A la une 07/09/2010 à 15h25

Retraites : ce qui va changer concrètement pour vous

François Krug | Journaliste Rue89

Combien de temps un jeune devra-t-il vraiment travailler ? Pourquoi ceux qui sont nés le 30 juin 1951 sont-ils mieux lotis que ceux qui sont nés le lendemain ? Que faire si vous avez gardé le même travail toute votre vie, mais pas le même régime de retraite ? Et à quoi reconnaît-on un métier pénible ? Eco89 passe en revue les conséquences concrètes de la réforme des retraites.

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J'ai 25 ans et j'ai décroché mon premier job

Vous avez 25 ans, et la retraite ne fait sans doute pas partie de vos préoccupations immédiates. Pourtant, vous êtes une des principales victimes ou bénéficiaires -selon votre point de vue- de la réforme. Vous devrez en effet travailler deux ans de plus -au minimum.

Première conséquence de la réforme : l'âge légal de départ à la retraite étant repoussé de 60 ans à 62 ans, vous devrez travailler jusqu'en 2047 au lieu de 2045. Mais avec ces 37 ans d'activité, impossible de prétendre à une retraite à taux plein.

L'autre conséquence de la réforme, en effet, c'est l'allongement de la durée de cotisation pour bénéficier du taux plein. D'ici 2020, elle grimpera progressivement de 40,5 ans à 41,5 ans.

Pour toucher une pension pleine, vous devrez donc attendre début 2052 : vous aurez alors 66,5 ans. Ce calcul est basé sur une hypothèse optimiste, voire peu crédible : celle d'une carrière sans cahots, au cours de laquelle vous aurez enchaîné les trimestres de cotisation sans aucun passage à vide.

Pas d'affolement. Si ce n'est pas le cas, vous devrez simplement travailler encore six mois. Quel que soit le nombre de trimestres cotisés, vous pourrez partir avec une retraite à taux plein à 67 ans (au lieu de 65 ans jusqu'ici). D'ici là, profitez bien de votre jeunesse.


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Je suis né(e) le 30 juin 1951

Vous avez de la chance : vous échappez de justesse à la réforme des retraites. Celle-ci s'appliquera en effet aux salariés ou fonctionnaires âgés de moins de 60 ans lors de son entrée en vigueur, prévue le 1er juillet 2011.

Si vous êtes après le 1er juillet 1951, tout dépendra de votre année de naissance. L'âge légal de départ à la retraite sera repoussé petit à petit, à raison de quatre mois de travail supplémentaires par an, pour atteindre le fameux seuil de 62 ans en 2018. Exemples :

  • Vous êtes né en 1951 : vous pourrez partir à la retraite à 60 ans et quatre mois, et plus à 60 ans tout rond ;
  • Vous êtes né en 1952 : vous pourrez partir à 60 ans et huit mois ;
  • Vous êtes né après 1956 : vous devrez attendre vos 62 ans.


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J'ai changé de régime, pas de travail

On devrait beaucoup parler de vous dans les prochains jours, puisque vous faites partie des polypensionnés. Pour l'instant, le gouvernement n'a rien décidé pour ceux qui ont cotisé à plusieurs régimes de retraite au cours de leur carrière.

D'abord, parce que c'est un casse-tête. Ensuite, parce que cela lui laisse des munitions. Selon l'ampleur des manifestations, le gouvernement pourra proposer ou non aux syndicats des mesures pour les polypensionnés.

Pourquoi est-ce un casse-tête ? Pour les « monopensionnés », les choses sont assez simples : dans le privé par exemple, le montant de leur pension dépend de la moyenne des salaires des 25 dernières années de carrière.

Pour les polypensionnés, ça se complique. Le montant des pensions ne dépend pas d'une moyenne globale, mais d'une addition de calculs partiels, régime par régime. Un mode de calcul injuste, estime Jean-Louis Malys, secrétaire national de la CFDT en charge du dossier des retraites :

« Par exemple, vous avez travaillé dans une entreprise d'emballage, vous avez quatre ans de service, la société est vendue à une entreprise agro-alimentaire mais vous gardez le même travail.

Seulement, vous ne cotisez plus à la Cnav [Caisse nationale d'assurance vieillesse, le principal régime de retraite du privé], mais à la Mutuelle sociale agricole. Les deux régimes sont absolument identiques, mais le calcul de votre retraite prendra en compte vos premières années de carrière, moins bien payées. »


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Je suis passé du privé au public

Vous aussi, vous êtes un polypensionné. Et comme pour les salariés du privé passant d'un régime de retraite à l'autre, vous êtes un des grands oubliés de la réforme : le gouvernement n'a pas encore tranché votre cas.

Pour les « monopensionnés » du public, le montant de la retraite est lui aussi calculé sur une moyenne des rémunérations, mais sur une période beaucoup plus courte : les six derniers mois de carrière, les mieux rémunérés.

