Tribune 06/09/2010 à 16h52

Réforme du Capes : « Je suis prof de lettres classiques et j'adore ça »

Une prof heureuse | Professeure de langues classiques

Je suis professeure de lettres classiques dans un collège public classé REP [réseau d’éducation prioritaire, ndlr]. Une enseignante ordinaire comme vous en trouverez beaucoup. Rien de bien glorieux, mais j’ai assez d’élèves pour remplir mes classes -pas plus de 24, nous sommes en REP.

J’enseigne donc ce qu’on appelait « les humanités » dans le temps, ces matières jadis si classieuses mais désormais désuètes que sont le latin et le grec ancien -oui, oui, ça s’enseigne encore au collège !

Je suis issue d’un milieu ouvrier classique, née d’un père fraiseur et d’une mère dans la confection textile, reconvertie en femme de ménage. Peu d’études mais un vrai respect pour l’école.

J’ai sûrement une conception des langues anciennes moins élitiste que celle de certains de mes collègues -mon père a pleuré le jour où il a appris que sa fille, bonne élève, allait faire des études littéraires et non scientifiques. Je ne suis pas capable d’utiliser leurs jolis mots pour exprimer le plaisir que j’ai à enseigner ces matières au quotidien.

Mais j’adore mon métier, tous les jours. J’adore l’Antiquité. J’adore me marrer devant les milliers de BD qui sortent chaque mois sur des thèmes antiques.

J’adore être prof. J’adore regarder les émissions télé qui parlent de l’école et me marrer ou avoir une boule au ventre. J’adore construire des cours, rencontrer des collègues, construire des projets pour mes élèves -sorties, concours, expos...- parfois jugés farfelus par certains.

J’adore mes élèves, les excellents comme ceux qui sont largués et qui peuplent mes cours. J’adore leurs remarques brillantes ou naïves -« Mais quel rapport entre Mécène et MSN ? »

Et j’adore organiser avec eux des journées en toge.

Le 14 juillet, le jury du Capes de langues anciennes démissionne

J’aime beaucoup moins la réforme du Capes. Ma spécialité, qui nous amène depuis toujours à enseigner le français, le latin et le grec, est concernée.

Tout le monde s’en fiche. On a lu quelques articles ici ou , mais personne ne manifestera -ou quelques collègues, « allumés » ou « privilégiés » selon la rumeur- pour défendre le latin et le grec. Tout le monde a une expérience de ces matières, mais comment et pourquoi défendre l’inutile ? Quel intérêt a la presse d’en parler ?

« On » a décidé de réformer les épreuves. Désormais, pour devenir professeur de langues et de culture de l’Antiquité -l’intitulé « lettres classiques » devient un gloubi-boulga antique et ça n’est pas anodin-, c’est uniquement à l’écrit qu’il faudra faire ses preuves, à l’occasion d’une épreuve fourre-tout. Une ou deux très légères versions, une question de connaissance sur l’Antiquité, et puis plus rien.

C’est un peu comme si l’on demandait à un aspirant prof d’anglais de traduire un texte simple, d’expliquer un point de civilisation, d’avoir des idées sur la pédagogie, et c’est tout. Jugé « capable », le voilà engagé pour faire ses 18 heures hebdomadaires.

Le 14 juillet, le jury du Capes de lettres classiques a démissionné. Je respecte ses revendications -dont le retour des langues anciennes à l’oral.

Le latin, de la culture avec de la grammaire dedans

Au-delà de tout ce blabla parfois pompeux, ce qui me fait mal, c’est le manque de considération que l’on a pour notre spécialité. Cela fait longtemps déjà que l’on demande à des professeurs de lettres modernes, qui ont un peu étudié le latin pendant leur scolarité, de prendre notre place, d’assurer comme ils le peuvent des cours de latin. Comme s’il suffisait d’en avoir un jour entendu pour l’enseigner. Pour le grec, peu importe.

