Revue de commentaires 02/09/2010 à 13h15

« Aujourd'hui, être prof, c'est se faire trimballer, humilier »



Baudry sur la rentrée des profs stagiaires.

Rue89 publiait récemment le témoignage d'un jeune professeur stagiaire qui dénonçait « ce qui est en train de devenir la “formation” des enseignants » suite à la réforme dite de « mastérisation » de l'Education nationale. Beaucoup d'enseignants, riverains de Rue89, ont réagi à son témoignage pour partager leur expérience de la réforme et de ses conséquences.

Une majeure partie d'entre eux montre la difficulté croissante pour les profs d'exercer leur profession dans de bonnes conditions. Ralamaiche résume :

« Aujourd'hui, être prof, c'est affronter aberrations sur aberrations. C'est être précaire au dernier degré. C'est se faire trimballer, humilier, balader de réformes débiles en élèves paumés. »

Des applications tardives

Dans son texte, l'enseignant anonyme dénonçait son affectation dans un établissement situé à 250 km de son logement, annoncée dix jours seulement avant la rentrée. Shaman-0, stagiaire comme le témoin, confirme ces difficultés :

« Même les procédures pour les vœux sont une calamité :

  • accès non sécurisé (il suffit des noms, prénoms et date de naissance pour avoir accès au dossier) ;

  • modalités différentes selon les académies [...] ;

  • et effectivement décision finale tardive (dans mon académie le 23 août). »

Si l'on en croit les commentaires des riverains, ce problème ne date pas d'hier et la réforme n'y a rien changé. Bleuet1 déclare ainsi :

« Pour ce qui est de l'affectation, honnêtement, rien de nouveau sous le soleil, rien ne change avec la mastérisation. Les jeunes professeurs sont toujours prévenus peu de temps avant la rentrée, c'est comme ça que ça fonctionne malheureusement. »

Le riverain Jaom, professeur néo-titulaire (ayant terminé son année de stage) confirme :

« C'est hélas une récurrence. Ainsi, je n'ai connu mon établissement de rattachement que le 24 ou 26 août 2009 lors de mon année de stage. »

Des affectations tardives problématiques, surtout pour ceux qui, comme le professeur anonyme, doivent se présenter quelques semaines plus tard dans un établissement éloigné de leur domicile. Une situation carrément absurde dans le cas des profs stagiaires originaires des DOM-TOM, affectés en métropole deux semaines seulement avant la rentrée. Picheloure explique :

« On pourrait aussi parler du quota de profs stagiaires venant des DOM-TOM, affectés en métropole, qui ont, comme l'auteur, dû en quelques jours :

  • trouver une place sur une ligne [...],

  • payer le billet,

  • débarquer en France et trouver un logement. »

Le rapport formation/pratique

Dans son témoignage, le prof anonyme expliquait un des pans de la réforme dite de mastérisation. Au lieu des deux tiers de formation pour un tiers de pratique en vigueur avant la réforme, les professeur stagiaires devront maintenant effectuer un tiers de formation pour deux tiers de pratique. Leur tutorat par des professeurs plus expérimentés n'est, en outre, plus obligatoire.

Beaucoup de commentaires soulignent les défauts de tels changements.

Joaom commente :

« On glose beaucoup sur le rôle des IUFM. [...] Je ne regrette absolument pas d'être passé par là et, a posteriori, cette formation me semble indispensable. Je plains grandement les nouveaux collègues.

J'ajoute également que le rythme des dix-huit heures (hebdomadaires) pour un stagiaire me paraît infernal. [...] Avant les stagiaires faisaient quatre, puis six heures. J'étais à huit. J'ai pitié de ceux qui vont être à dix-huit heures dans quelques jours.

Enfin, [...] faire sans [un tuteur] me semble tout bonnement impossible. »

Millie, prof depuis dix ans, dénonce aussi cette réforme, qui va être « un massacre, de profs et d'élèves » :

« Mon année d'IUFM, avec douze heures de théorie et six heures de pratique, fut confortable. [...] Assez pour apprendre mon boulot, à 23 ans. Et même après mon année de formation, quand je suis passée titulaire à dix-huit de cours, eh bien wow ! Je les ai senties passer ! »

D'autres dénoncent les implications pour les élèves qui vont subir des changements successifs de professeurs pendant l'année scolaire. Dans son commentaire, Shaman-0 souligne le problème :

« Il faut savoir que les élèves qui auront des profs stagiaires qui ont eu le concours externe vont changer de profs en cours d'année. »

Bleuet1 montre les lacunes de la réforme dans ce domaine :

« Pour ce qui est des périodes de formation, là où le bât blesse, c'est que les jeunes professeurs devront être remplacés sur ces périodes, ce qui représente une discontinuité dans l'enseignement. »

La précarisation des enseignants

Parmi les riverains de Rue89 membres du corps enseignant, Hawkmoon détaille l'évolution du porte-monnaie des profs stagiaires entre les années 1980 et nos jours

« Dans les années 1980, lorsque je commençais ma carrière, je sortais du baccalauréat et passais, suite à un concours, trois années à l'école normale. [...] Le tout avec un salaire de 4 600 francs [700 euros] plus indemnité logement en première année pour finir à 5 100 francs [777 euros], plus indemnité logement.

