Tribune 19/08/2010 à 17h39

A ceux qui choisissent entre bons et mauvais musulmans

Marwan Muhammad | Auteur de « Foul Express » et porte-parole du CCIF (Collectif contre l'islamophobie en France)


La tribune de Mohamed, cet ingénieur marocain, un agnostique « qui rentre chez lui » écœuré par le racisme ambiant, a inspiré, outre le déluge de commentaires de riverains, un point de vue différent : celui de Marwan Muhammad, musulman ET Français, ingénieur de formation comme Mohamed, mais qui n’entend pas quitter la France et veut se faire respecter ainsi que la religion dont il se réclame.

Un texte qui soulève, là encore, et de manière très provocante, des questions explosives, mais qu’il nous a semblé plus pertinent d’entendre que d’ignorer.

Il y a des musulmans plus sympas que d’autres.

La France n’a pas de problème avec ceux pour qui l’islam n’a pas grand-chose de plus qu’une valeur symbolique. Par contre, les choses se gâtent si tu es une femme qui porte le hijab, si tu pries cinq fois par jour ou si ta religion représente plus pour toi qu’un pendentif en or sur un décolleté.

La semaine dernière, un article sur Rue89 a fait débat : Mohamed, ingénieur marocain, athée, déclare vouloir quitter la France pour rentrer chez lui. 200 000 lecteurs et 1 200 commentaires plus tard, on comprend que la question interpelle les Français, partagés entre quelque chose comme « t’as raison, casse-toi » et « oh Momo s’il-te-plaît reste, on a besoin des gens comme toi ».

« Heureusement qu’il n’est pas musulman »

Tout au long de l’article, on ne peut pas s’empêcher de se dire, avant de vite chasser cette pensée : « heureusement qu’il n’est pas musulman », sinon le débat n’aurait même pas lieu d’être, on lui dirait que partir, c’est le choix de la maturité, que c’est vrai qu’il y a une limite de compatibilité entre islam et vie en France, que s’il est pas content, c’est effectivement mieux qu’il rentre chez lui, là-bas, de l’autre côté de la Méditerranée, là où le peuple islamisant se trouve dans son élément naturel.

Peu importe si Marrakech est une maison de retraite géante pour Franchouillards bronzants et un bordel pour pédophiles low cost.

Peu importe si Casablanca est une ville quasi-colonisée où l’on parle français et où les sujets importants se discutent en euros.

Cet Orient fantasmé qui est sur le méridien de Bruxelles suffit à l’imagination d’un peuple de France qui se regarde pour la première fois dans le miroir qu’on lui tend.

L’Orient, c’est cette farandole ramadanesque qui peuple les catalogues des supermarchés glissés dans ta boîte aux lettres par un Sri Lankais sans-papiers ce qui est, tu en conviendras, un comble pour un distributeur de prospectus.

Dans cet univers, couscous et danse du ventre sont servis autour d’un Sidi Brahim. Merguez et arabesques, grotesques comme cette pub où des Arabes souriants et affamés se jettent sur des boîtes de raviolis en conserve, enfin libérés de la prison alimentaire qui les empêchait jusque-là d’être des consommateurs comme les autres.

Le traitement des minorités épinglé

La France, en l’espace de quelques semaines, est épinglée par la Commission européenne, par l’ONU et même à l’intérieur de ses frontières par la Commission consultative des droits de l’homme sur sa gestion des minorités, avec, parmi les grands points négatifs, un rôle de l’Etat non négligeable dans l’aggravation de certaines discriminations.

Le traitement insupportable qui est infligé aux Roms et la honteuse déchéance de nationalité qui fait (de moins en moins) débat en sont des manifestations récentes.

Pendant la même période, les affaires impliquant des membres du gouvernement se suivent depuis des mois sans faire de pause estivale : l’un s’octroie un généreux permis de construire pour sa maison, l’autre se fait payer ses cigares, une autre se fait héberger en suite 5 étoiles et explose son budget voyage, tandis que le M. Propre du pouvoir se retrouve englué dans une sordide affaire ou il aurait fait embaucher sa femme par le gérant de fortune d’une milliardaire dont il avait la responsabilité de faire surveiller les comptes.

Le côté obscur de la France

Dans le même temps, cette dernière faisait de larges contributions financières au parti dont ledit M. Propre est le trésorier et qui, Ô miracle, se trouve être celui du Président Rolex-portant, mannequin-mariant, Fouquet’s-dînant, et yacht-voyageant qui appelle, à qui veut bien encore l’écouter, à l’avènement d’une république exemplaire. Entends-tu ce glorieux chant ?

