Vos réactions 22/08/2010 à 16h34

Chômage des jeunes : les débats des riverains de Rue89


Le chômage des jeunes n’a pas laissé insensibles les riverains de Rue89. Après avoir donné la parole aux jeunes croisés à la sorties d’agence Pôle emploi, passage en revue des commentaires.

Nombre de vos témoignages pourraient difficilement être recueillis à la porte de Pôle emploi. Beaucoup n’ont pas trouvé leur compte dans ce service et préfèrent de loin la débrouille et le réseau. Leur témoignage rejoint cependant celui des jeunes que nous avons rencontrés mardi dernier.

Celui de Benjamin Monestiez, par exemple :

« A l’ANPE, un diplôme est toujours demandé avec une offre d’emploi, et accompagné d’une solide expérience. Vous pouvez envoyer toutes les lettres de motivations du monde, sans ces deux conditions, vous ne serez jamais appelé à passer un entretien.

Résultat : débrouille totale pour trouver du boulot : Internet, grâce auquel j’ai trouvé des emplois pénibles et à temps partiels -je me suis retrouvé à travailler pour moins que le RMI. [...]

Mais cela ne suffit pas à l’ANPE : les petits boulots ne sont pas une expérience précieuse pour les employeurs ; quelles qualifications peut-on tirer d’un job dans un fast food ou d’une distribution de prospectus ? Aucune. »

Surenchère des diplômes

De nombreux internautes qui ont participé au débat sont titulaires d’un bac +5. Ils indiquent que l’enquête rendue par l’Organisation internationale du travail (OIT), concerne essentiellement les jeunes actifs peu diplômés. Cette étude concerne en effet les 15-25 ans. Ils notent une « surenchère des diplômes » dans tous les domaines, même si certains conseillent de s’orienter vers des métiers de l’artisanat qui recrutent.

Au-delà du chômage, les riverains décrivent la précarité des premiers emplois. Selon plusieurs commentaires, de plus en plus de jeunes se tournent vers l’intérim, davantage par besoin d’argent que par choix. D’autres cumulent les CDD. Lekatarina résume avec ironie :

« Les jeunes sont trop jeunes, sur-diplômés ou sous-qualifiés, les vieux sont trop vieux, trop spécialisés ou trop dépassés, les 30-40 s’accrochent à leur siège, les CDD explosent, les arnaques à l’auto-entrepreneur s’envolent, les périodes d’essai s’étirent comme des chamallows, Pôle emploi radie à tour de bras, ceux qui bossent travaillent plus pour gagner plus. [...]. »

L’expérience personnelle n’est pas valorisée

Sont fustigés : le système d’orientation et de formation. Certains déplorent le modèle français et son rapport au diplôme, en le comparant à celui de nos voisins anglais :

« Dans notre pays, nous n’avons pas le pragmatisme ou l’ouverture d’esprit de nos confrères anglo-saxons. De plus, on ne favorise pas assez la qualification, on propose des diplômes qui n’ont pas ou peu de débouchés (même des bac +3, +5...) ou concurrencés à outrance par les pays étrangers à bas coûts. »

Pour Lictor, informaticien, la comparaison n’est pourtant pas aussi simple. La base du modèle anglo-saxon qui vise à valoriser l’expérience personnelle davantage que le diplôme dépend d’un système propre à chaque pays.

« La flexibilité à l’américaine marche, parce que tout le système est prévu pour cette logique. Par exemple, vous voulez pouvoir licencier plus facilement ? Pourquoi pas, mais dans ce cas, il doit y avoir symétrie : le salarié aussi doit pouvoir partir plus facilement.[...] C’est le cas au USA.

A l’époque de la bulle internet, on a ainsi vu des entreprises où la moitié des salariés disparaissaient d’une semaine à l’autre, parce que l’herbe était plus verte ailleurs. Quelle entreprise française serait prête à ce genre de pression ?

Dans mon entreprise, quand quelqu’un a le malheur de démissionner, c’est la panique à bord et en trois mois, on n’a jamais le temps de le remplacer et de former le successeur. »

L’université prépare-t-elle bien au monde du travail ?

