Reversus 24/09/2010 à 12h47

Pierre Juquin : « L'idée communiste n'est pas morte »

Reversus"
David Doucet | Journaliste


Tragiquement condamné au déclin, le Parti communiste poursuit sa longue agonie. Si le cadavre bouge encore, son destin n’intéresse malheureusement plus grand monde. Puisque que l’avenir du PC réside désormais dans « ses archives », méditons un instant sur les leçons à tirer de son histoire...

Pour cela, je suis allé à la rencontre de Pierre Juquin, un morceau de l’histoire politique du parti (puisqu’il en fut le numéro 3). Inscrit au PC en 1953, cet ancien député de l’Essonne a tenté durant une trentaine d’années de porter la voix de la rénovation au sein de son mouvement.

A l’instar de son maître à penser Jean Jaurès, Juquin pense « qu’il faut aller à l’idéal et comprendre le réel », coûte que coûte, quitte à emprunter pour cela le chemin courageux de la dissidence.

Exclu du PC en 1987 pour avoir tenté de « rénover la gauche », il se présente à l’élection présidentielle de 1988. Progressiste, il mène une campagne « chargée d’utopie », associant pour la première fois communisme et écologie, et réclamant notamment le droit de vote pour les étrangers à toutes les élections.

Sans langue de bois, il revient aujourd’hui sur cette aventure politique et sur les raisons du déclin du communisme français.

« Le Parti communiste n’a pas su s’émanciper de la tutelle soviétique »

David Doucet : Après la libération en 1945, le Parti communiste français bénéficie d’une triple légitimité puisqu’il est perçu comme victorieux, rassembleur et démocratique. Dès lors, pourquoi n’a t-il pas su embrasser les évolutions de la société française ?

Pierre Juquin : C’est une question à laquelle il est très difficile de répondre. Ça dépend pour une part du Parti communiste lui-même, mais d’autre part cela est lié à une partie de la société à l’échelle mondiale.

Le PC s’est légitimé pendant la guerre par son courage, par son ralliement à de Gaulle -alors que tout les opposait-, mais il y avait en face une partie de la société française et de la société occidentale qui était très hostile à l’arrivée des communistes au pouvoir.

Le Parti communiste était apparu très tôt comme « oppositionnel » puisqu’à l’origine, il était antipatriote, anticlérical et antimilitariste. Le poète Aragon écrivait d’ailleurs dans le journal Ce Soir en décembre 44 :

« Nous avons congédié tous les anti, il faut maintenant que les autres congédient un anti : l’anticommunisme. »

Le Parti communiste français est né en tant que section de l’Internationale de 1917, basée à Moscou, mais il est également la continuation de tout ce que le mouvement ouvrier français avait de meilleur, voire de spécifique. Il y a deux matrices. Et dans l’histoire du Parti communiste, il y aura parfois union, mais souvent conflit entre ces deux sources originelles. Le Parti communiste a été pris dans un jeu très complexe tenant à de profondes contradictions fondamentales et culturelles.

Dans votre livre, vous racontez la tentative de Maurice Thorez à la fin 1946 d’émanciper le parti de la tutelle soviétique. Etait-ce réalisable ?

Oui, on possède le transcript d’une discussion confidentielle, à huis clos, de Maurice Thorez et de Benoît Frachon, dans laquelle M. Thorez dit que la « dictature du prolétariat », si elle a bien marché à Russie, ne fonctionnerait pas en France : il convient donc de faire autrement. Mais son message ne passe pas. L’Union soviétique est contre, Jdanov est furieux, le PCF finit par rentrer dans le rang.

Thorez avait tracé une belle perspective, mais d’un autre côté je ne suis pas certain que les Etats-Unis l’auraient laissé faire. Le rapport de force était-il suffisamment favorable pour une voie pacifique continuant 1793 ? Je n’en suis pas sûr. Mais dans tous les cas, cela a raté.

A partir de quelle période faites-vous remonter le déclin du Parti communiste ?

Lorsqu’il se fait chasser du gouvernement fin 1947, car il est alors renvoyé à l’opposition perpétuelle, à sa fonction tribunitienne. On en veut bien pour cela, mais pas pour autre chose. C’est terrible, mais le PC s’enfermera lui-même dans ce rôle en participant à la guerre froide et en s’inscrivant complètement dans la ligne de Moscou.

Les difficultés apparaissent dès l’entrée dans la guerre froide. Le PCF devait apparaître comme une force non nationale, mais internationale, et affiliée à Moscou. C’est d’ailleurs de Gaulle qui invente le terme : ce sont des « séparatistes ». C’est très fort, car cela implique que tout le monde est contre eux, ou qu’ils sont contre tout le monde.

En 1958, on assiste au premier grand décrochage électoral : moins de 5% des votes. Mais dès 1948, le Parti communiste avait déjà perdu la moitié de ses adhérents. Ils passent de moins d’un million à 500 000. Ces journaux commencent à avoir des difficultés, beaucoup sont supprimés. C’est déjà le début du déclin...

Le Parti communiste français aurait-il pu rompre avec Moscou ?

A mon avis oui, il fallait le faire. Mais si l’on prend l’exemple du parti communiste italien qui s’est largement émancipé de la tutelle soviétique, y compris financièrement avec Toliatti d’une part, puis théoriquement avec Enrico Berlinguer, qu’est ce qu’il en reste ? Rien. Cela veut dire qu’un autre phénomène a cheminé durant tout le siècle : la décomposition du communisme historique tel qu’il s’est constitué en Union soviétique.

Il ne faut pas oublier qu’entre 1989 et 1990, l’ensemble du monde communiste s’effondre de lui-même sans qu’un coup de canon soit tiré, à cause de ses contradictions, de ses erreurs, de ses fautes, voire de ses crimes. L’idée du communisme est balayée du monde, et l’idée même de révolution est discréditée durant un certain temps.

L’eurocommunisme fut un échec. Mais aurait-il pu déboucher sur autre chose ?

Oui, je pense que c’est le dernier coche existant que nous avons loupé. Je ne suis pas sûr que cela aurait donné des miracles. C’était déjà bien tard mais il fallait le tenter.

Malheureusement, un grand nombre de partis communistes n’étaient pas prêts. Il y avait des contradictions internes à l’eurocommunisme. Cela a mûri trop vite, cela ne venait pas d’assez loin. Nous n’avons pas eu le temps de le penser. Il y a eu des divergences entre les partis dues à leurs situations, à leur histoire. C’est quand même une très belle occasion ratée.

« Il fallait aller au-delà du programme commun »

On a souvent présenté le programme commun comme le « baiser de la mort » du PS au PC. Dans vos livres, vous affirmez que vous n’avez pas su gérer la situation au sein du gouvernement et que vous n’avez pas su vous en remettre. Quel regard portez-vous sur cette période ?

