Revue de web 19/08/2010 à 13h19

« Le Web est mort » ? Bizarre, son cadavre bouge encore

François Krug | Journaliste Rue89

L'usage d'Internet tel qu'on le connaît est dépassé selon Chris Anderson, du magazine Wired. Est-il devenu fou ?


Chris Anderson, rédacteur en chef du magazine Wired, est connu pour ses théories influentes mais contestées sur l'avenir de la technologie, l'économie et la culture. La dernière tient en une formule étonnante : « Le Web est mort, vive Internet ! » Tout le monde n'est pas d'accord.

Quand Rue89 utilise indifféremment les mots « Internet » et « Web », des lecteurs agacés ne manquent pas de le signaler : ce ne sont pas des synonymes. Internet, c'est un réseau. Le Web en est simplement l'application la plus connue, permettant d'accéder à des sites grâce à des navigateurs.

Les applications remplacent le Web

Internet peut donc vivre sans le Web. Selon Chris Anderson, c'est même déjà le cas. Dans Wired, il présente sa nouvelle théorie en résumant la journée d'un internaute moderne :

« Au réveil, vous vérifiez vos e-mails sur l'iPad posé à côté de votre lit - déjà une application. Pendant le petit déjeuner, vous lisez Facebook, Twitter et le New York Times - trois applications de plus.

Sur le chemin du bureau, vous écoutez un podcast sur votre Smartphone - une autre application. Au bureau, vous faites défiler des flux RSS via un lecteur et vous discutez sur Skype et en messagerie instantanée. Encore des applications.

A la fin de la journée, vous rentrez chez vous et vous préparez le dîner en écoutant Pandora [un service musical disponible uniquement aux Etats-Unis, ndlr], vous jouez sur Xbox Live et regardez un film en streaming sur Netflix [un service de vidéo américain, ndlr].

Vous avez passé la journée sur Internet - mais pas sur le Web. »

« C'est le cycle du capitalisme »

Pour Chris Anderson, Internet est simplement en train de passer à l'âge adulte. Le Web, c'était la liberté mais aussi le désordre. Les applications, elles, sont contrôlées par leurs créateurs. Mais les internautes seraient prêts à renoncer à une partie de leur liberté, et même à payer pour plus d'efficacité et de rapidité :

« C'était inévitable. C'est le cycle du capitalisme. L'histoire des révolutions industrielles, après tout, est celle de batailles pour le contrôle. Une technologie est inventée, elle se diffuse, un millier de fleurs éclosent, et puis quelqu'un trouve un moyen de s'en emparer et d'écarter les autres. [...]

Le chaos délirant du Web ouvert était une phase adolescente, subventionnée par des géants industriels qui cherchaient leur chemin dans un monde nouveau. Maintenant, ils font ce que les industriels font le mieux - créer des goulets d'étranglement. Et au vu de ce à quoi ça ressemble, on adore. »

Un graphique qui prouve tout et son contraire

Le problème, c'est que Chris Anderson fournit peu de preuves tangibles de la mort du Web. Certes, son article dans Wired est accompagné d'un graphique spectaculaire, démontrant que la part du Web dans les applications d'Internet est en chute libre.

Mais utilisant les mêmes statistiques que Chris Anderson, le site américain BoingBoing a produit son propre graphique, qui démontre que le Web est encore bien vivant. Toutes les applications sont en progression, y compris le Web : seulement, les nouvelles applications se développent plus rapidement que le Web, plus ancien.

Techcrunch, autre site de référence des « geeks », nuance aussi l'analyse de Chris Anderson :

« C'est peut-être vrai en ce moment, mais n'enterrez pas trop vite les navigateurs. Ces changements se font par vagues.

