A la une 25/09/2010 à 12h20

Fillon marque sa différence : « Sarkozy, pas mon mentor »

Julien Martin | Ex-Rue89


François Fillon aux journées parlementaires de l’UMP vendredi à Biarritz (Régis Duvignau/Reuters)

Il ne sait toujours pas de quoi sera fait le remaniement prévu en octobre, mais il ne veut pas s’en faire. François Fillon poursuit son entreprise de différenciation avec Nicolas Sarkozy. Moyen : apparaître comme la force tranquille de la droite. Objectif : préparer l’après-Matignon, pour maintenant ou pour plus tard.

Un nouvel acte de cette pièce se jouera dimanche à 13h15 sur France 2. Un entretien déjà enregistré, dont Le Figaro publie ce samedi quelques extraits. Loin de fustiger ouvertement le Président, il prend ses distances tout en nuances.

Le simple « collaborateur » qu’il était, aux dires du chef de l’Etat, au début du quinquennat, refuse aujourd’hui d’apparaître comme un suiveur :

« Avec Nicolas Sarkozy, notre histoire, c’est l’histoire d’une alliance. J’ai accepté, j’ai choisi de le soutenir et de faire alliance avec lui, parce qu’il m’a semblé que c’était le meilleur candidat pour gagner les élections présidentielles. Je pense que je ne me suis d’ailleurs pas trompé. Donc Nicolas Sarkozy n’a jamais été mon mentor. » (Voir la vidéo de BFM TV)

« Des gens mériteraient d’être plus discrets »

Dans le style, d’abord. Loin du paisible élu de la Sarthe l’idée de faire partie de cette droite ostentatoire et décomplexée initiée par le pensionnaire de l’Elysée. Il ne mentionne pas le nom du Président, mais sourit en le disant :

« Je pense qu’il y a des gens qui mériteraient d’être plus discrets. »

Sur le fond, ensuite. Il entend, lui, « se forcer à être moins discret ». On l’a vu cet été. Après des semaines de silence sur l’offensive sécuritaire de la droite, François Fillon est sorti fin août de son mutisme, en se démarquant dans un communiqué de la politique de Nicolas Sarkozy et consorts sur la question des Roms :

« La lutte contre l’immigration irrégulière ne doit pas être instrumentalisée de part et d’autre. »

Un essai transformé, qui fait tache d’huile jusqu’au sein de l’UMP. Vendredi encore, aux journées parlementaires à Biarritz, le sénateur Jean-René Lecerf, secrétaire national du parti en charge de la Justice, a publiquement fustigé cette agitation sécuritaire :

« Ce que je ne comprends pas, c’est que le même gouvernement, à un an d’intervalle, remette en cause des lois qu’il a contribué lui-même à faire voter et qui, pour l’essentiel, ne sont même pas encore en application. »

« Je ne recommencerai pas au bas du terrain »

Pas sûr que cet entretien accordé à France 2 aura l’heur de plaire au chef de l’Etat, qui y verra son Premier ministre décontracté, à l’opposé de sa stratégie de mise sous pression du gouvernement, illustrée par l’annonce quatre mois à l’avance d’un prochain remaniement.

Mais François Fillon a besoin de confirmer sa popularité et d’asseoir sa stature pour le futur, qu’il quitte Matignon au moins d’octobre ou à la fin du quinquennat. Autant vis-à-vis de ses concurrents à l’UMP, tel Jean-François Copé qu’il n’hésite pas à recadrer, que du Président.

Une fois la rupture devenue définitive avec Nicolas Sarkozy, il pourra alors mettre en pratique ses envies. Pour l’heure, il se contente de préciser ce qu’il ne veut pas faire :

« Il ne faut pas refaire la même chose. Cela fait trente ans que je fais de la politique. Je ne repartirai pas de zéro. Je ne recommencerai pas au bas du terrain. »

Comprendre : ne pas s’attendre à le voir retrouver sagement son siège de député de la Sarthe à l’Assemblée nationale. On le dit intéressé par la mairie de Paris en 2014, voire le palais de l’Elysée en 2017. Commentaire :

« Il faut savoir se fixer un nouveau challenge, savoir se dépasser. »

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  • Jean Picard
    Jean Picard
    Cadre
    • Posté à 12h44 le 25/09/2010
    • Internaute 127031
      Cadre

    François Fillon a besoin de se démarquer.

    Il n’est pas le commandant en second du Titanic qui s’échouera définitivement en 2012.

    Si Sarkozy avait moins d’ego et plus de vision, il lui passerait la main pour les prochaines présidentielles.