Belle moralité française, boîte six vitesses et bouton de siège éjectable pour chaque passager.

La France est la risée du monde, elle qui endosse l’étendard des droits de l’homme dans les instances diplomatiques et sombre côté obscur dès qu’on parvient (difficilement, mais pistonné) à pénétrer à l’intérieur de ses frontières.

Entre les gloussements moqueurs des « alliés » de la France et les articles très critiques produits par des médias qu’on pourrait qualifier de sérieux, le New York Times en première ligne, il serait temps de réaliser que le pays des droits de l’homme suit une évolution bananofascisante qui mêle un pouvoir politico-financier contrôlant en grande partie les médias à un gouvernement démocrate dans ses instances, autoritaire dans ses intentions, discriminant et raciste dans sa vérité.

Le peuple français soutient ce gouvernement dans ses dérives

Là, normalement, c’est le moment du texte où j’explique qu’un tel gouvernement est en décalage total avec son peuple, comme devrait l’être tout régime injuste qui va à l’encontre des intérêts de ses citoyens. Mais j’ai beau chercher, ce n’est hélas pas le cas.

Le peuple français soutient ce gouvernement dans ses dérives. J’aimerais croire que c’est parce qu’il est acculé à des difficultés économiques, à la souffrance d’un quotidien où l’espoir d’une vie meilleure peine à paraître.

  • A droite, on rejette les musulmans non-fadelamarisants dès qu’ils entendent pratiquer leur religion sur le thème de la non-compatibilité avec l’identité française.
  • A gauche, on rejette les musulmans non-malekboutisants dès qu’ils entendent pratiquer leur religion sur le thème de la non-compatibilité avec la laïcité française.

Elle a bon dos, cette fameuse laïcité qui permet de préjuger du libre arbitre de millions de femmes à choisir librement leur façon de se vêtir, d’exclure des mamans des sorties scolaires de leurs enfants, de discriminer toute personne présentant des signes jugés comme liés à l’islam (barbe, tenue, etc), de refuser tout droit à la visibilité à 10% de la population du pays.

Laïcité est le nom d’une cape sous laquelle se drape le racisme d’autrefois pour sortir en milieu autorisé.

Sur le site du Monde, un commentaire traduit l’état d’esprit du moment à l’égard des musulmans :

« Quand on les voit obéir aux prescriptions de leur religion, comme en ce moment pour le ramadan, on est en droit de se poser la question de savoir si on peut encore les qualifier de modérés. »

Traduire : « En matière d’islam, le ramadan c’est déjà trop. »

Le tampon de la modération

Qui donc détient ce précieux tampon de la modération ? Où est-il, qu’il puisse m’indiquer quel degré d’abandon de notre foi nous devons concéder pour être des musulmans acceptables sur notre propre sol ? Où est-il, que je lui demande qui l’a mis à ce poste, et si lui-même satisfait aux critères de l’appartenance nationale dont il entend m’exclure ?

J’ai une mauvaise nouvelle pour ceux qui espèrent que, comme le gentil Momo hébergé en attendant son départ chez Rue89, nous allons abandonner notre religion et quitter le navire pour aller vers des cieux plus ensoleillés : je reste (encore un peu au moins).

Pas que l’hospitalité française m’ait positivement marqué le moins du monde (elle est d’ailleurs jugée catastrophique par les touristes du monde entier), mais après trente-deux ans en territoire hostile, il faut croire que, comme tout bon microbe qui se respecte, je suis devenu relativement résistant. Et tout porte à penser que je ne suis pas le seul...

J’entends pratiquer ma religion librement. J’entends marcher dans la rue habillé comme je veux. J’entends donner une éducation religieuse à mes enfants. J’entends jeûner quand et comme je veux. J’entends prier quand et comme je veux. Dans la rue si je veux. Dans les parcs si je veux.

J’entends défendre la sécurité de ma femme et de mes enfants contre tous ceux qui oseraient porter atteinte à leur intégrité et j’entends exiger de mon pays qu’il me garantisse ces droits fondamentaux.

J’entends, en tant que Français, définir, autant que n’importe quel autre de mes concitoyens, une fraction de l’identité de ce pays. Et j’attends de mes concitoyens qu’ils respectent cela.

L’appel des sinistrés du Pakistan

Il est 14h35 et, à l’heure où je termine d’écrire ce texte, 20 163 personnes ont voté sur le site du Figaro pour répondre à la question : « Etes-vous sensible à l’appel à la solidarité en faveur des sinistrés du Pakistan ? »

76% des personnes ont répondu « non ».

