A la une 25/09/2010 à 16h40

Facebook se veut seule « Face » et seul « Book » au monde

François Krug | Journaliste Rue89



Le logo Facebook détourné (Fatal Pascal/Rue89)


Facebook a-t-il le monopole des noms en « book » ? Le réseau social américain exige que le site français Stupidbook change de nom. Pas parce qu’il reproduit les échanges les plus idiots sur Facebook, mais parce que son nom se termine lui aussi en « book ».

Eco89 vous avait raconté, en mai 2009, l’histoire de Facedebouc, un site humoristique ne proposant que des photos et des textes sur les boucs. Les avocats de Facebook en France avaient exigé que le site change de nom. Sans succès pour l’instant.

Facebook vise maintenant un autre site humoristique français, Stupidbook. Celui-ci a été lancé au début de l’année par deux étudiants en marketing et en droit, âgés de 21 et 22 ans. Le principe ? Des copies d’écran des statuts et des échanges les plus idiots sur Facebook.

« Book », un « élément distinctif » de la marque Facebook ?

Le 29 juin, un avocat du même cabinet, Law Offices Kopacz, adresse un premier courrier à l’un des deux fondateurs de Stupidbook. Il évoque « un risque de confusion et de dilution » pour Facebook :

« En effet vous reprenez l’élément distinctif “book”.

De plus, l’écriture utilisée est très similaire à celle utilisée pour la marque “Facebook”.

L’utilisation de “Stupidbook” constitue un avantage injustifié et cause un préjudice au caractère distinctif et à la réputation de la marque de notre client [...].

Enfin l’ensemble de votre site constitue une campagne de dénigrement
du site et de la marque Facebook. Le but mercantile de votre site est
démontré par les nombreuses publicités et prouve la volonté de votre
site de s’inscrire dans le sillage de la notoriété du site Facebook et
de faire un profit en le dénigrant. Ceci est constitutif d’actes de
concurrence déloyale et parasitaire. »

« Le mot “book” ne leur appartient pas »

Les créateurs de Stupidbook décident alors de retoucher légèrement la typographie de leur logo, de renoncer au slogan « Facebook vous rend stupide » et de préciser en bas de la page d’accueil que leur site n’a aucun lien avec Facebook.

Ils refusent cependant la principale exigence de Facebook : changer de nom. Selon eux, le mot « book » (« livre ») est trop courant pour être considéré comme un « élément distinctif » de la marque Facebook (« trombinoscope » en anglais). L’un d’entre eux, qui a souhaité rester anonyme, nous explique :

« Le mot “book” ne leur appartient pas, et on ne leur prend pas de la parts de marché, car on n’est pas un réseau social. »

En droit, un « élément distinctif » est une expression ou un signe que le consommateur associerait immédiatement à une marque. Par exemple, un site d’information au nom se terminant en « 89 » pourrait être soupçonné de vouloir s’approprier un « élément distinctif » de la marque Rue89.

A son échelle, plus modeste que celle de Facebook, Stupidbook serait un succès : entre 2 000 et 4 000 visiteurs et 10 000 pages vues par jour, selon son cofondateur. Les deux étudiants, appliquant leurs cours de marketing, ont su faire monter le buzz, par exemple via des sites comme Chauffeur de buzz.

Ils contestent point par point l’argumentation de Facebook. La « concurrence déloyale » ? Stupidbook n’est pas un réseau social. Le « dénigrement » ? Ils défendent le droit à la parodie. Le « but mercantile » ? « L’hébergement coûte quelques centaines d’euros par an, donc au mieux, on fait un euro de marge avec les pubs. »

Renoncer aux noms en « face » et en « book »

Le 24 août, l’avocat adresse un nouveau courrier aux créateurs de Stupidbook. Cette fois-ci, il s’agit d’un « accord » de sept pages, en anglais et en français, qu’ils n’ont plus qu’à signer et poster : la signature du directeur juridique adjoint de Facebook, Michael Richter, y figure déjà.

