A la une 30/08/2010 à 12h04

En Autriche, Walter est devenu Andrea et ne peut plus enseigner


(De Vienne)

« Peut-être t'es-tu rendu compte des quelques petits changements récemment intervenus dans mon apparence », écrivait Andrea S. à chacun de ses 160 collègues, à la fin du mois de juin, pour les préparer à la regarder revenir à la rentrée habillée en femme.

Quelques semaines plus tôt, une opération avait doté le professeur d'une toute nouvelle poitrine. En prenant ainsi la plume avant l'été, Andrea informait les dernières personnes de son entourage de sa nouvelle identité.

Sa femme, Martha, rencontrée lors d'un slow après le bac, l'accompagnait dans sa transition depuis dix ans, en secret. Elle avait fait le tour de ses questionnements. Tout comme les trois enfants du couple, dont certains, quand même, ont toujours un peu de mal à ne plus dire « papa ».

« On est pas à la fête à Neuneu ici »

Il n'y avait qu'au lycée, où « Walter » enseignait depuis des décennies en costard-cravate, qu'« Andrea » rechignait à faire son apparition. Un mauvais pressentiment, disait-elle. Que viendront confirmer les réactions à sa lettre.

Car en la lisant, tout le monde a vu rouge. Hors de questions pour Dietmar Doubek, de l'association des parents d'élèves, et pour Wolfgang Hickel, le directeur de l'établissement, de laisser « un homme habillé en femme » passer tranquillement les grilles le 6 septembre.

« On n'est pas à la fête à Neuneu ici », argumentaient-ils, interrogés la semaine dernière par le quotidien populaire Kurier, qui a eu vent de la fronde. Martina Leibovic-Mühlberger, la psychothérapeute mandatée par l'établissement, réclame alors une suspension. Elle estime que « la confrontation entre des jeunes et une transsexuelle est déstabilisante et peut se révéler traumatisante ».

« Tout ce qui est nouveau fait peur surtout... aux parents »

Ces propos, Andrea les a lus dans la presse, et elle les a trouvés choquants. Consternée d'être pointée du doigt en public, sans qu'à aucun moment ni les uns ni les autres ne tentent de prendre contact avec elle, la prof s'en remet aujourd'hui à son ministère de tutelle. Mais tempère :

« J'éprouve énormément de compréhension pour tous ceux que la transidentité rebute. Tout ce qui est nouveau fait peur surtout... aux parents. »

L'affaire désormais, est donc entre les mains de la ministre social-démocrate de l'Education, Claudia Schmied. Son cabinet est tenté de donner tort à l'établissement. Un courrier, envoyé aujourd'hui, ordonne au directeur de « sensibiliser parents, enseignants et élèves au retour d'Andrea »... sans pourtant exiger celui-ci dès le premier jour de la retnrée.

« Pour cette école, je suis un cadeau », estime toujours Andrea, au delà des polémiques : « Je trouverais dommage qu'elle ne saisisse pas la chance qu'elle a de m'avoir. »

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  • Troll-en-folie
    • Posté à 13h13 le 30/08/2010

    Elle n'a qu'à venir en France, pays des droits de l'homme, de la solidarité et de la tolérance.

  • Lurker
    • Posté à 13h26 le 30/08/2010

    « Elle estime que “ la confrontation entre des jeunes et une transsexuelle est déstabilisante et peut se révéler traumatisante ”. »

    Même argument que pour les couples homo. Lançons une recherche de l'enfant traumatisé, parce que pour le moment on l'attend toujours.

  • stephanie9
    stephanie9
    Enseignante
    • Posté à 15h09 le 30/08/2010
    • Expert
      Enseignante

    Bonjour à tous et toutes,

    Enseignante transgenre (et non transsexuelle, mais je n'en suis pas moins solidaire d'Andrea ! ), j'avoue être sidérée par cette affaire navrante ! Cela se passe certes en Autriche, le pays de naissance d'Adolf Hitler, où la dénazification n'a jamais eu lieu, ce qui laisse à l'évidence de très graves séquelles en matière de discriminations... Il suffit de lire les livres et les interviews du Prix Nobel de Littérature 2004, Elfriede Jelinek… Quant à la pseudo « psychothérapeute » mandatée par l'établissement, qui prétend que « la confrontation entre des jeunes et une transsexuelle est déstabilisante et peut se révéler traumatisante », je serais curieuse de savoir si d'autres catégories « non aryennes » sont, selon elle, également « traumatisantes »…

    J'ignore si ma collègue Andrea est une bonne enseignante (son apparente immodestie peut être un humour mal compris…) ; mais les propos tenus par ses collègues et le directeur d'établissements sont des propos d'une ignorance et d'une bêtise confondantes, emplis de haine de la différence. C'est intolérable de la part de gens que l'on paie pour éduquer la jeunesse !

    Je suis, pour ma part, devenue enseignante à 40 ans (à l'époque, sous mon ex-identité masculine), par concours. Dix ans plus tard, par choix personnel et parce que j'estimais mon pays assez évolué pour me le permettre, j'ai changé de sexe, ou plus exactement assumé mon genre. Je parle ici non de souffrance (à la différence des personnes transsexuelles) mais d'épanouissement personnel. De plus, je vis en couple (avec une femme, eh oui, je ne suis pas très branchée mecs : oubliez vos idées reçues ! ). Les gens, autour de moi, m'ont rapidement acceptée (Le raciste « en général » qui aime bien son pote Mourad, ce n'est pas qu'un cliché ! Et c'est souvent la même chose pour la transphobie...).

