Revue de presse 09/09/2010 à 18h42

The Economist lâche Sarkozy, « le Président qui rétrécit »

Augustin Scalbert | Journaliste Rue89


La couverture de The Economist.

Comme toujours dans The Economist, c’est la couverture qui frappe : Carla Bruni accompagne le bicorne de Bonaparte, qui se déplace grâce à un mini-Sarkozy. Le très libéral -et libertaire- hebdomadaire britannique, qui l’avait soutenu en 2007, qualifie en titre Nicolas Sarkozy de « Président qui rétrécit », car l’homme « ne semble plus savoir ce qu’il veut ».

Le titre, « The incredible shrinking président », est une référence à la VO de « L’Homme qui rétrécit » (« The Incredible Shrinking Man »), un film américain de 1957 narrant l’histoire d’un homme qui diminue jusqu’à devoir se battre avec un chat ou une araignée, et vivre dans une maison de poupée aménagée par sa femme.

The Economist consacre trois pages et son éditorial à ce Président devenu lilliputien. L’hebdo, daté de samedi 11 septembre, dresse un bilan de la présidence Sarkozy, en revenant évidemment sur la manifestation de mardi, mais aussi sur la défaite aux élections régionales et sur « la série de miniscandales » qui ont « nui à son rang ».

« Un opportuniste sans complexe »

C’est dans l’éditorial, sorte de résumé sans ambages de l’analyse développée dans l’article de trois pages, que le ton est le plus cinglant :

« Quand il est au mieux de sa forme, M. Sarkozy est un politicien exaltant ; à ses pires moments, c’est un opportuniste sans complexe qui tourne en fonction du vent.

Avec ses contradictions, difficile de savoir ce qu’il veut réellement, pour peu qu’il le sache lui-même. »

Sans surprise, le libéral The Economist, qui trouvait en 2009 que la France faisait « mieux que les anglo-saxons », estime que la réforme des retraites voulue aujourd’hui par le gouvernement est « timide », eu égard aux standards en vigueur dans les autres pays européens :

« M. Sarkozy veut remonter l’âge minimum de la retraite de 60 à 62 ans, dans un pays où les hommes passent six années de plus à la retraite que dans la moyenne de l’OCDE et où le système de retraite public est confronté à un déficit de 42 milliards d’euros à l’horizon 2018.

Un Président plus audacieux aurait remonté l’âge de la retraite encore plus haut.

Pourtant, poussés par le succès de la manif [en français dans le texte, ndlr], les leaders syndicaux poussent à des concessions même par rapport au modeste plan actuel.

Les socialistes du paléolithique étaient dans les manifestations [...]. »

L’hebdomadaire, qui a pour règle de ne publier aucune signature de journaliste, écrit ensuite que la « peur de la rue française » est « compréhensible », en évoquant les précédents Juppé (les retraites en 1995) et Villepin (le CPE).

Pour The Economist, l’élection de Nicolas Sarkozy en 2007 montrait que les Français avaient « faim de changement », après avoir « pendant des années » élu des politiciens « heureux de maintenir l’illusion » que la protection « douillette » était sans fin.

Mais le fait qu’après les manifestations, Sarkozy a annoncé des exceptions à la règle -pour les agriculteurs- « signe une attitude ».

« Les banlieues baignent dans [...] la violence des gangs »

Et le fait que ses conseillers ont annoncé que cette réforme est la dernière est « plus inquiétant », écrit The Economist avant de pointer la maigre reprise de la croissance et de brosser ce portrait apocalyptique de la France :

« La jeunesse est à la porte du monde du travail parce que des règles et des coûts excessifs découragent les employeurs de créer des emplois.

Les banlieues [en français dans le texte, ndlr] massivement immigrées qui encerclent les villes françaises baignent dans le chômage, la violence des gangs et la rage.

Les forces qui ont protégé l’économie française au pire de la récession se transforment en faiblesses au moment de la reprise.

L’an dernier, même les Hollandais ont exporté plus que les Français. »

En clair, Sarkozy se dégonfle pile au moment où la France sombre dans le chaos. « Remettez-le dans la bonne direction, quelqu’un ! », implore ensuite l’éditorial, avant de conclure :

« Le Sarkozy actuel, timide et réactionnaire, peut juger qu’il a peu à gagner à continuer les réformes. Son ancien lui-même, plus grandiose, déciderait qu’il n’a pas grand chose à perdre à essayer. »

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  • Lauvergnate
    Lauvergnate
    Gardienne du bon goût
    • Posté à 18h51 le 09/09/2010
    • Internaute 99381
      Gardienne du bon goût

    « Un bon croquis vaut mieux qu’un long discours. » NAPOLEON

  • Mr.White
    • Posté à 19h16 le 09/09/2010
    • Internaute 21805

    J’ai plusieurs fois lu The Economist et à chaque fois j’ai été en désaccord avec sa vision.

