Sur le terrain 29/09/2010 à 13h23

« Je vois une fille, je dis : “Elle s'appelle Truc, elle est vierge” »


« La Cité du mâle », le documentaire de Cathy Sanchez qui avait été déprogrammé in extremis fin août, sera diffusé ce mercredi 29 septembre sur Arte à 21h35.

Les conditions dans lesquelles ce film sur le machisme en banlieue a été réalisé et les propos tenus par les protagonistes continuent de faire polémique. Avant sa date de diffusion initiale, Rue89 avait fait réagir deux lycéens de Vitry-sur-Seine au documentaire. (De nos archives)

Le mardi 31 août à 22h20, Arte devait diffuser « La Cité du mâle », un documentaire réalisé par Cathy Sanchez dans le cadre d'une soirée intitulée « Femmes : pourquoi tant de haine ? ». La programmation a été annulée au dernier moment par la chaîne qui explique, en commentaire sur Rue89, que certaines personnes se seraient senties en danger.

Dans ce film, la réalisatrice revient à la cité Balzac, à Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne) où Sohane avait été brûlée vive en 2002.

Le film ouvre sur une séquence crue : un jeune prend la défense de son ami, qui a écopé de 25 ans de prison parce qu'il a tué Sohane. Plus loin, la réalisatrice pousse sa caméra au pied de cités voisines et sur des pelouses où d'autres jeunes hommes de 18 ou 24 ans accusent « Ni putes ni soumises » d'avoir « raconté leur vie à la télé » -« rien que des traînées ».

Le verbe est acide, leurs mots font faire des bonds. Ceux de Chahrazad aussi. Brûlée à 66% en 2005 par le petit ami qu'elle venait de quitter, elle dit :

« Tu t'imagines, à 10 ans, tu te dis : “Oh mince, j'aurais dû être un garçon ? ” [...] Je crois que le feu, c'est la pire des choses. Personne ne peut comprendre ce que c'est. Surtout le moment où tu t'enflammes : tu as un point d'interrogation dans la tête, tu te demandes : “Est-ce que je vais vivre, mourir, vivre, mourir ? ” »

Caricatural ? Sensationnaliste ? Rue89 a fait visionner le film à des jeunes lycéens de Vitry-sur-Seine que nous suivons depuis une petite année. Eux parlent certainement moins fort, moins cru. Ils soulignent aussi que « présenter ces mecs comme des chefs de bande est vraiment naïf », « plutôt cliché comme toujours sur la banlieue »

Pourtant, à mesure que le film défile, Julie et Amid -les prénoms ont été modifiés-, 16 et 18 ans, retrouvent le climat général dans lequel ils ont grandi. Elle dans une maison, lui en HLM, tous deux en lisière de la cité Balzac - celle de Sohane. A trois jours de leur rentrée en terminale, voici leurs réactions.

« Savoir si la fille l'a déjà fait ou pas »

Tout au long du documentaire, il n'est question que de ça : ce que peut bien être une « fille bien », au contraire d'une « chienne, d'une traînée qui se fait trouer », comme dit Okito, tout juste majeur. (Voir la vidéo)

Amid et Julie confirment :

« Savoir si la fille l'a déjà fait ou pas, on en parle tout le temps entre nous. »

Amid : « Par exemple, je vais parler d'une fille, je vais dire direct : “Elle s'appelle Truc et elle est vierge.” Ça vient d'office. C'est le pilier de la relation homme-femme en banlieue. Si une fille n'est pas vierge, c'est impossible qu'elle se marie, ou alors ce sera avec un cas soc de ouf. »

Julie : « Je suis athée, blanche, pas musulmane. Mais ça compte aussi. C'est un truc de respect pour elle-même, chez la fille. Si vous me dîtes qu'à Paris, la plupart des filles couchent avant le mariage, ça ne m'étonne pas, je sais que c'est normal pour vous. Mais nous, c'est quand même une chienne. Ça marginalise. »