L’objectif, c’était de revenir en prenant des responsabilités, d’en finir avec le statut d’opposant permanent et de faire bouger les masses populaires socialistes (syndicats, etc). Nous avons réussi en partie, mais il faut reconnaître que nous sommes tombés devant l’une des plus grandes personnalités politiques du XXe siècle : François Mitterrand, qui, avec ses stratégies louvoyantes, a récupéré la mise.

Nous n’avons pas su tenir notre stratégie. Il fallait s’adapter à la stratégie de programme commun, dès que nous avions les capacités manœuvrières de Mitterrand et des forces qui l’entouraient. Il ne fallait pas se contenter d’accords, de sommets. On l’a bien vu avec Mme Buffet : le résultat, c’est qu’on partage les inconvénients, mais on reçoit très peu d’avantages.

Ensuite, nous n’avons pas su mobiliser les forces populaires. Il ne fallait pas que le programme du PC s’identifie à celui du programme commun : il fallait aller bien au-delà. L’utopie aurait dû rester présente à l’intérieur du mouvement. Nous avions un pied dedans, un pied dehors, c’était très difficile à réaliser. (Voir la vidéo)

« L’idéal communiste reprendra vie sous des formes nouvelles »

Quel est l’avenir du Parti communiste aujourd’hui ?

Son avenir est dans ses archives. Le Parti communiste est hors de l’histoire désormais. Je distingue bien le parti et l’idée communiste. Le communisme a un très grand avenir sur la longue durée. Le Parti communiste comme forme politique est dépassé selon moi.

Il a joué un rôle historique auquel il faudra réfléchir, mais cela s’arrête ici. L’idéal communiste reprendra vie sous des formes nouvelles, car c’est une grande idée même si elle a pris une forme caricaturale, absurde et insupportable en Union soviétique.

La crise actuelle trace les limites historiques du modèle capitaliste. Elle n’est pas qu’une crise économique, mais également une crise anthropologique, une crise du sens de la vie. C’est sur le temps long de l’histoire qu’on en jugera.

Quand un parti porte une telle histoire politique, a-t-il le droit de mourir ?

Oui, cela s’est déjà vu. Il risque d’être durant longtemps l’équivalent de l’ancien Parti radical, c’est à dire une force d’appoint. Il est encore plein de militants dévoués, il gère bien ses mairies, mais cela n’en fait pas une force d’avenir. Cela est d’ailleurs un immense gâchis, car je n’ai jamais rencontré autant de gens dévoués au bien public, soucieux de l’avenir de l’humanité, prêts à se sacrifier pour leur prochain, que dans le Parti communiste. Qu’avons-nous fait de tous ceux-là ? Et de ces milliers d’intellectuels qui étaient au parti en 1945 ?

La spécificité du Parti communiste français tenait-elle justement dans cette spécificité intellectuelle ?

Pour une part oui, mais c’était aussi un parti ouvrier, avec les défauts et les qualités de la classe ouvrière française. Aujourd’hui, l’ouvriérisme, cela paraît un peu évanescent : et pourtant nous portions cette identité.

Vous avez été exclu du bureau politique du PC en octobre 1984, puis définitivement en 1987 : quelles en sont les raisons ?

La direction communiste était crispée sur des positions dogmatiques et autoritaires, elle ne voulait pas bouger. Ce qui m’a le plus frappé, c’est de voir des gens assez proches de moi, qui partageaient mon point de vue, et pourtant ne sont pas « rentrés dans la bataille » avec moi. Je pense à Charles Fiterman notamment.

Ils hésitent. La peur du passage à l’acte, le respect de l’institution. Le propre des « institutions », c’est d’instituer l’erreur, alors que là, je sentais qu’il fallait bouger très fort. Au XXVe congrès en 1985, je manifeste donc publiquement mon désaccord avec la direction du parti.

En 1987, lorsque je vais me présenter à l’élection présidentielle contre le candidat officiel du parti, je comprends mon exclusion. Ce n’est pas là-dessus que je ferais un procès.

Quel est le bilan de Marchais à la tête du parti selon vous ?

Il a joué un rôle très positif dans la première partie de son activité puis il est revenu à des fondamentaux « moscoutaires ». Mais il n’y a pas à mon avis, de « problème Marchais ». La plupart des partis communistes européens ont disparu, et ils n’avaient pas tous des Marchais à leur tête. C’était un phénomène, un déclin qui dépassait largement l’individu, fut-il premier secrétaire.

Vous avez eu des regrets vis-à-vis de votre relation avec lui ? L’avez-vous revu après votre exclusion ?

Oui, je l’ai déplorée, autant pour lui que pour moi. De 1987 à sa mort en 1997, je ne l’ai pas revu. Récemment, lors de la projection privée du film d’Yves Jeuland, j’ai revu sa famille, cela m’a beaucoup ému. C’est tout de même une partie de ma vie.

Ce qui est arrivé malheureusement, ce sont les cruautés de la vie politique. Je n’étais pas un homme de compromis. Je me rappelle qu’on m’avait proposé un poste de sénateur à vie à Nanterre, pourvu que je me tienne tranquille. Je n’avais qu’à renoncer à mes idées.

« Ma campagne avait une charge utopique »

Lors de l’élection présidentielle de 1988, votre programme est intéressant, étonnamment moderne. Alors qu’à l’époque Raymond Barre, Jacques Chirac ou Jean-Marie Le Pen tiennent des positions plutôt fermes sur l’immigration, vous vous prononcez pour le vote des étrangers à toutes les élections. (Voir la vidéo)

J’ai eu un choix à faire. Soit faire le plus gros score possible afin de pouvoir tenter une rénovation de la gauche (Mitterrand m’avait lui même prédit que je ferais 5%), soit tenter une campagne idéaliste, et ne pas se soucier du résultat chiffré.

J’ai choisi la seconde solution en me disant qu’en lançant des idées, elles serviraient pour l’avenir. Or à l’arrivée, comme le score n’était pas bon, certains ont pensé que les thèmes choisis n’étaient pas bons. Mais évidemment, si l’on voulait faire un gros score, on n’afficherait pas sur trois mètres sur quatre dans toutes les grandes villes de France : « Les immigrés votent ».

J’ai fait ce choix et je pense qu’historiquement, c’était un choix juste. Je ferais ma campagne beaucoup mieux aujourd’hui. Je ne dis pas que je ferais un meilleur résultat, mais je défendrais mieux mes idées. Tout avait été fait si précipitamment, improvisé.