On considère le latin comme une option « qui permet de mettre son enfant dans une bonne classe ». Dans les faits, le latin et le grec, ce n’est pas ça. Non plus des envolées lyriques -« Vas-y que je te cite des grands auteurs. »

Les élèves que j’ai en face à moi ne sont pas de futurs ministres -Xavier Darcos, qui a initié la réforme, est agrégé de lettres classiques-, des pharmaciens... Ce sont juste des gosses normaux, avec leurs difficultés, avec qui on parle de l’Antiquité, de la langue latine.

Mes cours n’ont rien à voir avec ce que nous avons tous connu quand nous étions élèves et que beaucoup d’entre vous ont certainement encore en tête -en début d’année avec mes élèves, on écoute toujours « Rosa » de Jacques Brel, pour convenir des clichés.

Le temps du « on va lire le texte, repérer un point de grammaire, lire la leçon de grammaire, faire les exercices et passer au texte suivant » est désormais réservé à l’université. Au collège, et de plus en plus au lycée, c’est d’abord de la culture qu’on inculque à nos élèves, l’ouverture sur le monde, vers les autres, avec de la grammaire dedans.

C’est tout et rien, dont beaucoup servira à nourrir la réflexion pour les autres matières. Aussi pour la vie.

« On a mieux à faire... »

Je pourrais vous parler de mes cours avec amour pendant des heures. Peut-être que je me trompe en interprétant les programmes -on ne m’a, d’ailleurs, pas encore inspectée- mais j’aime ce que je fais.

J’ai passé la moitié de mon été à préparer les cours avec le nouveau programme de grec -car oui, un prof, ça travaille l’été. Il n’existe pas de manuel, je dois donc le faire moi-même.

Je ne prétends pas que mes élèves sont nombreux, tous passionnés, mais ils sont là, en nombre constant, pour le moment. Tout élève intéressé peut venir en cours de langues anciennes, quel que soit son niveau, et j’accepte d’en prendre en classe le midi alors qu’il n’y a pas cours. J’accepte aussi d’avoir peur à chaque changement de principal, de tomber sur quelqu’un qui me dira : « On a mieux à faire que de donner deux heures de la dotation globale horaire [DGH, ndlr] pour du grec. »

J’ai essayé l’ECLA, l’enseignement commun des langues anciennes, à savoir du latin et du grec autour d’un même thème, pensant que ça nous sauverait. J’accepte d’imprimer à mes frais mon manuel et des autocollants avec l’alphabet grec pour les élèves.

Des collèges de latinistes ?

J’ai souvent répété à mon entourage que je ne serai pas prof toute ma vie, que je cherche une reconversion -si quelqu’un a quelque chose pour moi, je suis preneuse-, non pas parce que je n’aime pas enseigner, mais parce que je ne veux pas enseigner uniquement du français. Je n’ai pas fait d’études en ce sens et je refuse de me battre contre des moulins.

Pour l’instant, je reste accrochée à mon poste parce que je suis encore privilégiée : des collègues me soutiennent, la direction est en faveur des langues anciennes, je peux mener mes projets à terme... Je ne dois pas, comme certains, faire des cours à distance pour les élèves de trois ou quatre collèges -par téléconférence, ce qui est pratique pour nouer des liens et surveiller les élèves.

Je ne dois pas me déplacer dans plusieurs collèges, je n’ai pas à entendre des conneries comme : « Le latin, c’est élitiste, c’est payer des profs pour enseigner à quelques privilégiés. Réunissons tous les latinistes dans un même collège. »

Mais ça ne va pas durer. Un jour, tout le monde dira : « C’est rien, moi j’ai fait du latin et bla bla bla... » Et voilà, ça passera.

Moi, c’est tous les jours que je fais du latin et du grec, et c’est génial. Je vois mes élèves lundi, j’ai hâte.

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  • vinz13
    vinz13
    moine thélonieux
    • Posté à 18h01 le 06/09/2010
    • Internaute 37135
      moine thélonieux

    Je voulais juste dire que j’ai fait du grec jusqu’en terminale. En première et en terminale, nous étions 6, quatres S et deux L. Et que ce sont mes souvenirs de cours les plus heureux du Lycée. Nous n’étions que 6, j’avoue, c’est peu pour justifier le maintient d’une section grec dans mon lycée pas prestigieux de Marseille.
    Mais c’était vraiment bien

  • eskimo
    • Posté à 18h04 le 06/09/2010
    • Internaute 24163

    Ah comme j’aurai aimé essayer ce type de cours ... moi c’était rosa, rosam, etc, et malgré tout ca me plaisait !

