A la une 10/09/2010 à 18h46

Roms : ce que les eurodéputés ont dit à la France de Sarkozy


Avant le vote de la résolution exigeant l'arrêt d'expulsions de Roms, les eurodéputés s'en sont violemment pris au président français.

Même les familiers des débats parlementaires ne sont pas habitués à des échanges aussi violents que ceux qui se sont déroulés cette semaine au Parlement européen sur la situation des Roms.

Des échanges qui font suite à la course aux démantèlements de camps illégaux, en France, avec à la clé, des reconductions aux frontières. Les débats ont abouti jeudi au vote d'une résolution demandant sèchement à la France de « suspendre immédiatement » les expulsions.

« Nous n'avons pas à nous soumettre à un diktat »

Extrait de la résolution

« Le Parlement européen se déclare vivement préoccupé par les mesures prises par les autorités françaises, ainsi que par les autorités d'autres Etats membres, à l'encontre des Roms et des gens du voyage prévoyant leur expulsion ; les prie instamment de suspendre immédiatement toutes les expulsions de Roms et demande à la Commission, au Conseil et aux Etats membres de formuler la même demande. »

Une résolution adoptée par 337 voix contre 245, grâce aux communistes, aux écologistes, aux socialistes et même aux libéraux, contre la droite populaire, les conservateurs et l'extrême droite. La décision -non-contraignante- a déclenché l'ire du gouvernement français, et notamment d'Eric Besson :

« Le Parlement européen est sorti de ses prérogatives et nous n'avons bien évidemment pas à nous soumettre à un diktat politique. »

Mais avant ce vote, mardi et mercredi, entre les murs du Parlement européen à Strasbourg, c'est un feu nourri de critiques qui s'est abattu sur le gouvernement français, et Nicolas Sarkozy en particulier.

L'eurodéputé allemand Manfred Weber, membre du PPE (Parti populaire européen) a eu beau dénoncer en séance ce « véritable show politique sur Sarkozy », il n'a pas réussi à le stopper.

A part Silvio Berlusconi, rarement un dirigeant européen n'aura autant provoqué la colère de représentants de différents pays. Nous avons visionné ces débats, dont voici des extraits.

Sur les valeurs européennes bafouées



Martin Schulz (DR).

Martin Schulz

, Allemand, S&D (Alliance progressiste des socialistes et démocrates) :

« L'Europe n'aura de succès qu'en défendant nos valeurs élémentaires. Parmi ces valeurs élémentaires, il y a l'absence de racisme, l'absence de xénophobie.

Mais cela veut dire qu'un gouvernement, qui est sous pression politique, ne peut pas se livrer à une chasse aux sorcières. Ce gouvernement, c'est celui de Nicolas Sarkozy, de François Fillon et de Brice Hortefeux ! »

Cornelia Ernst, Allemande, GUE/NGL (Gauche unitaire européenne/Gauche verte nordique) :

« Le gouvernement Sarkozy viole le droit communautaire. Il s'agit d'expulsion de masse, sans tenir compte des droits individuels. C'est une négation du libre droit à la circulation. C'est une violation de la Charte fondamentale. »

Catherine Grèze, Française, Verts/ALE (Verts/Alliance libre européenne) :

« Oui, c'est au tour de la France de connaître l'ère des expulsions. Il s'agit d'expulsions de masse sur la base d'une appartenance ethnique, ce qui est totalement contraire au droit européen.

A l'ère du social-sarkozisme, la seule question présente sur les lèvres de mes concitoyens en France est : “Aujourd'hui les Roms, à qui le tour demain ? ” »

Sur la contamination au reste de l'Union



Kinga Göncz (DR).

Kinga Göncz

, Hongroise, S&D :

« Tout ça est en train de se transformer en une attaque contre toute une communauté. Ce pourrait être le début d'une tendance très dangereuse.

Le parti d'extrême droite en Hongrie a suivi l'exemple de M. Sarkozy et a annoncé le démantèlement des camps roms en Hongrie ou une intégration forcée. »

Luigi de Magistris, Italien, ALDE (Alliance des démocrates et des libéraux pour l'Europe) :

« On a attaqué tout de suite Sarkozy, parce que le ministre de l'Intérieur italien veut le copier et expulser les communautés sans domicile fixe et sans revenu. Plutôt que de favoriser les mesures sociales pour réduire les différences, on essaye de criminaliser. C'est extrêmement grave. »

Sur les expulsions déguisées en aides au retour



Cornelia Ernst (DR).