76% des Français qui ont jugé utile de s’exprimer considèrent que non, les sinistrés du Pakistan ne méritent pas notre solidarité.

76% des Français qui ont pris le temps de cliquer puis de valider puis de recliquer puis de revalider considèrent que non, les « barbus » ne valent décidément pas « notre sympathie » car « c’est eux qui nous fournissent des terroristes » (je cite les commentaires des votants).

L’un des internautes nous propose une analyse constructive : « Les aides profiteraient d’abord à la multitude terroriste qui squatte le pays. Qu’ils règlent ce problème et on ne parlera plus de l’Afghanistan. On verra ensuite pour les aides » ce qui, tu en conviendras, n’est pas du tout un amalgame injuste infligé à la population du Pakistan, femmes, enfants et vieillards compris (ne parlons pas ici des hommes en âge de marcher qui, comme chacun sait, concédons le au sieur Zorg, sont des talibans en puissance).

On découvre au fil des commentaires ce qui motive les gens à voter « non » et à ainsi refuser à une population sinistrée leur solidarité : une haine et un refus profond de l’ islam et des musulmans, et ce sur l’acrobatique amalgame émotionnel suivant : Pakistanais=musulmans=talibans=terroristes=pas humains=pas besoin de leur porter secours, qu’ils crèvent.

Curieux, ce deux poids deux mesures en fonction de la foi qu’embrassent les victimes d’une catastrophe naturelle. Dangereuse, cette capacité à déshumaniser les hommes et les femmes qu’on n’aime pas jusqu’à leur dénier même le droit à la survie.

Abjecte, cette concurrence dans les horreurs et la souffrance humaine qui veut qu’une vie dans un gratte-ciel à New York vaille tellement plus que 1 000 vies au Rwanda, que 1 000 vies au Pakistan, que 1 000 vies en Tchétchénie.

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  • Rapoutouk
    Rapoutouk
    Intellectuel domestique
    • Posté à 18h17 le 19/08/2010
    • Internaute 121214
      Intellectuel domestique

    Tout ce qui est excessif est vain ! On nage en plein délire ! Quelle peut être l’utilité de laisser publier cette prose haineuse et maladive... à part déchaîner d’autres haines maladives !
    Je croyais que RUE89 était un site d’information, je découvre que c’est un site de provocation (ou alors il s’est laissé abusé)... Grosse déception !

  • brawd
    brawd
    contemplateur
    • Posté à 18h19 le 19/08/2010
    • Internaute 89491
      contemplateur

    Ce texte montre à quel point la démarche sécuritaire de Sarkozy est pervers.
    Au même tire que les gens du voyage, les musulmans se sentent obligés de réaffirmer leurs valeurs et leurs droits, alors que Français , ils n’en éprouvaient pas jusqu’ici le besoin
    Dans les deux cas, des instances représentatives permettaient en association avec les autorités compétentes de régler le problème des aires de grands passages pour les uns et la construction de lieux de culte pour les autres.
    Le sarkozysme n’est jamais à court d’idées pour monter les français les uns contre les autres,. Diviser pour régner ....en attendant 2012

  • edo
    edo
    et alors ?
    • Posté à 18h23 le 19/08/2010
    • Internaute 50350
      et alors ?

    Vous n’êtes pas non plus exempt d’amalgames émotionnels (et autres).

    « 76% des Français qui ont jugé utile de s’exprimer considèrent que non, les sinistrés du Pakistan ne méritent pas notre solidarité. »
    Qu’en savez-vous ? Il y a une différence entre ne pas être sensible et dire que les gens pensent qu’ils ne méritent pas « notre » solidarité. Il y a beaucoup de raisons, je pense, classiquement la torpeur estivale (surtout médiatique), la succession des catastrophes, l’éloignement physique et culturel (non religieux !)... il est évidemment plus facile d’avoir de l’empathie avec quelqu’un qui nous est plus proche. De plus, si vous faites ce raccourci... est vous sensible aux milliers (millions ?) de personnes qui meurent chaque du sida ou du paludisme en Afrique, de ceux qui se font torturés ou condamnés dans des régimes totalitaires ? Notamment pour homosexualité... au nom de la religion (oui elle est facile celle-là et j’ose croire que vous ne la soutenez pas)... êtes vous sensible à tout cela ?

    D’autre part, bien que cela soit le point commun de tout pont de vue, le votre est subjectif et partiel. Il y a des gens qui n’ont pas de problème avec les musulmans.