Le navigateur a d'abord tout dominé, puis les développeurs ont voulu plus d'options et se sont tournés vers les applications (pour l'ordinateur et le mobile), mais le navigateur finira par absorber ces nouveautés, et ce jeu de saute-mouton va continuer. »

D'ailleurs, Wired avait déjà annoncé la mort du navigateur en 1997, dans un article tout aussi catégorique. Aujourd'hui, Chris Anderson explique que son magazine était simplement en avance sur son temps. Réponse cruelle de Techcrunch :

« Quand vous vous trompez, vous n'avez qu'à dire que vous êtes visionnaire. »

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  • thorgal
    • Posté à 13h54 le 19/08/2010

    C'est du delire :

    « Au réveil, vous vérifiez vos e-mails sur l'iPad posé à côté de votre lit - déjà une application. Pendant le petit déjeuner, vous lisez Facebook, Twitter et le New York Times - trois applications de plus. »

    Au reveil, je vois ma femme dormir paisiblement. Je vais voir si mon enfant de 6 mois dort aussi et joue avec lui s'il est reveille.

    Je prepare le petit-dej de ma femme et mon fils, ainsi que celui de mes beaux-parents avec lesquels nous partageons une bonne heure bien sympathique a table.

    « Sur le chemin du bureau, vous écoutez un podcast sur votre Smartphone - une autre application. »

    En allant au turbin a velo, 16km (et pas forcement au bureau), je prefere m'absorber dans le present sur la piste cyclable traversant bois et champs.

    « Au bureau, vous faites défiler des flux RSS via un lecteur et vous discutez sur Skype et en messagerie instantanée. Encore des applications. »

    Que nenni. Au boulot, je bosse : )

    « A la fin de la journée, vous rentrez chez vous et vous préparez le dîner en écoutant Pandora [un service musical disponible uniquement aux Etats-Unis, ndlr], vous jouez sur Xbox Live et regardez un film en streaming sur Netflix [un service de vidéo américain, ndlr]. »

    Certainement pas. Je JOUE et compose de la musique pour mon plaisir et celui de ma femme. Je prepare le diner avec celle-ci et nous jouons avec notre fils.

    « Vous avez passé la journée sur Internet - mais pas sur le Web. »

    Non. Seulement le temps de lire l'article et d'ecrire ceci : )

    Mon humble opinion : ce type est tare !

    (desole, j'ai pas d'accent sur mon clavier).

  • A déménagé le 19-12-2011
    • Posté à 14h28 le 19/08/2010

    « Mais utilisant les mêmes statistiques que Chris Anderson, le site américain BoingBoing a produit son propre graphique, qui démontre que le Web est encore bien vivant. Toutes les applications sont en progression, y compris le Web : seulement, les nouvelles applications se développent plus rapidement que le Web, plus ancien. »

    Les 2 versions ne s'opposent pas : l'un dit que le web décline en %, l'autre dit que le web augmente en trafic. C'est la distinction entre absolu et relatif.

  • guyome
    • Posté à 14h28 le 19/08/2010
    • Internaute

    Il va falloir faire la différence entre web, Internet, et navigateur.
    Pour les deux premier ça marche en couche : internet c'est les réseau des ordinateurs, par dessus le web est le réseaux des ordinateurs qui se parlent en HTTP. Après le navigateur, ce n'est qu'un logiciel de rendu des page reçus.

    Donc quand Wired dit que les Web est mort parce que les gens utilisent des applications dédiés (RSS, Podcast, Streaming), il dit juste que les gens utilisent de moins en moins le navigateur mais que tout passe parle web. Par exemple, que représente le « video » du graphique, le streaming (qui passe par le web) ?

    Mais il faut aussi voir que de plus en plus d'appareil différent se connectent au Net. Les lecteurs Blu-ray, les téléphones, qui eux utilisent le web comme le moyen de diffuser un service. Sur un IPhone, vous ne regarder plus une page HTML, mais une application qui va chercher son contenu sur le Web. Vous perdez de la liberté car vous ne pouvez plus , par exemple, supprimer la pub, ajouter des plugins, regarder avec un autre navigateur, etc... Vous devenez captif de ceux qui vous fournissent l'application.

    Je pense que ce qu'il faut retenir, c'est qu'il apparait une « surcouche » au web avec une intention de garder captif les utilisateurs, mais en conservant les bases ouvertes (logiciel libre, standard) qui permette de mutualiser le développement et que le matériel mobile en est un cheval de Troie. Par exemple twitters n'est fait que de standards et d'un bonne partie de logiciel libre, mais il n'est pas interopérable avec d'autre service de micro-messagerie.