Un jeune enseignant instituteur, vu le coût de la vie d'alors, ne se plaignait nullement, et débutait à 1,5 fois le smic d'alors, sans compter l'indemnité de logement. »

Le riverain poursuit :

« Aujourd'hui, il y a des professeurs des écoles, cadre A, avec un master 2, soit baccalauréat +5, sans formation, qui vont débouler dans les classes, pour un salaire net de 1 342 euros, sans nulle prime ou autre indemnité. [...]

Le smic net lui est de 1 055,42 euros en 1010 ; un enseignant en net gagne donc 1,27 fois le smic en début de carrière. »

Tensions entre stagiaires et professeurs plus expérimentés

Plusdelien, enseignante à vingt-sept ans d'ancienneté, dénonce une autre conséquence de la réforme. Selon elle, « on divise les personnels ». Dans son commentaire, elle décrit la manière dont certains postes dans des lycées « privilégiés » seraient réservés aux stagiaires pour, selon elle, les « accueillir sans trop de casse ». Elle affirme :

« Cela risque fort de créer des tensions entre ces jeunes stagiaires et les “vieux de la vieille” qui, malgré leur ancienneté et leur barème élevé, n'auront pas obtenu la mutation demandée. »

Et de poursuivre en citant son propre cas :

« Vingt-sept ans d'ancienneté, un barème qui explosait les plafonds dans ma discipline. [...] J'avais demandé douze établissements normaux dans tout Paris et, en derniers vœux [...], un poste dans une ZEP et un autre dans une ZEP APV (action prévention violence). C'est ce dernier qui m'a été attribué. »

Dans un e-mail à la rédaction, une autre prof témoigne :

« Je suis titulaire de zone de remplacement (TZR) depuis huit ans. Je viens d'être destituée de mes heures de français au lycée Claude Fauriel de Saint-Etienne (42) pour la rentrée, au profit d'une stagiaire sans formation. »

A travers leurs commentaires, la plupart rappellent leur passion pour ce métier, mais tous expriment aussi un ras-le-bol général face au système. Ras-le-bol qui les pousse parfois à abandonner le professorat. Prof31-0 déclare ainsi :

« Je me donne deux ans pour me préparer à autre chose et quitter définitivement l'enseignement. »

Mis à jour le 03/09/10 à 20h45. Le premier commentaire attribué à la riveraine Millie est en fait de Joam.

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  • carassol
    • Posté à 13h28 le 02/09/2010
    • Internaute

    Je ne comprends pas.
    Cette réforme a deux ans. Depuis quelques voix se sont élevées dans le désert, en particulier sur le Café Pédagogique, ou au détour de quelques déclarations sydicales. Mais je n,'ai pas beaucoup vu de mobilisation sérieuse.
    Il est tard de se réveiller lorsque tout est en place. Et on ne parle que des problèmes de la rentrée. Le gouvernement a installé une bombe à retardement dont les dégâts principaux sont à venir.

  • great teacher olizuka
    • Posté à 13h41 le 02/09/2010
    • Expert
      professeur

    Le problème actuel n'est pas de critiquer le pseudo-« vol de postes » occasionnés. Au final, combien étaient dans la rue de ceux qui s'en plaignent aujourd'hui ?
    Je ne jette pas la pierre, mais moi-même TZR, je me dis que c'est tout de même une moindre peine pour des stagiaires, qui, selon le snes-fsu, devront travailler entre 55 et 60h par semaine, d'être mis dans des établissements réputés plus calmes. En ZEP, je crois qu'ils jetteraient vite l'éponge, et là encore, je doute.
    Pour ce qui est des mutations, j'ai été reçu 2ème de ma région, et j'ai été balancé à l'autre bout de la France une semaine avant la rentrée ! La perte matériel lié au déménagement, et les galères pour trouver une colocation sur place ont été douloureux à encaisser.
    Les 18h sont réellement de trop. Les suppressions d'emploi conduisaient depuis longtemps dans cette impasse de combler la brèche en tirant au maximum sur la corde du supportable. Cette année est une année test : on verra comment survivent nos jeunes collègues. Mais j'entends déjà les politiques s'en excuser avec des « oui, mais, maintenant, les masters 1 auront déjà une expérience, ils auront remplace -gracieusement- des stagiaires ». J'ai un peu mal au ventre.
    Pour finir, je dirai que je doute des syndicats. Qu'est-ce que leur journée de grève ? Une économie d'un jour sur le salaire de plusieurs professeurs pour le gouvernement. Après oui, ils doivent assurer la sécurité (ouille ouille ouille, des profs casseurs...), mais ce n'est qu'un gain supplémentaire pour rembourrer les sièges de l'assemblée, non ?
    A quand une vraie grève qui dure ? Un blocage d'examen ? Le courage est là, il soulève de nombreux problèmes... Alors oui, on ne veut pas pénaliser les élèves... Mais les laisser grandir dans un monde qui fermera les portes à tous ceux qui n'auront pas la stature pour soutenir la poussée de la porte sans y perdre un pied, est-ce là la solution ?
    A bon entendeur, salut.

