Têtu 02/10/2010 à 20h13

Propos homophobes de Sexion d'Assaut : des concerts annulés

Têtu"
Paul Parant | Têtu.com


Alors que le groupe de rap devait entamer ce week-end une vaste tournée, une salle d’Angers et un tourneur à Saint-Etienne viennent d’annuler leur invitation. Et ce n’est sans doute qu’un début.

Dans une interview au magazine International Hip-Hop, Sexion d’Assaut avait déclaré :

« Pendant un temps, on a beaucoup attaqué les homosexuels parce qu’on est homophobes à 100% et qu’on l’assume. Mais on nous a fait beaucoup de réflexions et on s’est dit qu’il était mieux de ne plus trop en parler parce que ça pouvait nous porter préjudice. [...]

Il y a donc quelques sujets auxquels on fait attention, on essaie de ne pas trop insulter certaines catégories de gens qu’on ne comprend pas pour ne pas choquer notre public qui est très éclectique et qui pourrait se sentir concerné. Imagine, il y a même des gays qui viennent nous voir !

On ne peut donc pas se permettre de dire ouvertement que pour nous, le fait d’être homosexuel est une déviance qui n’est pas tolérable. »

Des propos qui valent à Sexion d’Assaut l’annulation de deux concerts : après avoir fait publiquement part de ses interrogations, la direction d’une salle qui devait accueillir un concert du groupe de rap le 13 octobre à Angers (Maine-et-Loire) a ainsi finalement décidé de l’annuler.

Rebelote peu après cette annonce : l’organisateur de spectacles C’Kel Prod, à Saint-Etienne, a également annulé le concert qui y était prévu le 16 octobre.

Dans un communiqué intitulé « Non au concert d’un groupe homophobe », la Ligue des droits de l’homme (LDH) a également demandé samedi l’annulation d’un concert du groupe, le 20 octobre, à Strasbourg. Selon la LDH, « il est inacceptable » de programmer des groupes qui « clament publiquement leur haine d’une catégorie d’individus et qui promeuvent une idéologie violemment discriminatoire ».

Des excuses jugées insuffisantes

« Après demande d’explications auprès du producteur des artistes, c’est avec beaucoup de circonspection que l’équipe du Chabada a accueilli le communiqué de démenti », expliquait François Jonquet, le directeur de la salle d’Angers, après les excuses de Lefa, un membre de Sexion d’Assaut.

Le communiqué suivant, signé au nom du groupe, n’a pas été jugé plus convainquant. « Comment interpréter une volte-face aussi spectaculaire autrement qu’en terme d’opportunisme de circonstance ? », s’interroge le patron de la salle.

De leur côté, les organisateurs de spectacles stéphanois estiment :

« Bien qu’ayant tenté d’amorcer une médiation, les tensions de plus en plus palpables, attisées ces derniers jours par des communiqués maladroits, ne nous semblent pas propices pour entamer ce travail sereinement et de surcroît dans un délai aussi court. »

A Angers, qui avait été l’une des villes où le concert était le plus ouvertement remis en question -comme dans cinq autres salles, selon le journal Sud Ouest-, le militant de l’association Quazar, Stéphane Corbin (qui collabore occasionnellement à TÊTU), estime intéressant que « des directeurs de salles, scandalisés par les propos mais aussi par les excuses bidons, décident d’eux-mêmes de ne plus faire jouer des musiciens, parce qu’ils sont opposés à leurs valeurs ».

« L’homophobie n’est pas une opinion, mais un délit »

Quant au message adressé au groupe :

« C’est une sanction publique, qui les touchera plus, sans doute, qu’une sanction juridique. Ils revendiquent une culture de macho et pensaient avoir le droit de tout dire. Ils devront s’apercevoir que ce n’est pas si simple : l’homophobie n’est pas une opinion, mais un délit. »

Et le porte-parole de la Fédération LGBT est certain que les annulations ne s’arrêteront pas à Angers. L’association démarre une campagne nationale d’envoi de courriers aux maires, préfets, procureurs et directeurs des salles de toutes les villes où devait se produire le groupe, pour les alerter sur de possibles troubles à l’ordre public.

