Témoignage 18/09/2010 à 13h55

Chômage des jeunes : ingénieure bac+5, je bosse chez McDo

Mlle M. | Ingénieure au chômage


Une figurine de manga japonais au côté d’un menu McBreakfast (Kodomut/Flickr).

Diplômée, Mlle M., 23 ans, enchaîne les entretiens d’embauche -en vain- et les petits boulots : prof, animatrice dans un village de vacances, employée de fast-food. Elle raconte ses désillusions.

En juin 2009, mon diplôme d’ingénieur en poche, je m’apprête à conquérir le marché du travail. J’envoie donc des CV à toutes les entreprises de mon domaine d’activité, recontacte les personnes croisées au cours de mes stages en entreprise et finis par décrocher un entretien sur Paris, alors que j’habite la région de Saint-Etienne.

Le PDG n’était pas au courant

Je me déplace donc, à mes frais, jusqu’à la capitale et rencontre la DRH pendant deux heures. A l’issue de l’entretien, elle m’annonce que je dois revenir le lendemain parce que le PDG n’est pas présent ce jour-là.

Cela n’était pas prévu et je n’ai pas les moyens de me payer une nuit d’hôtel. Je téléphone en catastrophe à une amie qui habite en région parisienne, et qui m’héberge pour la nuit.

Le lendemain, je retourne à l’entreprise. Surprise : le PDG n’était pas au courant que la DRH recherchait un ingénieur. Il me reçoit néanmoins, mais de manière plutôt froide.

Bilan : l’entreprise n’a recruté personne, et moi, j’ai perdu 80 euros en tout. Suivent plusieurs mois de désespoir, sans réelle piste. Parce qu’il faut bien manger, je vais travailler deux mois chez McDo.

La responsable de la formation me raccroche au nez

Puis je découvre une nouvelle offre, cette fois pour un contrat de professionnalisation. J’envoie ma candidature. La responsable de la formation me rappelle dans la journée : la sélection s’effectuera sur une enquête auprès des médecins et pharmaciens qu’il faut lui rendre au plus vite. Pour avoir le temps de réaliser cette enquête, je démissionne de chez McDo.

Pendant trois semaines, je me consacre donc à cette enquête. Puis vient la journée de recrutement, à Paris toujours -et toujours à mes frais. Nous sommes cinq pour deux postes. Nous rencontrons la responsable de la formation ainsi que le directeur d’un grand laboratoire pharmaceutique.

A l’issue de la journée, je repars en terre stéphanoise en attendant le coup de fil. Une semaine plus tard, n’ayant pas de réponse, je décide de recontacter la responsable de la formation : elle me raccroche au nez. Comme toutes les fois où j’essayerai de la rappeler, d’ailleurs.

Entre temps, mon copain étant embauché en CDI, j’emménage avec lui dans la région de Toulouse. Ne trouvant plus de poste correspondant à mon profil, je me porte candidate comme professeur contractuelle de SVT (sciences de la vie et de la terre).

Obligée de revenir chez McDo

Ma candidature est retenue, mais je dois aller enseigner dans le Gers, à deux heures de route de chez moi. Lassée de ne rien faire et motivée par ce nouveau travail, j’accepte et finis l’année scolaire dans ces conditions.

Pour l’été, je trouve un travail d’animation dans un village de vacances. C’est à une heure et demie de chez moi, mais l’activité me convient. En septembre, je recontacte le rectorat pour connaître mon affectation : malheureusement, ils n’ont besoin de personne en SVT dans l’académie de Toulouse.

Aujourd’hui, j’ai donc à nouveau postulé chez McDo et je donnerai des cours particuliers à domicile. Heureusement que j’ai bac+5 !

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  • speedy38-
    speedy38-
    Ingénieur des travaux finis
    • Posté à 14h07 le 18/09/2010
    • Internaute 124689
      Ingénieur des travaux finis

    Bienvenue dans le monde réel ! ! !
    Je suis moi-même ingé, mais j’ai commencé à bosser au début des années 80... c’était plus facile en ce temps là.
    Et quand je vois le nombre de postulants pour une seule place d’ingé quand on recrute dans ma boîte, ça me fait mal.
    Surtout quand je dois faire des entretiens d’embauche (partie technique seulement) et que je ressens la détresse des postulants...J’en suis malade. Si ça ne tenait qu’à moi je les embaucherais tous.