De nombreux commentaires concernent les filières qu’ils estiment « bouchées », type histoire, psychologie, sociologie. Ils les accusent de ne pas les préparer au monde du travail. Des propos qui reviennent sur le débat de l’université de ces dernières années. Ce à quoi un « “utopiste aujourd’hui = réaliste demain” répond  :

“Je ne dis pas qu’on ne doit ne doit pas apprendre un métier, mais qu’il est important d’étudier d’autres matières inutiles à l’entreprise, mais utiles à la construction personnelle. L’éducation nationale n’est pas au service de l’industrie, mais des citoyens qu’elle se doit d’éduquer. L’apprentissage d’un métier se fait plus tard (après 16, 18, 20 ans), une fois que l’on a une éducation générale, une capacité à réfléchir, à faire des choix.”

Depuis l’étranger, de la Norvège à la Chine, des riverains, jeunes diplômés, prônent l’expatriation pour trouver un premier emploi, comme Guyome :

“Avec un bac +3 et six mois de recherche en France (Toulouse), je n’ai rien trouvé. Mais en Norvège, sans parler la langue, je suis arrivé à trouver un CDI à 1 800 euros net sur la même période.”

Un autre témoigne :

“24 ans, diplômé en 2009, six mois de recherche en France en vain. Aujourd’hui, j’ai un super job en contrat à durée indéterminée, 2 400 euros par mois.... à 10 000 km de la France.”

Le droit au travail existe, même si sa portée juridique reste limitée, comme le rappellent certains juristes en citant l’article 23 de la déclaration universelle des droits de l’homme :

“Toute personne a le droit au travail, au libre choix de son travail, à des conditions équitables et satisfaisantes de travail et à la protection contre le chômage.”

“Le droit d’obtenir un emploi ne s’entend pas comme une obligation de résultat, c’est-à-dire comme une obligation absolue de donner à tout chômeur un emploi, mais bien comme une obligation de moyens. Il s’agit, pour les pouvoirs publics, de mettre en œuvre une politique permettant à chacun d’obtenir un emploi. C’est d’ailleurs ainsi que l’a interprété le Conseil constitutionnel. Dans une décision de 1983, il a affirmé qu’il appartient au législateur ‘de poser les règles propres à assurer au mieux le droit pour chacun d’obtenir un emploi en vue de permettre l’exercice de ce droit au plus grand nombre d’intéressés’. C’est dans cette optique que s’inscrit l’Agence nationale pour l’emploi (ANPE) créé en 1967. ‘

Trop jeune et pas assez expérimenté, trop vieux et trop cher

Pour aller plus loin, des internautes proposent :

‘ ourquoi des types sortis des plus grandes universités américaines n’ont pas prévu la crise majeure qui a été provoquée par leurs inventions financières géniales et qui a ensuite gagné le monde entier. Le film montre le procès qui n’a pas pu avoir lieu car les banques ne l’ont pas permis...’

  • Le livre ‘ La Politique du rebelle ’ de Michel Onfray. Spoutnikk, étudiant, précise :

‘ L’auteur pense que nous sommes tous très aliénés au travail : quand on en a on s’en plaint, quand on en n’a pas on court après... C’est un peu manichéen, mais ça a le mérite de faire réfléchir. ’

Et Titien détient le mot de la fin :

‘Au début, tu es trop jeune et pas assez expérimenté. Ensuite, tu es trop vieux et trop cher.’

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  • Jean Fabrice de Raoul
    • Posté à 16h46 le 22/08/2010
    • Internaute 120308
      Etudiant

    La comparaison avec les USA ne tient pas la route. Dans un pays avec un faible taux de chomage, les salariés ont le rapport de force en leur faveur. D’où la mise en place d’un système de flexibilité qui avantage tout le monde - les entreprises - mais surtout les salariés car la facilité de licenciement permet aussi une facilité d’embauche, de tel manière qu’il est facile d’avoir toujours un job.
    Aujourd’hui par contre aux USA, les choses changent, la croissance en partie artificielle subventionné par la FED et la vanne du crédit grande ouverte n’est plus tenable et un taux de chômage à l’européenne va s’imposer.
    Je doute que le système à l’américaine va perdurer longtemps. Les chômage de masse inverse le rapport de force en faveur des entreprises qui peuvent faire pression sur les salaires. Au final, les américains - comme ici - accepteront toujours plus pour toujours moins sauf que la flexibilité qui les servait autrefois se retournera contre eux. Car à la précarité se rajoutera l’instabilité.

