A débattre 19/08/2010 à 08h22

Pakistan : l'aide forcément intéressée des Etats

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Ce jeudi, l’Assemblée générale des Nations unies se réunit en session extraordinaire à New York pour venir en aide aux sinistrés des inondations au Pakistan. Deux chercheurs d’un institut genevois évaluent les motivations humanitaires des Etats.

Une semaine après que l’ONU a lancé un appel de fonds de 460 millions de dollars pour le Pakistan -où des pluies de mousson exceptionnelles ont fait plus de 2 000 morts, plus de 15 millions de sinistrés dont 6 millions tributaires de l’aide d’urgence, selon Islamabad- le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, compte exhorter les 192 Etats membres de l’Assemblée générale à augmenter fortement leurs contributions. Et ce alors qu’une faible part de la somme demandée initialement par l’ONU a pu être réunie jusqu’à ce jour.

L’appel du Coréen a néanmoins de bonnes chances d’être entendu. En raison de l’ampleur de la catastrophe et du nombre de sinistrés, mais aussi du pays affecté. Le Pakistan est l’un des points les plus chauds du globe avec, notamment, la guerre dans l’Afghanistan voisin.

Selon Riccardo Bocco :

« La promesse de don est une affirmation de caractère plus politique que strictement humanitaire. L’Etat montre ainsi publiquement son engagement par rapport à un Etat ou une situation donnée. »

Effet d’annonce

Et le professeur de sociologie politique à l’Institut de hautes études internationales et du développement (IHEID) de préciser :

« Mais les montants de l’aide promise ne correspondent jamais à ceux déboursés dans la réalité. Dans le meilleur des cas, ces montants versés représentent 40% de l’aide promise, le plus souvent 20% à 30%. »

Comme le rappelle ce chercheur, dont l’un des domaines d’expertise est justement l’action humanitaire, entre le moment de l’annonce et le versement effectif des sommes promises, d’autres crises peuvent surgir, tout comme d’autres impératifs politiques. Les besoins peuvent aussi être réévalués, en fonction, par exemple, de la capacité des Etats à absorber et à gérer les aides promises.

De son coté, Gilles Carbonnier, professeur d’économie du développement à l’IHEID, apporte quelques nuances : « Il y a bien un immense intérêt géopolitique, vu les régions touchées. » Dont celles bordant l’Afghanistan où les Talibans affrontent l’armée pakistanaise :

« Mais l’ensemble du système humanitaire est mis à rude épreuve, suite aux nombreuses crises humanitaires de ces derniers temps, comme le tremblement de terre en Haïti, ou la famine qui frappe actuellement les pays du Sahel. Il n’est donc pas si évident de mobiliser le personnel adéquat et de lancer une grosse opération de secours internationale. »

Poids lourd de l’Organisation de la conférence islamique (OCI), allié plus ou moins fidèle des Etats-Unis, le Pakistan devrait néanmoins susciter ce jeudi à New York une mobilisation soutenue. Ce qui permettra de confirmer une constante de l’aide humanitaire.

Humanitaire et géopolitique

« De tous temps, l’action humanitaire répond aussi à des considérations géopolitiques », relève Gilles Carbonnier, également membre du conseil d’administration de l’ONG Médecins Sans Frontières (MSF) et directeur de la Revue internationale de politique du développement.

Et le chercheur de préciser :

« Un des actes fondateurs de l’action humanitaire a été une loi votée par le Congrès américain en 1812 pour venir en aide au Venezuela frappé par un tremblement de terre. Il s’agissait bien entendu de secourir la population.

Mais comme nous étions en pleine guerre d’indépendance du Venezuela contre l’Espagne, l’intervention des Etats-Unis -nouvellement indépendants- avait aussi une dimension politique tout à fait claire.

Depuis lors, ces deux dimensions -considération géopolitique et solidarité internationale- conditionnent toujours l’action de type humanitaire. »

Ces dernières années, ces deux dimensions ont même parfois complètement fusionné. Et ce avec la montée en puissance de l’aide militaire humanitaire, comme le précise Gilles Carbonnier :

« L’Otan ou l’armée américaine estiment être capables de mener dans le même temps action humanitaire et offensive militaire, comme en Irak ou en Afghanistan, dans leur lutte contre le terrorisme. »

Un mélange des genres dénoncés par les ONG et qui redouble le plus souvent l’hostilité des populations concernées.