    Car depuis 2007, sa popularité et sa modération ne se sont jamais démenties.

    Le premier ministre ne suit pas les mêmes courbes que le président.

    Alors, il serait bon qu’il se mette en réserve.

    De Villepin ou DSK en 2012, mais il y aura 2016.

    Cet homme jure dans la majorité présidentielle.

    Il a été un bon soldat ; il est temps qu’il prenne du gallon.

  • Malzieux
    Malzieux
    Ex-chomeur
    • Posté à 12h50 le 25/09/2010
    • Internaute 124404
      Ex-chomeur

    C’est un homme de conviction, cela se sent.
    Il sait dire non au peuple quand le chef dit non et est muet le reste du temps.
    Avec lui la Sarthe se donne l’image d’un département jeune, vivant et ouvert aux autres. Le rôle de premier sinistre lui va à merveille.

  • A déménagé le 02-02-2012-2
    • Posté à 12h57 le 25/09/2010
    • Internaute 82025
      non connue

    Depuis longtemps, François Fillon profite, sans qu’il y soit pour grand chose, de l’effet de contraste avec Sarkozy.
    Il parait calme, mais à côté de Sarkozy qui parait excité ?
    Il est discret, mais à côté de Sarkozy qui est vaniteux ?
    Il gère le moyen terme, mais à côté de Sarkozy qui est éphémère ?
    Il a la même taille que Sarkozy, mais n’en fait pas un complexe, etc.

    Et puis, n’oublions pas que depuis De Gaulle, inclassable, tous les présidents de la Vème étaient passés par la case premier ministre. Une sorte d’épreuve obligée de réalpolitique, face à la responsabilité de tout ce qui passe mal, épreuve de travail et d’humiliation aussi.

    Sarkozy, au delà de son profil psychologique vraiment effrayant, a démontré à quel point ce passage peut être utile, ne serait-ce que pour respecter les institutions.
    Souvenez-vous de ses caprices de prise de pouvoir, par rapport au premier ministre :
    - c’est moi qui représente la communication de l’exécutif, pas le premier ministre,
    - c’est moi qui récupère le pavillon de la Lanterne, pas le premier ministre,
    - moi aussi j’aurai un salaire aussi élevé que le premier ministre,
    - moi aussi j’aurai le droit de m’exprimer devant le Parlement,
    - moi aussi j’ai mon propre gouvernement, etc.

    Alors, quelqu’un d’aussi terne que Fillon, en détonnant bon gré mal gré par rapport au président, finit par exister.

  • miles.v
    miles.v
    Matheux
    • Posté à 12h57 le 25/09/2010
    • Internaute 80105
      Matheux

    Je comprends qu’il ressente le besoin de marquer sa différence sur la forme car, idéologiquement, il y en a vraiment très très peu. ( la réforme des retraites en 2003 où certains syndicats auraient dû lire les petites lignes c’est lui)
    Et, s’il est, dans les apparences, moins bling bling, n’oublions pas qu’il utilise aussi massivement les avions du gouvernement pour se déplacer (se rappeler de l’incident avec un avion de tourisme alors qu’il rentrait de weekend de la Sarthe) ainsi que son gout pour les grosses cylindrées.

  • Léo01
    Léo01
    étudiant
    • Posté à 13h44 le 25/09/2010
    • Internaute 76182
      étudiant

    Disserter sur Fillon est une perte de temps, autant pour le journaliste que pour le lecteur.

    Cet homme n’a aucun pouvoir dans la constitution actuelle. Le Premier ministre voit tout au plus quelques dossiers secondaires passer sur son bureau. Il n’a d’influence sur rien, il ne détermine aucun aspect de la politique du pays.

    Il est là, il rassure, mais il ne fait toujours rien. Pas plus aujourd’hui qu’hier.

    Voir la presse s’extasier sur ce timide début d’émancipation est assez drôle en fait. Alors que ça fait trois ans qu’on attend qu’il dise ses quatre vérités à Sarkozy.

  • Jean Picard
    Jean Picard répond à 101.7
    Cadre
    • Posté à 19h19 le 25/09/2010
    • Internaute 127031
      Cadre

    Depuis le quinquennat, le rôle de premier ministre n’a plus sa place, surtout lorsque les présidentielles coïncident avec les législatives.

    C’est de l’Elysée que tout se règle (ou stagne) si tant est que le président a une majorité au Palais Bourbon et accessoirement, au Palais du Luxembourg.

    Ce serait différent en cas de cohabitation.

    Alors, ou bien l’on va vers un système présidentiel à l’américaine, sans PM ou l’on revient au septennat ;