Cet « accord » réserve à Facebook non seulement les noms en « book », mais aussi en « face » :

« [X] confirme qu’il ne possède ou n’utilise aucune autre marque, aucun autre nom ou autre signe distinctif qui inclut les éléments “Facebook”, “face”, “book” ou tout autre élément susceptible de créer un risque de confusion avec “Facebook”, seul ou en combinaison avec d’autres lettres, mots ou signes. »

En France, deux sites proposent également un « best of » de Facebook, mais en jouant sur le mot « face » : Facegroupe et Faceploucs. Leurs créateurs nous assurent ne pas avoir été contactés, pour l’instant, par les avocats du réseau américain.

Aux Etats-Unis, justement, Facebook mène la même offensive. Sous sa pression, le site de voyage Placebook s’est rebaptisé Triptrace. Lui aussi visé, Teachbook défie Facebook : ce réseau social pour enseignants refuse de changer de nom.

Au cabinet Kopacz, l’avocat auteur des courriers adressés à Stupidbook a refusé de répondre à nos questions. Contacté à plusieurs reprises, Facebook n’a pas donné suite à nos sollicitations.

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  • 69 réactions
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  • beranger
    beranger
    chimère
    • Posté à 17h31 le 25/09/2010
    • Internaute 117440
      chimère

    Mais non, l’« élément distinctif book » n’est pas le mot book, mais le mot book écrit avec la même police que dans Facebook ! Regardez attentivement les logos de Stupidbook et Facebook !

    Face-de-con-book m’énerve, mais dans ce cas, Stupidbook n’a pas le droit d’écrire « book » avec le même font que dans Facebook !

  • Pi.K
    Pi.K répond à Gaston le roux
    Vilain Parisien
    • Posté à 18h09 le 25/09/2010
    • Internaute 105016
      Vilain Parisien

    En supposant que la plainte soit fondée (sur la forme comme sur le fond), la question du droit devient assez secondaire. C’est une sorte de « zone grise », entre le droit à la parodie, le droit de citation et la propriété intellectuelle et commerciale. Une affaire de techniciens du droit, capables de faire la lecture la plus vicieuse et astucieuse de tel ou tel article.

  • Airinys
    • Posté à 20h40 le 25/09/2010
    • Internaute 52467

    Quelle arrogance.

    Quoiqu’il en soit, cette boite finira par n’être qu’un acteur anecdotique du Net dans peu de temps. Les ados qui ont fait son succès, vont grandir et auront d’autres occupation que « poker ».
    Surtout que l’amertume va grandir lorsqu’ils seront discriminés à l’embauche à cause des toutes ces conneries dégueulées en ligne.

  • Quentin Pirlot
    Quentin Pirlot
    Indépendant
    • Posté à 21h36 le 26/09/2010
    • Internaute 127164
      Indépendant

    Nous avons vécu un épisode similaire avec le nom d’une agence de conseil en communication sur les réseaux et que nous avions appelée initialement « FaceBiz ».
    Le service juridique de Facebook (EU) nous a téléphoné et expliqué que l’utilisation de ce nom ne pouvait pas nous être interdit mais que, en revanche, leurs conditions générales d’utilisation interdisait d’avoir une Fan Page à ce nom.
    Bref, nous pouvions exister mais pas sur Facebook. Impensable dans ce cas précis.
    Ils ont été assez cool et nous ont laissé le temps nécessaire pour réagir mais assez clair aussi sur l’issue finale en cas de mésentente : la suppression de la Fan Page.
    Autre point amusant, ils nous ont signalé que le logo Facebook ne peut JAMAIS être utilisé (nous l’avions placé dans une video générale de présentation des réseaux). Le nom peut évidemment être cité mais uniquement dans la même typo que le reste du texte. Leur inquiétude majeure est que leur nom commercial tombe dans le domaine public par une utilisation trop régulière comme simple « mot » (ex : Frigidaire).
    Bref, tout ceci rappelle à ceux qui auraient tendance à l’oublier que Facebook n’est pas que une (r)évolution technologique et sociale mais avant tout une entreprise commerciale avec des enjeux financiers conséquents.

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