Amid : « C'est deux mondes différents, on n'appartient pas au même monde. Je sais que chez nous une fille sera jamais amenée à se marier si elle l'a fait. Ça n'a rien à voir avec le fait qu'elle ait 18 ans ou pas. Déjà vivre dans les banlieues et réussir, c'est pas facile. Alors si en plus elles font ça, c'est pas sorcier qu'elles galèrent. »

Julie : « Dire non, c'est carrément possible. C'est osé, quand la question se pose au bout de quelques semaines. les mecs insistent de moins en moins, mais d'un autre côté, il y a plein de filles avec lesquelles c'est de plus en plus facile pour eux d'obtenir ce qu'ils veulent. »

Amid : « 80% des mecs l'ont déjà fait, même s'ils ne se marieront jamais avec une fille qui l'a déjà fait. Mais de plus en plus, les mecs attendent eux aussi le mariage. Moi par exemple, je suis pour l'égalité entre les garçons et les filles sur ce plan-là. J'attends. C'est pas la honte, au contraire : c'est respect. Personne va rien te dire. »

Sur Sohane : « C'est abusé de se faire brûler »

Dans le film, plusieurs voix critiquent la médiatisation du meurtre de Sohane. Et prennent la défense de son incendiaire. Ce qui a de quoi choquer.

Julie : « C'est vrai que c'est abusé. Mais à mon avis il parle de quelque chose qui le touche. »

Amid : « Il parle d'un ami à lui qui a pris 25 ans. Tu te rends compte ? 25 ans ! Après, il parle comme beaucoup de mecs de banlieue. A l'écran, ça donne : c'est un Arabe qui parle mal. Oui, il parle violemment, mais le caméraman a quand même réussi à lui parler, que je sache. Il fait des sourires, même. Cette violence, elle est assez classique, quand même. »

Julie : « Sohane, ça fait longtemps que j'en ai pas parlé. Mais ça peut ressortir, de temps en temps. Ça existe. »

Amid : « Jamais j'en parle, alors que j'ai grandi à côté. A mon avis, ça pourrait se reproduire. Pas sûr que ça ait calmé les gens. C'est même de plus en plus possible parce que ça devient de plus en plus normal que les filles se comportent comme ça. L'histoire est pas aussi simple qu'on croit. »

Julie : « Après, c'est abusé de se faire brûler. »

« Si mon copain m'en met une, je retape direct »

Dans le film, deux filles discutent sur un banc. L'une d'elle dit qu'une petite claque « remet les idées en place ». On comprend que la claque va toujours dans le même sens. Que ça rafraichit surtout les idées des filles.

Julie : « Si tu la mérites, prends-là. Mais moi si mon copain m'en met une, je retape direct. »

Amid : « Y a aussi des filles qui mettent des gifles, non ? Moi je suis contre qu'on tape les femmes. Ma sœur, je lui mets les points sur les i, mais je la tape pas. Après, c'est moins choquant chez nous que chez vous. On voit des trucs bien plus graves en banlieue. »

L'autorité du frère : « C'est culturel, c'est normal »

Rachid a 25 ans, il affirme que si sa sœur n'est pas rentrée chez eux « une heure, une heure et demie après son travail », « il la menotte », la fracasse. Sa sœur a 28 ans. (Voir la vidéo)

Julie : « Je trouve ça bien. C'est lui le garçon, c'est à lui de faire attention. Mes petits frères, qui ont 14 ans et moi 16, peuvent me dire de ne pas m'habiller comme ci ou comme ça, par exemple. C'est normal. »

Amid : « C'est culturel. C'est normal. Si ma sœur le fait [coucher avant le mariage, ndlr], c'est comme si j'étais homosexuel, le mec à qui ça arrive, il a plus de nom. Y a des trucs à ne pas faire, quand même. Ça ne change rien qu'elle soit plus vieille, qu'elle ait 28 ans. Tout dépend surtout si le père est à la maison. »

Julie : « Nous, on connaît énormément de familles où la mère est seule avec les enfants. C'est le fils qui prend l'autorité. Après, je comprends que ça vous choque. Mais on a grandi dans ce truc. Y a rien de choquant, pour nous. »

« Si ton fils est homo, tu te tues ? »

Dans le film, Okito dit que si son fils était gay, il « le taperait tellement fort qu'il deviendrait hétéro ». Et aussi que ce ne serait plus son fils. Ce passage a fait marrer Julie et Amid.

