Document 24/08/2010 à 20h49

Roms : un magistrat nantais se paye le gouvernement


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Obligé de dire le droit, Daniel Castagne, vice-président du tribunal de grande instance de Nantes, ne met pas pour autant son humanisme sous le boisseau.

Dans une ordonnance de référé rendue le 19 août, que Rue89 s'est procurée, le magistrat ordonne l'évacuation d'un campement illégal de Roms... et dresse un cinglant réquisitoire à l'encontre de la politique du gouvernement.

L'histoire commence le 13 juillet 2010. Le conseil général (PS) de Loire-Atlantique assigne en référé deux femmes roms, « occupantes sans droit ni titre avec caravanes et véhicules d'un terrain lui appartenant sur le territoire de la commune de Bouguenais, afin d'obtenir leur expulsion, au besoin par la force publique, en raison des nuisances causées à la population environnante ».

Les deux femmes se défendent en attirant « l'attention sur la spécificité de la communauté rom victime de discriminations et impuissante à accéder à un hébergement ». Insuffisant pour le vice-président du TGI de Nantes, pour qui « le propriétaire du site occupé irrégulièrement est indiscutablement fondé à revendiquer la pleine jouissance de son droit de propriété ».

« La carence de l'Etat »

La décision aurait pu s'arrêter sur cette considération purement juridique, mais le magistrat prend la peine de doubler la longueur de l'ordonnance. S'il ne remet pas en cause « les efforts réels et soutenus de l'accompagnement social géré par les organisations humanitaires et la collectivité locale », il fustige « la carence de l'Etat » :

« L'Etat s'abstient de prendre à bras le corps le traitement de cette extrême précarité de la communauté des Roms, chroniquement repoussée au jour le jour d'un emplacement à l'autre sans qu'une solution d'envergure ne soit envisagée au plus haut niveau en concertation avec les instances européennes.

Manifestement, cet impérieux devoir d'entraide et de solidarité ne semble pas être hissé à un rang prioritaire dans la hiérarchie des préoccupations des plus hautes autorités nationales.

Au contraire, la défaillance de la puissance publique est patente dans ce domaine et le traitement de la difficulté par la seule voie de l'offensive médiatisée et de la répression en apporte une singulière illustration.

Dans un tel contexte aussi lourd sur le plan du respect de la dignité humaine, l'office du juge se réduit ponctuellement à une touche de rapiéçage social pour tenter d'atténuer les conséquences abruptes d'une désocialisation dont l'Etat ne prend pas la mesure. »

Contraint d'ordonner l'expulsion des deux femmes roms, d'une troisième « intervenue volontairement » dans la procédure et de « tous occupants de leur chef » dudit campement, le magistrat ne peut leur accorder qu'un délai de deux mois pour quitter les lieux.

Mais Nicolas Sarkozy et son gouvernement, Brice Hortefeux en tête, pourront méditer ce long réquisitoire rendu « au nom du peuple français ».

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  • padiran
    padiran
    Chroniqueur Grolandais
    • Posté à 21h15 le 24/08/2010
    • Internaute
      Chroniqueur Grolandais

    L'étau de la peur se desserre et la magistrature commence à comprendre dans quel imbroglio social, moral et judiciaire le pouvoir exécutif entraine le pays. L'absurdité des moulinets médiatiques, ainsi que le ridicule des fausses/vrais reconduites en Bulgarie ou en Roumanie ne trompent personne, sinon les habitués du bar du commerce à la troisième tournée de pastis.
    Cette situation immorale est, de plus, coûteuse et inutile. Mais il parait que notre « bon Président » veut jouer le peuple contre les élites et cliver un maximum entre les « droits de l'hommiste » et ceux qui veulent une France fantasmée.

  • caro
    caro
    délinquante avérée
    • Posté à 21h23 le 24/08/2010
    • Internaute
      délinquante avérée

    Excellent, ce juge « Castagne », le bien nommé. Il devait étayer son jugement et il l'a fait « au nom du peuple français » (ça c'est fort ! ) et donc en mon nom, je lui en reconnais le droit, à lui.
    N'a-t-il pas peur de se retrouver au tribunal des affaires sociales en compagnie du juge de Maillard ?

  • padiran
    padiran répond à DeSuisse
    Chroniqueur Grolandais
    • Posté à 00h05 le 25/08/2010
    • Internaute
      Chroniqueur Grolandais

    1)Le juge est là pour lire le droit et ne peut en aucun cas se substituer au Préfet, qui lui a toutes les compétences pour obliger ou non une collectivité à prendre en charge une population en difficulté. Le juge peut tout au plus fixer un délai d'exécution de son jugement
    2) « vivrensemblistes aux frais de tous le monde'. Cette expression me fait bien rire, quand je vois l'état de délabrement des camps de Roms qui n'ont d'aides sanitaires que par les bénévoles.
    Qui revient le plus cher à la socièté ?
    Une L. Bettencourt qui voit ses revenus augmentés de 30 millions d'euros par mois au titre du bouclier fiscal ou un camps de Roms ?
    DeSuisse, évidemment le point de vue n'est pas le même, il est plus intéressante de recevoir une Bettencourt qu'un Rom

  • Deamon7
    Deamon7
    Petit agité
    • Posté à 07h09 le 25/08/2010
    • Petit agité

    Expulser les roms en grande fanfare est à vocation uniquement médiatique ou électoraliste et ne correspond aucunement à d'éventuelles convictions de ce gouvernement, celui-ci sachant pertinemment que parmi tous les immigrés clandestins, les roms sont ceux qui, Schengen et proximité géographique obligent, reviennent le plus facilement au bout de 3 mois, en ayant au passage touché l'aide au retour.

    Belle hypocrisie donc, qui tout d'abord est inefficace en termes de lutte contre l'immigration clandestine et en plus fait passer la France pour un pays xénophobe à cause de la stratégie de communication choisie :

    A savoir que le monde n'est pas particulièrement choqué que la France lutte contre son immigration clandestine, il l'est qu'une population en particulier soit ciblée dans le discours médiatique.