A la Une 17/09/2010 à 11h19

L'Apec ne sait plus trop quoi faire de son magot de 92 millions

Catherine de Coppet | Journaliste


Un homme refait le nœud de sa cravate (Audrey Cerdan/Rue89)

Etre spécialisé depuis près de quarante-cinq ans dans le reclassement des cadres, et ne pas pouvoir utiliser à cette fin les quelque 92 millions d’euros perçus chaque année : voilà la situation aberrante dans laquelle se retrouve aujourd’hui l’Apec (Association pour l’emploi des cadres). Une conséquence directe de l’ouverture à la concurrence cet été, par Pôle emploi, du marché de l’accompagnement des cadres chômeurs, dont l’association avait jusque-là le monopole.

Pour la première fois dans l’histoire de cet organisme paritaire (cogéré par les organisations syndicales et patronales), l’ensemble des syndicats appelle les 900 salariés à un mouvement de grève ce vendredi.

Adieu mon beau monopole

Tout a changé pour l’Apec en juillet dernier. Détentrice du monopole du reclassement des cadres depuis sa création en 1966, l’association n’a remporté alors que 22% de ce marché, suite à l’appel d’offres de Pôle emploi.

La société Ingeus, cabinet spécialisé dans l’insertion professionnelle, est sortie gagnante du partage avec 39% du gâteau. Adecco arrivant derrière l’Apec avec 21%. Une manne financière quand on sait que le prix payé par Pôle emploi est de 2 500 euros par demandeur d’emploi, selon un administrateur de l’Apec.

Au-delà du manque à gagner (10 millions d’euros au lieu de 18 millions) qu’elle occasionne pour l’Apec, l’ouverture à la concurrence met celle-ci dans l’obligation de rendre des comptes sur l’utilisation de son budget. Et de démontrer à Bruxelles qu’il n’y a pas distorsion de concurrence, ce qui n’est pas une mince affaire. Explication.

A côté de l’argent versé par Pôle emploi et des bénéfices sur la vente de prestations commerciales (organisation de salons, etc), l’Apec est financée par une cotisation obligatoire prélevée chaque mois sur le salaire des cadres, et complétée par une participation des employeurs. Une trentaine d’euros par an et par cadre, pour un total de 92 millions d’euros en 2008.

Or, jusqu’ici, l’argent de la cotisation était utilisé « librement » par l’Apec pour l’ensemble de ses activités, du reclassement des cadres à l’accompagnement professionnel des cadres en activité, en passant par des actions ciblées en direction des jeunes diplômés par exemple.

Assimilée à une « aide d’Etat » par Bruxelles dès 2006, la cotisation ne doit logiquement plus servir au reclassement des cadres, désormais soumis à la concurrence.

« Nous n’avons aucune nouvelle de Bruxelles »

Que va-t-il donc advenir des 92 millions d’euros ? En 2008, l’Etat a dû promettre à Bruxelles de signer avec l’Apec un mandat d’intérêt général, afin de justifier l’utilisation de la cotisation. Reste à savoir quelles missions de l’Apec relèvent de l’intérêt général... et sur ce point, le flou prédomine.

Eric Peres (FO) siège au conseil d’administration :

« La situation est un peu délicate entre ce qui relève de la cotisation et ce qui relève du concurrentiel. Nous ne pouvons plus par exemple financer notre site internet avec la cotisation. Nous devons donc définir des lignes claires, en faisant l’analyse de ce dont les cadres ont besoin.

Nous avons pour cela rédigé un mandat, que nous avons adressé à l’Etat, c’est-à-dire au secrétariat d’Etat à l’Emploi ainsi qu’à la DGEFP [Délégation générale à l’emploi et à la formation professionnelle].

Normalement, il a dû être transmis à Bruxelles. Mais nous n’avons aucune nouvelle, nous ne savons pas si l’Etat l’a signé, ni quelle a été l’appréciation de la commission. »

Du côté des salariés, l’inquiétude sur l’avenir des emplois prévaut. En juin dernier, l’association s’était déjà séparée de son journal, Courrier Cadres, en vendant le titre au groupe Gérard Touati. Une décision justifiée par la menace d’un plan social.