    Plus directement, c’est quand même déprimant de sentir la nécessité de la justification, de la légitimé de sa propre position d’enseignant, comme si il fallait trouver une raison métasociale au latin, au grec, à l’histoire en section S, etc ...

    Bon courage

    • prof_de_lettres_classiques
      prof_de_lettres_classiques répond à eskimo
      professeur
      • Posté à 18h05 le 07/09/2010
      • Expert 125187
        professeur

      Se justifier... vous avez raison, c’est ce que nous devons faire tous les jours : se justifier parce qu’on est prof, se justifier de vouloir enseigner de l’inutile, se justifier de mobiliser des moyens pour de l’inutile, se justifier de demander des livres, se justifier parce qu’on ne veut pas avoir des cours à des horaires exotiques sous prétexte qu’on enseigne de l’exotique, se justifier de vouloir enseigner pour 4-5 élèves...

  • marc44
    • Posté à 18h34 le 06/09/2010
    • Internaute 24488

    Ca sera discrètement remplacé par des cours de communication, de mensonge et de verbiage. Dans le supérieur scientifico-technologique, il n’y a que des conneries comme ça, et on les fait redescendre vers les jeunes.

  • papy55
    papy55
    prof. en province
    • Posté à 18h42 le 06/09/2010
    • Internaute 24237
      prof. en province

    Moi, vieux prof de Sciences et Techniques Industrielles, à 4,5 ou 7 ans de la retraite (je ne sais pas) j’aurais bien voulu enseigner « mes spécialités » jusqu’au bout, malheureusement tout cela est en voie de disparition depuis déjà quelques années et maintenant aucun doute, c’est la fin ......mais je n’ai plus le choix ..... (je ferais un « excellent » chômeur !)

    A noter, j’ai « fait » du latin pendant 4 années pendant ma carrière d’élève, je n’ai jamais regretté, au contraire !

  • obey-
    obey-
     : -\
    • Posté à 18h56 le 06/09/2010
    • Internaute 66286
       : -\

    > -« Mais quel rapport entre Mécène et MSN ? »

    Ah oui quand même.

    > Et j’adore organiser avec eux des journées en toge.

    Je comprend mieux l’orientation de certains ensuite.

    Le latin ne sert à rien.

    • gdg38
      gdg38 répond à obey-
      etudiante
      • Posté à 19h28 le 06/09/2010
      • Internaute 124082
        etudiante

      Quel rapport entre une journée en toge et « l’orientation » ? ? Si tu entends par là une orientation sexuelle, ton commentaire me donne envie de gerber...

    • bibimbap
      bibimbap répond à obey-
      en travaux
      • Posté à 19h49 le 06/09/2010
      • Internaute 86441
        en travaux

      « Le latin ne sert à rien. »

      Oh ma foi c’est vrai vous savez, comme la lecture de la plupart des livres (je ne compte pas les « 10 leçons de management à Nanard » de B. Tapie. Bien sûr).
      Comme la plupart des symphonies, et, j’ose le dire, l’intégralité des opéras. Comme l’heure passée à mijoter amoureusement un risotto au lieu d’aller au mcdo comme tout le monde. Comme les préliminaires, après tout, la copulation, c’est pour la reproduction, merde alors.
      Bref, comme tout ce qui est beau et qui fait plaisir.

    • Hulk
      Hulk répond à obey-
      Gros con de droite
      • Posté à 00h01 le 07/09/2010
      • Internaute 108405
        Gros con de droite

      C’était plutôt rigolo jusqu’à la dernière ligne où vous avouez être le fils caché de Sarkozy et de Besancenot, avec Tapie et Royal comme parrains, non ?

    • Blowup70
      Blowup70 répond à obey-
      professeur
      • Posté à 10h36 le 07/09/2010
      • Expert 109937
        professeur

      Beaufus, beaufa, beaufum !