  • Lictor
    Lictor répond à speedy38-
    informaticien
    • Posté à 14h18 le 18/09/2010
    • Internaute 68450
      informaticien

    « Et quand je vois le nombre de postulants pour une seule place d’ingé quand on recrute dans ma boîte, ça me fait mal. »

    Oui et non, nous on a entre 0 et 2-3 postulants pour un poste, avec souvent un problème d’adéquation. Ah oui, je bosse dans une petite PME... Il y a aussi un gros problème de rencontre entre les jeunes diplômés et les employeurs : la plupart des jeunes diplômés se ruent vers les grands groupes, qui sont des usines à détruire de l’emploi et/ou à exploiter les débutants...

    « Surtout quand je dois faire des entretiens d’embauche (partie technique seulement) et que je ressens la détresse des postulants... »

    Détresse contre productive en plus, parce qu’en les cassant et en les dissuadant d’être assertifs, elle donne encore moins envie de les recruter...
    Sans oublier un *vrai* problème entre les besoins en entreprise et le contenu des formations. Il y a encore plein de formations qui sortent des gens qui ne savent pas rédiger un CV ou une lettre de motivation, qui ne savent pas travailler en équipe, qui ne sont pas vraiment autonomes...

  • A déménagé le 7-12-2011
    A déménagé le 7-12-2011 répond à axelon94
    non connue
    • Posté à 14h23 le 18/09/2010
    • Internaute 50999
      non connue

    Expérience vécue par moi et pas mal d’amis de promo, à moins de trouver du boulot dans la boîte où l’on fait son stage de fin d’étude, il faut attendre un an standard avant de trouver un premier emploi (pire dans les spécialités difficiles comme la chimie ou biologie) .

  • chomanu
    chomanu
    connecté
    • Posté à 14h23 le 18/09/2010
    • Internaute 126302
      connecté

    Attendez, je ne comprends pas. Cela fait plusieurs moi que j’essaie de recruter des ingénieurs « junior » (informatique) et les 3/4 des CVs je reçois proviennent de l’étranger. Il est vrai que l’annonce est en anglais et les postes ouverts sont à Paris.

  • lilialbazar
    lilialbazar
    travailleure sociale à Toulouse
    • Posté à 14h29 le 18/09/2010
    • Internaute 36758
      travailleure sociale à Toulouse

    Vous oubliez les « fausses offres d’emplois » où on convoque du monde de toute la France pour connaître un peu les chercheurs d’emploi. après 2 ou 3 RV, quand vous demandez quand le poste sera disponible et quand vous aurez une réponse, on vous dit « il n’y a pas de postes actuellement » c’est juste en prévision........
    bon après 2 ans de ce genre de blague, en général, vous finissez par avoir un job plus ou moins en rapport avec votre qualif mais sous-payé, dans des conditions pénibles.
    il y a aussi au moins 2 à 3 ans de stages bénévoles.

  • vermisseau
    vermisseau
    étudiant ingénieur en (...)
    • Posté à 14h35 le 18/09/2010
    • Internaute 26276
      étudiant ingénieur en (...)

    ingénieure en quoi ?

    dans mon école 80% des jeunes diplômés accèdent à un poste dans les 6 mois, donc ne pas faire d’un cas particulier une généralité

  • frangois
    frangois
    ici
    • Posté à 14h41 le 18/09/2010
    • Internaute 126303
      ici

    Moi je suis ingénieur info senior, j’ai commencé en poussant des palettes puis comme soudeur pendant 3 ans, j’ai passé 20-25 entretiens pour trouver mon premier taf et ça m’a semblé naturel.

    C’est bien joli d’aller vivre à Toulouse avec son chéri, mais c’est plutôt qqch qu’on fait en fin de carrière. Un jeune ingé, c’est plutôt Créteil Z.I. et RER pendant 4-5 ans, le boulot on va le chercher où il est.

    Un peu d’humilité ferait pas de mal à la personne décrite. Quand on lit entre les lignes c’est franchement obscène tellement c’est petit-bourgeois : « J’ai un diplôme d’ingénieur, et personne n’est venu me proposer du travail, j’ai cherché un poste correspondant, mais j’ai pas trouvé ».

