L'Edito 31/08/2010 à 12h06

A droite, l'effet boomerang de la stratégie de Nicolas Sarkozy

Pierre Haski | Cofondateur Rue89

La droite est-elle au bord de la crise de nerfs ? Nicolas Sarkozy aura réussi l'exploit de déstabiliser son propre camp en tentant de reconquérir un électorat qui l'a déserté. Isolés au « Château », le Président et ses conseillers doivent désormais gérer l'effet boomerang de leur stratégie sur la sécurité.

Par où commencer ? Certainement pas par les états d'âme de Bernard Kouchner lundi, ou de Fadela Amara ce mardi, fourvoyés en « ouverture » et qui ont progressivement vu le sol se dérober sous eux au point qu'on en oublie parfois qu'ils sont encore ministres. Leur sort pèse peu, ni politiquement, ni, il faut bien le dire, à titre personnel.

Faut-il s'intéresser d'abord à Jean-François Copé, le président du groupe UMP à l'Assemblée nationale, qui, tout à sa stratégie de billard à cinq bandes pour... 2017, vient de lâcher le Premier ministre François Fillon en rase campagne pour coller au Président assiégé, tout en lorgnant sur le poste de Xavier Bertrand à la tête de la formation majoritaire ?

Faut-il évoquer François Fillon qui, assis sur son matelas de popularité passive, le double de celle, chancelante, du Président, prend des libertés qu'il ne s'était jamais permis de prendre depuis trois ans ? Certes pas pour rompre, mais pour marquer, enfin, une différence et se préparer à sortir, avec les honneurs, si telle est la décision de Nicolas Sarkozy lors du prochain remaniement.

Faut-il, enfin, rappeler cruellement le sort d'Eric Woerth, le « lapidé de la République », que tous les nuages de fumée ne parviennent pas à faire disparaître des écrans radars de la justice, et qui doit désormais mener la réforme des retraites tout en étant menacé d'être traduit devant la Haute Cour de la République ?

Faut-il évoquer le ministre de la Défense, Hervé Morin, en orbite pour tenter de récupérer l'électorat de centre droit effrayé par les relents xénophobes des ténors de l'UMP ? Un ministre qui prend tellement au sérieux la menace des Roms pour la République qu'il a fait rire aux dépens de ses alliés umpistes, il y a quelques jours devant ses « troupes » du Nouveau centre, en lisant un SMS reçu d'un ami musulman, félicitant les Roms d'avoir pris la place des Arabes comme « bouc émissaire de tous les maux de la République »...

Hortefeux et Besson, comme si de rien n'était

Peut-être convient-il d'essayer de comprendre quelque chose à la stratégie de Nicolas Sarkozy, qui, après la claque des régionales et la renaissance du Front national, a choisi délibérément d'instrumentaliser la question de la sécurité en l'amalgamant à celle de l'immigration. La méthode est vieille comme la politique, mais elle est risquée.

Malgré les sondages orchestrés cet été pour montrer que le peuple de France, le vrai, soutient le Président sur cette ligne, on voit bien, dans le trouble actuel d'une partie de la majorité, que les choses sont moins simples.

Tout se passe comme l'an dernier avec le débat sur l'identité nationale : une « brillante » idée de reconquête de l'électorat de droite part en vrille et en dérapages incontrôlés, et désarçonne ceux-là même qu'elle est censée séduire.

Pendant ce temps là, le premier cercle des fidèles du Président, Brice Hortefeux et Eric Besson en tête, continuent comme si de rien n'était. Jusqu'à ce que le chef de l'Etat siffle la fin de la récré pour limiter les dégâts.

Après avoir déstabilisé son gouvernement avec l'annonce sans précédent d'un remaniement trois mois avant de le réaliser, Nicolas Sarkozy sème le trouble et la confusion au sein d'une majorité qui avait toutes les cartes en main lors de son succès de 2007. Elle est en train de les perdre les unes après les autres. La pente sera difficile à remonter avant 2012.