    • prof_de_lettres_classiques
      prof_de_lettres_classiques répond à obey-
      professeur
      • Posté à 18h06 le 07/09/2010
      • Expert 125187
        professeur

      très facile de relever une expression un peu exotique et de s’en moquer... Oui, il m’arrive de mettre une toge. C’est tellement plus porteur de déclamer Cicéron avec emphase en toge, plutôt que de lire le texte et le traduire avec un dictionnaire...

    • medicago
      medicago répond à obey-
      Plante cultivée
      • Posté à 05h39 le 08/09/2010
      • Internaute 58931
        Plante cultivée

      Moi non plus. Mais je vis quand même...

  • gdg38
    gdg38
    etudiante
    • Posté à 19h25 le 06/09/2010
    • Internaute 124082
      etudiante

    Si tout le monde pouvait etre aussi passioné que vous, ce serait génial ! merci !

  • a déménagé le 10 décembre
    • Posté à 19h39 le 06/09/2010
    • Internaute 42623
       ? ? ?

    « J’ai souvent répété à mon entourage que je ne serai pas prof toute ma vie »
    la quasi totalité des -nombreux- profs que je connais le disent...
    mais à ce jour, je n’en connais pas un ou une qui ait quitté l’éducation nationale...

    • Camille
      Camille répond à a déménagé le 10 décembre
      Mauvais genre
      • Posté à 20h45 le 06/09/2010
      • Internaute 48427
        Mauvais genre

      J’en connais plusieurs personnellement (4 qui me viennent immédiatement à l’esprit mais sûrement d’autres)... Marrant que vous n’en connaissiez pas

      Par contre, je connais aussi pas mal d’anciens « civils » qui ont viré profs vers 35/40 ans voire plus tard...

      • a déménagé le 10 décembre
        a déménagé le 10 décembre répond à Camille
         ? ? ?
        • Posté à 23h03 le 06/09/2010
        • Internaute 42623
           ? ? ?

        D’un côté, le fait de la répétition année après année et parfois le fait qu’ils aient passé le concours sans réelle vocation mais parcequ’au bout de 4 ans de fac quoi faire d’autre les poussent à vouloir aller voir ailleurs, mais finalement la soupe n’est pas si mauvaise et la garantie de l’emploi fait clairement hésiter (ce que je partage tout à fait).
        De plus, la plupart de ceux que je connais sont passés directement de la fac à l’éducation nationale et ne connaissent pas grand chose à la vie professionnelle en dehors de l’éducation,
        ça va surprendre mais l’éducation nationale est parfois un vase presque clos que je comparerais un peu à l’armée pour cette méconnaissance du monde extérieur (à l’armée ou l’éducation nationale)

         
        • Camille
          Camille répond à a déménagé le 10 décembre
          Mauvais genre
          • Posté à 23h36 le 06/09/2010
          • Internaute 48427
            Mauvais genre

          Je dirai presque le contraire : ceux qui changent, c’est ceux qui ont les moyens (financiers ou l’expérience ou les études) qui leur permettent de faire autre chose c’est à dire justement ceux qui n’ont pas fait que la fac.

        1 autres commentaires
    • prof_de_lettres_classiques
      • Posté à 18h09 le 07/09/2010
      • Expert 125187
        professeur

      En même temps, ce n’est pas facile. Qui voudrait d’un ancien prof de lettres classiques comme employé ? Par ailleurs, aucune formation ne nous est proposée en ce sens, sauf celle qui fait de nous des principaux...

  • bibimbap
    bibimbap
    en travaux
    • Posté à 19h59 le 06/09/2010
    • Internaute 86441
      en travaux

    Ca ne m’étonne pas que ce gouvernement essaie de faire disparaître les lettres classiques, même si venant de l’agrégé Darcos ça me fait quand même bien gerber, on ne va pas quand même dépenser l’argent de l’Etat à enseigner à nos petits sauvageons de banlieue qu’une grande partie de la civilisation européenne est née autour de la Méditerranée, et n’est absolument pas judéo-chrétienne, comme la pluie de grenouilles qui sévit en ce moment ne cesse de répéter.
    Et imaginez qu’ils se mettent à lire Platon dans le texte, on serait pas dans la merde.
    Heureusement, les enfants de ministre continueront de faire latin-grec bien au chaud dans leurs écoles privées, comme ça ce sera encore plus facile d’éliminer les enfants de pauvres aux concours des grandes écoles, et on pourra remplacer les heures ainsi libérées par des heures passées en entreprise où notre remuante jeunesse pourra tranquillement apprendre à obéir à un patron.