Cornelia Ernst

, Allemande, GUE/NGL :

« Le départ volontaire des Roms du territoire français est en fait une expulsion. Il y a eu violation du droit de ces populations. Nous faisons le lit de l'extrême droite, il faut faire quelque chose ! C'est la raison pour laquelle mon groupe demande que ces expulsions cessent. »

Renate Weber, Roumaine, ALDE :

« En 2010, la France, berceau des droits de l'homme, utilise une tricherie. Elle profite de l'ignorance de la plus vulnérable population de l'Europe, les Roms, et paie 300 euros pour un adulte et 100 euros pour un enfant, à condition qu'ils quittent le territoire français.

Ainsi, le gouvernement français prétend qu'il s'agit de rapatriement volontaire, considérant avec cynisme que cet indigne achat de conscience des Roms est une aide humanitaire. »

Sur les raisons françaises de cette politique



Luigi de Magistris (DR).

Luigi de Magistris

, Italien, ALDE :

« Le Président Sarkozy, pour cacher des problèmes politiques internes, a essayé, comme en Italie, de criminaliser des immigrants et de chercher un consensus, par la peur, sur la sécurité. Il faut une Europe de solidarité, d'inclusion, de droits. »

Rita Borsellini, Italienne, S&D :

« La décision du gouvernement français d'expulser plusieurs milliers de Roms est une question d'une extrême gravité, en particulier si l'on considère que cette décision a été prise à des fins de propagande populiste et à un moment où le gouvernement français ne jouit pas des avis favorables du public. C'est de la manipulation politique réelle. »

Zineb Dryef et Julien Martin

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  • steed1
    • Posté à 19h08 le 10/09/2010

    et pourquoi pas voter une résolution pour que la france ne soit plus « officiellement » la patrie des droits de l'homme ? après tout, c'est bien une réalité, non ?
    on pourrait suggérer :
    Ex-pays des droits de l'homme
    ancien pays des droits de l'homme
    pays des droits bafoués de l'homme
    ...

  • fortisluc
    • Posté à 21h21 le 10/09/2010
    • Internaute

    Oh ! je suis avec vous ! j'ai cette sombre joie.
    Ceux qu'on accable, ceux qu'on frappe et qu'on foudroie
    M'attirent ; je me sens leur frère ; je défends
    Terrassés ceux que j'ai combattus triomphants ;
    Je veux, car ce qui fait la nuit sur tous m'éclaire,
    Oublier leur injure, oublier leur colère,
    Et de quels noms de haine ils m'appelaient entre eux.
    Je n'ai plus d'ennemis quand ils sont malheureux.
    Mais surtout c'est le peuple, attendant son salaire,
    Le peuple, qui parfois devient impopulaire,
    C'est lui, famille triste, hommes, femmes, enfants,
    Droit, avenir, travaux, douleurs, que je défends ;
    Je défends l'égaré, le faible, et cette foule
    Qui, n'ayant jamais eu de point d'appui, s'écroule
    Et tombe folle au fond des noirs événements ;
    Etant les ignorants, ils sont les incléments ;
    Hélas ! combien de temps faudra-t-il vous redire
    À vous tous, que c'était à vous de les conduire,
    Qu'il fallait leur donner leur part de la cité,
    Que votre aveuglement produit leur cécité ;
    D'une tutelle avare on recueille les suites,
    Et le mal qu'ils vous font, c'est vous qui le leur fîtes.
    Vous ne les avez pas guidés, pris par la main,
    Et renseignés sur l'ombre et sur le vrai chemin ;
    Vous les avez laissés en proie au labyrinthe.
    Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte ;
    C'est qu'ils n'ont pas senti votre fraternité.
    Ils errent ; l'instinct bon se nourrit de clarté ;
    Ils n'ont rien dont leur âme obscure se repaisse ;
    Ils cherchent des lueurs dans la nuit, plus épaisse
    Et plus morne là-haut que les branches des bois ;
    Pas un phare. A tâtons, en détresse, aux abois,
    Comment peut-il penser celui qui ne peut vivre ?
    En tournant dans un cercle horrible, on devient ivre ;
    La misère, âpre roue, étourdit Ixion.
    Et c'est pourquoi j'ai pris la résolution
    De demander pour tous le pain et la lumière

