A la une 15/09/2010 à 17h47

Retraites : en France, la réforme vite fait, mal fait

Catherine de Coppet | Journaliste

Menées « au pas de charge », les négociations françaises diffèrent du dialogue social organisé en Europe sur les retraites.


Bernard Thibault face à Eric Woerth à la table des négociations, le 12 avril 2010 (Charles Platiau/Reuters).

A peine trois mois de travail avec les syndicats, cinquante heures de débat parlementaire, un vote ce mercredi après-midi à l’Assemblée dans la précipitation... Le marathon de la réforme des retraites laisse une impression de brouillon. Cette façon de mener le dialogue social nous distingue gravement de nos voisins européens. C’est ce que soulignait ce mercredi matin Martine Aubry sur France Inter, dénonçant une réforme négociée « au pas de charge » :

« Dans la plupart des pays européens, je pense à l’Allemagne, aux Pays-Bas, à l’Italie, il y a eu des mois et des mois de discussion, de concertation, avec les syndicats, l’opposition. »

Autrement dit, la France ne brille pas par sa capacité à impliquer les partenaires sociaux -et l’opposition- en amont des réformes.

Dernier épisode ce mercredi matin à l’Assemblée nationale : le président Bernard Accoyer a suspendu les débats peu avant 10 heures, après une nuit blanche et éprouvante passée à examiner la fin du projet de loi, empêchant les députés socialistes de se relayer cinq minutes chacun pour des « explications de vote » avant le vote en première lecture du texte.

Le chef du groupe socialiste à l’Assemblée, Jean-Marc Ayrault, a demandé formellement la démission de Bernard Accoyer, l’accusant d’avoir « trahi » sa fonction.

Comment en est-on arrivé là ? Petit rappel des faits.

Sarkozy le 15 février : « Nous prendrons tout le temps nécessaire pour dialoguer »

Moins de quatre mois se sont en effet écoulés entre la présentation aux partenaires sociaux des premiers éléments de la réforme, et le vote du texte. Mais le lancement du sujet remonte au 15 février. Les organisations syndicales sont alors conviées à l’Elysée pour un « sommet social » au cours duquel Nicolas Sarkozy promet des « négociations avec les partenaires sociaux » sur la réforme des retraite. Et le président de la République d’insister :

« Nous prendrons tout le temps nécessaire pour dialoguer, pour que les positions de chacun soient parfaitement comprises, pour que les Français soient clairement informés des enjeux et des solutions. »

La méthode choisie pour cette négociation est celle des rencontres bilatérales, ministre du Travail ou chef de cabinet du ministre et organisation syndicale. Ces rencontres ne commenceront qu’à la mi-avril, une fois le nouveau ministre du Travail, Eric Woerth, entré en fonction.

A l’arrivée, les syndicats totalisent six ou sept réunions chacun. Un mode opératoire bien différent de celui à l’œuvre en 2003 pour la réforme Fillon, si l’on en croit Bernard Devy, chargé des retraites à Force ouvrière (FO) :

« A l’époque il y avait eu concertation avec l’ensemble des parties prenantes, syndicats et patronats, et non des bilatérales.

Mais surtout François Fillon avait conduit la réforme du début jusqu’à la fin, et nous avions une idée précise du projet de loi avant son dépôt à l’Assemblée. Cette fois-ci, nous n’avons jamais reçu le texte définitif qui allait être présenté au Parlement. »

Une « concertation » plus qu’une réelle « négociation ». Les organisations syndicales n’obtiennent pas de réponses à leurs interrogations, en particulier sur le financement du système. Le tout avec le désagréable sentiment que tout est écrit d’avance, sauf peut-être sur des sujets « négociables » comme la pénibilité. Il ne se passera qu’un mois entre les premières annonces gouvernementales et la présentation du projet de loi.

Sarkozy le 7 septembre : « Pas question de revenir » sur l’âge légal de départ à la retraite

Les syndicats ne recevront aucun élément en amont sur les ajustements finaux du texte, annoncés directement par Nicolas Sarkozy, après la mobilisation du 7 septembre. Ce pilotage par l’exécutif doit-il être mis sur le compte d’une spécificité française ? Bernard Vivier dirige l’Institut français du travail :

« En France, tout vient de l’Etat et de l’exécutif, donc tout converge vers lui. L’impulsion des réformes vient de l’Etat, la réaction va contre lui.

La classe politique dans son ensemble est dans une logique qui consiste à vouloir distribuer les rôles, alors que dans les autres pays européens, les parties prenantes, Etat-patronat-syndicats, décident ensemble de leur action. Ce qui conduit souvent syndicats et patronats à être les vrais auteurs des réformes, après discussion.

Nous avons en France une loi qui autorise les partenaires sociaux à être une force de proposition autonome. Cette loi est un vœu pieu. Les syndicats sont réduits à la réaction, et ne peuvent être dans la construction. Quand ce n’est pas l’autorité légitime pour le faire qui se saisit d’une réforme, il ne s’agit pas de négociation ni de concertation mais de confiscation du dialogue social. »

Pour ce spécialiste, ce serait aux partenaires sociaux d’organiser la discussion sur de tels sujets. Apparemment, la France en est loin.