    Cet hebdomadaire se fait l’écho de la pensée ultra-libérale british qui a coulé l’économie mondiale par ses théories fumeuses sur le capital, le laisser faire absolu, l’état providence (et sa disparition.)

    Mais je le trouve très intéressant, ça permet de comprendre le raisonnement que tienne les gens de Wall Street et de la City.

  • groucho2613
    groucho2613 répond à cantalouse 15
    Expert es Qualité
    • Posté à 19h18 le 09/09/2010
    • Internaute 65920
      Expert es Qualité

    Vous ne devez pas lire the economist très souvent vous, parce que oui, the economist peut etre qualifié de libertaire, quelques faits d’armes récents :
    - un appel à légaliser toutes les drogues
    - un appel à légaliser la prostitution
    - Un réquisitoire très dur contre le système judiciaire américain (Qui enprisone beaucoup trop)
    - défense régulière du droit des homosexuels
    - appel à l’ouverture des frontières et soutient à l’immigration
    - etc ...

    Pas très victorien tout ça : -)

  • thierry reboud
    • Posté à 19h48 le 09/09/2010
    • Internaute 20923

    Il y a quelques semaines, en réponse à une analyse de Riché sur le risque pour Sarkozy de perdre les catholiques, j’avais pondu un commentaire dans lequel je soutenais qu’on sous-estimait sans doute l’ampleur de la désillusion à droite à l’égard de Sarkozy.

    Ce qui est frappant, c’est qu’elle semble frapper de très nombreuses familles de la droite : la droite républicaine (mais ça n’est pas nouveau, même si Juppé le dit maintenant à voix haute), mais aussi l’électorat d’extrême-droite, les néo-conservateurs à la française, le catholicisme social, et maintenant les libéraux par la voix de l’un de leurs plus prestigieux porte-étendard.

    Je maintiens que Sarkozy est peut-être en train de démanteler l’union de la droite qu’il avait réussi à faire en 2007, et je maintiens qu’un 21 avril à l’envers est possible en 2012.

    Paradoxalement, il me semble que ce délabrement de la droite constitue aussi un piège pour la gauche : le risque est grand de voir le PS se contenter de ramasser ce qui restera sur ces décombres sans qu’il se sente obligé de renouer avec l’ambition de transformation sociale. Il est plus que jamais urgent de renforcer les forces à la gauche du PS, notamment le Front de Gauche, pour qu’une éventuelle victoire électorale en 2012 ne se solde pas par une simple rotation des équipes gouvernementales.

  • Suzunosuke
    Suzunosuke
    entre Paris et Tokyo
    • Posté à 20h01 le 09/09/2010
    • Internaute 124564
      entre Paris et Tokyo

    ...« Les banlieues [en français dans le texte, ndlr] massivement immigrées qui encerclent les villes françaises baignent dans le chômage, la violence des gangs et la rage. »
    Incroyable de lire des choses pareilles, on se croit dans un livre d’anticipation ou dans l’Apocalypse !
    Ces journalistes de The Economist en sont encore restés aux émeutes en banlieue de 2005...quelques reportages sur le terrain ne leur ferait pas de mal.
    Sans compter que née et vivant à Paris depuis 40 ans, je me réjouis de la population métissée de la capitale, heureusement que cela n’est pas réservé à la banlieue !

  • G_Remy
    • Posté à 21h31 le 09/09/2010
    • Internaute 27305

    En fait, c’est une vieille couverture de « Time Magazine » sur la chute de popularité de Bill Clinton, et qui a été recyclée par « The Economist »

  • A déménagé le 04-03-2012
    • Posté à 21h49 le 09/09/2010
    • Internaute 89071
      non connue

    Ce que The Economist dénonce et a juste titre, c’est le manque de ligne politique de Sarkozy et l’impression qu’il donne d’être totalement paumé au pouvoir, a suivre le courant du moment tel un saumon dans une rivière.

    L’hebdomadaire britannique a une ligne éditoriale ouvertement libérale, soit, mais cela n’expurge en rien la critique principale. D’ailleurs, Rue89 n’a de loin pas une ligne neutre, il n’empêche que certaines critiques peuvent être pertinentes.

    Beaucoup considèrent Sarkozy comme un néo-libéral converti qui ne pense qu’a aligner l’économie française sur le système financier mondial. Sauf que si on regarde objectivement son action politique, ce n’est pas le cas. Son action politique est un gros melting-pot de mesures tantôt libérales tantôt sociales, tantôt conservatrices, tantôt populistes.

    Un joli exemple du gros foutoir qu’il a crée, c’est le débat sur l’identité nationale. D’un coup, tout français était invité a exprimer une caractéristique individuelle comme une réalité nationale. Au final, tout le monde se gueule dessus pour défendre SA vision du pays, jusqu’au moment ou il décide de pousser d’un coup de talon la burqa au milieu de la cohue.