    ...
    Victor Hugo

  • rougant
    • Posté à 22h31 le 10/09/2010

    Je déteste Sarkozy, et, mais même si je n'aime pas sa manière de le traiter, le problème « rom » commence à me « courir ». Beaucoup se paye une virginité sur son dos.
    Le problème est Roumain et Hongrois avant d'être Français. Ces pays ne font rien pour intégrer ces populations. A contrario, pour avoir vu un documentaire sur Arte (l'année dernière ? oups la source bancale) sur les tentatives de scolarisation des roms en Hongrie, on peut dire que ces populations restent dans un espace temps qui est difficilement compatible avec l'Europe de la mobilité de 2010.
    De ce côté, les roms ne voient pas les efforts qu'ils ont à faire. Alors oui, il y a Gadjo Dilo, Rona Hartner, Kocani Orchestar et toute la culture tzigane. Tout cela c'est très bien mais cela intègre socialement que quelques uns. Pour les autres et j'ai enseigné à Aubervilliers pendant dix et vécu à saint Denis pendant quinze, je n'ai jamais vu de roms envoyer leurs gamins au collège ou dans le petites écoles de ces villes (malgré nos efforts).
    Et pourtant des camps sur ces deux villes, il y en a eu et il y en a encore (pour mémoire rappellez-vous celui en sortant du métro Stade de France, « Affreux, sales et méchants » en direct). Et les gamins utilisés rue de la République pour mendier, les gamines (six ans, seules) faisant la manche pieds nues à un feu jusqu'au 23h00 ou plus , les poubelles éventrées et jetées à même le trottoir tous les jours (pour récupérer ? ? ? ? je me le demande encore vue la pauvreté ambiante à Saint Denis).
    Toutes ces personnes qui poussent des cris d'offraies devant ces « expulsions » (avec 300 euros et retour d'ici deux mois au max) n'ont pas le problème » rom » en bas de chez eux .Ne confondons pas cette immigration avec celles des Portugais de Joinville ou des Algériens de Nanterre. Ces populations venaient pour bosser et pour s'intégrer.
    Cela fait cinq ans que cela dure. Il fallait une solution mais, pas forcément une solution qui soit liée à la perte de vitesse politique de l'exécrable gouvernement Fillon.
    Alors oui c'est de notre faute, nous sommes les mauvais riches qui ne savent pas intégrés les bons pauvres. Mais une fois de plus, la gauche bien pensante dicte sa vision des choses aux autres, à des gens de gauche comme moi qui eux vivent la réalité des choses. à bon(s) entendeur(s), M....E !

  • Olivier_L
    Olivier_L
    Informaticien
    • Posté à 11h56 le 11/09/2010
    • Internaute
      Informaticien

    « Quand ils sont venus chercher les communistes, je n'ai pas protesté parce que je ne suis pas communiste.
    Quand ils sont venus chercher les Juifs, je n'ai pas protesté parce que je ne suis pas Juif.
    Quand ils sont venus chercher les syndicalistes, je n'ai pas protesté parce que je ne suis pas syndicaliste.
    Quand ils sont venus chercher les catholiques, je n'ai pas protesté parce que je ne suis pas catholique.

    Et lorsqu'ils sont venus me chercher, il n'y avait plus personne pour protester. »

    MARTIN NIEMÖLLER, DACHAU

  • Léon1
    • Posté à 11h58 le 11/09/2010
    • Internaute

    Ont souffert de racisme et de xénophobie : les musulmans,les protestants,les non-croyants,les juifs,les boat people,les noirs,les italiens ,les espagnols,les polonais,les portugais,les belges,les turcs et maintenant les « roms »
    Ras -le -bol de ce populisme politique qui ressort ce qu'il y a de pire en chacun de nous (cf éditiorial de jean daniel)