Préserver sa légitimité

On le voit, l’Etat frappé par une crise humanitaire a de bonnes raisons d’évaluer avec beaucoup d’attention la sollicitude intéressée de ses pairs. Gilles Carbonnier ajoute :

« Tout particulièrement des Etats puissants comme le Pakistan ou la Russie (frappée récemment par de gigantesques incendies) ou les Etats-Unis en 2005, lors de l’ouragan Katrina, se posent la question de leur souveraineté et de leur légitimité.

Dans un premier temps très souvent, l’Etat essaye de répondre par lui-même aux besoins de sa population sinistrée. Cela pour assoir sa légitimité auprès de celle-ci et garantir sa souveraineté vis-à-vis des autres Etats. Un appel à l’aide peut donc être perçu comme une perte de souveraineté et de légitimité, en particulier face à sa population.

Mais si l’Etat ne fait pas appel à l’aide extérieure, que les besoins ne sont pas couverts et que la catastrophe s’avère très meurtrière, l’Etat portera alors une lourde responsabilité qui minera aussi sa légitimité. C’est tout le dilemme. »

Gilles Carbonnier cite alors l’exemple du grand voisin du Pakistan :

« Souvent frappée par des désastres naturels, l’Inde se fait un point d’honneur de ne pas faire appel à l’aide internationale, de restreindre l’accès à son territoire aux organisations humanitaires et de diriger les opérations de secours. »

Multiplication des acteurs

Reste que ce jeu d’influence et de pouvoir entre Etats à l’occasion de crises humanitaires ne cesse de se complexifier avec l’entrée en lice de nouveaux acteurs de l’aide d’urgence, qui s’ajoutent aux organisations internationales comme l’ONU, et aux ONG.

« Dans la panoplie des donateurs internationaux, un nouvel acteur émerge depuis une dizaine d’années : le donateur privé, dont l’un des plus célèbres est la Bill & Melinda Gates Fondation », rappelle Riccardo Bocco.

On pourrait dès lors penser que l’aide fournie par tant d’acteurs débouche sur une totale gabegie.

Réponse de Gilles Carbonnier :

« Les bilans de ces actions sont faits. Les acteurs de l’aide font de gros efforts d’évaluation de l’impact de leur aide. Une tendance qui va avec une professionnalisation croissante du système humanitaire et la mise en place d’une culture de gestion par les résultats.

Aujourd’hui, il ne s’agit plus de mesurer combien de tonnes de riz ou de médicaments ont été distribuées, mais d’évaluer combien de vies ont pu être sauvées, dans quelle mesure une famine a pu être réduite ou une épidémie jugulée. »


Publié initialement sur
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    In enculo cum vibro
    • Posté à 08h57 le 19/08/2010
    • Internaute 73535
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    Êtes-vous sûr que Carbonnier fasse une différence entre une association privée appelée ONG et une association privée appelée Fondation ?

    Moi, je ne vois pas la différence.

    Et puis, comment se fait-il que l’ONU n’ait pas 500 millions, du matos à foison et des hommes en pagaille ?

    Y en a qui ne paient pas leur cotise, ou quoi ?

    • mauser
      • Posté à 10h38 le 19/08/2010
      • Internaute 4683

      En droit français il n’y en à pas ce sont des associations loi de 1901 En droit anglosaxon la marge est énorme certaines fondations sont des réceptacles à fortunes et organisent des action à minima pour justifier leur statut exempt ou presque d’împots

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        • Posté à 10h46 le 19/08/2010
        • Internaute 73535
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        Et les ONG, c’est pas des réceptacles à fortunes qui organisent des actions à minima pour justifier leur statut exempt ou presque d’impôts ?