    • damienl
      damienl répond à Jean Fabrice de Raoul
      Chercheur
      • Posté à 20h53 le 22/08/2010
      • Expert 101560
        Chercheur

      Même si cela ne règle pas tout, il faut aussi dire que la flexibilité encourage la diminution du chômage. Une des raisons pour lesquelles le marché du travail américain est, en général (il ne faut pas se baser sur les récessions pour évaluer un système), plus performant que le marché français (ou d’autres pays équivalents), c’est la flexibilité qui le caractérise. Je pense qu’il y a un assez grand consensus autour du fait que ce sont les rigidités des marchés du travail européens qui expliquent une grande partie du taux de chômage bien plus élevés. Avec également l’influence du coût du travail qui est plus élevé en Europe qu’aux USA, ce qui fait que certaines personnes qui pourraient être employées aux USA ne le seront pas en Europe car cela coûterait trop cher.

      Une théorie qui n’a pas encore été beaucoup évoquée dans les médias mais qui est débattue dans les milieux académiques est celle des insiders-outsiders qui vise à expliquer les rigidités par des conflits d’intérêts entre les insiders (ceux qui ont déjà un emploi stable), les outsiders (ceux qui sont au chômage ou ne bénéficient d’aucune protection - travailleurs au noir, etc.) et les entrants (ceux qui pourront un jour accéder à la position d’insider s’ils restent assez longtemps). À partir du moment où, comme un commentaire cité dans l’article le mentionnait, cela coûte de l’argent de devoir remplacer quelqu’un, il y aura des coûts pour l’employeur et cela donne un certain pouvoir aux insiders. Ils peuvent utiliser ce pouvoir pour obtenir un salaire plus élevé que ce qu’ils obtiendraient dans un marché compétitif, mais cela se fait au détriment des outsiders.

      Lorsque l’on examine les politiques menées dans les pays européens, on doit se demander si elles favorisent généralement les insiders, les outsiders, ou aucun des deux. Je pense que, dans la majorité des cas, ce sont les insiders qui sont favorisés. Selon les pays, on retrouve une combinaison de différents facteurs

      1) visant à fixer un salaire minimal au dessus du prix du marché (à travers des conventions collectives par exemple, qui s’appliquent aussi bien à ceux qui ont déjà un emploi dans le secteur qu’à ceux qui voudraient y travailler, y compris pour un salaire plus bas).
      2) poussant les entreprises à ne pas engager des gens dans un statut moins favorable. Il semblerait que les études ont montré que les employés réagissent négativement à l’idée que ceux qui travaillent avec eux, voir au seulement dans une même fonction au sein du même groupe, soient traités différemment. Par exemple, lorsque Carrefour a voulu ouvrir un magasin spécial en Belgique en engageant son personnel sous un autre statut, les employés d’AUTRES magasins situés à plus de 100km se sont mis en grève. On peut également évoquer les déboire du CPE par exemple.

      La France (et d’autres pays) ont une double dualité. D’un côté, il y a les employés de l’état, de l’autre les employés du privé. C’est la première dualité. Les premiers sont beaucoup plus protégés que les seconds et, c’est assez logique, en 2007, on estimait que 75% des jeunes rêvaient de trouver un poste dans l’administration. À noter que cette dualité se retrouve même dans les pays que l’on cite souvent comme modèles. Par exemple, aux USA, on entend maintenant beaucoup parler des pensions faramineuses de certains fonctionnaires (des centaines de milliers de dollars par an) et l’on voit que, à profil égal, on gagne en général plus dans le secteur public que dans le secteur privé.

      On retrouve également une deuxième dualité entre ceux qui ont un statut (plus) protégé (CDI) et ceux qui ont un statut plus précaire (CDD).

    • Avril
      • Posté à 21h44 le 22/08/2010
      • Internaute 24503

      J’ai l’impression qu’un paquet d’amerlos ont 2 boulôts pour s’en sortir.