    • Hulk
      Hulk répond à bibimbap
      Gros con de droite
      • Posté à 00h03 le 07/09/2010
      • Internaute 108405
        Gros con de droite

      « et n’est absolument pas judéo-chrétienne »

      En effet. Gréco-romano-judéo-germano-chrétienne serait plus approprié.

      • bibimbap
        bibimbap répond à Hulk
        en travaux
        • Posté à 01h06 le 07/09/2010
        • Internaute 86441
          en travaux

        ben oui. C’était « une grande partie » qui n’était pas judéo-chrétienne.
        Pas d’agression de lesbienne subversive contre la société à déplorer pour le moment ?

         
        • Hulk
          Hulk répond à bibimbap
          Gros con de droite
          • Posté à 01h08 le 07/09/2010
          • Internaute 108405
            Gros con de droite

          Non : elles ont été fauchées volontairement, tout est rentré dans l’ordre.

          • bibimbap
            bibimbap répond à Hulk
            en travaux
            • Posté à 01h12 le 07/09/2010
            • Internaute 86441
              en travaux

            ouf, je commençais à craindre une nouvelle vague d’explosion de foufounes.

        2 autres commentaires
    • prof_de_lettres_classiques
      prof_de_lettres_classiques répond à bibimbap
      professeur
      • Posté à 18h11 le 07/09/2010
      • Expert 125187
        professeur

      Tout à fait exact... Aucun besoin de proposer ce genre de choses dans les zones « compliquées », pense-t-on là-haut. Ce n’est pas là que sont les futurs pairs.

  • LienRag
    • Posté à 20h38 le 06/09/2010
    • Internaute 34767

    Personnellement je n’ai jamais supporté le Latin, mais « Le Maître des Illusions » de Donna Tatt m’a fait regretter de ne pas avoir étudié le Grec...

    • prof_de_lettres_classiques
      prof_de_lettres_classiques répond à LienRag
      professeur
      • Posté à 18h16 le 07/09/2010
      • Expert 125187
        professeur

      Donna Tatt,c’est peut-être un peu excessif, et c’est une vision assez anglo-saxonne des langues anciennes, mais vous pouvez regretter... le grec ancien, c’est la plus belle chose du monde...

  • Hulk
    Hulk
    Gros con de droite
    • Posté à 20h58 le 06/09/2010
    • Internaute 108405
      Gros con de droite

    Voilà une tribune rafraîchissante qui fait vraiment plaisir à lire.

    J’espère juste que vous leur faites quand même lire et traduire des textes d’époque à vos élèves.

    • prof_de_lettres_classiques
      prof_de_lettres_classiques répond à Hulk
      professeur
      • Posté à 18h17 le 07/09/2010
      • Expert 125187
        professeur

      Bien sûr, c’est le quotidien ! Nous avons obligation depuis 1998 de travailler sur des textes réels. Exit, les textes écrits par des professeurs, les textes « d’après Cicéron ».

  • hallucine
    hallucine
    dans le flou
    • Posté à 22h15 le 06/09/2010
    • Internaute 44353
      dans le flou

