Entretien 21/09/2010 à 12h04

« Le Parti socialiste sous-traite encore l'écologie aux Verts »

Julien Martin | Ex-Rue89

Pourquoi l’écologie politique tarde à s’imposer, notamment au PS ? Les réponses du socialiste Géraud Guibert à Rue89.


Marie-George Buffet, Martin Aubry et Cécile Duflot, à Paris le 18 mars 2010 (Philippe Wojazer/Reuters).


« Tous écolos... et alors » de Géraud Guibert

« Mon message est un cri d’alerte. » Dans son livre qui vient de paraître, « Tous écolos... et alors » (éd. Lignes de repères), le socialiste Géraud Guibert décrypte « les enjeux de la nouvelle scène écologiste » et explique pourquoi l’écologie politique tarde à s’imposer, notamment au Parti socialiste où il bataille au sein du Pôle écologique.

« La sous-traitance, par le PS, des questions écologiques aux Verts » lui paraît le principal fléau à combattre, tant pour les socialistes que pour les Verts, bientôt fondus au sein d’Europe écologie. Afin de faire avancer son combat, il a proposé à Martine Aubry de créer « un forum permanent sur le développement durable ». En attendant une réponse de la première secrétaire du PS, Rue89 l’a interrogé.

Rue89 : Dans votre livre, vous expliquez que l’écologie est dans une impasse au Parti socialiste. Quelle est cette impasse ?

Géraud Guibert : « A gauche, nous vivons encore trop selon la logique de sous-traitance, la sous-traitance des questions écologiques aux Verts de la part du Parti socialiste. Cette logique est ancienne. [...] En témoigne, le fait qu’il n’y ait eu qu’une seule ministre socialiste de l’Environnement depuis 1981 et pendant un an : Ségolène Royal.

Cette logique de sous-traitance est confortable pour les deux partenaires. Elle est confortable pour le Parti socialiste, parce que ça permet que son modèle de référence ne soit pas trop interpellé par les questions écologiques.

Et elle est confortable pour les Verts, parce que ce sont des questions sur lesquelles ils peuvent considérer qu’ils ont une voix prédominante. » (Ecouter la réponse intégrale)

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« La droite peut continuer à se repeindre en vert »

Cette impasse est en effet déjà ancienne. Pourquoi la dénoncer aujourd’hui et comment enfin y remédier ?

« Cette attitude de sous-traitance n’est plus possible, au moins pour deux raisons. La première, c’est que les questions écologiques sont devenues des questions majeures et qu’on ne peut bien les traiter qu’en les intégrant avec les questions économiques et les questions sociales. [...] On ne peut bien traiter, par exemple, l’isolation des logements, que si on prend en compte la situation différente des ménages. [...]

La deuxième raison, c’est que la droite aujourd’hui a compris l’importance des sujets écologiques. Même si ce qu’elle fait est très décevant en matière d’application du Grenelle de l’environnement, elle peut continuer à se repeindre en vert et montrer qu’elle a elle-même une pensée écologique. [...] Ce n’est plus simplement un problème de premier tour, mais un problème de deuxième tour. [...] » (Ecouter la réponse intégrale)

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N’est-ce pas ce que le PS vient de faire en adoptant un texte sur « le nouveau modèle économique, social et écologique », le 27 avril 2010 ?

« Il est vrai que ce texte est un progrès. Je m’en félicite et j’y ai d’ailleurs moi-même participé, ainsi que toute une série de responsables du Pôle écologique. Mais entre un texte général et son application concrète, il y a évidemment encore beaucoup de travail à faire. Surtout que la pesanteur de la sous-traitance est encore très grande.

Donc mon message est un message de cri d’alerte : nous ne devons pas retomber dans cette logique de sous-traitance qui nous a tant fait de mal dans le passé et qui explique assez largement, parmi d’autres facteurs, l’échec dramatique de 2002. » (Ecouter la réponse intégrale)

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« Duflot et Cohn-Bendit traitent d’autres sujets »

Qu’est-ce qui vous fait penser que le PS pourrait retomber dans cette logique de sous-traitance ?

« Il y a toute une série d’indices. Ne serait-ce que de voir les communes gérées par la gauche, les départements, les régions, où l’immense majorité des sujets ayant trait au développement durable sont encore traités par des responsables écologiques, et qui ne traitent que ça.