  • fovoi89
    fovoi89
    technicien
    • Posté à 17h03 le 22/08/2010
    • Internaute 123546
      technicien

    Causes du Chômage :
    Evoquer ou s’attaquer uniquement à la forme du chômage n’est pas si innocent que cela puisse paraître . En effet, puisque vouloir réellement solutionner le fond du problème c’est, consentir de remettre en cause les intérêt particuliers d’une minorité agissante à travers le monde.

    En dehors du schéma économique établi mondialement, rien ne justifie : qu’un « poulet » européen vaut au moins 5 asiatiques, que pour le prix d’une « sardine » française on peut obtenir au moins deux espagnoles. La liste de ces déséquilibres n’étant pas exhaustive, le fond principal du problème se situe au niveau de ces échanges internationaux désastreux pour les peuples et populations.

    Puis comme à qualité équivalente, le consommateur achète en général le produit moins chère, s’ajoute là aussi, productivité oblige, qu’ il faut tout sur-automatiser, de la prestation de service à la réalisation de produit manufacturé, (les tâches répétitives pour l’Homme étant dévalorisantes dit-on), il ne peut pas y avoir de miracle en matière de résorption du chômage. Reste donc le RMI et du temps libre hélas, pour un nombre grandissant d’entre-nous.

    En plus de règle à la concurrence faussée, voici un exemple parmi d’autres, qui semble suffisamment édifiant : pour voir et écouter un orchestre il y a quelques années encore, la présence de musiciens était indispensable (occupation valorisante), maintenant la technologie permet de se passer aussi de cet « inconvénient valorisant » ? ! d’ailleurs ne peut-on pas désormais se passer aussi de ce « type d’inconvénient » pour l’enseignant, le médecin…le logiciel à notre place, ne fait-il pas mieux ?

    En conclusion, avec une certaine forme collective : d’indifférence, d’égoïsme, de complicité voir de manque de discernement et de perspective, le non traitement du chômage perdurera encore longtemps ?

  • lactionlitteraire
    • Posté à 19h28 le 22/08/2010
    • Internaute 109185
      auteur

    Dans certains sports, quelques-uns l’ont compris : les jeunes sont des merveilles, parce que, à 17, 18, ans, jusqu’à 25 ans, on est au sommet de sa puissance. Il en va de même dans l’activité professionnelle, sauf pour les métiers qui exigent beaucoup d’expérience, en raison du niveau élevé de connaissances et d’habitudes sur les spécificités techniques. Mais pour le reste. Et que se passe t-il ? Les employeurs méprisent les jeunes - une sale mentalité de « vieux c... » très développée chez les adultes qui pensent toujours être meilleurs et plus forts. Le chômage des jeunes est surtout le fait d’une économie en récession-dépression (depuis des années et plus encore depuis que la merveilleuse droite dirige ce pays), puisqu’il n’y a pas assez de créations d’entreprises, d’offres d’emplois. Et le fait de retarder l’âge de départ légal pour les retraites est aussi l’expression d’un mépris profond de ces adultes à l’égard des jeunes. Si en 1981, les socialistes avaient maintenu le départ à la retraite à 65 ans, le chômage qui pointait diablement son nez aurait été encore plus fort, mais hélas, parmi celles et ceux qui depuis 1981 ont pu profiter de ce départ à la retraite à 60 ans, il y en a tant qui ont oublié le cadeau, légitime, qui leur a été fait, puisque nous savons que les plus âgés ont largement voté Sarkozy en 2007...

  • sabazios
    sabazios
    ouvrier
    • Posté à 22h17 le 22/08/2010
    • Internaute 68769
      ouvrier

    Voici ce que l’on propose à un bac + 2 avec cinq ans d’expérience pour un boulot à responsabilité.

    Lien

    Mais on peut trouver encore pire :

    Lien

    Le chômage et la précarité permanente sont dévalorisants et anxiogènes et sont entretenus pour faire accepter n’importe quel travail à n’importe quel prix, quand on a la « chance » qu’on nous en propose enfin un.
    Marx le disait les chomeurs c’est l’armée industrielle de réserve .
    Une armée rendue docile par un climat volontairement et scientifiquement stressant et angoissant.
    Dans les années 70, jamais nous n’aurions accepté ce type d’emploi et de salaire . La « crise » est passée par là .

