En images 11/09/2010 à 18h29

Le petit moustachu en bas à droite, c'est bien Rimbaud

Sophie Verney-Caillat | Journaliste Rue89


Rimbaud à Aden (Libraires associés/ADOC-Photos)

Les spécialistes d’Arthur Rimbaud se déchirent, une fois de plus. Au cœur de la dispute, cette fois, une photo, prise sur la terrasse de l’hôtel de l’Univers, en 1880 à Aden au Yémen. Claude Jeancolas, commissaire de l’exposition Rimbaudmania, déclarait à l’AFP cette semaine que « l’homme de la photo [deuxième assis en partant de la droite, ndlr] ne peut être Arthur Rimbaud ».

L’Express vient de prouver le contraire, en publiant une lettre de l’explorateur Henri Lucereau, datée à « Aden, 13 août 1880 ». Cet explorateur, identifié par ses descendants sur cette photo, était bien présent à Aden en même temps que le poète, ce qui rend possible l’identification du poète à ses côtés.

C’est Jacques Desse, du groupement de librairie Chez les libraires associés, qui a fait cette découverte. Il explique à Rue89 :

« Il a fallu des mois de recherches dans les archives du ministère des Affaires étrangères pour trouver cette lettre qui est une preuve absolue. Nous allons prochainement publier dans La Revue des deux mondes un article qui raconte l’histoire complète de ce cliché. C’est extraordinaire car on a tout retrouvé, jusqu’à la facture d’achat du matériel photographique. »


Rimbaud âgé de 17 ans, en octobre 1871 (Etienne Carjat)

Pourquoi tant de querelles intestines sur un simple cliché tout ce qu’il y a de moins compromettant ? D’abord parce que c’est l’une des seules photos de lui adulte.

Ensuite parce que de la seconde vie de « l’homme aux semelles de vent », celle qui l’emmena aux confins de l’Afrique dans l’errance, les historiens ignorent encore beaucoup de choses, ce qui laisse place à tous les fantasmes.

« Ce n’est pas le poète éthéré »

« Tout est très passionnel, jusqu’à l’aberration », constate Jacques Desse, visiblement lassé par la « diffusion de fausses informations ».

L’image de Rimbaud, icône romantique absolue, celle que l’on veut garder en tête, c’est celle du jeune homme de 17 ans, déjà poète maudit, plus que celle du négociant échoué au bout du monde. Le libraire précise :

« Il y en a, comme Claude Jeancolas, qui le trouvent abîmé sur ce cliché d’Aden. Ce n’est pas le poète éthéré qui regarde la ligne bleue des Vosges. »

Dans L’Express, Jean-Jacques Lefrère, biographe du poète et collaborateur des libraires, complète cette analyse :

« A l’âge adulte, il n’avait plus cette expression pleine de rêve et de mélancolie que montre le célèbre portrait photographique de Carjat [voir photo ci-dessus, ndlr]. Qui plus est, Rimbaud apparaît au sein d’un groupe dont il fait partie, parmi d’autres Français vivant à Aden : rien de l’image d’un poète maudit et solitaire, en tout cas. »

La guerre de la mémoire n’a pas fini d’agiter le milieu des rimbaldiens.

Arrêt sur images précise que :

« L’auteur supposé de cette image serait peut-être Révoil, un explorateur photographe logé par Jules Suel à cette époque, et débarquant avec justement cette technique de photographie au gelatino-bromure d’argent, alors une modernité.

Par ailleurs, cette technique expliquerait également le flou des traits des personnages présents. »


Gros plan sur Rimbaud devant l’hôtel de l’Univers à Aden

Photos : Rimbaud sur le perron de l’hôtel de l’Univers à Aden (Libraires associés/ADOC-Photos) ; Rimbaud âgé de 17 ans, en octobre 1871 (Etienne Carjat) ; zoom sur la première image.

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  • geneviève421
    geneviève421
    medecin
    • Posté à 19h09 le 11/09/2010
    • Internaute 121096
      medecin

    Il s’agit de Rimbaud, je le sais car je ressemble sur cette photo, à peu près au même age, et j’étais son sosie à 17 ans.

  • Sophie Verney-Caillat
    Sophie Verney-Caillat
    Auteur(e) de l'article Journaliste Rue89
    • Posté à 21h45 le 11/09/2010
      rédacteur
    • Journaliste 50753
      Journaliste

    Message de Chamaco, riverain exilé :

    « le gelatino-bromure d’argent, en 1880 avait presque dix ans d’existence, c’est donc une “modernité” relative.

    Plutôt que lui imputer le flou des prises de vues, il faudrait creuser du côté de son comportement / intégrité / stabilité, sous les fortes chaleurs subies à Aden. »

  • Borderie
    • Posté à 05h44 le 12/09/2010
    • Internaute 14126

    Mais bon dieu, bien sûr ! ... Mais c’est Marcel Proust ! ! ! Voyez dans l’Album de La Pléiade... Je crois me souvenir qu’il y a une photographie de lui à Venise qui ressemble étrangement à celle-ci... A partir de là, tout devient lumineux : la femme, c’est « Maman »... et l’inconnu un peu plus loin Reynaldo Hahn...

    Sacré Lefrère ! ... Il nous avait déjà fait le coup en 1977 avec Lautréamont... A quand la découverte d’un portrait inédit de Donatien-Alphonse-François, Marquis de Sade ? ...