Les Inrocks 02/10/2010 à 10h58

Où est donc passé Frédéric Mitterrand ?

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Guillemette Faure | Journaliste


En partenariat avec LesInrocks.com

Le ministre de la Culture a rangé son costume de neveu turbulent. Après quelques polémiques (Polanski, « La Mauvaise Vie »...), il s’est coulé dans le moule institutionnel et évite maintenant les sujets qui fâchent.

« Google bombing... Google bombing... » En montant les marches vers son bureau, Frédéric Mitterrand répète ces mots, comme amusé par leur musicalité.

Quelques jours plus tôt, dans une question au gouvernement, Jacques Remiller, député UMP de l’Isère, a demandé au ministre de la Culture ce qu’il pensait de la manip de référencement qui conduit directement sur la page Facebook de Nicolas Sarkozy quand on tape « trou du cul ». Vous ne savez pas ce qu’est le « Google bombing » ? Le ministre qui a fait voter la loi Hadopi non plus sans doute.

Dans son livre « Le Festival de Cannes », Frédéric Mitterrand confesse :

« Je prends un air entendu quand on parle d’Internet autour de moi et m’arrange en douce pour confier à des personnes de confiance le soin d’interroger à ma place la précieuse encyclopédie des temps modernes. »

« Mais c’était il y a longtemps ! », rappelle-t-il quand on mentionne l’ouvrage publié en 2007. « J’ai progressé ! »

C’est vrai. Dans son bureau du ministère, Frédéric Mitterrand sait parler de Google avec modération. Il cite Larry Page, répète qu’il n’y aura « pas de diabolisation » du géant d’Internet tout en souhaitant « une stricte protection du droit d’auteur ».

Frédéric Mitterrand se rêve en homme de dossiers

Où est passé Frédéric Mitterrand ? Il ne fait plus de vagues. Le discours sur Google fait partie de ses derniers efforts pour se couler dans le costume du ministre qui ne crée pas de polémiques. Il cite des rapports commandés, évoque son plaisir à discuter avec les gens de son cabinet (à l’exception des conseillers presse et cinéma, tous ont été renouvelés après le départ de Christine Albanel) et regrette d’avoir été « peopolisé » par les médias.

Oubliés le scooter, Polanski, « La Mauvaise Vie »... Frédéric Mitterrand se rêve en homme de dossiers. On ne l’a pas entendu sur l’affaire Bettencourt. « Je déteste cette histoire », dit-il. Il connaît François-Marie Banier depuis longtemps.

« J’étais en classe avec lui. Je connais sa personnalité. » Et, reprenant ses habits publics, « il fait des photos formidables, comme celles du Paris Match consacré à Mastroianni ».

Frédéric Mitterrand est cité de façon anecdotique dans les enregistrements du majordome, selon deux personnes qui les ont écoutés : un petit concert privé doit être organisé chez Liliane Bettencourt et il est question d’inviter Frédéric Mitterrand. La milliardaire a besoin de se faire expliquer de qui il s’agit.

« Je connais très bien madame Bettencourt. Une femme parfaitement honorable qui a veillé toute sa vie à ce que L’Oréal reste une société française alors qu’elle aurait pu la vendre à Revlon ou d’autres. Elle avait le droit de finir sa vie dans une atmosphère plus paisible. »

Cette histoire le remue manifestement. « Au fond, tout est triste. »

La liberté dans les chaussettes

Frédéric Mitterrand n’a pas fait semblant de se demander s’il allait envisager de démissionner à propos des expulsions des Roms. « Pas d’états d’âme », a-t-il résumé sur RTL. Interrogé sur la plainte du Monde contre des écoutes dans le cadre de l’affaire Bettencourt, il répond qu’il ne peut pas imaginer une chose pareille :

« Aucun gouvernement n’a fait autant pour la presse que le gouvernement actuel. »

Comme le résume son célèbre prédécesseur Jack Lang, Frédéric Mitterrand « n’a commis aucune infraction à la solidarité gouvernementale ». D’ailleurs, l’intéressé assume l’exercice :

« Quand j’ai décidé de devenir ministre, j’ai su clairement que je serai le ministre de la Culture de Nicolas Sarkozy, et pas celui de Ségolène Royal qui s’est présentée contre lui. J’en ai tiré les conséquences. »

Il est assez rare, pendant une interview, d’être hypnotisée par les chaussettes de son interlocuteur. Mais là, en contemplant les joyeux damiers colorés aux chevilles du ministre sérieux et discipliné, on ne peut s’empêcher de penser qu’il a la liberté dans les chaussettes.

Comment a-t-on pu imaginer, il y a quinze mois, qu’un électron libre débarquait au gouvernement ? En repensant au Frédéric Mitterrand de 1990 ? Celui qui posait son Sept d’or là où il estimait le service public rendu : à terre ?