C’était une campagne qui avait une charge utopique. J’espère qu’un jour, l’affiche « Les immigrés votent » sera dans les livres d’histoire, car cette idée que j’ai lancée a beaucoup de mal à se frayer son chemin. Elle est d’ailleurs très complexe à appliquer mais elle me paraît être une idée fondamentale. Celle de dire : Vous êtes des hommes et vous pouvez être des citoyens.

Et puis vous avez également été le pionner du rapprochement entre écologisme et communisme.

Au départ, je ne l’avais pas cette idée, elle n’a germé qu’au cours de ma campagne. Je pense que l’écologie est d’une importance considérable. J’avais ouvert un sillon durant ma campagne : la rénovation communiste qui s’est transformé en rénovation communiste rouge et verte. Il y a bien sûr un lien entre les deux qui est évident.

L’écologie n’est pas pratiquement anticapitaliste, mais théoriquement elle l’est. Nous partageons des valeurs communes : combattre le régime du profit et de la propriété privée absolue, restreindre le droit d’user et d’abuser de la terre. Dernièrement, j’ai d’ailleurs présidé le comité de soutien d’Europe Ecologie dans la région Auvergne.

Vous n’avez aucun regret aujourd’hui ?

Non. J’ai partagé certains sectarismes quand j’étais jeune, et j’y ai beaucoup réfléchi. Je pense maintenant qu’il vaut mieux construire des ponts plutôt que des murs. Et quand on construit des murs, c’est toujours quelque part que la politique a échoué...

Publié initialement sur
Reversus
  • 14432 visites
  • 128 réactions
Vous devez être connecté pour commenter : or inscrivez-vous
  • rocheclaire34
    rocheclaire34
    animatrice socio-culturelle (...)
    • Posté à 13h05 le 24/09/2010
    • Internaute 88038
      animatrice socio-culturelle (...)

    Tiens un revenant ! J’ai été sa représentante légale sur l’Ardèche pour l’élection présidentielle dhacune 88, c’est loin. Je me souviens de l’enthousiasme des premières rencontres, puis petit à petit les femmes ont désertées le mouvement, tentative de création d’un parti rouge-vert, mais chacun essayait de tirer la couverture à soi. Chaque mouvance espérait devenir le chef de l’ensemble ! ! ! C’est un peu de qui m’a vacciné du militantisme politique, difficile de ne pas être mangé... Malgré ce désenchantement tout de même de très bons souvenirs... Les plus pénibles dans les rencontres à Paris, l’extrème gauche, Alain Krivine entre autre...
    Ont-ils changés ?

    • lancetre
      lancetre répond à rocheclaire34
      • Posté à 16h15 le 24/09/2010
      • Internaute 18658

      Juquin, petit lapin, court sur les gazons de Nanterre...

       : -)))

      Je le croyais mort depuis longtemps !

      Le voilà donc octogénaire.

      Les dinosaures ont la peau dure.

      Et Garaudy, que devient-il ?

       : -)))

    • apig
      apig répond à rocheclaire34
      cochon
      • Posté à 17h42 le 24/09/2010
      • Internaute 112914
        cochon

      Ah, les cocos...

      Ils ont bien changés, quand on voit ce que Marchais disait en 81 :

      • David Doucet
        David Doucet répond à apig
        Auteur(e) de l'article Journaliste
        • Posté à 19h19 le 24/09/2010
        • Journaliste 99371
          Journaliste

        Je pense qu’il faut dissocier la position que pouvait tenir P. Juquin au sein du parti de la ligne officielle.

        Dès 1979, il s’engage contre la loi Barre-Bonnet sur l’immigration. Je pense que cela fait partie de ses convictions profondes.

         
        • M. de Wolmar
          M. de Wolmar répond à David Doucet
          explorateur
          • Posté à 11h58 le 25/09/2010
          • Internaute 59614
            explorateur

          En fait, il faut carrément dissocier les positions du PCF (pathétique parti réformiste, socialisme petit bourgeois) et celles du communisme telles que Marx l’a théorisé.
          Ca n’a vraiment rien mais rien du tout à voir.

        1 autres commentaires
    • clairelacapucine
      clairelacapucine répond à rocheclaire34
      chambre d'hôtes (hotesse ! )
      • Posté à 18h48 le 24/09/2010
      • Internaute 125260
        chambre d'hôtes (hotesse ! )

      Alors, on a dû se rencontrer à cette époque ; j’étais dans la Drôme à Dieulefit et nous allions souvent aux réunions en Ardèche...
      Moi, ça ne m’a pas vacciné, toujours fidèle à mes idées, plus que jamais !
      Je me souviens, nous avions organisé une rencontre avec Anne Tristan pour son livre « Au front “...

      • rocheclaire34
        rocheclaire34 répond à clairelacapucine
        animatrice socio-culturelle (...)
        • Posté à 22h28 le 24/09/2010
        • Internaute 88038
          animatrice socio-culturelle (...)

        Certainement parce que nous avions aussi des réunions côté Drôme... J’ai semblablement les mêmes intérêts, mais je ne sais pas accepter les compromissions de toute activité militante... Je n’ai pas le sens de la discipline ! Dans cette grande aventure je retiens surtout que seul le PSU ne s’est pas payé de mots et qu’il s’est dissous pour créer ce parti rouge-vert que nous souhaitions, les autres n’ont pas voulu lâcher prise, ça été ma première désillusion, après il y a eu la rétention de certaines informations de la part du groupe écologique... enfin les luttes de pouvoir classique...
        Quand à Anne Tristan, c’est vrai que ce nomme dit quelque chose, mais j’avoue que les souvenirs s’effacent... J’avais déjà oublié toute cette époque.
        Je souhaiterai tant qu’il y ait une véritable union à gauche, en dehors des divergences indispensables...

  • ysengrimus
    • Posté à 13h09 le 24/09/2010
    • Internaute 12674

    Communisme, oui. Révolution, oui. Oui mais…

    Lien

    Révolution... communiste ?

    Paul Laurendeau

    • Christophe Goby
      Christophe Goby répond à ysengrimus
      Journaliste
      • Posté à 13h21 le 24/09/2010
      • Journaliste 63193
        Journaliste

      On lira une interview de Pierre Juquin, ex stalinien, dans le journal La Galipote, qu’on ne peut acheter qu’en Auvergne ou en le commandant à Vertaizon.

    • Hemenate
      Hemenate répond à ysengrimus
      • Posté à 14h04 le 24/09/2010
      • Internaute 856

      Dans la théorie marxiste, l’effondrement du capitalisme et la révolution découlent mécaniquement d’un processus économique simple : la suraccumulation du capital dans la combinaison productive, qui provoquerait à terme une crise des débouchés indépassable.

      C’est ce qui la rend difficilement réfutable, curieusement vous n’en parlez pas.