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  • spleenlancien
    spleenlancien
    Que sont mes voisins devenus ?
    • Posté à 12h13 le 31/08/2010
    • Internaute
      Que sont mes voisins devenus ?

    Tant mieux !

    Mais la bête remue encore et les secours solférinesques encore hypothétiques, pour rester poli...

  • mr_megot
    mr_megot répond à PierreCol
    .
    • Posté à 13h26 le 31/08/2010
    • Internaute
      .

    Incroyable, je n'arrive pas à trouver la case ou Detritus part en se frottant les mains tandis qu'en arrière plan tout le village se fout sur la gueule. Ca n'est pas encore au très au point, internet.img

  • Ianeak
    Ianeak répond à LouisDuComptoir.Net
    escapiste
    • Posté à 13h51 le 31/08/2010
    • Internaute
      escapiste

    C'est effectivement une stratégie, mélange de l'écran de fumée et du chiffon rouge.

    Et les sordides pitreries élyséennes et uhêmpistes de cet été en compose même un archétype assez frappant.
    Pris la pogne dans le coffre fort, et alors que ceux qui n'en étaient pas encore convaincus découvrent avec stupéfaction la collusion malsaine entre milliardaires et UMP ; voilà Sarkocaïne qui s'agite une nouvelle fois et dénonce à Grenoble la criminalité de bas étage qui mène la france au chaos. Dans la foulé la pravda élyséenne dégaine le sondage ad hoc et le tour est joué : c'est à nouveau son discourt, son « action » (sic) qu'on commente. Mieux vaut passer pour un facho que pour un escroc, electoralement parlant ça lui semblait plus payant.

    Sauf qu'incarnant les Cap'tain Securty depuis 2002, l'actuel président commence à atteindre le bout de la surenchère possible en la matière. A moins de réclamer des chars blindés dans les cités, un couvre feu général, la réouverture des bagnes ultramarins, de rétablir un bureau de la censure ou de réclamer le droit de nommer tous les membres du conseil constitutionnel il n'est beaucoup d'énormité saumâtre qu'il n'ait déjà bavoté.

    Difficile d'attribuer l'insécurité actuelle à l'incurie jospinienne ; son bilan, cet été, semble enfin lui avoir pété à la gueule, les regards se sont détournés du chiffon rouge et l'écran de fumée s'est dissipé.

    Et que constatons-nous ? Que depuis 2002 tout en désignant les boucs émissaires de nos malheur, tout en tripotant les idées d'extrême droite et parlant sécuritaire plutôt que sécurité, Sarkozy et sa clique favorisaient outrageusement, et au dépend de tous les principaux responsable du merdier actuel : les brasseurs d'argent qui ne génèrent plus que de la richesse pour eux même, et dont la fortune n'est possible qu'au détriment de tout ce qui compose les bases de la solidarité et du progrès collectif : éducation, santé, logement, formation, recherche, culture...

    Quel slogan fédérateur pour 2012 ? après avoir marié son fils à Darty, il peut toujours nous proposer un nouveau contrat de confiance et inventer le service après vente de sa politique ; mais il faudra d'abord que l'UMP arrive à convaincre les smicard qui espéraient gagner plus de 20€/mois en travaillant plus, de l'impérieuse nécessité qu'avait et qu'aurait l'Etat à signer un chèque de 30 millions d'euros à Ingrid Bettencourt...

    Franchement c'est pas gagné... Enfin j'espère.

  • Axis7
    Axis7
    Attaché
    • Posté à 14h14 le 31/08/2010
    • Internaute
      Attaché

    Je commence à en avoir marre qu'on écrive que Fillon se démarque de Sarkozy.
    TOUTES ses déclarations officielles ont été dans le sens de la politique sarkozyste et ce même dans ses pires excès !

    Son intervention hier à la radio a justifié la chasse aux Roms en faisant un amalgame avec des mots choisis entre immigration et délinquance. Du Le Pen pur porc et dans le texte !