« Un changement profond de notre métier »

Présente sur tout le territoire français, l’Apec tente aujourd’hui de trouver de nouvelles missions à ses consultants dans les régions où elle n’a pas remporté l’appel d’offres de Pôle emploi. 130 personnes sont directement concernées. D’après la déléguée syndicale centrale CFDT, la direction sous-estime le problème :

« La nouvelle offre de services en projet se concentre sur les prestations à distance, via le Web, le téléphone et le mail. On se demande comment cela pérennisera les emplois. Cela constitue par ailleurs un changement profond de notre métier, dont une part importante se déroule souvent en face-à-face. »

A l’issue d’un conseil d’administration tendu mercredi dernier,
rendez-vous a été pris entre administrateurs et direction pour un
séminaire de clarification dans un mois. L’enjeu, selon Eric Peres (FO), se situe bien au-delà de la seule Apec :

« La vraie question est de savoir ce que l’on veut faire des organismes paritaires aujourd’hui, l’Apec mais aussi l’Afpa et l’Agirc. Des révolutions de palais sont en cours. »

En attendant, la situation flottante de l’Apec pourrait se retourner contre elle, surtout en ces temps de disette budgétaire publique.

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  • mr_megot
    • Posté à 12h43 le 17/09/2010
    • Internaute 53015
      .

    Et donc tous les salariés de l’APEC vont se faire virer et se retrouver à pôle emploi. Si ca ce n’est pas de l’ironie, et de la belle, je ne m’y connais pas.

  • LienRag
    • Posté à 17h26 le 17/09/2010
    • Internaute 34767

    Ingéus, c’est pas beaucoup mieux...
    Une ou deux personnes vraiment compétentes dans leur staff (ce qui existe aussi à l’ANPE, quand on a la chance de tomber dessus), et ils servent le café (industriel, bien sûr) dans des bureaux de bonne qualité.
    A part ça, ils sont surtout doués pour la manipulation mentale (c’est vrai, on appelle ça la com’ de nos jours)...

  • lekatarina
    • Posté à 03h30 le 18/09/2010
    • Internaute 15081

    Ce qui est encore plus lamentable dans cette histoire c’est que les cotis APEC qui ne servent plus à rien continuent a être percues et rien n’est proposé en service équivalent par PoleEmploi (preuve de cette incurie il n’y a pas plus de 3 jours). c’est la pagaille complète et la stratégie du « demmerdez-vous » qui règne. La question en suspend est donc « mais qui sont donc les mystérieux et heureux gagnants de l’appel d’offre et ou sont-ils donc ? » Au bar du coin en train de fêter cà ? En attendant qu’ils en ressortent, PE assure la garde et c’est pas triste ....méconnaisance des métiers, navigation au pifomètre, stats de marché datant de 2007, module de recherche de job avec code ROME obligatoire (un souk total), convocations délirantes à des réunions powerpoint ou des stages d’expression écrite, envoi d’offres totalement à coté de la plaque, etc, etc. si ca ne tenait qu’à eux, on n’est pas près de retrouver un job (et pourtant, ils ne se gênent pour rappeler devoirs et obligation ... ils ont du oublier les leurs). Dépressifs, pessimistes, passez votre chemin

  • Petrus72
    Petrus72
    Ingé, Ile de France
    • Posté à 10h17 le 18/09/2010
    • Internaute 118699
      Ingé, Ile de France

    Pas forcément efficace l’APEC ... et rapport coût/efficacité certainement déséquilibré. Mais qu’en est-il d’autres « grandes sociétés » privées ou publiques, est-ce si différent ?
    Pour ma part : inscrit en recherche d’emploi à l’APEC Paris Bd Brune en ’99, j’avais apprécié l’accueil organisé, les accès internet, les bases de données Kompass et ROME...etc...
    En avancant dans un parcours de cadre, c’est auj moins efficace : entretiens de visu espacés, priorité au bilan par e-mail, certains ateliers sans véritable « analyse contradictoire » du travail de chaque personne faute de temps.... Là grosse marge d’amélioration.
    Mais il me semble que pour un cadre qui bosse son CV/profil/actions réalisées/projet pro ...etc... ils fournissent quelques éléments et conseils qd même... Et ce n’est pas à l’APEC de nous « trouver un boulot »... tout juste peuvent-ils accélérer ou favoriser une mise en relation.

    Par ailleurs une chose ressort de tout ça. Comme en téléphonie, ferroviaire, poste, transport aérien ...etc... ce service est « ouvert à la concurrence » selon la seule logique de marché, censée favoriser le consommateur et amener un immense Progrès ... ou simplement faire du « Pognon » ?
    ANPE en son temps et l’APEC avaient une logique de SERVICE « public » dont l’objet se limitait à ce service d’assistance et de conseil ... je crois qu’il s’agit là d’une « saine et prioritaire ambition ».
    Il est assez inquiétant de constater une fois de plus que sans trop se perdre en études & concertations, on démantèle un service fondé depuis des lustres en l’espace de 2 à 3 ans. Très fort...