    En tant qu’ancienne prof, je m’amuse/m’étonne de tout ce que j’entends :
    - j’avais été recrutée pour ma première année de prof avec juste une
    licence de maths et l’assurance que j’avais donnée au directeur que
    « j’allais y arriver » (un copain vient de commencer une année en CDD comme contractuel dans l’EN comme ça cette année). Bref, rien de nouveau sous le soleil à commencer sans formation spécifique... mais j’aimerai bien savoir quels sont les métiers pour lesquels la formation est tellement bien adaptée au métier que la première année de « pratique » n’est pas « très différente de ce qu’on a appris »... en tous les cas, depuis j’ai fait plein d’autres boulots (chargée de mission, chargée d’études sur des sujets divers) et toujours pareil avec un diplôme m’ayant donné des bases et l’assurance donnée à mon employeur que j’allais m’en sortir (jusqu’ici ça va d’ailleurs)
    - j’ai arrêté d’enseigner quand je suis passée à l’IUFM qui m’a, en un
    an de « formation », dégoûtée d’un métier que j’exerçais depuis 7 ans... bon c’est pas tout à fait vrai : j’ai renoncé à mon concours mais je continue à faire des vacations parce que j’ai du mal à me passer du contact avec les jeunes. La formation à l’IUFM ? du lavage de cerveau inutile, franchement, si j’ai un message aux jeunes profs c’est « bon courage, le début n’est jamais facile, mais ne pensez pas que vous avez perdu quelque chose avec l’IUFM »

    Et quand je te lis, j’ai un mélange de légers regrets de ne plus avoir d’élèves aussi régulièrement et de soulagement de ne pas avoir les mêmes emm... que toi avec l’administration.

    • spartak
      spartak répond à hallucine
      (comité libertaire lyophilisé)
      • Posté à 22h22 le 06/09/2010
      • Internaute 84113
        (comité libertaire lyophilisé)

      Parfaitement d’accord.
      La formation à l’IUFM, je l’ai vécu façon première moitié de Full Metal Jacket - j’ai vraiment failli emplâtrer le boss en juin, mais alors vraiment...
      Prof, c’est comme dans les Marines : c’est pas le semaines d’instruction qui sont primordiales, sauf pour apprendre l’obéissance.

    • prof_de_lettres_classiques
      prof_de_lettres_classiques répond à hallucine
      professeur
      • Posté à 18h15 le 07/09/2010
      • Expert 125187
        professeur

      Je contrebalance un peu vos propos. Je n’ai pas vécu l’IUFM comme l’inutile. C’était un peu mal organisé, et une sorte de loterie : on tombait parfois sur le prof qui n’en pouvait plus d’enseigner et attendait la retraite là, et aïe aïe la catastrophe... et parfois sur le passionné qui apprenait beaucoup. J’ai côtoyé les deux... et tant mieux finalement car j’ai repéré ce que voudrais et ce que je ne voudrais pas être...

      • hallucine
        hallucine répond à prof_de_lettres_classiques
        dans le flou
        • Posté à 18h34 le 07/09/2010
        • Internaute 44353
          dans le flou

        Dans mon cas, ça a été pire qu’inutile puisque cela m’a écoeurée.. Mais peut être qu’effectivement certains profs ont apprécié et tant mieux pour eux. J’ai sûrement manqué de résistance ou d’optimisme... Soyons positifs : je me suis sentie en osmose avec les élèves qui vivent mal leurs cours, je les ai compris : -)

  • spartak
    spartak
    (comité libertaire lyophilisé)
    • Posté à 22h38 le 06/09/2010
    • Internaute 84113
      (comité libertaire lyophilisé)

    J’ai plus accroché avec Rosa Luxemburg qu’avec Rosa rosam, la prof de latin m’a foutu dehors en fin de 4ème, et ce n’est pas bien grave.
    Vous voulez vous reconvertir ? Pensez au marketing, ça au moins, « ça sert à quelque chose ».
    Spartak vous soutient (mais vous pouvez garder vos génitifs (*), ablatifs(*) et tout le pataquès).
    AVE.
    Edit (*) : l’apéritif, oui.

    • prof_de_lettres_classiques
      prof_de_lettres_classiques répond à spartak
      professeur
      • Posté à 18h18 le 07/09/2010
      • Expert 125187
        professeur

      VALE eût mieux convenu ;)

      • spartak
        spartak répond à prof_de_lettres_classiques
        (comité libertaire lyophilisé)
        • Posté à 21h43 le 07/09/2010
        • Internaute 84113
          (comité libertaire lyophilisé)

        Ah, merdus, ave c’est bonjour. Vale, vous dites ? Sûr ? Parce que dans Astérix, ils le disent jamais. Je prends bonne note.

