décryptage 25/09/2010 à 19h58

Cyberguerre : un général veut un deuxième Internet aux Etats-Unis

Pierre Haski | Cofondateur Rue89


Couverture de « Cyberwar »

Pour certains, la cyberguerre est un sujet de scénario de films de science fiction ; pour d’autres, c’est la réalité de la guerre contemporaine. Exemple avec le général Keith B. Alexander, chef du Cyber Command de l’armée américaine, selon qui il existe « une réelle possibilité que, dans l’avenir, ce pays soit l’objet d’une attaque destructrice, et nous devons nous y préparer ».

Dans un entretien avec plusieurs journalistes, dont rend compte cette semaine le New York Times, le général Alexander propose la création d’un réseau Internet distinct de celui qui existe aujourd’hui, afin de sécuriser le réseau électrique américain, considéré comme le maillon faible de la sécurité des Etats-Unis.

Cette proposition d’une ampleur considérable, financièrement et techniquement, est lancée publiquement par le général en anticipation d’une remise à plat de tous les enjeux stratégiques liés à Internet par la Maison Blanche d’ici à janvier. Elle fait partie d’un exercice classique aux Etats-Unis de lobby public en faveur d’arbitrages budgétaires par chaque branche de l’appareil militaire, mais pas seulement.

Des « bombes logiques » dans le réseau électrique

Le réseau électrique américain actuel utilise les réseaux Internet et se révèle donc particulièrement vulnérable. C’est la thèse développée au début de l’année par Richard A. Clarke, un ancien responsable de la Sécurité de l’administration Clinton, dans un livre coécrit avec Robert K. Knake, intitulé « Cyber War : The Next Threat to National Security and What to do About It » (« Cyber guerre : la prochaine menace à la sécurité nationale et ce qu’il faut faire »).

Clarke affirme que les services américains ont découvert dans le réseau électrique américain des « bombes logiques » chinoises. Une « bombe logique », c’est comme un virus informatique, dormant, qui peut se déclencher à distance et des années plus tard si nécessaire. Ces « bombes » auraient pu être introduites par une faille dans le réseau internet utilisé par les producteurs et distributeurs d’électricité.


computer-network.jpg

Dans son livre, Richard A. Clarke utilise cette découverte pour plaider en faveur d’un réseau internet séparé pour les installations vitales des Etats-Unis (comme le montre le schéma ci-contre).

En effet, selon lui, la vulnérabilité du Net américain peut potentiellement mettre les Etats-Unis à genoux en peu de temps en cas de cyber-attaque, privant le pays d’électricité, de transports, de services d’urgence, et affaiblissant même sa capacité de défense.

L’ancien conseiller de Bill Clinton se livre même à un exercice de simulation de cyberguerre avec la Chine, avec des étudiants, basé sur un scénario étrangement similaire à un sujet de tension entre Washington et Pékin il y a quelques mois, peu après la sortie du livre.

Il imagine ainsi une crise entre la Chine et le Vietnam sur la souveraineté d’îles riches en hydrocarbures dans la mer de Chine, et un engagement de Washington au côté du Vietnam. Ça ne vous rappelle rien ? C’est ce qui s’est produit l’été dernier, sur le plan diplomatique uniquement...

La Chine peut encore passer son réseau électrique en mode manuel...

Au cours de cet exercice, les étudiants ont constaté que plus un pays était informatisé et dépendant d’Internet, plus il était vulnérable. Et donc l’avantage de modernité des Etats-Unis devenait une faiblesse comparé à la Chine, qui a conservé la possibilité de faire repasser en « manuel » son réseau électrique, son contrôle aérien ou son système hospitalier...

La cyberguerre est loin d’être de la science fiction. On a ainsi vu la Russie procéder à une attaque massive sur l’Estonie en 2007, qui a paralysé le pays pour le punir d’avoir déplacé un monument controversé lié à la période d’occupation russe. Depuis, l’Otan a ouvert à Talinn, la capitale de l’Estonie, son centre consacré à la cyberguerre...