En plus, cette évolution est indispensable parce que les écologistes de Cécile Duflot et de Daniel Cohn-Bendit ont compris, eux aussi, qu’il fallait qu’ils sortent de cette logique pour traiter d’autres sujets et avoir une vision plus large de la société. [...] » (Ecouter la réponse intégrale)

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Pourquoi ne pas partir à Europe écologie, comme votre ex-camarade du Pôle écologique, Eric Loiselet ?

« L’écologie n’est pas une idéologie unifiante [...] : il y a une écologie réactionnaire, bien montrée dans le régime de Vichy ; il y a une écologie conservatrice, où il s’agit simplement de conserver l’existant ; il y a une écologie radicale, où la seule question est de sauver la nature sans s’intéresser aux hommes ; et puis il y a l’écologie progressiste, la nôtre à gauche, qui essaye de concilier l’écologie, l’économie et le social.

La vraie efficacité pour porter les thèmes écologiques est de faire en sorte que l’écologie soit la principale porte d’entrée de la rénovation de la social-démocratie, qui en a bien besoin. [...]

On essaye, nous, de faire travailler tout le monde ensemble, donc ça passe par une bonne formule qui permette de rassembler la gauche. Je ne pose pas la question en termes de rivalités entre le Parti socialiste et Europe écologie. [...] » (Ecouter la réponse intégrale)

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  • char23
    char23
    Salarié du privé
    • Posté à 12h30 le 21/09/2010
    • Internaute 71832
      Salarié du privé

    C’est quoi en vrai le bilan écolo de la droite : - le plantage du Grenelle : de la loi OGM, à la fin des incitations fiscales aux économies d’énergie
    - le coulage de la taxe carbone : une bonne idée à la base, mal mise en oeuvre (elle servait surtout les plus riches et épargnait les amis du Président), totalement coulée
    - la relance du nucléaire, des EPR et ITER, contestée y compris par des pro nucléaires
    - le plantage de Copenhague
    Comme l’a dit lui même le Président au Salon de l’Agriculture, l’écologie ça commence à bien faire

    Et que propose le PS ? La même chose. Je ne vois jamais Aubry parler écologie (mis à part pour parler d’une vague croissance verte). Ils étaient contre l’idée même de fiscalité environnementale. Le PS est fondamentalement productiviste et ne peut intégrer en profondeur une autre vision du développement. Suffit de voir leurs programmes et leurs actes

    Alors que pour les écologies, la question du partage des ressources est naturelle. Et il n’y a qu’à voir le programme des écolos pour voir la diversité des thèmes abordés. Le moteur de la gauche est aujourd’hui écolo, pas chez les vieux notables socialistes.

  • VinceDeg
    • Posté à 17h07 le 21/09/2010
    • Internaute 36941

    Tiens, j’ai remarqué un truc : Rue89 essaye un peu de faire la différence entre l’écologie, qui stricto sensus est une science qui étudie les interactions au sein d’un écosystème, et l’écologisme, environnementalisme ou « écologie politique », courant politique qui prend en compte l’environnement (dont les militants sont des écologistes et non des écologues !). Par contre, les hommes politiques écologistes eux-mêmes n’en ont rien à faire de cette erreur de vocabulaire !

    Par goût de la précision, j’aimerai bien que cette distinction s’impose. Mais j’avoue, c’est complexe. Par exemple, quand Caresche dit : « La crise financière est liée à la crise écologique », il a raison d’utiliser le mot écologique, puisqu’il parle de la crise des écosystèmes (Wikipedia nous précise : d’une façon générale, une crise écologique est ce qui se produit lorsque l’environnement biophysique d’un individu, d’une espèce ou d’une population d’espèces évoluent de façon défavorable à sa survie. Il peut s’agir d’un environnement dont la qualité se dégrade par rapport aux besoins de l’espèce, suite à une évolution des facteurs écologiques abiotiques (par exemple, lors d’une augmentation de la température, de pluies moins importantes)).

  • Marco68
    • Posté à 17h24 le 21/09/2010
    • Internaute 22820

    prochain article à venir sur rue 89 :
    Le FN sous-traite encore la surenchère sécuritaire à l’UMP !

  • Senon
    Senon
    retraité
    • Posté à 18h47 le 21/09/2010
    • Internaute 76924
      retraité

    S’il est vrai que la majorité actuelle du PS a beaucoup de mal à intégrer vraiment les questions écologistes dans son programme et ses façons de penser, il aurait été bon de mentionner la position de Mme Royal qui a toujours fait de l’écologie une part essentielle de son programme . Et ceci , non seulement en paroles mais en actes puisqu’elle est en train de conduire dans sa région un programme écologique tous azimuths en liaison constante avec sa politique économique et sociale générale .