Amid : « Dans une cité, c'est impossible. Il n'a rien à faire là. J'en connais pas et j'ai pas envie d'en connaître. C'est toujours cette trace de la religion dans la culture banlieue : c'est pas naturel. »

Julie : « Ça me dérange, mais les gens font ce qu'ils veulent. Mais pas devant moi. C'est pas naturel mais ils font ce qu'ils veulent. »

Amid : « Je ne vais même pas le taper : c'est incorrigible, ça. Ça me dégoûte. C'est contraire à la nature. Je n'arrive même pas à penser “ils font ce qu'ils veulent”, tellement c'est grave. Si ton fils est homo, je sais pas... tu te tues ? »

Julie : « Ça c'est dur, si c'est ton fils. Je ne sais pas ce que je fais. »

Le look : « Faut cacher »

Amid : « Un décolleté, des vêtements moulants, j'assimile ça direct au fait de le faire [coucher, ndlr]. »

Julie : « Je suis bien en jogging. Mais parfois je mets des tuniques avec des leggings. »

Amid : « Ça, c'est déjà trop. Faut cacher. Soit tu le fais, soit tu le fais pas. Un décolleté, montrer ses cuisses dans des leggings moulants, c'est déjà trop. La femme ne se respecte pas, là. C'est un truc d'idéal féminin. Une femme doit se respecter.

Je pense que nous, les mecs de banlieue, on a dans la tête un idéal de pureté. On a une image idéale de la femme. C'est ce dont parlent tous les mecs du film, au fond. Son corps, la femme doit le réserver à elle-même et à son mari. Ça fait partie de la magie. »

« Ne pas s'afficher ça fait le romantisme »

Ancien des cités et homo, un jeune homme au visage flouté parle de ce qu'est un jeune type de banlieue. D'une forme de verrou social qui prohibe le romantisme, l'attention envers une fille avec qui l'on est. (Voir la vidéo)

Amid : « C'est clair que c'est caché. Tu ne le montres pas. Mais tous les mecs, quand ils sont avec leur meuf au téléphone à minuit, ils font forcément les canards à un moment ! »

Julie : « Refuser de s'afficher, c'est pas pour tout le monde, ça dépend quand même d'un garçon à l'autre. »

Amid : « C'est une question de pudeur, aussi. De respect de soi-même, à la limite. Ça fait partie du charme, aussi, de ne pas s'afficher. En fait, c'est ça qui fait le romantisme. Mais disons que c'est un romantisme un peu retravaillé ! »

Mis à jour le 31/08 à 16h30 avec l'ajout de l'extrait vidéo avec Okito, et de celui sur le machisme, à 17h15 avec l'ajout de l'extrait vidéo avec Rachid.

Mis à jour le 31/08 à 23h45 après l'annonce par Arte d'une déprogrammation in extremis.

► Article initialement publié le 31/08/10

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  • vilmorpheus
    vilmorpheus
    Idéaliste
    • Posté à 13h53 le 31/08/2010
    • Internaute
      Idéaliste

    ouch.... ca fait mal de lire tout ça. tout ces « il faut pas », « tu ne dois pas ».

    Mais qui a commencé par imposer de telles bêtises ? J'ai pourtant passé une partie de mon collège en ZEP et je n'ai jamais pu poser le doigt sur l'origine du problème.

    Si quelqu'un a une réponse concrète, je suis preneur.