    On notera que le « poste correspondant » n’est pas décrit. Notons aussi que les jeunes ingés sont connus pour leur exigence très déplacée, à la fois en terme de salaire et de responsabilités : « j’ai 5 ans d’études, donc je veux être chef, gagner 32K€, même si j’ai aucune idée du taf qui m’attend ». Ca serait intéressant de connaître les critères de la candidate.

    Certes, tu as un diplôme, mais tu n’as aucune expérience, donc tu n’as pas de savoir pratique valorisable dans un cadre professionnel. Tu dois acquérir de l’expérience - « Je sais que je ne sais rien » - Attention, peut-être celui/celle qui t’apportera cette expérience sera Bac+2 : n’aie pas peur, cette plèbe a beaucoup moins de problèmes d’hygiène que par le passé.

    Passer 3 entretiens et se plaindre dans les médias, c’est ridicule, quel est l’information dans cet article ? !

  • Lictor
    Lictor répond à les_canards
    informaticien
    • Posté à 15h52 le 18/09/2010
    • Internaute 68450
      informaticien

    Tout a fait... C’est un réel problème quand on est jeune (ou chômeur de longue durée) : à un moment, on fait carpette et on se brade. Ce qui réduit encore plus les chances d’être recruté et augmente considérablement les chances de perdre du temps avec des entretiens à la con.

    Un employeur sérieux, intéressé par ton CV et qui a un réel besoin ne fera jamais le moindre problème pour faire le premier entretien au téléphone. Au contraire : on sait que l’entretient téléphonique est une difficulté supplémentaire pour le candidat et qu’on teste ainsi des qualités souvent nécessaires en entreprise.

    Quant à l’enquête gratuite, c’est de l’arnaque pure et simple et certainement pas une pratique sérieuse. Ce genre de travail bénévole ne peut pas se faire sans un cadre juridique, type stage. Et c’est ce que fera une entreprise qui veut blinder un recrutement : prendre des stagiaires et garder les meilleurs. Sachant que le stage a au moins des contreparties et un cadre légal.
    Il ne faut pas hésiter dans ce genre de cas à envoyer des courriers à l’URSSAF ou à l’inspection du travail... Il n’y a pas de bénéfice personnel, mais ça fait plaisir...

    Il ne faut pas non plus hésiter à envoyer chier les recruteurs qui sont manifestement des clowns. Ça évite de se détruire l’égo et le moral et il n’y a de toute façon pas grand chose à perdre...

    Mais la vérité sur le recrutement est cruelle : plus tu es soumis et arrangeant, moins tu es désirable.
    Il faut savoir que dans beaucoup d’entreprise, quand il y a un vrai recrutement, c’est qu’il y a un vrai besoin, voire une urgence. La plupart des entreprises repoussent tellement le moment du recrutement, que quand elles s’en préoccupent enfin, la situation est souvent critique. J’ai par exemple été recruté sur des postes où j’étais indispensable pour livrer un rendu client attendu depuis plusieurs mois - et dans ce cas, ce n’est pas l’entreprise qui me sauve la mise, mais bien moi qui le fait !
    Dans ces conditions, le candidat n’est pas en position de faiblesse, mais bien de force. S’il arrive à démontrer qu’il correspond au profil et qu’il va résoudre les problèmes, c’est l’entreprise qui se trouve en position de demandeur...
    Mais pour apparaître en position de force, il faut en être convaincu soi-même...

  • Spool
    Spool répond à axelon94
    ici
    • Posté à 16h46 le 18/09/2010
    • Internaute 52054
      ici

    Trois anecdotes pour faire un article et une conclusion sur le chômage des jeunes bac+5 ça fait un peu léger non ?

    il ne faut pas sous estimer la portée du témoignage je trouve, même s’il n’est pas le premier du genre ; elle n’est pas seulement bac+5, elle est ingénieure, et il fût un temps où tout le monde voyait ce titre comme un sésame justifié, à tort ou à raison. Le diplôme continue à protèger du chômage (la qualité du travail, c’est encore une autre question), mais visiblement de moins en moins. Les universitaires ont connu ça avant les ingénieurs, et on entendait alors des remarques peu aimables sur la fac qui ne sert à rien. Je ne sais pas trop quoi penser des difficultés qui affectent certains ingénieurs ; est ce juste temporaire, le temps de la crise ? ou les entreprises sont elles en train de déplacer leur recrutement vers des gens qu’elles jugent encore plus adaptés/ adaptables en la personne des apprentis par exemple ? (certes il y a des ingés en apprentissage, mais la concurrence revient avec les universités)

  • kkk
    kkk
    visiteur
    • Posté à 18h08 le 18/09/2010
    • Internaute 48064
      visiteur

    Qu’en est-il des camarades de promotion de cette Mlle M. ?
    Ont-ils un travail ou pas ?