Sexion d’Assaut a prévu quinze dates dès dimanche à Pau, puis à Rennes, Nantes, Toulouse, Montpellier, Lyon ou Bruxelles, avant un concert au Zénith de Paris le 5 novembre. Une option avait été prise pour un dernier concert à Bercy en mai 2011... qui semble aujourd’hui fortement compromis.



L’interview de Sexion d’Assaut dans International Hip-Hop (cliquez pour agrandir)

Photo et illustration : tournage d’un clip de Sexion d’Assaut (Fjludo/Flickr) ; l’interview de Sexion d’Assaut dans International Hip-Hop

En partenariat avec Têtu

Publié initialement sur
Têtu
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  • Autist Reading -
    Autist Reading - répond à une-chaise-a-tokyo
    In enculo cum vibro
    • Posté à 21h01 le 02/10/2010
    • Internaute 73535
      In enculo cum vibro

    Le rap, c’est la poésie de ceux qu’on a traité de merde toute leur vie.

    Grâce à vous, ce n’est pas prêt de s’arrêter.

  • pozdnychev
    pozdnychev répond à jeffouletofou
    de passage.
    • Posté à 21h06 le 02/10/2010
    • Internaute 43365
      de passage.

    Le fait d’exprimer publiquement des propos homophobes est un délit, certes. Qu’ils soient condamnés pour ça, mais je ne vois pas pourquoi on devrait les empêcher d’exercer leur métier en leur fermant les salles de concert. Si les gens veulent les sanctionner, qu’ils n’achètent pas leurs disques, point barre.

    Bientôt on va faire quoi ? On va empêcher Madame Michu d’être secrétaire parce qu’elle est raciste ? Vive la liberté d’expression à la française, pas vrai ?

  • RoxaneDeBellac
    RoxaneDeBellac
    étudiante salariée
    • Posté à 21h08 le 02/10/2010
    • Internaute 124104
      étudiante salariée

    Moi j’attends le jour ou on empêchera les groupes misogynes de monter sur scène ! Mais apparemment tout le monde s’en fou des femmes.
    Sinon ouais ça leur fera bien les pieds quand même ça me fait sourire ce billet.

  • MrChonks
    MrChonks
    beatsmith
    • Posté à 22h07 le 02/10/2010
    • Internaute 127293
      beatsmith

    Moi je me pose une question : Jusqu’où peut aller la liberté de penser et peut-on la filtrer, la contrôler ? Je sais c’est une question maintes fois posée mais ici elle me semble d’autant plus pertinente.

    Peut-on les empêcher d’être homophobes ? De ne pas l’assumer publiquement ?

    Il est évident que ce sont des beat-makers et rappeurs en carton doublés d’imbéciles en puissance, mais on ne peut pas les empêcher d’être homophobes. On peut juste contrôler leurs déclarations.

    La frontière entre ce qu’on a le droit de dire et la liberté d’expression est bien trop marqué pour un système démocratique je trouve.

  • A déménagé le 1-6
    • Posté à 22h22 le 02/10/2010
    • Internaute 61755

    de toute façon, sexion dassault sera vite oublié. c’est très mauvais.

  • Chele
    Chele répond à pozdnychev
    • Posté à 23h15 le 02/10/2010
    • Internaute 15104

    1. Le fait qu’ils soient musiciens n’est une obligation pour personne de les recevoir.
    2. Personne ne les empêche de bosser : les directeurs de salles qui se fichent de leur mentalité les accueillent sans problème.
    3. Il ne manque pas de salle en France. Il n’y a donc pas d’entrave à leur liberté d’exercer. Il y a juste quelques directeurs de salles qui n’ont pas envie de recevoir et de bosser avec des cons, ce qui est leur droit le plus élémentaire.
    4. Ils peuvent se produire dans les villes et les salles possédées par des fachos. Ah, merde, s’ils m’aiment pas les pédés, ils n’aiment pas les noirs et les arabes non plus. Dommaaaaaaage...
    5. Qu’ils achètent une salle pour se produire, les pauvres petits. Ils n’ont pas les sous ? Trop dur la vie...

    6. Note personnelle : ceux qui détestent les pédés détestent aussi les femmes (à part pour les soulager quand ils ont la trique, moment où elles deviennent un objet parfaitement fréquentable... quelques minutes). Après tout, les femmes ne sont que des pédés sans pénis. Et pas de pénis, c’est vraiment le crime le plus impardonnable pour ce genre de mec.