      • Lavengeancedelapelouse-
        Lavengeancedelapelouse- répond à Hemenate
        chômeur
        • Posté à 18h08 le 24/09/2010
        • Internaute 114476
          chômeur

        Certes.

        Mais cette hypothèse -car c’en est une- présuppose un humain aux besoins stables, naturels, libre de ses choix en matière de consommation. Or, le marketing, la publicité, les bureaux d’études etc...ont et mettront encore en oeuvre la création de nouveaux besoins et développeront des outils d’influences pour rendre ces nouveaux besoins indispensables.

         
        • Hemenate
          • Posté à 19h06 le 24/09/2010
          • Internaute 856

          On ne parle pas de la même chose, la suraccumulation du capital met en jeu une crise des débouchés résultant du progrès technique.

          Pour faire très simple, l’employeur remplace progressivement les ouvriers par des machines, afin de faire baisser ses coûts de production. Ce qui provoque donc une hausse constante du chômage.
          A terme, les hommes, sans emplois, n’ont pas de quoi acheter la production des machines.
          Devant l’impossibilité de vendre la production, le système s’effondre.

          Alors effectivement, on est sur du long terme et la social-démocratie peut ralentir cette dynamique via le droit du travail (baisse du temps de travail).
          Mais finalement, je vois difficilement ce qui pourrait enrayer cette logique.

          Schumpeter, dans « Capitalisme, socialisme et démocratie » arrivait d’ailleurs à la même conclusion que Marx quant à l’effondrement du capitalisme. Sans oublier de pointer les problématiques que cela entraîne en termes de libertés, évidemment...

        1 autres commentaires
    • nikodiem
      nikodiem répond à ysengrimus
      plus conscient
      • Posté à 06h45 le 25/09/2010
      • Internaute 120529
        plus conscient

      oui ! ! ! la révolution sera écologique, si on ne veut pas que ca se finisse en bain de sang !
      mais pour cela il faudra arreter certaine chose comme la finance à taux de retour sur investissement de 40% par exemple et toute les autres activités parasites de notre société...
      Mais on devra forcement se réapproprié certaine chose et les mettre en commun... mince « commun » on y revient !

  • Malzieux
    Malzieux
    Ex-chomeur
    • Posté à 13h10 le 24/09/2010
    • Internaute 124404
      Ex-chomeur

    Un discours intelligent. Le parti est bien mort, mais pas l’idée, le Front de Gauche aujourd’hui fait des scores honorables et si on l’inclut dans l’extrême gauche, il reste des partisans communistes en France (bien qu’il n’ait convergence ni avec le NPA ni avec LO).
    Mais l’idée communiste, si elle doit s’opposer à ce qui s’est construit dans les pays de « dictature du prolétariat », car cela n’était pas du communisme, mais la dictature d’une classe restreinte et dominante contre le prolétariat et les peuples, passe évidement par l’écologie, par l’ouverture à toutes les idées de gauche, avec l’utopie en prime.
    Le communisme, tel qu’il a été appliqué est mort, mais il était complètement dévoyé. La remise en question de l’idée, sa refondation en prenant en compte les multiples erreurs du passé, permet aujourd’hui d’innover et d’apporter une vision plus moderne de la politique. Il y a encore et cependant beaucoup de chemin à faire, mais l’ultralibéralisme « décomplexé » que nous connaissons est finalement le meilleur allié de l’idée communiste rénovée, par opposition.

    • GWERN
      GWERN répond à Malzieux
      Ex militant du vaste mouvement (...)
      • Posté à 13h32 le 24/09/2010
      • Internaute 60684
        Ex militant du vaste mouvement (...)

      L’erreur ne fût -elle pas de « bolcheviser » les PC en oubliant les circonstances si particulières de la révolution russe et de calquer mécaniquement les lignes respectives des différents partis sur la ligne du PCUS surtout après l’échec de l’opposition de gauche en 1927. Voir les délires de la période « classe contre classe “ !

      • Malzieux
        Malzieux répond à GWERN
        Ex-chomeur
        • Posté à 13h56 le 24/09/2010
        • Internaute 124404
          Ex-chomeur

        S’il n’y avait eu qu’une erreur.... C’est pourquoi l’idée n’est pas morte, mais qu’elle a franchement du boulot pour se refondre et renaître.

    • Lavengeancedelapelouse-
      Lavengeancedelapelouse- répond à Malzieux
      chômeur
      • Posté à 18h21 le 24/09/2010
      • Internaute 114476
        chômeur

      « Mais l’idée communiste, si elle doit s’opposer à ce qui s’est construit dans les pays de “ dictature du prolétariat ”, car cela n’était pas du communisme, mais la dictature d’une classe restreinte et dominante contre le prolétariat et les peuples, passe évidement par l’écologie, par l’ouverture à toutes les idées de gauche, avec l’utopie en prime. »

      Pourquoi pas ?

      Ceci dit, j’ai quand même un gros doute dans l’idée d’une bonté naturelle du peuple qui sous-tend anthropologiquement le concept de « dictature du prolétariat “ : chez Lénine la dictature du prolétariat est entendue comme juste car elle s’oppose à la ‘vraie’ dictature du capital ou de l’ordre bourgeois (voir sa polémique avec Kautsky). Ce qui est laissée en suspens, c’est la question du pouvoir, et de son corollaire, la hiérarchie. Et c’est cette magique suspension du pouvoir qui est le centre de l’idée communiste ; or, cette suspension n’a pas eu lieu.
      Car admettons que le capitalisme puisse mourir et que prenne à sa place une autre forme d’économie : que fait-on du pouvoir ? Disparait-il avec le capitalisme des rapports humains ?

      • Malzieux
        Malzieux répond à Lavengeancedelapelouse-
        Ex-chomeur
        • Posté à 21h41 le 24/09/2010
        • Internaute 124404
          Ex-chomeur

        C’est effectivement la question essentielle. La bonté naturelle du peuple est un concept qui est bien plus théorique que réel. Et dès qu’un pouvoir s’installe, une hiérarchie suit et s’impose et dans les pays dits de « dictature du prolétariat », cela n’a pas été du meilleur goût. C’est pourquoi le parti communiste est mort.
        Mais la société ne peut se passer d’une hiérarchie. Soit on la dépasse, ce que propose l’anarchie, soit on la conserve et la hiérarchie doit se définir autrement. L’histoire et l’expérience devraient pouvoir nous donner d’autres pistes, bien qu’elles ont malheureusement tendances à se répéter. C’est donc effectivement, tout l’enjeu de l’idée communiste rénovée, que de définir tant le pouvoir que la manière dont il doit s’exercer et les contre-pouvoirs qui peuvent le limiter.