  • Bernard95
    • Posté à 14h03 le 31/08/2010

    En banlieue, il y a aussi des gens normaux, des garçons qui ne brûlent pas les filles, des filles qui portent des décolletés et même des jupes ( ! ! ), des homosexuels qui s'assument, des gens qui font l'amour avant de se marier sans avoir peur de finir en méchoui etc etc...
    La banlieue, c'est pas seulement Vitry, c'est pas seulement Neuilly.

  • Al-Ice
    Al-Ice
    -_-'
    • Posté à 14h06 le 31/08/2010
    • Internaute
      -_-'

    Avoir grandi au pied d'une cité en banlieue, avoir toujours ces mêmes amis qui y étaient et y sont encore. Ne pas se reconnaître le moins du monde là-dedans.

  • Pi.K
    Pi.K répond à vilmorpheus
    Vilain Parisien
    • Posté à 14h10 le 31/08/2010
    • Internaute
      Vilain Parisien

    Réponse concrète... Pas facile. D'une certaine façon, on peut parler de « ghetto », dans le sens où la relégation dans l'espace (vers la banlieue) génère aussi une relégation « mentale ». Se vivre soi-même comme un exclu pousse à rejeter en retour la « morale » de celui qui nous rejette (enfin, « nous » : en tant que bourgeois-blanc-parisien, je ne suis pas concerné directement).

    Dans l'ensemble, c'est extrêmement complexe. Tout le problème est d'articuler la parole brute et l'analyse distanciée. Ce qui ressort globalement des entretiens retranscrits par Chloé Leprince, c'est que ces deux jeunes se vivent eux-mêmes comme d'un autre monde que celui dans lequel nous vivons, que « leur » banlieue est radicalement différente de « notre » ville (aussi bien Paris que Lyon que Bordeaux ou n'importe quelle ville « normale », si on se laisse embarquer dans cette distinction).

    C'est aussi, de leur part, une façon d'intégrer « positivement » une altérité qui leur a été inculquée « négativement ». Ils ont été faits autres, et plutôt que de se vivre en victimes de cette altérité, ils la revendiquent comme une identité positive, comme si elle émanait d'eux. Ça se voit dans ce qu'ils disent : ils revendiquent un « nous », un « ici », mais aussi un « respect de soi » (la virginité pour les filles, mais aussi les questions vestimentaires).

    Bon, je reste assez au ras des pâquerettes. Et puis on n'a là le discours que de deux personnes, qui ne reflète pas toute la complexité des rapports de genre et de sexe en banlieue, ni, plus largement, toute la complexité de la façon dont s'est construite cette « banlieue » (avec ses codes, ses rapports sociaux singuliers, son rapport à la « grande ville », etc.). Pour aller plus loin, je conseille en particulier deux ouvrages : Le ghetto français, par Éric Maurin, chez Seuil, et Ghetto urbain, par Didier Lapeyronnie (dir.), chez Robert Laffont. Ils n'épuisent évidemment pas le sujet, mais constituent un bon point de départ pour la suite de l'analyse et du débat, mais aussi pour les propositions (suivies d'actions) politiques et sociales qui peuvent être faites.

  • 2Base
    • Posté à 14h12 le 31/08/2010

    Ils vivent vraiment pas dans le même monde que moi...

  • PétaouSchnok
    • Posté à 14h15 le 31/08/2010

    Effrayant.... et touchant de sincérité. Mais réellement effrayant.

    La concrétisation de cet écart grandissant entre « 2 mondes ».

    Je cois que la palme revient à cette phrase qui à mon sens, explique BEAUCOUP de choses : « Tout dépend surtout si le père est à la maison. »

  • lulu.sur.rue89
    lulu.sur.rue89 répond à eedee
    • Posté à 14h15 le 31/08/2010

    Effectivement, on les croirait tout droit sortis de la toute petite bourgeoisie de l'Angleterre victorienne ou du Salem des sorcières ; difficile de croire qu'ils vivent au 21ème siècle, près d'une métropole d'un pays occidental. Aussi bien la fille que le garçon sont dans l'absolu, le formel, la hiérarchisation figée de la société, la violence et, tout de même, l'intolérance.