    • Dorsal-
      Dorsal- répond à sabazios
      Darwin avait raison
      • Posté à 01h29 le 23/08/2010
      • Internaute 123066
        Darwin avait raison

      Les carpettes de la banque Rothschild surtout.

      « Les banquiers privés placent leurs hommes au cœur des Etats et privatisent à nouveau la création monétaire. George Pompidou, avant d’être président de la République était un banquier. De 1945 à son élection comme président de la République en 1969. Pompidou exercera des fonctions au sein du gouvernement français tout en continuant durant plusieurs périodes travaillées au service de la banque Rotschild 1954 à 1958 et de 1959 à 1962. Le 8 janvier 1959 il est devient Directeur général de la Banque Rothschild. Pourtant, il sera néanmoins nommé en mars 1959 au Conseil constitutionnel où il siégera jusqu’en 1962. On observe donc à nouveau un grave manque d’indépendance entre les intérêts de l’Etat français et ceux des intérêts privés des banques. Puis la banque de France a été nationalisée en 1945 par le Général de Gaulle, donc durant cette période l’Etat retrouve le contrôle sur le crédit et sur la monnaie. Mais le président Pompidou, l’homme des banquiers de l’époque, ne l’entend pas de cette oreille. L’article 25 de la loi du 3 janvier 1973, de Pompidou et Giscard d’Estaing, “interdit au Trésor public d’être présentateur de ses propres effets à l’escompte de la Banque de France”. L’Etat français bascule donc à nouveau sous l’emprise financière directe des banquiers privés. »

      • borderal
        borderal répond à Dorsal-
        cadre moyen
        • Posté à 19h03 le 23/08/2010
        • Internaute 123673
          cadre moyen

        Pourquoi y avait il, officiellement et officieusement, beaucoup moins de chômage au début de la crise (qui a commencé en 1974) qu’aujourd’hui ?

        Parce qu’au début seuls les jeunes étaient concernés.

        Pour les jeunes qui se présentent sur le marché du travail rien n’a changé ni en pire ni en mieux depuis 1974.

        La situation actuelle est le résultat de l’accumulation du chômage pendant 35 ans et du vieillissement des premières victimes, dont beaucoup ne s’en sont jamais remis.

        De même que beaucoup de jeunes d’aujourd’hui risquent fort de ne jamais s’en sortir, mais eux au moins le savent.

        Il ne sert à rien de reprocher aux employeurs d’avoir des critères racistes, des exigences exorbitantes ou le fétichisme des diplômes, par exemple : les employeurs font cela uniquement parce qu’ils peuvent se le permettre, et cette situation durera aussi longtemps qu’il n’y aura pas assez de travail pour tout le monde.

        Toutes les tentatives visant à convaincre ou obliger les patrons à changer d’attitude sans créer les millions d’emplois supplémentaires qui manquent est vouée à l’échec.

        Il ne sert à rien non plus de reprocher à l’université ou à l’éducation nationale de ne pas préparer les jeunes aux emplois de demain. Les emplois de demain, cela fait 35 ans qu’on en parle mais on ne les voit jamais.

        Il n’existe qu’une seule formation adaptée aux besoins des entreprises qui n’ont pas de besoin de main-d’œuvre, et c’est pas de formation du tout.

        Il ne sert à rien non plus de reprocher aux chômeurs d’avoir choisi la mauvaise formation, ou de ne pas chercher assez activement du travail, au contraire. Ceux qui font cela rendent service aux autres chômeurs.

        Si tous les chômeurs choisissaient la bonne formation, ce serait la mauvaise formation.

        C’est la raison pour laquelle les formations qui marchent se caractérisent toutes par une forme ou une autre de numerus clausus à l’entrée : listes d’attente de plusieurs années, tests draconiens, frais exorbitants....Peu importe, le principe c’est que si ce n’est pas bouché à la sortie, alors c’est bouché à l’entrée, il n’y a pas de miracle.

        Quand je me présente à un entretien de recrutement, tous les chômeurs qui n’ont pas le profil me rendent service, de même bien sûr que ceux qui sont restés dans leurs lits.

        Quand je courtise une demoiselle, tous les gentlemen qui ne la courtisent pas me rendent service.

