Sur le terrain 19/09/2010 à 00h31

Election en Suède : la droite reconduite, l'extrême-droite perce

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Fredrik Reinfeldt en campagne à Stockholm, le 18 septembre 2010 (Bob Strong/Reuters).

La droite suédoise sortante a remporté les élections législatives, dimanche, avec 49% des voix, selon une estimation à la cloture du vote. L’extrême droite, avec 4,6% des voix, va faire son entrée au parlement pour la première fois. Rappel de la situation à la veille du vote, avec notre partenaire MyEurop.info

(De Stockholm) Les Suédois ont donc reconduit la droite libérale sortante. Ses principaux atouts : avoir habilement repris à son compte le modèle social-démocrate et une économie en pleine forme.

En 2006, l’Alliance pour la Suède avait surpris tout le monde en remportant les élections et en forçant les sociaux démocrates à entrer dans l’opposition après des décennies aux commandes de l’Etat : entre 1936 et 2006, la gauche n’avait perdu que trois fois le pouvoir... un record dans un pays démocratique.

Moderniser le modèle social-démocrate

Au lancement de la campagne 2010, la coalition « rouge-verte » regroupant le Parti social-démocrate, les Verts et le Parti de gauche, étaient pourtant donnés gagnants avec près de 10 points d’avance. Mais à la veille du scrutin, dimanche, selon les derniers sondages, la coalition gouvernementale aurait regagné le terrain perdu. Une deuxième victoire d’affilée de la droite libérale serait une première depuis les années 80.

Pour Henrick Brors, journaliste politique au Dagens Nyheter, le grand quotidien du pays :

« La situation politique aujourd’hui est totalement inédite. Les sociaux-démocrates sont maintenant le deuxième parti politique du pays. C’est celui du Premier ministre sortant, Fredrik Reinfeldt qui est crédité du plus grand nombre de voix.

Le modèle politique suédois est en train de muter, de changer vers quelque chose de bien plus similaire aux autres pays européens. Nous avons maintenant clairement, deux blocs politiques qui se disputent le pouvoir, sachant que l’élection va se jouer à quelques milliers de voix ».

Le succès annoncé du gouvernement sortant s’explique en grande partie par les bons résultats économiques du pays. La Suède a renoué avec la croissance de 4,6% cette année ! Règne dès lors chez les Suédois, l’impression que leur pays s’en sort bien mieux que ses voisins européens.

Autre facteur à prendre en compte : alors qu’auparavant la droite faisait campagne en dénonçant le « socialisme » et l’Etat-providence suédois, elle a aujourd’hui totalement intégré dans son discours le système social-démocrate, ne proposant que sa modernisation.

La gauche a ainsi perdu son principal argumentaire, la défense des citoyens, et a du mal à se réformer. Un défi auquel doivent faire face de nombreux partis de gauche en Europe, comme l’ont montré les résultats des élections européennes de 2009. Alors que la crise économique faisait rage, ce sont les conservateurs qui ont remporté le plus de sièges.

Percée de l’extrême droite

L’extrême droite devrait faire son entrée au Parlement pour la première fois. Le Parti des démocrates suédois (SD) est crédité de 6% des voix (4% sont nécessaires pour obtenir des députés).

Cette formation politique issue de la fusion de plusieurs groupuscules néo-nazis en 1988, a, au fil des années, modéré son discours, mais reste profondément xénophobe. Son principal thème de campagne est l’immigration, qu’elle souhaite fortement réduire et encadrer, la jugeant trop importante et néfaste.

Son clip de campagne a été en partie censuré par les médias suédois. (Voir la vidéo)

Ce nouveau venu met encore mal à l’aise les politiciens suédois qui ne savent pas répondre à ses discours populistes, hésitant entre son intégration au débat démocratique et sa mise à l’écart pour éviter la diffusion de ses idées.

La Suède était jusqu’à présent le dernier pays scandinave sans extrême droite influente alors qu’au Danemark, le Parti danois du peuple obtient plus de 15% des voix et fait régulièrement parti des coalitions gouvernementales. L’hypothèse d’une alliance avec le SD a pour le moment été rejetée par l’ensemble de la classe politique suédoise.

Mise à jour le 19/9/2010 à 21h00 avec le résultat des élections.

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  • Samuel_A
    Samuel_A répond à speedygonzalez-
    Expat'
    • Posté à 06h00 le 19/09/2010
    • Internaute 112135
      Expat'

    Vous n’avez pas compris : la droite est sortante en Suède.