        « (César) : Ave, chef de village
        (Abracourcix) : Salut, Jules »

        (Les 12 Travaux d’Astérix)

  • A déménagé le 1-6
    • Posté à 23h46 le 06/09/2010
    • Internaute 61755

    c’est bien de mener ses projets à thermes.
    [un prof de lp]

    sinon, vas-y à fond ! l’étymologie est une de mes rares sources de satisfactions.

    • padiran
      padiran répond à A déménagé le 1-6
      Chroniqueur Grolandais
      • Posté à 00h14 le 07/09/2010
      • Internaute 5159
        Chroniqueur Grolandais

      « c’est bien de mener ses projets à thermes »
      Tu es prof de thermographie ? payé à termes fixes- ;))

  • amonhumbleavis
    amonhumbleavis
    Rue89 fait monter le FN
    • Posté à 00h52 le 07/09/2010
    • Internaute 93168
      Rue89 fait monter le FN

    J’ai fait latin deux ans.
    Nous n’étions pas nombreux, et nous n’étions pas que des « têtes » .
    En tant qu’élève, ce sont les cours où j’ai le plus ressenti la satisfaction d’apprendre, la sensation d’être invitée dans les secrets de famille de notre langue. L’étymologie m’a toujours plu.

    Arriver au lycée, il n’était tout simplement plus possible de continuer le latin dans une classe scientifique. L’horaire n’était pas compatible.

    Dommage pour ceux qui ont fait médecine ou biochimiste pour la suite...

  • Trygée43
    • Posté à 08h31 le 07/09/2010
    • Internaute 121427
      .

    Découvert Aristophane en juin,Prof.Son théâtre m a accompagné tout le long de l affaire Woerth.J ai regretté une méconnaissance de ce siécle là (me suis un peu rattrapé ).aurais tant aimé déchiffrer dans le texte les virulentes attaques contre ses Christine Boutin,ses pitoyables Courroye...
    mes études m avaient caché cet auteur dont la violence contre le Sarko-LePEn de l époque est époustoufflante...(et les risques qu il prend mettent en lumiére la médoicrité argentée de nos show man TV . )
    Quand j ai fait mon petit dessin,Ripoulin, sur les légions d honneur, je lisais Ploutos et mon pseudo... choisis debut juillet .
    Il est temps de se préparer pour la manif !

    • gdg38
      gdg38 répond à Trygée43
      etudiante
      • Posté à 11h22 le 07/09/2010
      • Internaute 124082
        etudiante

      ...

    • gdg38
      gdg38 répond à Trygée43
      etudiante
      • Posté à 11h21 le 07/09/2010
      • Internaute 124082
        etudiante

      N’est ce pas un léger anachronisme tiré par les cheveux de comparer Cléon à un Sarko-Le Pen ? ? La démagogie de l’époque n’est pas la meme qu’aujourd’hui !

  • damienl
    damienl
    Chercheur
    • Posté à 10h21 le 07/09/2010
    • Expert 101560
      Chercheur

    J’ai suivi de nombreux cours de latin tout au long de ma scolarité, y compris dans l’enseignement universitaire. Je pense que la défense du latin passe d’abord par un abandon des anciens arguments qui visaient à défendre l’utilité des langues anciennes. J’apprécie cet article car il ne semble considérer ces branches comme des buts en eux-mêmes et non comme un simple pont vers quelque chose de « vraiment important ». Par « anciens arguments », je désigne la croyance selon laquelle l’étude du latin « formerait l’esprit », développerait le raisonnement, ce qui n’est absolument pas établi. Comme beaucoup de choses, l’apprentissage du latin est très spécifique et les compétences acquises ne sont pas aisément transférables à d’autres domaines. Pour prendre un exemple facile, ce n’est pas parce que vous tapez en aveugle sur un clavier d’ordinateur que vous serez un bon footballeur, même si dans les deux cas vous avez besoin de coordination. De plus, si étudiant le latin était bénéfique au niveau du développement de la pensée, rien ne laisse imaginer qu’étudier plus d’histoire, de mathématiques, d’économie, d’allemand, de chinois, etc. ne serait pas tout aussi bon.