         
        • mauser
          • Posté à 14h35 le 19/08/2010
          • Internaute 4683

          assez complexe de faire un trésor de guerre avec une association loi de 1901 vous avez plus vite fait d’optimiser façon Bettancourt

          • Autist Reading -
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            • Posté à 16h42 le 19/08/2010
            • Internaute 73535
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            Par contre, dans le monde anglo-saxon...

        2 autres commentaires
  • mon petit doigt
    • Posté à 11h00 le 19/08/2010
    • Internaute 64887
      sans

    Tout ceci prouve si besoin l’est encore que quand on fait l’aumone il ne faut pas le crié sur tous les toits,que cela doit rester anonyme pour le plus grand bien de l’ « HUMANITAIRE » ! ! ! Donner c’est facile recevoir l’est moins cela fait une dette pas facilement remboursable,donc le désintéressement doit etre de rigueur.

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      • Posté à 11h11 le 19/08/2010
      • Internaute 73535
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      pour le plus grand bien de l’ « HUMANITAIRE » !

      Alors que l’humanité, on s’en fout.

      Les humanitaires ne travaillent que pour le plus grand bien de l’ « HUMANITAIRE », c’est à dire la perpétuation de la misère, qui est la raison d’être de l’humanitaire.

      Les humanitaires ne font pas de politique, çà leur va bien comme çà.

      Ce sont des curés laïcs.

      • mon petit doigt
        • Posté à 13h25 le 19/08/2010
        • Internaute 64887
          sans

        Bonjour,tu dis que l’humanité on s’en fout et que ce sont des curés-laics ,c’est bien dommage parceque si tu enlève le peu d’humanité qui est en l’homme il va rester de l’animalité cela donne ce que l’on vois actuellement,la religion justement elle est là pour faire des hommes des « HOMME », avec ce que cela comporte de signification, elle n’a pas atteint son but mais il faut donner du temps au temps(JE parle comme chrétien du christianisme et de ceux qui ont le christ pour guide).L’éducation religieuse a justemement la lourde charge de faire chaque etre humain un curé-laic comme tu dis et c’est là tout ce que je souhaite pour qu’on avancer dans le temps qui nous est impartis et cela presse on est au bord du gouffre ecoutez Nicolas Hulot et bien d’autres il n’est pas le seul la liste longue, il devrais y avoir aux environs de 3ou4 milliards de curés-laics

         
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          Autist Reading - répond à mon petit doigt
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          • Posté à 14h33 le 19/08/2010
          • Internaute 73535
            In enculo cum vibro

          La vierge et les anges,
          Et même le petit jésus,
          Quand çà les démange
          Se gratte le trou du cul.

          Avé, avé, avé le petit doigt,
          Avé, avé, avé le petit doigt.

        2 autres commentaires
      • Dudesque
        Dudesque répond à Autist Reading -
        généralement sur mon séant
        • Posté à 16h58 le 19/08/2010
        • Internaute 2716
          généralement sur mon séant

        la je sais pas ce qu’il vous prend...
        vous avez des exemples ?

        je vous invite à allez lire les rapports d’activités des ONGs avant de raconter n’importe quoi, voir meme de discuter avec des acteurs humanitaires, revenant du terrain, ou bossant au siege...

         
        • Autist Reading -
          Autist Reading - répond à Dudesque
          In enculo cum vibro
          • Posté à 20h45 le 19/08/2010
          • Internaute 73535
            In enculo cum vibro

          ou bossant au saint-siège...

          Lien

          • Dudesque
            Dudesque répond à Autist Reading -
            généralement sur mon séant
            • Posté à 22h00 le 19/08/2010
            • Internaute 2716
              généralement sur mon séant

            pfuit, wep en effet des escrocs. ils n’ont jamais ete humanitaire, ni meme non profit. combien de centaine de milliers de gamins de sauvés par les ong ?
            parlez nous de l’arc pendant que vous y etes....

            • Autist Reading -
              Autist Reading - répond à Dudesque
              In enculo cum vibro
              • Posté à 22h33 le 19/08/2010
              • Internaute 73535
                In enculo cum vibro

              Oui, combien ?

              Et pour combien de centaines de millions d’euros quêtés ?