  • Ulaan B
    Ulaan B répond à thorgal
    Vandale indépendant
    • Posté à 14h48 le 19/08/2010
    • Internaute
      Vandale indépendant

    Ha tu t'aimes bien toi et t'as raison, peut etre un poil orgueuilleux mais bon...
    Par contre je t'assures des gens qui passent une bonne partie de leur journee sur le web ça existe et ils utilisent de plus en plus les différents outils (applications) qu'on leur propose, et c'est pas pour autant qu'il ne savent pas savourer les plaisirs simples de la vie. Il y a aussi des hommes mariés , peres de familles, heureux en ménage, qui aiment les ballades en forêt, les vacances à la montagne et qui frequentent egalement assidument le web.
    Croire qu'il n'y a que ceux qui aiment passer du temps sur le web et ceux qui n'aiment pas passer du temps sur le web c'est un peu réducteur d'apres moi.

  • Widder
    • Posté à 15h12 le 19/08/2010

    Voilà une réflexion intéressante.
    Nous sommes propriétaire de trois sites web sur Internet de lutte contre le racisme et la discrimination et il y a de cela deux mois nous avons décidé d'orienter notre communication de premières lignes via le réseau social tel que Facebook et autres réseaux.
    Avant de prendre cette décision nous avons questionnés quelques deux cent personnes membres de notre groupe.

    Nous sommes arrivés à en tirer ces conclusions :
    Une communication plus légère et facile d'accès.
    Un média « prêt à porter » comme Facebook nous permettant d'être plus proche de nos lecteurs.

    Amis et militantisme allant de paire.

    Tant qu'à l'avenir de nos sites, nous en supprimeront deux d'ici 2011.

  • mattzz
    • Posté à 15h15 le 19/08/2010
    • Internaute

    Il y a un autre aspect qui limite la pertinence du graphique d'Anderson : il repose sur la bande passante, qui n'est pas proportionnelle à l'intérêt qu'on porte à l'objet consulté/téléchargé/visualisé, etc. En se basant là-dessus, il n'y a rien d'étonnant à voir la vidéo prendre une telle importance.

    Les visionnaires ne sont plus ce qu'ils étaient...

  • Tita
    Tita
    oiseau
    • Posté à 15h32 le 19/08/2010
    • Internaute
      oiseau

    De la même manière que d'aucuns prédisaient (et prédisent) la fin du livre en version papier par la faute d'internet, Chris Anderson semble nous prédire la fin du web sous prétexte des applications.

    Les livres existent toujours et le web a toutes ses chances de perdurer aussi, simplement parce qu'ils relèvent de publics différents (d'où peut-être, les graphics peu convaincants pour une thèse plus que pour une autre).

    La description de la journée d'un internaute moderne par Chris Anderson ressemble à celle d'un cadre dynamique (avec les moyens de s'acheter les applications). Il est douteux que les petites gens se retrouvent dans cette description, ceux pour qui le pouvoir d'achat ne permet pas quelques ludiques ou funs applications.

  • rilax13
    • Posté à 19h31 le 19/08/2010

    Je suis d'accord pour le goulet d'étranglement. Mais c'est l'évolution du public qui veut ca : on est passé d'un public de pionnier qui cherchait créait à un public de consommateur : facebook est le bon exemple en s'imposant comme un portail redirigeant vers d'autre site. google produit moins de requettes qu´avant car les gens recherchent moins sur le net, ils consomment par marques comme lorsque l'on va chez auchan pour faire ses courses. On va chez opodo pour prendre un billet d'avion.. donc pas de recherche, une appli et hop. l'appli sert de bookmark et donc fidélise le consommateur en lui mettant des œillères.. ca arrange bien les majors.. en revanche il existera toujours une communauté libre et indépendante avec des navigateurs qui seront la pour la création et trouver pour le grand public ce qu'il faut connaitre et ils installeront alors l'application qui va bien.. ce n'est pas un monde distinct, mais imbriqué, les applications ne sont qu'une traduction mobile d'un environnement web.