    Enfin, vous dites « J’entends pratiquer ma religion librement. J’entends marcher dans la rue habillé comme je veux. J’entends donner une éducation religieuse à mes enfants. J’entends jeûner quand et comme je veux. J’entends prier quand et comme je veux. Dans la rue si je veux. Dans les parcs si je veux. »

    Laissez moi répondre point par point :

    « J’entends pratiquer ma religion librement »
    Jamais je ne veux que qui ce soit puisse exercer quoique ce soit librement... car il faut respecter les autres. Imaginer qu’une religion vous ordonne de tuer les « infidèles » ? Manque de chance cette lecture a été faite pour le Christiannisme et l’Islam si je ne m’abuse.

    « J’entends marcher dans la rue habillé comme je veux »
    Pensez au naturiste ;) De plus, si vous prenez le cas des Sikhs ils veulent pouvoir porter leur couteaux en permanence car c’est un symbole religieux. Je le comprends mais n’est ce pas un risque supplémentaire pour autrui ? Qui me garantie à 100% mon intégrité ?

    « J’entends donner une éducation religieuse à mes enfants. »
    Très bien, j’ai moi même suivi une éducation religieuse à contre coeur, mais une fois de plus cette éducation doit respecter les principes républicains.

    « J’entends prier quand et comme je veux »
    J’avoue je ne sais trop quoi penser sur ce point. Cependant, ma conception de la religion c’est que c’est quelque chose de personnelle (et communautaire, partager par un groupe) mais non pas quelque chose de publique. Par conséquent je ne pense pas que prier en public n’importe où soit bon. L’exemple que j’ai en tête est évidemment la mosquée dans le nord de Paris (cf un article sur rue89)... les gens priaient dans la rue. Je peux admettre leur envie de prier dans ce lieux particulier mais cela crée des désagréments (traffic bloqué) que les autres personnes n’ont rien fait pour mériter. Pour pousser le bouchon encore plus loin, prenez le cas des bouddhistes (de ce que j’ai vu du Tibet) où de longs pèlerinages se font en s’allongeant à chaque pas... imaginez que cela se passe dans une grand ville ? Après, pour être, précis que la prière ou une autre activité religieuse se fasse dans la rue sans gêner les autres... peu m’importe.

    Pour conclure, j’attends avec impatience l’épisode 3, quelqu’un qui pourra essayer de faire la balance entre les 2 et nous dire que le « vivre ensemble » (à la française) est possible même si c’est semble vide de sens aujourd’hui.

    A moins que les gens préfèrent des ghettos à l’anglo-saxonne ? Comme ça le Dimanche on peut aller voir les sikhs avec les enfants et celui d’après ce sera les « culs bénis » du 16e (oui oui ils sont « costauds » eux aussi).

  • A déménagé le 18-1
    • Posté à 18h35 le 19/08/2010
    • Internaute 116615
      bc

    Sur les aspects religieux, je ne crois pas au divin, ca me désole de voir des personnes se voiler, ne pas appuyer sur un interrupteur un jour de grand pardon ou manger du poisson parce que c’est vendredi, pour moi c’est aussi stupide que de croire au Père Noel.
    Aussi, j’aime bien l’idée de la laicité, tu vis ta religion comme tu l’entends mais elle ne doit pas empièter sur la liberté des autres de pratiquer et permet de partager un espace public commun sans contraintes. Aujourd’hui chaque religion exige d’empiéter sur l’espace commun au nom de la liberté, et bien merde ! moi l’athée je n’ai pas le droit à la parole, il n’y en a que pour les croyants. Bon je vis avec les communautarismes montants puisque on ne vit plus vraiment ensemble. Mais a t on vécu un jour ensemble ? Oui quand tout le monde se croyait catho, bof....
    Sur le racisme, oui il y a des racistes en France, beaucoup autant qu’au USA, en angleterre et autant qu’ailleurs, pourtant c’est un délit dans notre loi. Nous ne sommes pas le pays des droits de l’homme, mais celui ou s’est écrit cette déclaration, je ne connais pas un seul pays du monde ou les droits de l’homme soient vraiment respectés ( les pays nordiques peut- être.. ). C’est pas ça qui me console.La naissance est le fruit du hasard
    Aujourd’hui celui qui est censé nous représenter stigmatise par intéret et selon le moment politique, ce qu’il a besoin de cacher, une religion, un peuple, une partie de la population, mais surtout il agite la peur et les haines, ça tous les politiciens du monde savent le faire, ce n’est pas spécifiquement français.
    La france est donc un pays comme les autres et pas un pays de cocagne ou un pays proche du parfait. Elle a été le pays des lumières, elle ne l’est plus, mais elle continue d’être reghardée comme telle de l’intérieur ou de l’extérieur, son histoire est trop grande pour le tout petit nombril du monde que nous sommes aujourd’hui, peut être qu’une partie des français se recroqueville sur ce passé magnifié, déformé, enjolivé, et peut être qu’une partie des gens qui viennent chez nous croient encore à ce qu’il y a marqué sur l’étiquette. Tant pis pour tous.La naissance est le fruit du hasard
    Nous sommes le pays du verbe, ca cause, ca cause et puis au final, on est aussi lâche ou courageux, solidaire ou égoiste, gentil ou monstrueux que les autres habitants de cette planète.
    Nos belles idées ne tiennent pas la route devant nos pulsions primitives. D’où la nécessité de respecter et de faire respecter les textes fondateurs dont tout le monde se fout aujourd’hui, vous savez le truc qui disait « libre et égaux en droit ». Mais les religieux et les politiques sont les premiers à marcher dessus.
    Je suis Français et athée, je ne me reconnais pas dans mon pays, qui puis je ? La naissance est le fruit du hasard.
    Je n’ai pas a assumé les saloperies de mon pays ni à me targuer de ces réussites. Je ne me reconnais pas dans notre système démocratique et je ne me sens pas représenté par personne depuis que je vote. La naissance est le fruit du hasard. Je suis citoyen du monde tel qu’il est et basta.J’essaye juste d’appliquer les droits de l’homme autour de moi et c’est déjà difficile.