    Et bonne rentrée à tous les professeurs qui lisent rue89 !

  • Pitou04
    Pitou04
    Ingénieur
    • Posté à 13h56 le 02/09/2010
    • Internaute
      Ingénieur

    « Même les procédures pour les vœux sont une calamité :

    accès non sécurisé (il suffit des noms, prénoms et date de naissance pour avoir accès au dossier) ; »

    Dans le cas de ma compagne (2ème année IUFM), l'accès pour les voeux se faisait sur un numéro identifiant sans mot de passe.
    Le mot de passe enregistré était celui saisi à la première connexion... Aucune sécurité.

    Moralité, une faute de frappe dans l'identifiant par une tierce personne a fait qu'il lui a été impossible de se connecter et de faire ses voeux cette première année... Devant l'immobilisme des services, il ne restait plus qu'a prendre ce qui restait...

    Devant le potentiel enjeu de ces demandes (potentiel, car ça n'a pas l'air de servir à grand chose au final) ce type d'accès me semble complètement aberrant...

  • mygalon
    mygalon
    mamiatempspartiel
    • Posté à 14h11 le 02/09/2010
    • Internaute
      mamiatempspartiel

    L'objectif de cette réforme n'est pas pédagogique mais budgétaire. Lorsque j'ai débuté dans l'enseignement après un bac + 5 puis concours du CAPET on passait par la case CPR (centre pédagogique régional) où pendant un an nous assurions 3 h de cours en présence d'un conseiller pédagogique. Nous devions aussi assister aux cours de deux autres collègues de la même discipline. Nous pouvions ainsi échanger nos expériences et nous entre aider. Nous faisions 3 Lycées différents dans la même académie (un par trimestre), ce qui nous permettais d'intervenir à différents niveaux et de bénéficier des conseils de 3 conseillers différents. A chaque fois il nous confier sa classe et nous convenions au préalable de la leçon à traiter. J'avoue avoir eu le temps nécessaire pour aborder l'aspect pédagogique du métier. Désormais lancer les nouveaux sans formation en leur faisant assurer 15 ou 18 h de cours c'est de la folie.
    Dans mon lycée nous avons eu le même cas, d'une TZR qui a été muté avec 5 ans d'expérience pour laisser la place à un stagiaire, bonjour l'ambiance ! Diviser pour régner....Toutefois cela permet aussi au gouvernement de museler ces nouveaux profs qui face à la précarité se taisent, fuient les réunions syndicales...

  • The Shadow-
    • Posté à 15h14 le 02/09/2010

    il ya beaucoup d'approximations dans l'article du à un travail baclé

    l'affectation tardive : un stagiaire fait sa liste avec les écoles qu'il souhaiterait dans un ordre chronologique
    suivant les points dont il dispose il passera dans l'ordre chronologique

    il passera derrière un prof qui a 5 ans d'expérience et celui ci passera derrière un autre qui n'a que 2 ans mais avec 2 enfants

    si l'école en tète de classement de la liste est prise c'est la seconde etc ...

    puis si aucune école n'est dispo il est placé sur liste complémentaire jusqu'à ce qu'un poste vacant soit dispo pour lui

    ma femme a fait sa liste début mai et elle a obtenue son poste vers la fin mai dans une école qui devait être la 7eme ou 8eme de sa liste

    quant aux salaires : il me semble (et ca reste à confirmer sur les fiches de paye de septembre) qu'il y aura une augmentation de salaire de 157€ environ pour les prof qui ont moins de 10 ans d'expérience
    auparavant un prof était un bac+3 et là un bac+5 de ce fait il a échelon plus élevé donc salaire plus élevé

    disparition de l'IUFM : honnêtement pour les cours théoriques qu'ils avaient c'est pas une vraie perte à condition qu'ils aient une vraie formation théorique
    gros point noir : les jeunes n'auront aucune formation pratique et lâcher une gamine de 22-23 ans toute frileuse dans l'arène face à une trentaine de gosses turbulents ou des ados c'est les envoyer au suicide

    quant à savoir s'ils gagnent assez ou pas : de toute façon, on ne gagne jamais assez et dire qu'il y a de tas de BAC+5 qui ne trouvent pas du tout de boulot comme les masters en biologie
    les policiers en début de carrière touchent autant et ils mettent leur vie en danger alors je ne pense pas que le salaire soit la préoccupation première (même si ca compte) pour les jeunes profs

    edit : par soucis d'économie et réduction de personnels l'éducation nationale a supprimée les postes RAZED qui étaient fort pratique pour s'occuper des enfants en grande difficulté, ces enfants sont maintenant reversés dans des classes « normales » mais les cours ne peuvent plus être suivis d'une manière normale