à l’existence de deux réseaux : celui du public et du privé. Alain Miossec, recteur de l’académie de Rennes, explique :

« Il y a une sorte de zapping. On compte environ 20% d’élèves qui, parfois dans l’année, changent de réseau. Si ce n’est pas bon dans une école, on va aller voir dans une autre, peu importe qu’elle soit catholique. Il y a eu une vraie convergence, et cela tire vers le haut et non vers le bas. »

Autre explication, la formation des enseignants. Avec des appréciations subjectives : Géraldine, professeur des écoles depuis deux ans à Rennes, affirme avoir été « très bien préparée » :

« Les maîtres formateurs ne comptent pas leur temps, on sent qu’il y a un niveau à tenir. »

Et des éléments objectifs : les enseignants bretons sont aussi globalement plus expérimentés, avec quatre à cinq ans d’enseignement de plus que la moyenne nationale, selon Bernard Pouliquen.

Les autres bons élèves

A l’image de la Bretagne, la région Rhône-Alpes présente plutôt de bons résultats scolaires. Les deux régions ont en commun une population plus favorisée que dans le reste de la France. Ce qui ne serait pas sans expliquer cette réussite. Mais l’académie de Grenoble affiche un taux de scolarisation des 16-19 ans inférieur à celui de Rennes. Cela est dû au départ de nombreux élèves vers l’enseignement agricole.

L’Alsace, quatrième en termes de réussite au baccalauréat en 2009 (89,6%), présente quant à elle un faible taux d’accès au bac (64,5% en 2009). Soit un point de moins que la moyenne nationale (65,6%). Une part importante des Alsaciens sont traditionnellement réorientés en apprentissage avant le baccalauréat ou redoublent leur seconde, ce qui minore les bons résultats lors de l’épreuve.

Et pourtant, les cerveaux bretons fuient

A l’examiner de plus près, le système éducatif breton présente tout de même quelques points faibles. Notamment au niveau de l’enseignement supérieur, où la fin des études plafonne à bac +2. Ce phénomène, qui se manifeste aussi en Alsace, s’explique par une image des enseignements professionnels plus positive qu’ailleurs. Alain Miossec :

« En BTS et en IUT, ce sont les mêmes types de formation qu’au lycée, avec de petits effectifs et un fort encadrement, et des débouchés. Ce comportement est fortement marqué par une recherche de sécurité face à l’emploi. Nous allons manquer de personnes très diplômées, et c’est ce sur quoi nous réfléchissons. »

Le contre-pied pour les diplômés du supérieur breton : les emplois régionaux sont plus précaires et moins rémunérés qu’ailleurs. Selon un rapport du Cereo de 2003, ils sont nombreux à migrer après la fin de leur cursus pour trouver un emploi, alors que la région Rhône-Alpes semble épargnée par le phénomène.

Rentrer « d’ar vro » (au pays)

Mais Alain Miossec, breton d’origine, reste optimiste : « Les Bretons n’ont qu’une envie, c’est de revenir ! » Ce que confirme le taux de retour des 30-35 ans, supérieur à celui des retraités, selon Bernard Pouliquen. Rançon du succès : les jeunes couples, bretons ou non, sont donc nombreux à plébisciter cette région lorsqu’ils sont en âge de mettre leurs enfants à l’école. (Voir la vidéo de lycéens de Kerichen, à Brest, passant leur examen en breton en 1971)

Illustration : le règlement qui aurait été affiché pendant longtemps dans les écoles primaires en Bretagne. Les exemplaires analysés sont néanmoins tous des montages récents et aucune affiche de ce genre n’a été découverte.

7/10 : Corrections suite à des messages de lecteurs.

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  • 279 réactions
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  • Asse42-
    Asse42-
    Royaliste engagé contre le N.O.M (...)
    • Posté à 13h33 le 07/10/2010
    • Internaute 25124
      Royaliste engagé contre le N.O.M (...)

    Moi j’aime particulièrement la musique bretonne ^^

    Lienenvoyé par Lien. - Lien

  • alice4486
    alice4486
    étudiante
    • Posté à 13h36 le 07/10/2010
    • Internaute 119786
      étudiante

    Les observations faites sur le privé-public sont intéressantes : il est vrai que les élèves passent facilement de l’un à l’autre, c’est surement du au fait que je n’ai jamais remarqué d’animosité entre les établissements d’état et les autres, les relations sont assez bonnes.
    Ainsi, lorsqu’un élève est en difficulté dans un établissement, son passage dans un autre établissement public ou privé, se fera assez naturellement. Enfin c’est ce que j’ai observé en fréquentant des établissements privés en loire-atlantique.

  • rrrobotom
    rrrobotom
    Sea lover
    • Posté à 13h52 le 07/10/2010
    • Internaute 70782
      Sea lover

    Est ce une façon indirecte de nous dire que c’est parce que la barre est placée plus bas qu’ailleurs après le bac que le taux de réussite est plus élevé ? ou est ce que tout simplement parce que les enseignants sont mieux formés ou plus attentifs. Je n’arrive pas à bien saisir la finalité de cet article. Le breton est bon à l’école ! alors qui sont ceux qui ne le sont pas ? Ce sont ces derniers qui méritent plus dégards à mon avis.

  • mandareen
    mandareen
    casse-toi caillou
    • Posté à 13h55 le 07/10/2010
    • Internaute 32452
      casse-toi caillou

    vous oubliez de préciser que la bretagne est celle qui est la plus difficile à obtenir pour les profs. Y travaillent donc un nombre record de profs avec de l’expérience...

  • Thomas_
    Thomas_ répond à Duc du Granlac
    Jeanclaudebrialiste
    • Posté à 14h12 le 07/10/2010
    • Internaute 44689
      Jeanclaudebrialiste

    N’importe quoi... Vous ignorez certainement, par manque d’intérêt j’imagine, tout bercé que vous êtes de vos illusions dix-neuvièmistes, que, au sein d’une région qui porte pas mal de ses élèves à la réussite scolaire, ce sont encore les élèves des écoles bilingues qui s’en sortent le mieux. Des élèves qui apprennent à lire exclusivement en breton, et qui ne se mettent qu’après au français « scolaire ». Leur résultat est en moyenne meilleur au baccalauréat, non seulement en français, mais aussi en anglais et dans les langues étrangères, que les élèves monolingues. Votre méconnaissance, votre manque de curiosité vous pousse à appeler le breton un « patois », terme qui n’a strictement aucun sens d’un strict point de vue linguistique et scientifique, alors que c’est bien une langue à part entière, celtique par ailleurs, sans grande parenté avec le français. Je ne sais plus qui disait : « une langue, c’est un dialecte avec une armée ».

    Ce que vous camouflez, sans doute à vous-même également, sous le vocable de « République », c’est un nationalisme ni plus ni moins stupide que celui des indépendantistes de tout poil, si ce n’est que le votre n’a même pas l’excuse de s’appuyer sur des éléments et des pratiques culturelles opprimées durant quelques siècles.

    La République, la vraie, c’est toujours une construction sociale, et pas nationaliste, qui s’appuierait toujours sur la violence, pas nécessairement physique certes, pour faire régner une exclusivité culturelle.