      • Crepitus
        Crepitus répond à Lavengeancedelapelouse-
        Retraité
        • Posté à 22h10 le 24/09/2010
        • Internaute 85789
          Retraité

        Je crois me souvenir que dans la doctrine communiste la dictature du prolétariat ne serait qu’un stade transitoire menant à l’anarchie. La société étant devenue parfaite il n’y a plus besoin de gouvernement. Que les théories sont belles... Quant à la mise en pratique...

  • Venera84
    Venera84
    http://vallesmarineris. (...)
    • Posté à 13h14 le 24/09/2010
    • Internaute 125864
      http://vallesmarineris. (...)

    Il y a un côté émouvant dans ce témoignage à la naïveté désespérante (n’apprend-on jamais de l’histoire ?) et aux contradictions trop évidentes (si nous avons échoué, c’est la faute aux Russes... Mais que devient alors l’internationalisme prolétarien ?) sur fond de « nous les communistes français, nous aurions fait mieux qu’eux »...

    Sinon, puis-je espérer l’interview émouvante d’un milicien sur son passé politique, avec comme sentence finale « l’idée fasciste n’est pas morte » ?

    • tuparles
      tuparles répond à Venera84
      avec les mains
      • Posté à 03h50 le 25/09/2010
      • Internaute 79081
        avec les mains

      Ce qui est déséspérant, c’est la rapidité avec laquelle on a oublié ce que nous devons en très grande partie aux communistes en France : conditions de travail décentes, sécurité sociale, système de retraites, services publics... Rien de cela n’est tombé du ciel, et une connaissance élémentaire de l’histoire du siècle dernier permet de comprendre quelles idées ont été à l’origine de la mise en place de ces systèmes. (Il est aussi assez facile de voir quelles forces politiques ont lutté et luttent toujours contre ces progrès).

      À moins d’être issu de la haute bourgeoisie, de ne jamais avois bénéficié de la sécu, des allocations familiales et de ne jamais avoir utilisé la plupart des services publics, je doute que vous bénéficiiez de votre confort actuel si les idées communistes n’avaient pas influencé fortement la vie politique durant tout le XXe siècle.

      • 1-passant
        1-passant répond à tuparles
        citoyen
        • Posté à 12h22 le 25/09/2010
        • Internaute 124528
          citoyen

        « une connaissance élémentaire de l’histoire du siècle dernier permet de comprendre quelles idées ont été à l’origine de la mise en place de ces systèmes »

        oui c’est sur mais l’instauration :

        d’un salaire minimum pour les travailleurs,
        de la retraite par répartition
        du minimum vieillesse
        des alloc pour les chomeurs
        de l’hopital publique
        de la médecine du travail

        c’est pas les communistes mais ... Vichy !

        Même les ordures font des « bon trucs » et c’est pas pour ça qu’on va leurs pardonner et/ou les regarder différemment...

         
        • tuparles
          tuparles répond à 1-passant
          avec les mains
          • Posté à 02h31 le 26/09/2010
          • Internaute 79081
            avec les mains

          Pour ne prendre que votre exemple du salaire minimum, certes, Vichy en a instauré un en 41. Ceci dit, l’instauration d’un salaire minimum n’est pas toujours un « bon truc ». Je ne pense pas que Vichy ait fait ça pour améliorer les conditions de travail, il s’agissait plutôt d’un moyen de contrôle destiné à faire taire ceux qui souhaitaient négocier leur rémunération (donc on a fixé les plus bas salaires de façon autoritaire). C’est au même moment d’ailleurs que les syndicats on été interdits.

          Il en va de même pour le reste de votre liste. À la lire, on pourrait croire que Vichy était un régime hyper social qui a fait plein de « bons trucs ». Les mesures que vous citez ne sont pas forcément des progrès, il peut s’agir de grands reculs comparativement à d’autres propositions contemporaines (de forces politiques opposées, je vous laisse deviner lesquelles). Il faut se pencher d’un peu plus près sur le contenu et les objectifs de ces mesures de Vichy (parce que c’est vrai, présenté comme ça, on dirait des « bons trucs »). Rien n’est jamais tout blanc ou tout noir, mais il ne faut pas non plus faire passer une chose pour son contraire sous prétexte de nuance.

          Donc je maintiens, je pense que nous devons une importante partie du progrès social en France au XXe siècle à l’influence des idées communistes (beaucoup plus qu’à l’influence de la droite et de l’extrême droite, qui ont tendance à ramer dans le sens inverse).

          • 1-passant
            1-passant répond à tuparles
            citoyen
            • Posté à 14h41 le 26/09/2010
            • Internaute 124528
              citoyen

            Oui pour le progrès sociale du à certaines idées défendus par les communiste, en revanche vous citez la retraite (par répartition je suppose) et je vous répond que ça c’est vichy donc ce n’est pas les communistes !

            Maintenant, j’utilisai surtout un contre exemple pour dire qu’on ne peut pas juger un régime sur ses quelques « bonnes » actions (ex : dictateur qui interdit la peine de mort).

            Quand aux idées communiste, elles ont aussi fait plusieurs dizaines de millions de morts (guerre civil, épuration intellectuel, famine).

            Donc, pour moi, heureusement que les communistes n’ont jamais vraiment été aux affaires en france.

            • tuparles
              tuparles répond à 1-passant
              avec les mains
              • Posté à 23h55 le 26/09/2010
              • Internaute 79081
                avec les mains

              Tout d’abord, je tiens à vous signaler que vous attribuez injustement certaines « bonnes actions » au régime de Vichy : des allocations chômage avaient été mises en place en 1936 par le front populaire. En revanche, et c’est ce qui me gêne, vous semblez minimiser beaucoup les « bonnes actions » des communistes français. Dans la mesure où la plupart des Français bénéficient aujourd’hui des conséquences de l’engagement passé de certains, il me semble important de rappeler d’où cela vient.

              Les communistes n’ont jamais vraiment été aux affaires en France, cela dépend si pour vous, être aux affaires signifie être président de la république ou si vous envisagez d’autres possibilités d’avoir une influence décisive dans la vie politique.
              Il y a par exemple deux moments du XXe siècle où les communistes ont eu un poids politique très important, et étrangement, ces deux périodes on vu des progès sociaux particulièrement spectaculaires dont nous bénéficions encore largement aujourd’hui : le front populaire et la période 1945-47. Lors des législatives de 1946, le PCF était le 1er parti politique français. Donc pour moi, heureusement que les communistes ont eu du pouvoir en France à certains moments de l’histoire. Les congés payés et la sécu, c’est quand même mieux avec, non ?

              Quant au cliché du communiste au couteau entre les dents véhiculé par l’extrême droite dans les années 30, je vois qu’il a la peau dure. Il est vrai que l’amalgame grossier entre communisme, régimes totalitaires, danger, famine et millions de morts n’a cessé d’être colporté depuis, d’où certainement votre confusion.