    Mais ce qui est intéressant, c’est que dans de nombreux pays européens, à commencer par la France, c’est la gauche qui se droitifie autant que faire ce peut pour tenter de gagner les élections. En Suède, c’est au contraire la droite qui se gauchise pour gagner.

    La différence entre les sociaux-démocrates suédois et les « Modérés » (centre-droit, au pouvoir) n’est pas énorme. D’autant que le système parlementaire et proportionnel suédois leur impose une coalition avec des partis centristes.
    Qui plus est, le jeu politique en Suède est sensiblement décalé vers la gauche par rapport à chez nous : le discours des SverigeDemokraterna (extrême-droite suédoise) n’effrayerait pas le moins du monde toute une partie de l’UMP. La coalition de centre-droit mène une politique que ne renierait pas Strauss-Kahn et n’aurait pas renié Fabius autrefois.

    Ce qui est plus inquiétant, c’est la soumission des Moderaterna à certains lobbys et aux États-Unis, qui frise parfois la corruption.

    Mais par certains aspects, la droite suédoise a une politique qu’oserait à peine proposer Mélenchon. Notamment sur tout ce qui a trait au sociétal : leur système pénal, éducatif, familial, ferait hurler au laxisme et à l’angélisme n’importe quel cadre du PS français.

    Sur le plan économique et social, les choses sont un peu différentes : un paquet de choses nous choqueraient (retraite à 65 ans etc.) tandis que d’autres ne sont même pas envisagés sérieusement à gauche en France (taux d’imposition parmi les plus élevés du monde, mais qualité et gratuité pour tous de tous les services publics).

    La droite a gagné les élections précédentes en Suède quasiment en prônant la continuité d’avec les sociaux-démocrates. Le message (nouveau, à l’époque) c’était grosso-modo « on est sociaux-démocrates, mais en mieux ». Et là le message c’est grosso-modo « vous voyez ? on vous l’avais dit, z’avez vu on a un bilan qui tient la route quand-même » (ce qui est pas totalement faux il faut bien le dire).

    Ce qu’il faut dire aussi, c’est que la droite a un premier ministre-candidat charismatique et crédible, tandis que la candidate sociale-démocrate n’a pas vraiment la même stature.

    Quant à l’extrême-droite, il est triste de la voir monter dans un des pays qui était (et demeure probablement) parmi les moins racistes d’Europe. D’autant plus dommage que la Suède s’en sort infiniment mieux que n’importe quel pays dans lequel l’extrême-droite a du pouvoir, malgré un taux d’immigration extrêmement haut.
    Mais ce taux d’immigration, justement, commence à créer de la lassitude chez les suédois, d’autant qu’il tend à s’accompagner d’une radicalisation du discours de certains immigrés, qui deviennent de plus en plus exigeants, réclamant lieux de cultes (s’entend : mosquées), le droit à la burqa, et autres, au risque de créer de l’aversion chez des suédois qui jusqu’alors les supportaient plutôt bien.

    Globalement, la Suède subit la même évolution vers la droite que le reste de l’Europe, mais beaucoup plus lentement/timidement, et en partant d’une base beaucoup plus à gauche.

    Malgré cela, ça fait toujours bizarre de voir les suédois bouder les sociaux-démocrates alors que ce pays doit à peu près tout à ce parti (sa richesse, sa culture, sa mentalité, sa littérature, son modèle économique et social, ses services publics, etc.).

  • A déménagé le 18-1
    • Posté à 08h44 le 19/09/2010
    • Internaute 116615
      bc

    La droite suèdoise serait réellement pragmatique et rechercherait un plus grand dénominateur commun avec les électeurs.
    Si c’est cela, ils s’y prennent autrement mieux que nos politiques.
    Les étiquettes se brouillent pas mal un peu partout, la gauche d’un pays serait à droite dans un autre, j’y vois plutôt une standardisation du débat des vieilles démocraties, ou on a chacun son extreme droite, ses verts, son extreme gauche...et l’alternance par bi partis. C’est plus une perte de sens et de toute réelle proposition nouvelle, et la défaite irrémédiable, acceptée du politique face à l’économie de marché.
    C’est quand même un comble d’avoir le pouvoir et de gérer les affaires courantes, surtout ne pas déranger et ne faire peur à personne pour y rester.
    Tout l’inverse du petit nerveux, a choisir, je préfère aller me les geler dans le nord...Comme quoi, je ne suis pas à l’abri du contradictoire non plus, autant choisir sa droite puisque la gauche européenne est en panne.