A l’évocation de ce souvenir, il répond :

« Vous me parlez de ça, mais c’est Jurassic Park ! C’était il y a vingt ans. Je n’étais pas du tout dans la même situation. »

Il se souvient aussi qu’il l’a payé après : « J’étais considéré comme un type dangereux. »

Mitterrand, simple ambassadeur ?

Aujourd’hui, il fait tout son possible pour ne pas être dangereux et s’applique à être discret. « Quand on m’appelle monsieur le ministre, j’ai toujours l’impression que Jack Lang va surgir derrière moi », a-t-il plaisanté (la phrase lui a valu le prix des internautes du Press Club).

En l’occurrence, c’est plutôt Nicolas Sarkozy qui surgit dans le domaine culturel, qui décide de placer Rémy Pflimlin à la présidence de France Télévisions, qui annonce l’installation de la Maison de l’histoire de France dans l’actuel bâtiment des Archives nationales quand Frédéric Mitterrand souhaitait un nouvel édifice, son dernier grand dossier.

« Tout est décidé à l’Elysée. Les ministres sont plutôt des ambassadeurs », résume Christophe Girard, chargé de la culture à la mairie de Paris.

Pour prouver qu’il a plus de latitude qu’on ne pourrait croire, Frédéric Mitterrand souligne qu’il a « réussi à obtenir la nomination de Mathieu Gallet [à la tête de l’INA] alors qu’il était jeune » -c’était en mai. Et puis après tout, rappelle-t-il, les autres présidents se sont eux aussi toujours montrés très interventionnistes :

« François Mitterrand était le ministre [de la Culture] de François Mitterrand et Jack Lang participait. »

Le ministre au nom de Très Grande Bibliothèque est aujourd’hui le deuxième ministre le plus populaire du gouvernement, d’après un sondage OpinionWay du début septembre. Certes, ce sont les autres qui ont baissé. Mais derrière Jean-Louis Borloo, Frédéric Mitterrand recueille 54% d’opinions positives.

Pour Bruno Jeanbart, d’OpinionWay, c’est un score typique « des ministres qui sont connus et pas trop présents dans le débat », catégorie éminemment kouchnerienne.

« Loin des polémiques sur son livre, il reste l’homme qui a été vu à la télévision avec son “Bonsoaaar !” “, analyse le député UMP Eric Raoult (sachez que ce dernier imite très bien Frédéric Mitterrand).

Et pour la droite, ‘c’est pas un transfuge, c’est pas Danielle Mitterrand qui serait passée à droite. Et c’est pas Besson : c’est un ministre de mission plus que de revanche.’

Un ministre qui a séduit la droite

Plus surprenant, alors que le battage autour de ‘La Mauvaise Vie’ était supposé lui avoir aliéné une certaine frange conservatrice, Frédéric Mitterrand recueille 65% d’opinions favorables à droite. ‘On disait qu’il y avait des tas de gens très choqués dans la majorité’, se souvient-il aujourd’hui. Mais il se dit ‘frappé par la solidarité exprimée’.

Pour Eric Raoult, son ami ‘a été profondément blessé que ce soit le porte-parole du PS, Benoît Hamon, qui reprenne les arguments de Marine Le Pen, il n’arrêtait pas de nous en parler’.

Des députés, il y a ceux qu’il connaît de l’époque où il sortait son chien rue de Courty à côté de l’Assemblée nationale et déjeunait au Concorde, QG parlementaire.

Le ministre est à l’aise avec ses copains de droite, ‘l’UMP, c’est le peuple autant que les socialistes. La culture, c’est toute la France’.

Confort à droite et/ou approche d’un remaniement, le ministre assiste régulièrement aux réunions de la majorité. On l’a vu assis au deuxième rang derrière Xavier Bertrand aux journées parlementaires de l’UMP.

Dans son livre ‘Carla, une vie secrète’, Besma Lahouri raconte que Nicolas Sarkozy aurait voulu démettre Frédéric Mitterrand de ses fonctions après l’affaire Polanski. ‘C’était compter sans la bonne fée Carla, qui a usé de toute son influence pour le faire rester’, écrit la journaliste citant un haut fonctionnaire du ministère.

‘Je l’apprends’, assure Frédéric Mitterrand, qui jure ‘ne pas lire les livres trash, à part ceux qui concernent les actrices des années 30’. Et puis un sourire :

‘Plus il y aura de gens qui demandent que je reste au gouvernement, plus je serai content.’

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  • Xavier Denamur
    Xavier Denamur
    Restaurateur
    • Posté à 11h53 le 02/10/2010
    • Internaute 48550
      Restaurateur

    Après le méchant tonton, le gentil toutou !