        Je suis très choqué de voir que parmi ceux qui réussissent à trouver du travail beaucoup se permettent de donner des leçons de morale aux autres, voire de leur conseiller de faire comme eux, alors que justement sur le marché du travail les conseils ne marchent que s’ils ne sont pas suivis, ou peu.

        Dès que tout le monde adopte une technique de recherche d’emploi quelle qu’elle soit, celle-ci cesse totalement de fonctionner, et vous pouvez la jeter à la poubelle.

        A cet égard, conseiller aux jeunes de se constituer un réseau, comme l’ANPE le faisait déjà dès les années 1980 est particulièrement cynique : s’il faut un piston pour être embauché c’est qu’il n’y a pas assez de travail pour tout le monde, alors pourquoi raconter à tout le monde qu’il pourra trouver du travail en faisant comme ceux qui y arrivent si une telle chose est par définition impossible ?

        Si je réussis à trouver un emploi, c’est forcément parce que les autres candidats ont commis une erreur, ou manqué de piston : je devrais les remercier au lieu de les insulter.

        Quand aux auto-entrepreneurs et tous ceux qui se mettent à leur compte sous quelque statut que ce soit parce qu’ils n’en peuvent plus de ne pas trouver du travail, ils sont généralement chefs d’entreprise de pas grand chose, et leur rôle dans l’économie française est le même que celui des travailleurs du secteur informel dans les pays du tiers-monde.

        Heureusement qu’ils peuvent prétendre au RSA à partir de 25 ans, sinon ils seraient bien souvent obligés de fermer la boutique, l’atelier, le bar ou l’exploitation agricole qui ne leur permet pas de manger à leur faim.

        Et pire que tout, il y a les chômeurs qui cherchent activement du travail alors même qu’ils peuvent prétendre à l’indemnisation du chômage ou au RSA.

        Pourquoi ne veulent ils pas laisser les rares emplois à ceux qui ont en le plus besoin : les jeunes de moins de 25 ans qui n’ont droit à rien ?

        D’ailleurs, si les jeunes lançaient un grand mouvement visant à obtenir l’embauche en priorité de ceux qui ont le plus besoin de trouver du travail, c’est-à-dire des chômeurs non indemnisés, ils pourraient même mettre en échec le modèle économique de la réforme des retraites, qui est très simple :

        Même modeste, la pension d’un retraité coûte chaque mois un petit quelque chose, alors que le chômage d’un jeune ne coûte rien, vu qu’il n’a droit à rien, même pas au RSA (pas avant 25 ans, sauf pour ceux qui ont déjà eux-mêmes des enfants)

        Voilà pourquoi la retraite des vieux est un problème et le chômage des jeunes une solution.

        Quand tous les jeunes chômeurs obtiendront le droit à une indemnisation (décente, sinon cela ne changera rien) le gouvernement sera beaucoup moins pressé d’empêcher les vieux de partir à la retraite.

        Et alors les jeunes auront gagné sur les 2 tableaux : l’indemnisation du chômage, puis l’emploi.

        C’est leur seul espoir de ne pas subir le même funeste destin que leurs aînés.

         
        • Dorsal-
          Dorsal- répond à borderal
          Darwin avait raison
          • Posté à 19h17 le 23/08/2010
          • Internaute 123066
            Darwin avait raison

          Bravo pour votre analyse, je l’ai vérifié point par point pendant 10 ans. Je m’inscris en tous points d’accord avec vous.

        1 autres commentaires
  • pemmore
    pemmore
    geek
    • Posté à 00h07 le 24/08/2010
    • Internaute 121073
      geek