        3 autres commentaires
  • pablico
    pablico
    À la porte d'un sourd, 
un jour (...)
    • Posté à 13h15 le 24/09/2010
    • Internaute 14278
      À la porte d'un sourd, 
un jour (...)

    il vaut mieux construire des ponts plutôt que des murs.

    tout est dit.. et pour tout.. même hors politique et idéologies (qui ne durent jamais longtemps)

    • Crepitus
      Crepitus répond à pablico
      Retraité
      • Posté à 22h12 le 24/09/2010
      • Internaute 85789
        Retraité

      Je crains que dans les idéologies vous oubliez les religions. Depuis le temps qu’elles nous emmerdent !

      • pablico
        pablico répond à Crepitus
        À la porte d'un sourd, 
un jour (...)
        • Posté à 22h19 le 24/09/2010
        • Internaute 14278
          À la porte d'un sourd, 
un jour (...)

        les dogmes sont obligatoirement des murs et non des ponts..

  • GWERN
    GWERN
    Ex militant du vaste mouvement (...)
    • Posté à 13h16 le 24/09/2010
    • Internaute 60684
      Ex militant du vaste mouvement (...)

    De tous les ex un des plus lucides, et discret car c’est rare de l’entendre ou de le lire !
    Quel gâchis au final !
    Une question qui me semble d’importance, d’où viennent ses sources pour affirmer ceci ? :
     » Oui, on possède le transcript d’une discussion confidentielle, à huis clos, de Maurice Thorez et de Benoît Frachon, dans laquelle M. Thorez dit que la « dictature du prolétariat », si elle a bien marché à Russie, ne fonctionnerait pas en France : il convient donc de faire autrement. Mais son message ne passe pas. L’Union soviétique est contre, Jdanov est furieux, le PCF finit par rentrer dans le rang. »

    • sot6son
      sot6son répond à GWERN
      Pâtre apatride
      • Posté à 13h47 le 24/09/2010
      • Internaute 120134
        Pâtre apatride

      Je suis aussi assez surpris. Dans tous mes lointains cours d’histoire de la Guerre froide, on m’a répété que Thorez était « la voix de son maître », fidèle allié de l’URSS et dirigeant autoritaire d’un parti où la remise en cause de cette filiation était assez mal vue.
      Quant à Marchais, il a tué le PC en ne sachant pas faire naître son successeur. Depuis sa retraite politique, personne n’a su s’imposer : ni Buffet, ni Hue, ni personne d’autre. A l’inverse LO et LCR font des scores de plus en plus importants. Quant aux réformateurs, ils ont pris la tangente PS ou Front de Gauche.

      L’idée communiste n’est pas morte, elle s’est juste tirée une balle dans le pied.

      • GWERN
        GWERN répond à sot6son
        Ex militant du vaste mouvement (...)
        • Posté à 14h07 le 24/09/2010
        • Internaute 60684
          Ex militant du vaste mouvement (...)

        En effet je suis surpris , j’avais lu moi le livre de Robrieux « Maurice THOREZ, vie secrète, vie publique “ qui montrait comment Thorez et d’autres firent tout pour minimiser le rapport Kroutchev après 1956 et comment ils liquidèrent une des tentatives les plus rénovatrices ( celle de Servin Casanova) en 196.
        De plus je finis actuellement de lire une thèse publié au Presses Universitaires de Rennes dont le titre est
        ” Servir la classe ouvrière. Sociabiilités militantes au PCF » de Julian MISCH
        ce travail montre comment la génération militante issue de la résistance se voit remplacée à partir de 1948 1950 dans les instances fédérales du PC par les anciens cadres ouvriers des années 30 ( ceux qui ont survécus ou qui sont resté au PC bien sûr), cadres considérés comme plus sur car ayant tenus leur rang pendant les différents tournant de ces années dont la crise liée au pacte germano-soviétique entre autres !

        Référence : Maurice Thorez. Vie secrète et vie publique, Paris, Fayard, 1975.

         
        • GWERN
          GWERN répond à GWERN
          Ex militant du vaste mouvement (...)
          • Posté à 14h11 le 24/09/2010
          • Internaute 60684
            Ex militant du vaste mouvement (...)

          plus rénovatrices ( celle de Servin Casanova) en 1961 (pour pallier l’oubli)

        1 autres commentaires
      • David Doucet
        David Doucet répond à sot6son
        Auteur(e) de l'article Journaliste
        • Posté à 14h13 le 24/09/2010
        • Journaliste 99371
          Journaliste

        Concernant Thorez, il est vraisemblablement victime de sa « légende noire ». Les historiens n’ont sans doute pas encore cerné la complexité du personnage.

        J’avais interviewé Stéphane Gatignon qui m’avait dit ceci à son sujet :

        « On a beaucoup caricaturé le personnage de Maurice Thorez, on a affirmé à tort qu’il avait une vision très pro-soviétique. Mais lorsque l’on analyse la façon dont il prend le pouvoir au sein du PC dans les années 30, on observe la victoire d’une vision très franco-française.

        Au départ, les soviétiques ne veulent pas de Thorez. Ils lui préfèrent Jacques Doriot. Mais ce dernier choisit de ne pas aller à Moscou alors qu’il était vraisemblablement sur le point d’être désigné nouveau secrétaire du PCF. Au contraire, Maurice Thorez comprend l’importance de ce déplacement et se décide à s’y rendre. C’est ce qui motive la décision du Politburo de l’investir. »

        La suite de l’interview :

        Lien

         
        • GWERN
          GWERN répond à David Doucet
          Ex militant du vaste mouvement (...)
          • Posté à 14h49 le 24/09/2010
          • Internaute 60684
            Ex militant du vaste mouvement (...)

          Sur un autre point dont parle et votre article et l’interview dont vous donnez le lien, je cite :
           » Oui mais si l’on analyse le positionnement de Georges Marchais, on se dit que le décrochage est quand même très tardif.

          Attendez, ça ne se passe pas du tout comme cela ! Marchais est un personnage aux multiples facettes, il y a plusieurs périodes. Au départ, il se place dans la lignée de Waldeck Rochet. C’est lui qui monte l’Eurocommunisme. Il tire les autres pays, notamment l’Espagne et l’Italie avec Enrico Berlinguer, dans cette mouvance. Il y a donc une rupture avec Moscou. Il reste sur cette position jusqu’à l’invasion en Afghanistan en 1979. »
          Quelle est l’importance de la mort d’une des éminences grises du PCF Jean KANAPA dans le tournant pro soviétique de Marchais en 1979 1980 ?

