A débattre 28/09/2010 à 18h49

Samsung, le mécène high-tech omniprésent du Petit-Palais

Capucine Cousin | Journaliste


Illustration : « La Nuit étoilée sur le Rhône » de Van Gogh, 1888 (Wikimedia Commons).

Le constructeur sud-coréen a monté une ambitieuse exposition qui allie toiles de maîtres et nouvelles technologies, et inaugure un mécénat d’un nouveau genre. Trop exclusif ?

Les détails en gros plan de « La Nuit étoilée » de Van Gogh avec les étoiles qui scintillent tout en entendant le ruissellement de l’eau, une plongée en 3D dans « L’Enfant au toton » de Jean-Baptiste Chardin…

« Révélation »
, exposition très high-tech qui s’est ouverte au Petit-Palais à Paris lors des Journées du Patrimoine le 18 septembre, explose les codes des « expos » classiques. Et inaugure un mécénat d’un nouveau genre. Avec toute l’ambiguïté que cela peut laisser supposer.

L’art classique, star de courts-métrages sur écran LED et 3D

Jusqu’au 17 octobre, « Révélations » présente 40 classiques de la peinture du XVe au XXIe siècle : des toiles de Cézanne, Courbet, David, Delacroix, Gauguin… de manière un peu particulière.

Des copies de ces œuvres sont présentées avec, à côté, leur version animée sur la dernière génération des écrans LED de Samsung, de grande taille (46 et 55 pouces).

Des films en streaming de près de cinq minutes, avec animation sonore, s’attardent sur tel ou tel détail de la toile, en gros plan. Deux œuvres (« L’Enfant au toton » de Chardin et « L’Ile des morts » de Böcklin) sont même présentées sur des écrans 3D.

Samsung : « Rendre l’art plus accessible [...] aux jeunes »

Si le concept est technologiquement séduisant, on aura jamais vu une marque être si (omni)présente dans une expo culturelle. Comme beaucoup d’autres marques, Samsung se prêtait jusqu’à présent à du mécénat culturel, par des dotations de produits ou du mécénat classique -qui, d’après la loi du 1er août 2003, permet au mécène de bénéficier d’une réduction d’impôts de 60%.

Là, elle va bien plus loin.

Pour la première fois, une expo a un seul et unique commanditaire, Samsung, qui finance l’ensemble de l’opération. C’est avec son agence de relations presse en France, Henry Conseil, ainsi que deux studios spécialisés dans la création numérique, Laforme et Snarx, qui a conçu cette expo.

Chez Samsung, le discours est bien rodé :

« Nous avons rencontré les responsables du Petit-Palais pour monter ce projet. Avec pour objectif de rendre l’art plus accessible, autant aux amateurs, qui peuvent “ entrer ” dans les œuvres, qu’aux jeunes qui ont grandi avec des écrans », explique Florence Cattel, directrice des relations publiques chez Samsung Electronics France.

Réinterprétation ? « Nous avons travaillé avec le conservateur »

Ce qui risque de faire frémir les puristes de l’art… Car il y a bien une réinterprétation des œuvres avec ces courts-métrages. Et le fait qu’un géant industriel sud-coréen revisite ainsi des pépites de l’art classique européen est en soi vertigineux…

« Nous avons travaillé avec le conservateur pour chaque œuvre vidéo, et nous avions des notions historiques et techniques pour chaque tableau. On a scénarisé ce qu’il se passe pour apporter un éclairage, souvent en s’appuyant sur des avis convergents », argumente Olivier Saignes, co-fondateur de Laforme.

Dans le cas des « Ambassadeurs » de Hans Holbein, la réécriture numérique prend tout son sens : on y comprend progressivement l’anamorphose du crâne, en le retournant pour tenter d’en percer le mystère.

Retour sur image garanti à (très) grands frais

Du même coup, Samsung s’offre une image de marque de mécène d’un nouveau genre -mais avant tout une opération de communication de premier ordre…

Le coût de l’opération ? No comment. Mais clairement, Samsung Electronics France n’a pas hésité à faire grands frais : il a couvert l’ensemble des frais pour cette expo, d’ailleurs d’accès gratuit.

« Nous assurons un mécénat de compétences, en finançant l’accrochage, une dotation de certains équipements audios et vidéos, et une dotation de produits », précise Florence Cattel.

Pour autant, fine mouche, Samsung France a déjà prévu des « produits dérivés » à partir de ces 40 créations artistiques.

« Huit des films sont visibles sur le micro-site dédié à l’expo, et les 40 seront bientôt accessibles aux détenteurs de téléviseurs Samsung connectés à Internet, via notre plateforme d’applications (Appstore) Samsung Apps », détaille Florence Catel.

Résultat : un retour sur image garanti. Plus marquant qu’une simple pub, plus habile qu’un simple prêt d’écrans plats, il permet littéralement à Samsung d’en mettre plein la vue des visiteurs. Potentiellement des futurs acheteurs desdits écrans, qu’ils auront ainsi (presque) testés. Et de se positionner comme maîtrisant les technologies dernier cri, en montrant les capacités de ses téléviseurs.

Car Samsung s’offre un coup de pub de dimension bien plus importante que ses concurrents. Tel Toshiba, qui s’est improvisé mécène d’expo pour la première fois, en fournissant des écrans plasma pour l’exposition dédiée à Jimi Hendrix, qui se tient en ce moment à la Galerie Renoma.

Révélations exposition au Petit-Palais, Paris, jusqu’au 17 octobre - entrée libre - du mardi au dimanche de 10h à 18h - nocturne le jeudi jusqu’à 20h.

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  • Mme Berthe
    Mme Berthe
    grmbl
    • Posté à 19h33 le 28/09/2010
    • Internaute 113627
      grmbl

    Bonté divine ! (si vous me permettez l’expression).

    Alors, sous prétexte que les « jeunes [ont] grandi avec des écrans », il faudrait leur supprimer toute possibilité d’imaginer, toute velléité de créativité artistique ? Se poser devant un tableau et le laisser murmurer à l’oreille de l’imaginaire est un acte de création artistique, mater un film à la téloche, non.

    Sinon, à force qu’on nous en rebatte les oreilles, en lisant le titre j’ai cru qu’on nous parlerait encore de Sarkozy : sans doute à cause de « omniprésent » et de « Petit-Palais » - du moins certainement pas à cause de « high-tech »...

  • a déménagé le 18 octobre 2010
    • Posté à 20h11 le 28/09/2010
    • Internaute 114231
      heum

    Cette expo était programmée pour les journées du patrimoine au Petit Palais à Paris, c’était une expo gratuite, une grande innovation parfaitement réussie.
    J’ai eu le grand plaisir de voir cette exposition présentée comme une étude numérique des grandes toiles de maître. Il n’y avait aucune oeuvre originale, que des copies sur toile avec des présentations détaillées sur des écrans plats. Il faut arrêter de voir le mal partout, c’est une belle approche des grands peintres, une très belle invitation qui donne envie de voir les peintures originales dans les musées. Si c’est samsung qui finance cette expo, on ne peut que s’en féliciter, je ne comprends pas vos peurs ?
    C’est grâce à cette exposition que j’ai découvert un grand tableau de Georges de La Tour « Saint Joseph charpentier ». J’ai tout de suite cherché à savoir où je pouvais voir la peinture originale, elle se trouve au musée du Louvre. Alors ne crachez pas trop vite sur l’innovation au service de l’art, les noms des mécènes et des entreprises mécènes sont gravés sur les murs du musée du Louvre et cela ne choque personne.