    En gros, ce qui transparaît, c'est le fait qu'ils n'ont jamais au grand jamais été en contact avec d'autres modes de vie - leur étalon moral, contrairement aux puritains, ce n'est même pas la religion mais la pression des pairs, et ce qui est clair c'est qu'il n'y a aucun groupe plus modéré qui fasse contre-poids. Ils sont toujours dans le jugement de valeur, et celui-ci a sa base uniquement dans les règles admises par le groupe de voisinage.

    Tout ceci semblerait pouvoir se résoudre par un grand mélange - le simple fait de côtoyer quotidiennement des personnes vivant selon d'autres règles devrait leur élargir les idées - le malheur étant qu'au vu du peu de possibilités offertes tant par le travail que par la scolarité et les études, ils risquent de passer toute leur vie dans leurs banlieues d'origine avec pour seul contact des gens professant les mêmes règles. Il est probable d'ailleurs que ce genre de mentalité ne serait pas aussi répandu s'il y avait eu une politique de construction, de localisation et de répartition des logements sociaux différente.

    Moi aussi je préfère penser qu'il y a des jeunes de banlieue plus ouverts.

  • Chloé Leprince
    Chloé Leprince répond à 2Base
    Auteur(e) de l'article
    • Posté à 14h16 le 31/08/2010
      rédacteur

    C'est précisément ce que eux et moi avons conclu hier à l'issue de l'entretien... en nous disant que ce serait bien de poursuivre cet échange.

  • Rathon
    Rathon
    Étudiant dans tout les domaines
    • Posté à 14h20 le 31/08/2010
    • Internaute
      Étudiant dans tout les domaines

    J'arrive pas à croire qu'ils aient le même âge que moi... quelle horreur, y a pas à dire vive la campagne...

  • phamm
    phamm
    étudiante
    • Posté à 14h26 le 31/08/2010
    • Internaute
      étudiante

    Cet article me ramène 10 ans en arrière..et rien n'a changé
    j'ai aujourd'hui 25ans et j'ai subi durant mon adolescence divers agressions et insultes (on m'a insulté et craché dessus dans la rue, jeté des pierres sur mes carreaux, coups de téléphone d'insultes). Mon crime ? Avoir flirté et eu une relation sexuelle avec un mec de mon quartier
    Ca a duré pendant de nombreux mois, j'ai longtemps eu la peur au ventre en sortant de chez moi et aujourd'hui encore je ne peux pas revenir dans la ville de mon enfance sans ressentir une profonde angoisse
    Ce n'était pas une banlieue difficile, juste une petite ville de province
    j'ai eu la chance de pouvoir partir et de venir d'un milieu culturellement ouvert, j'ai eu la chance de pouvoir voyager et de m'ouvrir l'esprit
    entendre ces témoignages m'ecoeure, ils me rappellent le climat de mon adolescence, plus qu'un probleme de banlieue, ce machisme extrême est aussi un problème générationel
    La femme reste l'éternelle coupable, et les pierres qu'on lui jette et les flammes qui la brulent ne sont que méritées..
    Je pense à Sohane maintenant, j'aurais aimé qu'elle ai ma chance, j'aurai aimé pouvoir lui dire qu'il existe d'autre endroits où vivre sa féminité et sa sexualité librement ne déclanche pas la vindicte populaire, ni la mort
    le machisme tue...et malheureusement, les femmes sont souvent complices, comme Julie, qui approuve le discours de ses « frères »

  • Pascal Riché
    Pascal Riché répond à Monsieur Cana
    Redchef Rue89
    • Posté à 14h44 le 31/08/2010
      éditeur
    • Journaliste
      Redchef

    Amid et Julie n'ont rien de caricatures, ce sont deux jeunes gens comme d'autres, qui ont accepté de faire part de ce qu'ils vivent. Nous même avons été surpris de leurs commentaires, nous pensions qu'ils seraient bien plus critiques sur le film et ceux qui s'y expriment. Nous poursuivrons cette expérience avec eux et avec d'autres.