    Si la majorité de la promotion sortie en 2009 n’a pas de travail, je suggère à l’école de faire évoluer sa thématique.

    Si, au contraire, la plupart des élèves ont aujourd’hui un emploi, Mlle M. devrait songer à se remettre en question en se demandant pourquoi les autres ont un travail et pas elle.

  • Monsieur Q
    Monsieur Q
    j'intègre
    • Posté à 20h46 le 18/09/2010
    • Internaute 126019
      j'intègre

    Bonjour,

    Cet article, malgré certaines informations manquantes, reflète à mon sens assez bien la réalité.

    Ingénieur issu d’un cursus reconnu par la CTI (et les entreprises), j’ai repris un autre diplôme de type bac+5, pas pour surétudier mais accéder à mon domaine de prédilection.
    Cela fait un an que je cherche ...
    et ai eu plusieurs entretiens mais : « pas assez d’expérience », « surqualifié », « trop spécialisé » ! Si le secteur a subis la crise économique et la crise politique de surcroît, on se demande si les employeurs dans leur majorité recherches vraiment des qualifications ! Est-ce que l’activité économique en France se dirige vers moins d’emploi de cadres « à forte valeur ajoutée » (j’entends que des bac+5 sont actuellement embauchés pour faire du boulot de techniciens...) ?

    Ne parlons même pas de l’aide au retour à l’emploi :
    1/ les salariés du pôle-emploi sont trop occupés à produire de la stat pour la hiérarchie.
    2/ Mobilité ... ben voyons ! Il est possible d’avoir 3 voyages pris en charge par le pôle-emploi au prix de galères administratives multiples. Pour le reste, ben vous payez de votre poche. Il vaut mieux habiter Paris et y rechercher un emploi pour s’en sortir financièrement
    3/ Se loger justement. On se retrouve dans le dilemme habituels banlieue VS ville centre : soit vous restez chez des parents sympas qui vous hébergent en campagne et vous devez payer en conséquence les déplacements « entretien », soit vous payez un appart. à Paris ... avec un RSA à 400€ ! Ah si, 3ème solution, faire du petit boulot : bonjour l’efficacité de la recherche du véritable job de vos rêves.

  • MasarykLi
    MasarykLi répond à Teckel nain
    recherche d'emploi
    • Posté à 11h18 le 20/09/2010
    • Internaute 126465
      recherche d'emploi

    @Teckel Nain

    Bonjour, je suis en partie d’accord avec vous, mais en prenant mon cas je comprends parfaitement cette demoiselle. En outre si elle a été recruté pour être prof de SVT je suppose que sa formation est correcte.

    Mon cas est similaire car ayant une maîtrise d’Economie, une de Science Politique et un DEA en Science Politique avec plus de 3 ans d’expérience en Communication, relations publique, gestion je ne trouve pas d’emploi en France, alors que cette expérience fût acquise à l’étranger et que je parle anglais couramment.

    Donc certes, votre réaction est légitime mais je trouve que l’article met bien en valeur un problème de la société actuelle qui est qu’un diplôme n’est plus une garantie anti-chômage.

    Il faut être aveugle pour ne pas voir que la situation se dégrade pour les générations à venir, voir même pour la mienne (j’ai 28 ans).

    Alors vers quoi allons nous ? La France est trop rigide, non avec son code du travail mais dans sa manière de recruter. Il faut donner sa chance au jeune, sinon les gens quitte la France (est en général pas les plus mauvais).

    J’ai le cas aussi d’un ami, docteur en Biologie, qui fait un post-doc au USA. Salaire de 3000$ par mois. Dans un an son contrat se termine, mais il ne reviendra pas car il peut avoir un poste pour au moins 90000$ par an.

  • Simastion
    Simastion
    jeune actif
    • Posté à 13h33 le 20/09/2010
    • Internaute 100839
      jeune actif

    Qu’est ce qu’on dit à un doctorant qui vient de finir sa thèse ?

    ...

    Un menu Big mac avec un coca, s’il vous plait...

    Cette blague tourne dans la plupart des labo... et les concernés rient... jaune.