  • favola
    favola
    artiste
    • Posté à 12h07 le 02/10/2010
    • Internaute 74675
      artiste

    Ce qui « remue » Frédérick Mitterrand, c’est ce qui arrive à cette pauvre Liliane Bettencourt.... mais par contre sur la circulaire de Grenoble et les roms, là circulez, y’a rien à voir.... Pas d’état d’âme ! !
    Etre le sous fifre d’un président que le monde entier, à juste titre, montre du doigt pour sa politique d’extrême droite inacceptable ne l’émeut pas une seule seconde.....
    Ce qui compte pour lui, c’est comme pour Carla Bruni, sa grande copine, c’est profiter un max du fric et du pouvoir que sa position lui donne et placer ces copains là où ça lui chante !

    Que des milliers d’intermittents du spectacle vivant (dont nombre d’entre eux se retrouvent à la rue après 30 ans de métier !) perdent leur statut et se retrouve au RSA, il s’en fout... Lui, il monte les marches de Cannes en regardant si son reflet dans les appareils photo des paparazzi lui renvoie une jolie image de sa tronche aux côtés de Jean Reno ! ! ! !

    Ce type ne connait même pas un dizième des dossiers qu’il a gérer.... Il restera comme le fossoyeur de la Culture française et le cire pompes de la Sarkosie.....
    Honteux et lamentable ! ! ! !

  • PoG
    PoG
    Etudiant.
    • Posté à 12h14 le 02/10/2010
    • Internaute 70681
      Etudiant.

    Bon et finalement, un politique qui ne s’enfonce pas bêtement dans les polémiques « moi je soutiens le prez comme un mouton » ou « moi je ne soutiens pas le prez ce gros vautour » sans argument autre que la mauvaise foi (d’un coté ou de l’autre hun), c’est quand même assez rafraichissant.

    J’aime beaucoup son honnêteté. Quand il a défendu Hadopi, il était celui qui avait les arguments les moins malhonnêtes, les moins stupides. Je me demande s’il l’aurait défendu d’ailleurs, s’il n’avait pas été un ministre de Sarkozy. A la télé, on lui avait demandé ce que signifiait « HADOPI ». Il ne savait pas, il a sourit, a gardé son calme et a expliqué que « quand un terme devient générique, on oublie ce qu’il veut dire ». Tout le monde sur le net l’a descendu en flame de ne pas savoir, mais finalement, parmi ceux qui le descendait, qui Savait ? Très peu de monde...

    Bon, après, ok c’est un vendu. Mais ca ne change rien au fait que c’est surement le moins pire.

  • kk
    kk
    au vert
    • Posté à 12h20 le 02/10/2010
    • Internaute 13480
      au vert

    Probablement avec Morano, Amara, Kouchner, Devedjian, Apparu, Nora, Bockel, Bussereau, Daubresse, Falco, Idrac, Jouano, Lelouche, Letard, Marleix, Mercier, Novelli, Penchard, De Rincourt, Yade .
    Tous ministres.
    Mais que font-ils ?
    Où sont-ils ?

  • nemo3637
    nemo3637
    Déchoukeur
    • Posté à 12h59 le 02/10/2010
    • Internaute 44521
      Déchoukeur

    S’il est intelligent - et il est loin d’être stupide - il doit se demander comment quitter le navire avant qu’il ne soit trop tard. Car cela risque de mal tourner....

  • egide
    egide
    Littéral
    • Posté à 18h30 le 02/10/2010
    • Internaute 45067
      Littéral

    Le ministre de la communication culturelle fait son boulot de lobbyiste, «  miraculeusement  » chargé des lois et règlements au plus grand profit de ses meilleurs clients (au sens politique du terme), les filiales multimédia du CAC40. Et, accessoirement, il contribue à la l’exclusivité de l’exploitation des droits d’auteur au profits des ayant-droits.

    En ce qui concerne l’exploitation de la xénophobie par le gouvernement et le président de la République, ses déclarations calomnieuses à propos de «  la face noire  » des américains et l’aversion de Google ouvertement partagée par tous les membres du ministère de la Culture, il n’est évidemment pas en reste.

    L’exception culturelle avec Frédéric Mitterand prend tout son sens de cache-misère de la culture française déclinante et vouée à l’effondrement lent des nations obtuses et réactionnaires.

    Tout ce que l’état français touche s’effrite inexorablement et les libertés déclinent tandis que les intérêts particuliers font office de grand cause nationale  :

    La presse, toute la culture, les arts, les sciences et la littérature sont réduits aux stricts acquêts, des produits médiocres, simples dérivés de leur patrimoine jadis glorieux.

    Ce qui est amusant avec le neveu de Mitterand, ce «  fils prodique  » du conservatisme, les supposés turpitudes qu’on lui prêtent sont associées à un passé d ’artiste maudit qui font que cet homme de droite passe pour un gauchiste repenti  !

    Le ministère de la Culture depuis son invention par André Malraux semble voué à être dirigé par des faussaires ou pseudo-aventurier(e)s.

    Même pendant la monarchie absolue de Louis XIV, on n’a vu pas la culture française livrée à un clientélisme si effréné et tellement délétère  !