  • stefz
    • Posté à 14h48 le 31/08/2010
    • Internaute

    Article vraiment flippant. Merci à l'auteure, cependant, car l'entretien semble bien mené, sans vouloir de faire de sensationnalisme ni édulcorer la réalité.
    Il y a un vrai travail à mener pour savoir si cet « état d'esprit » est généralisé ou pas. Mais si on part du principe qu'il l'est, ce qui est très marquant, je trouve, c'est la chape de plomb morale, tous ces interdits inscrits dans la tête de ces ados. La vie doit leur être très difficile, très lourde, dans le self contrôle de soi, le regard des autres, etc. Et dans un contexte culturel facile à imaginer (celui des jeunes de leur âge), les filles à poil dans les clips hip hop bling bling, les poses lascives de Lady Gaga, les photos des peoples à la plage, etc. Complètement schizos ?
    Certains vont se lâcher dans le forum sur « l'invasion de l'Islam », mais on voit bien ici que la religion n'est qu'un vernis.
    Merci encore pour l'article, pleins de fils de compréhension à tirer, mais c'est quand même pas très réjouissant...

  • fizzzico
    • Posté à 14h57 le 31/08/2010

    Difficile de décrire à quel point je suis atterré, scié, prostré face à ce que je viens de lire.

    J'ai l'impression que Julie et Amid parlent un autre langage que le mien, alors qu'ils habitent à 10 minutes de chez moi.

    J'ai l'impression que nos valeurs respectives sont à des années-lumières d'écart, alors que nous avons regardés le club Dorothée main dans la main il y'a 15 ans.

    Je me sens comme un vieux briscard qui ne comprend plus rien au codes des jeunes qui l'entourent. Sauf qu'on a le même age.

    Je commence à me rendre compte de quoi Mai 68 a libéré mes parents : cet dictature masculine qui n'avoue pas ses faiblesses. Si les hommes ont des envies de viol quand ils voient les jambes d'une femmes, c'est de la faute de la femme. Une femme, on la juge à c'est ce qu'elle a entre les jambes, pas ce qu'elle a dans la tête... L'abolition de ces préceptes n'a « que » 50 ans chez nous, mais ils me semblent déjà d'un autre âge. d'un Moyen-âge.

    Si mes parents n'avaient pas fait Mai 68, l'aurais-je fais ? J'en sait rien... en tout cas les parents d'Amid et Julie ne sont pas passé par là. Peut-être aurais-je eu sensiblement le même discours qu'eux si Mai 68 n'avait pas eu lieu.

  • Mr.White
    • Posté à 16h39 le 31/08/2010

    Moi j'ai grandi dans un quartier tel que celui-ci dans le 93. La critique des quartiers est facile mais je pense qu'il faut y vivre pour comprendre ce qu'il est est. Actuellement, je vis dans un pavillon, en banlieue certes, mais dans un quartier tranquille, dans une ville sans problème, et je me rends compte que la perception que les gens peuvent avoir de ces quartiers est fausse.

    Les habitants de ces quartiers sont laissés à l'abandon, pas de service public, ou le rare existant (Poste, Police, ANPE) est fermé. Les habitats sont pourris. L'insécurité est grande, les trafic en tous genre pullulent (j'ai vécu dans un immeuble ou on vendait du shit dans les caves.) Mais je veut dire que ce n'est pas le plus grave. Le plus grave, c'est la destruction de l'école républicaine dans ces quartiers. Même quand les gens réussissent dans les études, c'est très compliqué de s'en sortir, on nous ferme les portes une à une. J'ai du trimé 3 ou 4 fois plus qu'un bon français dans une belle ville pour avoir la place que j'ai eu aujourd'hui. Et ça, sa décourage une bonne partie de la population de ces quartiers qui se replient sur eux-même en constatant que la France ne veut pas d'eux. Résultat on retrouve les comportements décrit dans cet article.