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  • Marcantoines
    Marcantoines
    trouveur
    • Posté à 18h40 le 15/09/2010
    • Internaute 55044
      trouveur

    Réforme vite faite ?
    On aurait dû la faire, il y a au moins 5 ans. Alors la vitesse ! ! !

    Réforme pas suffisamment discutée avec les organisations syndicales ?
    Lancement du sujet le 15 février. Trois mois de travail avec les syndicats. 50 h de débats parlementaires. 7 réunions avec chaque syndicat. C’est encore insuffisant !
    De toute façon, ce sera toujours insuffisant avec des gens qui restent arc bouter sur leurs positions. Le dialogue social est très difficile et il faut toujours attendre d’être au bord du gouffre pour réagir.

    Pas de réponse sur le financement du système ?
    Comment cela ! J’ai cru comprendre que le nombre d’annuités de cotisations serait progressivement augmenté. Est ce que cela sera suffisant dans 10 ans ? Personne n’en sait rien et il faudra peut -être actualisé certains paramètres.
    Retraite à 60 ans ou à 62 ans ? Tout cela est parfaitement hypocrite puisque ce qui compte : c’est le nombre d’annuité pour obtenir un taux plein.

    Débat à l’assemblée nationale : les députés socialistes agissent comme des gamins dans la cour d’une récréation : Les 180 ( environ) députés socialistes voulaient parler chacun pendant 5 min afin de retarder les votes. Est cela le fonctionnement des débats démocratiques...à l’assemblée ?
    Et en 2012, les socialistes vont revenir sur les mesures de cette réforme. Ce pays est irréformable ! Et il n’est pas difficile de prévoir notre déclin.

    Je précise que je suis pour une alternance du pouvoir en 2012. Mais si les socialistes sont aussi irresponsables, je n’irai pas voté.

  • hogan
    hogan répond à obey-
    actif
    • Posté à 19h01 le 15/09/2010
    • Internaute 25474
      actif

    Sauf que comme le taux d’emploi des seniors et inférieur à 45% (chiffres INSEE), et que ça n’est pas prêt de changer (les employeurs ne le veulent pas), cette réforme ne va quasiment rien rapporter, ou presque.

  • Zigpoc
    Zigpoc
    transitoire
    • Posté à 20h17 le 15/09/2010
    • Internaute 104004
      transitoire

    Tout ça pour faire à nouveau 3 ou 4 réformes sur le même sujet dans la décennie à venir.

  • seaLaura
    seaLaura répond à Marcantoines
    Etudiante, avec une vie (...)
    • Posté à 21h07 le 15/09/2010
    • Internaute 122499
      Etudiante, avec une vie (...)

    Perso je suis créatrice d’entreprise et franchement ça ne me dérange pas de payer une taxe sur mes bénéfices pour renflouer les retraites.
    Ce n’est pas une question de compétitivité, c’est une question de citoyenneté. Je crée mon entreprise en France et donc je participe à l’effort nationnal. Parceque ce que je donnerais sur mes bénéfices à la France celle çi doit pouvoir me rendre une partie lorsque je serais retraité.

    Le problème des retraite est complexe et comme tout « système complexe il faut du temps pour tout analyser et mettre en place des solutions efficace. Ce n’est pas en 7 mois et en ne permettant pas à toute les composantes de la société de participer à ce débat que nous pouvons le résoudre.

  • Elleif
    Elleif répond à jpn
    • Posté à 08h50 le 16/09/2010
    • Internaute 25314

    en Scandinavie l’adhésion syndicale est de type mutualiste (cad donne des avantages sociaux délégués).

    celà n’en fait pas nécessairement des travailleurs actifs et conscients. Par contre celà donne du pouvoir aux permanents syndicaux.

    la force scandinave est d’être une société de culture profondément égalitaire et que l’obsession de son unité la conduit à ne réaliser de réforme qu’avec un large consensus issu parfois de plusieurs années de négociation : pas de passage en force.

    On a bien compris que nous n’étions pas en France dans la même planète. La fin de l’indépendance de la médecine du travail est passé par amendement, en catimini, la nuit dernière, en des termes que tous les syndicats de salariés avaient rejeté. Ce n’est qu’un exemple.
    On sait aussi quel gouffre d’intérêts divergents serait creusé par un tel syndicalisme, en France, entre les travailleurs et les permanents (voir l’ensemble des reculs qu’a signé la direction CFDT depuis 10/15 ans). Le meilleurs exemple de dérive est finalement donné par le syndicalisme agricole qui, après avoir régné pendant 50 ans sans partage, influé sur l’Etat et avoir cogéré les affaires publiques du secteur, voit sa crédibilité imploser dans le conflit du lait.

    Mais au fait, pourquoi ne se pose t’on jamais cette question (de la représentativité par nb d’adhérents) à propos du MEDEF ? ! ou des partis ? !

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