    Les seuls vrais problèmes que je rencontre depuis ma transition, c'est avec l'État et les élites coupées des réalités. Des amies et moi-même, femmes transgenres reconnues par nos relations personnelles et professionnelles, sommes confrontées au ministère de la Justice qui refuse de changer notre état civil. Dans ces conditions, l'éducation nationale a poussé l'enseignante de lycée que je suis à cinq ans de congé de longue durée, certes rémunéré puisque je n'ai commis aucune faute. C'est, vous l'admettrez, un vrai gâchis social. Jadis bénéficiaire d'un avancement permanent au grand choix (Je n'ai aucune illusion sur l'ouverture de mon administration : c'est fini ! ), sollicitée pour accueillir des stagiaires, chargée de rédiger des sujets d'examen, j'étais aussi appréciée pour mes rapports avec les élèves. Et j'ai adoré ce métier, pour lequel j'étais faite (pour ne pas sembler immodeste à Roger, je précise que je suis sortie 1ère de ma promotion dans l'Académie, mais que j'étais assez moyenne dans mon boulot précédent, que je n'aimais pas ; -)

    Placardisée, j'ai donc publié des livres*, animé des associations LGBT, je suis entrée au groupe de travail de la HALDE… À chaque entretien avec le médecin désigné par l'Education nationale, je lui confirmais ne prendre aucun traitement médical et n'avoir comme problème que de me heurter à la discrimination d'État. J'ai tenu les mêmes propos dans divers journaux et sur divers sites, sans évolution notable. Je me suis ainsi protégée contre l'État (je ne suis pas une victime, je me bats pour mes droits ! ), mais sans jamais mentir. Cinq ans !

    Estimant que la plaisanterie avait assez duré, j'ai demandé ma réintégration, qui m'a été accordée (heureusement, il y a des lois en France ! ). Rien n'est cependant réglé, et au vu du refus du ministère de changer mon identité sur les documents qui me concernent, je vais devoir être parfaitement claire avec mes collègues, mes élèves, et donc avec les parents : je suis une femme transgenre ! C'est dans ces conditions compliquées et assez ubuesques – une identité sociale totalement opposée à mon identité administrative – que je ferai ma pré-rentrée…

    Si nous voulons combattre les fanatiques avec un peu de crédibilité, il faut ensemble (Français de tous genres et de toutes origines, de toutes croyances ou bien athées) prôner les valeurs de liberté, d'égalité et de fraternité. Et la diversité en fait partie ! La France, c'est, rappelons-le aux distraits, le pays où un Français d'origine étrangère, hongroise pour être précis, dont le père n'est pas né Français, s'est hissé au plus haut niveau avec l'aval d'une majorité d'électeurs…Et où, pourtant, trop de nos concitoyens sont discriminés pour leur couleur de peau, leur religion, leur sexe, leur sexualité, leur genre… Et l'État français, hélas, ne respecte pas les résolutions européennes qu'il vote à ce sujet ! Sur la question transgenre, je vous renvoie à l'excellente résolution 1728 (2010) du Conseil de l'Europe, votée par la France et pourtant non appliquée chez nous…

    Mon grand-père, titulaire de la croix de guerre pour conduite héroïque à Dunkerque, en mai 40, puis engagé volontaire dans l'armée britannique avant même l'appel du 18 juin, me disait, de son vivant : « Un pays, c'est comme le poisson, ça pourrit d'abord par la tête ! » Si des éducateurs, aussi chargés de créer du lien social, de transmettre des valeurs et des règles de vie commune, deviennent les agents pathogènes de la haine et de la discrimination, où va-t-on ? En France, au moins, la lutte contre les discriminations fait partie des consignes officielles données aux professeurs.

    Nous ne devons pas céder sur nos valeurs essentielles (et la sécurité des minorités en fait partie), celles pour lesquelles on a risqué sa vie dans ma famille il y a 60 ans. Je ne hais personne, mais je hais de toute mon âme, l'antisémitisme, le racisme anti-arable ou anti-roms, le sexisme, l'homophobie, la lesbophobie, la transphobie. Nos élèves méritent mieux de leurs professeurs que la bêtise, les préjugés et la haine de l'autre !

    Stéphanie Nicot, professeur de lycée professionnel, co- fondatrice de l'association Trans Aide, membre du CA de la Fédération LGBT. Et puis, juste un être humain comme vous ☺

    Pour en savoir plus :
    « Changer de sexe », Alexandra Augst-Merelle & Stéphanie Nicot (préface de Martin Winckler), éditions Le Cavalier Bleu, Paris, 2006.
    Lien

    P.S. : À de très rares exceptions près (des hommes presque toujours, que la trans-identité angoisse… Vous êtes à l'aise avec votre masculinité, cher Roger ? ; -), la réaction des Riverains confirme que les Français sont majoritairement des gens ouverts !

  • michel1832
    michel1832 répond à stephanie9
    Optimiste, sans plus...
    • Posté à 10h36 le 31/08/2010
    • Internaute
      Optimiste, sans plus...

    Merci pour votre témoignage stéphanie9 : intelligemment rédigé et émouvant.

    J'ai moi-même failli franchir le pas il y à quelques années, et y ai renoncé face à de nombreux obstacles : familiaux (deux enfants déjà grands, épouse plus que réticente), professionnels (je bossais dans un environnement dont j'aurais été exclu rapidement)....

    Je comprends d'autant mieux et approuve votre combat : chaque petit progrès face à l'intolérance c'est toujours ça de gagné. Et n'en déplaise à certains le droit à la différence est fondamental dans le domaine des libertés.