    Je pense que cela a très bien été expliqué dans de nombreux ouvrages, les classes supérieurs et moyennes font tous pour éloigner les classes populaires des revenus et de l'emplois. Mon petit frère, n'a rien trouvé cet été comme travaille. Casier judiciaire vierge, parcours remarquable, quelqu'un de très gentil. Mais rien, les gens qui embauchent laissent les emplois pour leur fils ou les fils de leurs amis ou un neveu ... Rien aussi parce qu'il a un nom et un prénom d'arabe, qu'il vit dans une sale ville, et dans un sale quartier.

  • Pierre-Jean Delune
    • Posté à 16h59 le 31/08/2010

    CE qui étonne, c'est l'épaisseur du mur de verre entre « nous » et « eux ». D'un côté comme de l'autre, personne ne sait comment le franchir, très peu envisagent de le faire.

    C'est pas seulement les classes sociales. Ca joue évidemment, mais on sait très bien qu'ailleurs, d'autres pareillement lotis vivent et pensent différemment.
    C'est pas seulement la culture. Julie et Amid n'ont pas les même racines.
    C'est quoi ? Qu'est-ce qui enferme comme ça, et surtout, qu'est-ce qui pourrait ouvrir ?

    On se dit qu'entre la mixité, l'école, le bombardement médiatique, l'esprit des lois républicaines, la modernité, il y a des messages et des bases qui passent. Qui forcent si ce n'est à la compréhension, au moins à la tolérance au fonctionnement des autres.
    Et paf, non, il y a des lieux où ces messages sont dits sans être entendus.

    Face à ces témoignages, on se souvient qu'on vit dans « notre » monde, qu'il est à part. De nos banlieues inflammables aux cabinets de chirurgie d'esthétique mammaire du Bresil, en passant par Sarah Palin, le monde est encore très, très, très peu transformé par la révolution sexuelle ou par le féminisme.
    Ca ne signifie pas qu'une société plus égalitaire comme « la notre » est une mutation mineure... mais qu'il y a du boulot, et que nous cantonner à une consternation confinée dans nos murs civilisés ne nous fera aucun bien.

  • Nemed
    Nemed répond à Pascal Riché
    .
    • Posté à 17h48 le 31/08/2010
    • Internaute
      .

    Ces 2 jeunes gens ne représentent qu'eux mêmes.

    Ce n'est que du sensationnel, un énième article pour dire que banlieue = islam = femmes victimes. Ne croyez pas que je dise cela gaité de cœur, mais j'apprécie vraiment énormément Rue89 à part quand vous postez des articles avec le duo islam/banlieue/ . Vous ne voyez que cela.

    Vous critiquez à juste titre lorsque l'UMP fait l'amalgame Immigration-délinquance.
    Vous faites l'amalgame banlieue-Islam et femme victime-Islam.

    La moitié des comm » jouent les vierges effarouchées (Quoi ! ? Est ce cela notre douce France ? ! ? ) et l'autre ont l'intelligence de voir par delà le cliché.

    Pas beaucoup de commentaires du 2ième groupe sélectionné évidemment.

    En fait un seul et le plus neutre qu'il est possible de faire. Par contre, ceux de la 1ere catégorie...

  • david carzon
    david carzon
    rédacteur en chef Arte.tv
    • Posté à 23h34 le 31/08/2010
    • Internaute
      rédacteur en chef Arte.tv

    Bonsoir à tous,

    Un mot pour vous dire que certains protagonistes du documentaire se disant en danger, la production et l'antenne ont préféré décider, au dernier moment, d'une déprogrammation temporaire. Le temps de s'assurer que personne n'est en danger. Nous vous tiendrons au courant quand nous serons en mesure de reprogrammer ce documentaire qui a généré beaucoup de commentaires, de réflexions et de questions sur Rue 89.

    Merci à tous

    David Carzon
    Rédacteur en chef du pôle Web - ARTE France