Seulement, pour bénéficier de ce mode de calcul, il faut effectuer au minimum quinze ans de service dans la fonction publique. Autrement, c'est le mode de calcul du privé (les 25 dernières années de carrière) qui s'appliquera. C'est notamment sur ce point que le gouvernement a gardé des munitions, pour ses négociations avec les syndicats : il serait prêt à rabaisser la barre à « quelques années ».

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  • Schrödinger
    Schrödinger
    Poli et gentil. Très rue89.
    • Posté à 15h56 le 07/09/2010
    • Internaute
      Poli et gentil. Très rue89.

    Je me présente ; jeune travailleur, la trentaine, ayant dès son premier job intégré que la retraite ne serait pas pour lui.

    Ca me dérange pas de payer pour mes vieux. Je sais par contre que mes jeunes le feront pas pour moi. C'est la vie. Je claque ma thune, je prends des vacances, je bossouille et je fais la fête en attendant.

  • Lictor
    Lictor répond à Troll-en-folie
    • Posté à 18h12 le 07/09/2010

    Non, au contraire, il est réaliste...

    Soit il prétend que la retraite existe encore. Et il va passer sa vie à bosser comme un con en attendant de pouvoir se reposer à 65 ans (67, 68, 70...).
    Soit il est réaliste, et il en profite maintenant. Comme il ne pourra pas avoir ses loisirs à la retraite comme aujourd'hui, il faut qu'il les prenne maintenant.

    Par exemple, se faire virer quand on a eu un bon salaire, ça permet de profiter de la « retraite » pendant quelques mois/années, mais quand on est jeune, en bonne santé et en forme.

    Passé un certain point, c'est bon, il n'y a plus d'illusion à avoir. J'ai commencé à cotiser passé 27 ans - j'ai été con, j'ai fait mes études, je me suis pas fait réformer pour mon service militaire et je me suis lancé dans une création d'entreprise tout de suite après. Entre temps, quelques années de chômage. Et à partir de 45 ans, le chômage pour cause d'âge trop avancé est quasiment inévitable.
    Donc, en gros, pour moi, c'est 67 ans. Et d'ici à ce que j'y arrive, ça sera probablement passé à 70 ans. D'ici là, je serai probablement mort, liquide ou suffisamment mal en point pour souhaiter être mort.
    Sauf qu'en fait, je pourrai de toute façon pas cotiser tout ce temps, vu que je serai au chômage de manière permanente à partir de 55 ans (en étant optimiste). Donc, chômage, RSA, puis retraite ridicule...

    Tout ça, que la réforme passe ou pas, ça ne change pas grand chose dans les faits... Le système de retraite est de toute façon complètement inadapté à la façon de travailler dans le privé au 21e siècle... Si la réforme ne passe pas, il sera toujours autant inadapté. Le seul gain, c'est que je pourrai toucher ma retraite ridicule à partir de 65 ans à la place du RSA...

    La retraite, c'est tout de suite, tant qu'on est « jeunes », comme on peut ou jamais...

  • Lictor
    Lictor répond à républic1
    • Posté à 19h21 le 07/09/2010

    Non non, nous ne serons pas nombreux... Théoriquement, nous serons nombreux à vouloir/devoir cotiser jusqu'à 67 ans pour une retraite à taux plein.
    Sauf qu'en pratique, l'âge de la retraite sera bien à 62 ans et que dans les faits, l'âge moyen de fin d'activité est à 55 ans. Comprendre qu'en fait, tu te feras lourder de ton boulot parce que tu es trop vieux vers 55 ans et que tu n'auras aucune chance de te faire embaucher à nouveau. Jusqu'à 62 ans, tu seras chômeur puis au RSA. Dès 62, Pole Emploi fera valoir que tu as droit à la retraite, et tu n'auras donc plus droit à rien du tout, à part la retraite. Retraite qui sera bien entendu ridicule, puisqu'il te manquera encore de nombreux trimestres de cotisation (sachant qu'avoir la vingtaine de trimestres manquants jusqu'à 67 ans va te faire une décote absolument énorme)...

    Tu veux le tube de vaseline avec, ou tu préfères directement la corde ?

  • ddpetit
    • Posté à 20h47 le 07/09/2010

    Qu'en déplaise à certains de mes compatriotes, je suis totalement pour la réforme de retraite et j'ai actuellement 19 ans et suis étudiant.

    Pourquoi cet avis ? Tout simplement parce qu'il arrive un moment où l'on ne peut pas profiter d'un système sans donner un peu de soit. Si les gens vieillissent davantage, il faut donc trouver de l'argent pour leur payer leur retraite.

    Il y a une autre possibilité, celle revendiquée dans la rue : laisser l'age de la retraite à 60 ans, mais pourriez-vous m'expliquer dans ce cas, comment nous jeunes adultes allons-nous percevoir notre retraite ?