          « Jean Kanapa a été l’un des principaux dirigeants du Parti communiste français des années cinquante à sa mort le 5 septembre 1978. Fils d’une famille de la finance, il adhère au Parti communiste à la Libération. Agrégé de philosophie, proche de Jean-Paul Sartre, il tente une carrière de romancier. Très vite son action militante prend le pas sur toute autre activité. Dans le tournant de l’année 1947, il devient une des principales plumes du Parti pour dénoncer la “culture bourgeoise”. Laurent Casanova le place à la tête de la Nouvelle critique fondée en 1948, revue des jeunes intellectuels du Parti. Fidèle à la ligne stalinienne, il en assure l’apologie intellectuelle.

          Après le XXème Congrès du Parti communiste de l’Union soviétique, il est promu au sein de l’appareil international. Membre suppléant du Comité central en juin 1959, il s’efforce d’influencer la direction française en faveur des réformes de Krouchtchev. Pourtant, en 1961, lors de “l’affaire Casanova-Servin”, il s’aligne sur les positions de Thorez. Il est nommé correspondant de L’Humanité à la Havane puis, rapidement, à Moscou. Il est nommé membre titulaire du Comité central en 1964. En 1967, il devient un proche conseiller du nouveau secrétaire général Waldeck Rochet. Le 19 juillet 1968, Kanapa accompagne ce dernier à Prague pour un entretien avec les nouveaux dirigeants. L’intervention des troupes du Pacte de Varsovie met fin à ses illusions. Il n’en demeure pas moins un fidèle communiste. Dès 1970, il devient un des plus proches conseillers de Georges Marchais, nouveau secrétaire général. En 1972, il est le responsable de la section de politique internationale assurant ainsi les relations difficiles avec le PCUS au moment ou le parti français inaugure sa politique d’union du Programme commun.

          Toutefois, en 1977 il épousait une nouvelle fois la ligne politique du parti qui entérinait la rupture de l’Union de la gauche. Personnalité politique contrasté, dans un ouvrage sur l’URSS paru en 1978 (l’URSS et nous, vol. III) il pousse loin la critique du stalinisme. La mort l’emporte sans qu’il ait eu le temps d’initier complètement la réforme du Parti et la prise de distance avec Moscou. »
          Source : Sciences po Centre d’Histoire « 

        • sot6son
          sot6son répond à David Doucet
          Pâtre apatride
          • Posté à 15h17 le 24/09/2010
          • Internaute 120134
            Pâtre apatride

          Soit, je comprends bien qu’il n’était pas le candidat le plus « à la botte » à l’heure de prendre la succession au PCF, mais je l’analyserais différemment de vous : avant toute chose, ce choix de Thorez a été un savant mélange d’arrivisme et de cynisme. Après avoir surfé en France sur une communication moins « soviétique » de ses valeurs communistes, il a réussi à percevoir tout l’intérêt qu’il pouvait retirer de ce voyage à Moscou où, comme il l’avait présupposé, il a été adoubé par le pouvoir en place. Et dès cet instant, conscient 1/ qu’il n’inspirait pas confiance à Moscou et 2/ que la rupture brutale de l’idéologie est difficilement concevable pour qui souhaite faire carrière sans trop de difficultés, il a décidé d’être plus royaliste que le Roi (enfin... façon de parler bien entendu) et devenir l’image fidèle de l’URSS en France. Il n’avait pas vraiment le choix, une fois à son poste, que de s’opposer à toute modification du dogme et du suivisme soviétique.

          Par ailleurs, excellente interview de M. Gatignon, dont les réponses ne se perdent pas dans la langue de bois. Je reste juste surpris de son analyse du PCF « mort » aujourd’hui (même point de vue que Juquin) tout en poursuivant sa carrière au sein de ce parti. On s’éloigne du débat initial, mais qu’est-ce qui empêche tous les insatisfaits du modèle PCF de le rénover de fond en comble ou le dissoudre pour en faire surgir un modèle plus moderne (l’eurocommunisme a une très belle carte à jouer s’il s’acoquine avec des mouvements écologistes) ?

          • sot6son
            sot6son répond à sot6son
            Pâtre apatride
            • Posté à 15h27 le 24/09/2010
            • Internaute 120134
              Pâtre apatride

            Après lecture d’un autre article de votre blog, il semblerait que Gatignon soit passé du PCFà EE... ce qui sous-tend mon point sur la proximité des deux partis : -)

          • David Doucet
            David Doucet répond à sot6son
            Auteur(e) de l'article Journaliste
            • Posté à 19h38 le 24/09/2010
            • Journaliste 99371
              Journaliste

            Je n’ai pas vraiment d’avis tranché sur le sujet, je n’ai pas assez étudié la période pour me prononcer. Je ne faisais que rapporter les propos de S. Gatignon ; -)

            Ce dernier a effectivement quitté le PC, il était la tête de liste d’Europe Ecologie en Seine Saint Denis en mars dernier. A l’instar de Braouzec, tous les rénovateurs ont fini par quitter le parti.

        4 autres commentaires
      • Dadourunrun-
        Dadourunrun- répond à sot6son
        mange son bao ze
        • Posté à 05h13 le 25/09/2010
        • Internaute 124435
          mange son bao ze

        ’’L’idée communiste n’est pas morte, elle s’est juste tirée une balle dans le pied.’’

        Ce qui discredite le communisme ce n’est pas une balle dans son pieds, ce sont des millions de gens avec une balle dans la tête. ( entre autres)

    • David Doucet
      David Doucet répond à GWERN
      Auteur(e) de l'article Journaliste
      • Posté à 14h06 le 24/09/2010
      • Journaliste 99371
        Journaliste

      La réponse est sans doute à trouver dans les archives du PCF. Juquin évoque cet épisode dans ses mémoires (« De battre mon cœur n’a jamais cessé »)

      Il s’agit de l’intervention de Maurice Thorez et de Benoit Frachon à une réunion des cadres supérieurs du Parti (Comité central, députés etc...) qui se tenait à huis-clos.

      • GWERN
        GWERN répond à David Doucet
        Ex militant du vaste mouvement (...)
        • Posté à 14h09 le 24/09/2010
        • Internaute 60684
          Ex militant du vaste mouvement (...)

        Ce serait passionnant d’avoir le texte complet sous les yeux ! Merci pour la réponse !

         
        • David Doucet
          David Doucet répond à GWERN
          Auteur(e) de l'article Journaliste
          • Posté à 01h32 le 25/09/2010
          • Journaliste 99371
            Journaliste

          Il y a déjà ces deux interviews de Thorez en 1946 :

          Le 16 Novembre 1946, au Times : « Les progrès de la démocratie à travers le monde (…) permettent d’envisager pour la marche au socialisme d’autres chemins que celui suivi par les communistes russes.