Il est rare que ces sujets soient ouvertement traités au niveau du grand public, et la sortie du général Alexander constitue une tentative, certes avec des arrières-pensées budgétaires et de pouvoir au sein de l’appareil d’Etat américain, de faire prendre conscience sur les enjeux d’un type de guerre qui n’est pas réservé aux jeux vidéo.

Une évolution avec toutes ses ambiguïtés, ses menaces potentielles sur l’espace de liberté qu’est Internet, sur les enjeux de vie privée et de protection des données...

Et sur le risque de remplacer la guerre froide d’hier, avec son équilibre de la terreur dû à la peur de l’arme atomique, par une guerre froide en apparence moins meurtrière car souterraine, mais de fait potentiellement aussi destructrice.

Vidéo : extrait du film « Wargames », via Vodkaster.

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  • Gros_Lapin_Blanc
    • Posté à 21h45 le 25/09/2010
    • Internaute 18019

    Le réseau de transport d’électricité français dispose de son réseau de télécommunications privé, non relié à l’internet.
    C’est une composante majeure pour la sureté de son exploitation.

    Contrairement à ce que disait un riverain, après une black-out, il ne suffit pas de re-brancher le réseau et basta. La reconstitution du réseau peut prendre plusieurs jours, surtout si l’incident a été provoqué par un sabotage.

  • pablico
    pablico
    À la porte d'un sourd, 
un jour (...)
    • Posté à 22h43 le 25/09/2010
    • Internaute 14278
      À la porte d'un sourd, 
un jour (...)

    bretelles et ceinture.. c’est bien.. pourquoi pas.

    Pour l’Europe, et le sous ensemble France que fait-on ? ?

  • dailly
    dailly
    libraire
    • Posté à 07h46 le 26/09/2010
    • Internaute 44658
      libraire

    Je vs conseille de lire le livre Guy-Philippe Goldstein « Babel Annee Zero », paru en 2007 chez Denoel... Un excellent thriller de + de 600 pages qui traite de facon approfondie de la cyberwar.

  • Bad Time For Human Kind
    Bad Time For Human Kind
    Chieur Public
    • Posté à 08h31 le 26/09/2010
    • Internaute 53377
      Chieur Public

    Aux US quand un service a besoin de pognon, il écrit un bouquin avec une bonne dose de sensationnalisme et d’exagération en espérant bien que cela influence le vote des budgets.

    J’avoue que j’ai bien rigoler avec son arpanet 2.0...

    Blinder les communications n’est qu’une petite partie de la sécurité ; le maillon faible étant avant tout l’interface chaise clavier.