              Les ONG ne servent qu’à masquer à moindre coût les impérities onusienne.

              La charité ne remplacera jamais la solidarité, et le bénévolat ne remplacera jamais le travail correctement rémunéré.

              Ces responsabilités relèvent des Etats, mais certains citoyens lâches préfèrent aller éponger la merde eux-mêmes pour pas un rond que de se friter physiquement avec l’État, si les députés refusent de porter les aspirations de la nation.

              L’État doit prélever l’argent nécessaire à exercer ses responsabilités selon le barème progressif des impôts et ne salarier que des agents de la fonction publique, au lieu de remettre la collecte et les responsabilités nationales entre les mains du marché.

        3 autres commentaires
  • A déménagé le 16-01-2012
    • Posté à 12h03 le 19/08/2010
    • Internaute 30191
      non connue

    Des chercheurs genevois qui cherchent..,mais n’importe qui pouvait le leur souffler, les actions humanitaires ne sont jamais, jamais, désintéressées ; c’est du colonialisme déguisé ; désolée d’en froisser qques uns par ci par là.De sournoises arrières pensées pas tjrs très ’’catholiques’’..

  • Gethro
    Gethro
    Technicien helpdesk
    • Posté à 17h42 le 19/08/2010
    • Internaute 101455
      Technicien helpdesk

    Il ne faut pas confondre l’humanitaire à la sauce étatique (avec adjonction d’éléments militaires, quelle blague), « données » forcément avec des arrières-pensées - quand il ne s’agit pas de subventions aux exportations déguisées - , et le travail associatif.

    Tout n’est pas forcément exempt de reproche, comme les conséquences sur le tissu économique d’une aide massive et inadaptée, mais à la différence des états, les ONG cherchent avant tout à aider des personnes mal fortunées. Tout en se méfiant, et elles le répètent à l’envie, du soutien des états.

  • Keldan
    Keldan
    Now future & karpe diem
    • Posté à 18h10 le 19/08/2010
    • Internaute 5164
      Now future & karpe diem

    Vu toutes les contraintes et tous ceux qui cherchent à tirer bénéfice de telles situations, ça ne doit pas être facile d’arriver à gérer un bordel pareil.

    Mais pourquoi ce sont des regroupements de personnes privées qui s’occupent de ç ?

    Ca peut paraitre con comme réflexion, mais quand je tombe malade c’est vous tous bande de gens qui payaient pour mes médocs à travers la sécu.
    Alors quand un pays tombe malade, il faudrait que la sécu de l’ONU lui paye ses médocs, sans aucun étendard national brandi, juste un tas de type qui tende la main au mec qui vient de se casser la gueule.

    Parce que quand un pays se retrouve dans la merde dans notre société moderne, c’est tout le monde qui en subit les conséquences : il fournit moins de marchandises, peut en acheter moins, y’a des tas de gens qui se réfugient voire émigrent, ça provoque des épidémies, du terrorisme, du banditisme et pire que tout du « médiatisme ».

    Je sais bien que certains en tire bénéfice, mais ça ne doit pas être plus qu’une pincée de personnes, nous qui n’y avons rien à gagner sommes sensés être les plus nombreux.
    Ou alors c’est que je me fait endormir ma part depuis le début : D

    • Gethro
      Gethro répond à Keldan
      Technicien helpdesk
      • Posté à 19h58 le 19/08/2010
      • Internaute 101455
        Technicien helpdesk

      Parce que malheureusement, on ne vit pas à Oui-Oui Land...

      Les états cherchent toujours une manière d’influer sur un pays tiers : c’est une constante de l’histoire. Les intérêts en jeux sont parfois énormes (accès à des ressources par exemple, ou simplement un appuis dans le jeu d’échec international).

      L’ONU n’est pas exempt des jeux de pouvoirs, bien au contraire. Ceux qui fantasment sur un gouvernement mondial n’ont qu’à moitié tort : les pays forment des coalitions, de sorte que l’ONU ne peut présenter un front uni dans ces cas. Et on surestime grandement les moyens financiers et humains des Nations Unis...