    Au fond ce qu’on attend des jeunes ,c’est que puisqu’ils sont jeunes n’ont pas de charges de famille qu’ils cavalent peu partout pour trouver un job puis l’expérience aidant ,3 ou 4 ans revenir dans le pays de leur choix.En pratique c’est rare on a fait une génération de petits bourgeois qui ont bien du mal à quitter leur clocher et leur pole emploi !
    Sur la classe de mon fils,bac + 3, 1 seul vit à l’étranger double nationalité, la moitié est au chômage, mon fils travaille mais gràce à sa culture personnelle qui lui a permis de biaiser un peu.
    Le travail il faut aller le chercher, bien peu acceptent de partir loin sans savoir ce que demain sera fait ,alors on squatte la maison des parents en attendant le prochains stage.
    ça me fait penser à ce jeune dans la pire misère que j’ai transporté en stop.
    Tu as quoi comme métier ?
    un bac pro espaces verts
    t’as rien trouvé
    ils ont jamais rien à pole emploi.
    t’as déjà vu pole emploi proposer des places de fonctionnaires ?
    Tu dois écrire à toutes les mairies du département et tu auras ta chance de trouver.
    l’a t’il fait ,je crois pas ,

    • borderal
      borderal répond à pemmore
      cadre moyen
      • Posté à 17h07 le 24/08/2010
      • Internaute 123673
        cadre moyen

      « Au fond ce qu’on attend des jeunes ,c’est que puisqu’ils sont jeunes n’ont pas de charges de famille qu’ils cavalent peu partout pour trouver un job »

      Autrement dit : il n’y a pas de boulot pour vous, allez vous faire voir ailleurs !

      « pour trouver un job puis l’expérience aidant ,3 ou 4 ans revenir dans le pays de leur choix »

      Ah, si seulement les jeunes étaient déjà vieux, et expérimentés...

      Sauf que cela ne marcherait pas : si tous les jeunes devenaient subitement vieux et expérimentés comme par magie, cela ne ferait toujours pas un seul emploi en plus, ni un seul chômeur en moins.

      Les employeurs seraient donc obligés de rajouter une exigence supplémentaire pour départager les candidats, et ainsi de suite.

      « En pratique c’est rare on a fait une génération de petits bourgeois qui ont bien du mal à quitter leur clocher et leur pole emploi ! »

      Ils pensent peut-être que s’ils n’arrivent même pas à se faire accepter chez eux, cela risque d’être encore plus difficile de se faire accepter chez les autres ?

      Demandez donc aux nationalistes corses, alsaciens ou autres, s’ils sont d’accord pour que les jeunes des autres régions viennent piquer des emplois à leurs enfants...

      « Tu as quoi comme métier ?
      un bac pro espaces verts
      t’as rien trouvé
      ils ont jamais rien à pole emploi.
      t’as déjà vu pole emploi proposer des places de fonctionnaires ?
      Tu dois écrire à toutes les mairies du département et tu auras ta chance de trouver. »

      Il ne suffit pas d’écrire.

      Dans les mairies, il faut du piston, même pour les jobs les plus bidons.

      Et il n’y a jamais rien eu de plus bidon que les TUC, à part peut-être les SIVP qui ont suivi.

      Un TUC espaces verts m’est passé sous le nez dans les années 1980 à cause de cela.

      La secrétaire était sympa, elle avait terminé mon dossier, elle téléphone au chef des espaces verts...

      Niet ! Il a même pas voulu me voir.

      • pemmore
        pemmore répond à borderal
        geek
        • Posté à 22h49 le 24/08/2010
        • Internaute 121073
          geek

        Je pense qu’on a quelque part raison tous les deux, en premier dire que ce chef des espaces verts n’était pas la moîtié d’un con et comme je suis allergique aux chefs on a un point d’entente c’est pas si mal.
        Pourquoi ma première phrase, quand dans un iut sortent 40 bts en électronique comment est’il possible de trouver 40 places de techniciens débutants dans le même département.
        Quand on commence une formation longue et difficile bien obligé de se dire qu’on ne pourra pas rester sur place en sortant.
        Je reconnais que je n’ai pas l’approche de tout le monde concernant le travail .Je fais mon mea culpa.
        Quand aux entreprises françaises elles embauchent sur des critères subjectifs sans prendre compte de réalités de terrain en se privant des meilleurs éléments. Et des DRH complètement désynchronisés des bases par les chefs. Par expérience j’ai toujours préféré avoir des jeunes à former quand leur esprit est grand ouvert prèts à écouter les conseils et techniques d’un vieux comme moi que de subir des quadras qui ont tout vu tout fait sortis d’entreprises en faillite on comprend pourquoi ! Un des jeunes que j’ai pris en main est devenu responsable du service ça m’a fait plaisir.