    Même chose pour l’argument selon lequel l’étude du latin serait très utile en médecine. On peut arriver au même résultat en étudiant une liste très restreinte de préfixes ou en réfléchissant sur la langue française. Pas besoin de traduire du Virgile pour cela. Le but principal du latin à l’époque où il était vu comme une condition sine qua non pour faire des études de médecine était de permettre une sélection entre élèves. Tout le monde n’était pas capable ou assez motivé pour être bon en latin et cela permettait de faire en tri. Cette fonction est maintenant remplie par les mathématiques.

    Mais ces « bonnes » raisons d’étudier le latin ont été destructrices. Le latin est devenu synonymes d’exercices ennuyeux (ce qui était le but ! Outre l’intelligence, la sélection devait se faire sur la persévérance, la capacité de continuer à faire quelque chose qui n’apportait pas de plaisir). Synonyme aussi de longues listes à étudier (je suis persuadé que les professeurs de la vieille école étaient convaincus que faire étudier une grammaire faite de multiples exceptions et sous-exceptions était une bonne chose. Le but étant de sélectionner/développer la mémoire et de créer une complexité artificielle pour développer l’esprit logique/sélectionner).

    L’aspect le plus destructeur est que l’on continue de créer des perroquets qui connaissent par coeur les déclinaisons et conjugaisons mais sont incapables de comprendre un texte simple sans passer par le français. C’est vrai également chez les agrégés : combien d’agrégés seraient capables de lire du Cicéron à vue et de réagir immédiatement sur le contenu ? Quasiment aucun et ceux qui le sont ne le doivent absolument pas à leurs études, où le texte est encore trop souvent un simple moyen servant à étudier ce qui est vraiment important et formateur, la grammaire de la langue !

    Imaginons que l’on donne des cours d’anglais pendant toute la scolarité des étudiants. Après 6 ans d’études, il connaissent par coeur la conjugaison anglaise, peuvent parler de la syntaxe, etc. Mais, si on leur donne un texte simple en anglais, ils ne pourront vous parler du contenu que si on leur donne 20 minutes de préparation, un dictionnaire, etc et qu’ils ont la possibilité de tout traduire en français au préalable. Dirait-on que c’est un grand succès et que l’on a formé les jeunes de façon adéquate ? Bien sur que non. Pourtant, c’est encore ce que l’on attend de ceux qui étudient le latin.

    Tous ceux qui aiment cette langue devraient s’insurger contre cela. C’est une des raisons principales pour lesquelles le latin est marginalisé. Qui va étudier une langue pendant 6 ans pour ne rien savoir en faire, pour ne même pas avoir véritablement accès à la littérature ? Quelques personnes qui aiment le challenge et l’étude de la grammaire. Les autres se tourneront vers d’autres branches.

    • prof_de_lettres_classiques
      prof_de_lettres_classiques répond à damienl
      professeur
      • Posté à 17h58 le 07/09/2010
      • Expert 125187
        professeur

      je vous rassure, il me semble que la réforme des programmes de 1998 ( je n’étais alors pas encore prof...) a changé ça : désormais, les cours n’ont plus pour finalement la maîtrise du système grammatical, mais la connaissance de la langue et culture antique...
      Quelle différence entre les cours que j’ai reçu en tant qu’élève, et ceux que je prodigue à mes élèves ! C’est bien plus intéressant aujourd’hui, et heureusement, raison pour laquelle nous avons encore des élèves dans nos classes. On a accepté beaucoup, et je pense que les différents gouvernements successifs n’avaient pas prévu que nous tiendrions autant...

  • prof_de_lettres_classiques
    • Posté à 18h00 le 07/09/2010
    • Expert 125187
      professeur

    Etant donné que ce professeur, c’est moi, je me permets de répondre à vos différentes remarques...

    • prof_de_lettres_classiques
      • Posté à 18h01 le 07/09/2010
      • Expert 125187
        professeur

      et je précise que j’ai préféré témoigner anonymement... Pourtant, rien de bien méchant dans ma chronique, mais c’est ainsi dans le monde de l’éducation nationale, il faut accepter de se faire maltraiter mais ne pas se plaindre, ne pas dénigrer « la grande famille »...