          Le 20 Novembre 1946, à l’Humanité : “ Le communisme n’est pas une matière d’exportation comme le parfum ” à propos de l’influence de Moscou.

          Ensuite Juquin raconte : “ J’ai consulté aux archives du PCF, une chemise qui contient les minutes d’une réunion extraordinaire tenue à huis clos le 27 novembre 1946 à Puteaux, avec les deux cent cinquante et un plus hauts responsables communistes du moment : membres du Comité Central, députés, futurs conseillers de la République (sénateurs), intellectuels de l’appareil. Pas de rapport préalable. Le sténogramme des interventions montrent que chacun, sauf Jacques Duclos, a improvisé ses notes. (…) Thorez affirme : Les rapports de force en France ont changé depuis 1939, encore davantage depuis 1919. On peut donc faire une démocratie avancée qui ne soit ni socialiste, ni soviétique. La tradition française n’est pas tolstoïenne mais c’est de 1789 à 1871, une tradition de démocratie révolutionnaire. Nous resterons en France dans la tradition de notre peuple ”.

          • GWERN
            GWERN répond à David Doucet
            Ex militant du vaste mouvement (...)
            • Posté à 09h57 le 25/09/2010
            • Internaute 60684
              Ex militant du vaste mouvement (...)

            Très intéressant en effet ! Mais volonté réelle ou choix tactique d’une direction qui a aussi affaire à des militants sortis de la résistance dont certains ( Guingouin par exemple : « Il publie en janvier 41 le premier numéro du Travailleur limousin clandestin. Il écrira plus tard qu’il s’abstenait de toute attaque contre de Gaulle et le Royaume-Uni, s’écartant ainsi de la ligne officielle du parti » ) n’était pas vraiment des gens « contrôlables » !
            Voir les « procès de Moscou » à Paris dont ils furent victimes au début des années 50 !
            Dans une autre contribution je cite un livre ( extrait d’une thèse de doctorat d’histoire ) qui montre comment aux niveaux fédéral les responsables d’après guerre sont presque toujours les anciens cadres issus des années 30 ! Donc plus sûrs !

        2 autres commentaires
      • ALLALA1-
        ALLALA1- répond à David Doucet
        D'ici et d'ailleurs
        • Posté à 21h12 le 25/09/2010
        • Internaute 111446
          D'ici et d'ailleurs

        Il se trouve que des personnes de ma famille ont connu THOREZ et que celui ci, en rentrant d’Urss, à dit à l’une d’entre elle que ce qu’il avait vu n’etait pas ce qu’il esperait.

  • Tmal
    Tmal
    Parti rider...
    • Posté à 13h21 le 24/09/2010
    • Internaute 112672
      Parti rider...

    « L’idée communiste n’est pas morte »

    Non, mais bon, elle a quand même un peu de plomb dans l’aile...

  • A déménagé le 18-1
    • Posté à 13h23 le 24/09/2010
    • Internaute 116615
      bc

    Intéressant. Pour ceux qui y croient encore ou les compagnons de route qui ont quitté le navire avant qu’il ne sombre.
    Il n’a pas toujours eu le recul dont il fait preuve aujourd’hui.
    Par ailleurs, sa campagne présidentielle l’a beaucoup éprouvé dans sa vie personelle, cette sincérité s’entend encore aujourd’hui dans les valeurs vivaces qu’il exprime.
    C’est quand même autre chose que les mémoires de Tony BLAIR...
    Respectable et encore fréquentable, Monsieur JUQUIN.

    • David Doucet
      David Doucet répond à A déménagé le 18-1
      Auteur(e) de l'article Journaliste
      • Posté à 19h42 le 24/09/2010
      • Journaliste 99371
        Journaliste

      Oui, cette campagne l’a beaucoup éprouvée. Il me confiait que s’il était moins âgé, il se laisserait sûrement tenter par un retour en politique. Mais « il n’oublie pas qu’il est né, il y a 80 ans rue de l’Enfer à Clermont-Ferrand » ; -)

      Il rédige actuellement une « biographie inachevable d’Aragon » et va de colloques en colloques. Il a un agenda de Premier Ministre...

  • Duc du Granlac
    Duc du Granlac
    Républicain
    • Posté à 13h30 le 24/09/2010
    • Internaute 86373
      Républicain

    « Il ne faut pas oublier qu’entre 1989 et 1990, l’ensemble du monde communiste s’effondre de lui-même sans qu’un coup de canon soit tiré, à cause de ses contradictions, de ses erreurs, de ses fautes, voire de ses crimes. »

    Oui à partir de cent millions de morts je pense qu’on doit pouvoir parler de crimes...

    • GWERN
      GWERN répond à Duc du Granlac
      Ex militant du vaste mouvement (...)
      • Posté à 13h39 le 24/09/2010
      • Internaute 60684
        Ex militant du vaste mouvement (...)

      Encore un chiffre jeté au hasard ?

      « Polémique sur le nombre des victimes
      L’un des contributeurs du Livre Noir, Nicolas Werth a reproché à Stéphane Courtois d’avoir, dans sa préface, avancé le chiffre de 20 millions de victimes du communisme en URSS, alors que lui-même n’en dénombrait que 15 millions. Un autre contributeur, Jean-Louis Margolin a fait remarquer qu’il n’avait jamais parlé de 1 million de morts au Vietnam, contrairement à ce qu’affirme Stéphane Courtois dans son texte. »

      • Pi.K
        Pi.K répond à GWERN
        Vilain Parisien
        • Posté à 14h12 le 24/09/2010
        • Internaute 105016
          Vilain Parisien

        Le Livre Noir n’est pas la meilleure référence disponible. Dès le titre, il marque une orientation idéologique très claire. Il existe des travaux beaucoup plus sérieux sur le désastre soviétique.

        Notons au passage que je n’ai jamais lu de critique plus implacable de l’URSS que celle formulée par l’historien marxiste Eric Hobsbawm dans L’Âge des Extrêmes, reconnu par l’écrasante majorité des historiens contemporains (y compris les adversaires du marxisme) comme l’une des meilleures synthèses d’Histoire du XX° siècle.

         
        • GWERN
          GWERN répond à Pi.K
          Ex militant du vaste mouvement (...)
          • Posté à 14h30 le 24/09/2010
          • Internaute 60684
            Ex militant du vaste mouvement (...)

          Ce chiffre vient du Livre Noir du Communisme « mais toute querelle sur les chiffres est assez dérisoire en effet.
          Quand à l’autre ouvrage, si je me retourne d’un quart vers ma droite , je le vois sur la 3 ème rangée de ma bibliothèque.
          On rappellera qu’il fallut une souscritpion du Monde Diplomatique pour qu’il publié en France.

        1 autres commentaires
  • Aller à la page
  • 1
  • 2
  • 3