  • brazz
    • Posté à 12h51 le 26/09/2010
    • Internaute 40271

    Non, ce n’est pas de la science fiction et effectivement la meilleure sécurité c’est de ne pas être connecté du tout, c’est un truisme bien connu.
    Mais si on réflechi deux minutes, ce que ce général propose c’est la creation d’un internet bis exclusivement destiné aux organismes et entreprises d’intéret stratégique.
    Si le nombre de points raccordés n’excède pas quelque dizaines voire centaines de milliers ceci ne présente aucune difficulté et peut même être facilement réalisé en créant une hierarchie DNS alternative (duement contrôlée et managée de près par les militaires) après tout, il ne s’agit que de remplacer -pour les élus sélectionnés- les 13 serveurs racine par d’autres dument sécurisés et sous contrôle, les fichiers concernés à changer sont ridiculement petits et il n’y a aucun investissrement particulier à réaliser pour cela.
    Ceci existe déjà du reste mais sans aucun contrôle et à des fins commerciales diverses, c’est à la portée de n’importe qui, le seul problème étant d’assurer la publicité des nouveaux DNS racine, et dans le cas considéré de la sécurité militaire, la très faible publicité des nouveaux DNS n’est pas un problème, plutot un atout.
    Si on couple cela par des systèmes de filtrage divers pour éviter un maximum d’intrus au départ, et qu’on multilpie ces serveurs racine sécurisés sur un territoire tout en ne les mettant pas tous forcément en production en temps normal, etc etc on arrive à un reseau alternatif solide sans grand investissement hormis les ordres et règlementations à adopter et faire respecter ; les organismes et entreprises concernées étant publiques ou stratégiques tout cela ne pose pas de problème particulier.
    Je pense d’ailleurs -sans aucune preuve, c’est une intuition- que dans tous les pays développés responsables, ce genre de scenario a déja été envisagé et même implémenté, pret au fonctionnement, reste à basculer le grand levier c’est à dire donner les ordres nécessaires (et qu’ils soient suivis). A la limite cela peut déja exister sans que ce soit su, du moins niveau grand public. Tout le problème étant de bien contrôler les racines.
    En tout cas, ce qu’on peut constater c’est que toutes les démarches étatiques actuelles, ACTA, tentatives de filtrage généralisé, etc sous divers pretextes ridicules cousus de fil blanc, vont toutes dans le même sens.
    La conséquence de ceci est le risque d’une féodalisation de l’internet : le réseau etat-militaire, les réseaux privés de telles ou telles grosses sociétés qui prendront une commission au passage, et passant divers acords limités entre elles etc etc.... on voit où cela mêne et le risque encouru : tout simplement la fin du net tel qu’on l’a connu pendant 25 ans et le retour aux bons vieux particularismes bien contrôlés.
    Touit à fait dans l’air du temps.

  • A déménagé le 04-03-2012
    • Posté à 15h07 le 26/09/2010
    • Internaute 89071
      non connue

    Cet article et ce livre ne sont rien d’autre qu’un constat.

    Tout les pays développés mettent sur pieds des sections de lutte cybernétique. Dans un monde fortement branché sur le web et des tentatives d’attaques quotidiennes autant sur l’ordinateur du privé que le serveur de l’entreprise privée, je ne vois pas pourquoi les Etats serait épargnés.

    D’autant plus que les USA sont la première puissance mondiale et donc la nation qui compte le plus d’ennemis potentiels autour du monde.

    Et si on s’aventure sur la toile, sans aller très loin, on remarque que la guerre de la communication est déjà bien avancée. Le discours d’Ahmadinejad à l’ONU est tiré directement des théories du complot propagés par le biais des sympathisants et pouvoirs politiques qui optent pour une posture systématiquement antiaméricaine.

  • brazz
    brazz répond à brazz
    • Posté à 15h19 le 26/09/2010
    • Internaute 40271

    Pour expliciter mon propos d’une autre manière, je citerai Renater qui existe depuis 1993 pour reler toutes les universités et centres de recherche.
    je ne dis pas que c’est un mal, mais que ça existe avec d’excellentes raisons.
    Tout comme certains parlementaires ont d’excellentes raisons de demander le filtrage du net, car ils croient lutter contre la pédophilie. Demain ce sera contre la drogue ou autre, peut importe, ils croient. L’inculture totale des parlementaires sur ces sujets est bien connue et a été lamentablement mise en évidence lors des débats HADOPI...
    Elle va de pair avec un certain mépris de la technologie, de la part des intellectuels français. Tout ça n’est pas nouveau.
    Ceci, renforcé par la paranoia qui va de pair avec l’autoritarisme rampant actuel, qui est devenu un quasi bonapartisme, va nous conduire à la mise en place, sous les yeux d’une population anresthesiée, à un cyberflicage généralisé.
    Tout ce pourquoi la CNIL avait été créée à l’origine (malgré toutes les limites apportées dè le départ) ; je me souviens m’être battu là dessus à l’époque au sein d’un groupe ou nous mettions en cause des aspects de la conception du rapport d’un certain Alain Minc.. déjà !