  • caro
    caro
    délinquante avérée
    • Posté à 18h57 le 19/08/2010
    • Internaute 6484
      délinquante avérée

    je voudrais simplement vous rappeler une phrase très simple :

    « ma liberté s’arrête où commence celle d’autrui »

  • peub
    peub
    ingénieur
    • Posté à 19h19 le 19/08/2010
    • Internaute 109371
      ingénieur

    Petits points marquants de la démonstration :
    - Un sondage sur le site du Figaro, c’est l’opinion de tout les Français qu’on y voit.
    - Un commentaire sur le site du Figaro, ça explicite l’opinion de tout les gens sondés.
    - Les gens s’en moquent du Pakistan, donc ils se moquent de tout les musulmans.

    Bien, donc ingénieur, mais pas de logique des ensembles... « Il existe » et « pour tout » c’était différent, dans mes souvenirs.

    Donc l’amalgame à une tribune, parce que ça suscite des commentaires et des trolls.
    L’été est fun sur rue89.

  • Célia
    Célia
    Etudiante
    • Posté à 19h26 le 19/08/2010
    • Internaute 114304
      Etudiante

    Il y a beaucoup de choses dans v otre article. Des choses avec lesquelles je suis pleinement d’accord. D’autres moins.

    Tout d’abord, « heureusement qu’il n’est pas musulman », sinon le débat n’aurait même pas lieu d’être, on lui dirait que partir, c’est le choix de la maturité » : c’est un procès d’intention, vous ne pouvez pas savoir ce que le débat aurait été s’il avait été autre chose que ce qu’il a été.

    Sur la vision fantasmé de l’Orient, je suis d’accord. Mais elle ne concerne pas tous les Français (dont vous faites partie d’ailleurs).

    En ce qui concerne le traitement des minorités et le scandale impliquant nos hommes politiques, là aussi je vous suis tout à fait. Ca me désole et me scandalise.

    Sur le soutien du peuple français, ça ne veut rien dire. Vous parlez de ceux qui ont répondu au sondage du Figaro ou de ceux qui ont répondu à celui de Marianne ?

    Pour l’habillement, je ne suis pas pour l’interdiction du voile. J’ai trouvé que c’était vraiment beaucoup de bruits pour quelques bouts de tissu. Eduquons plutôt les filles, d’elles-mêmes elles se débarrasseront de ce costume. Mais je voudrais cependant vous faire remarquer que personne ne s’habille comme il veut. Moi je suis étudiante dans une école d’ingénieurs : je ne viens pas en mini jupe, j’attache mes cheveux, je ne mets pas de petits hauts moulants au-dessus du nombril. Pas parce que c’est interdit, mais parce que je sais que c’est le seul moyen d’être considérée comme une personne compétente et impliquée.

    Pour la religion, c’est pareil, que les gens croient en ce qu’ils veulent, je trouve ça bizarre, mais bon chacun son truc : D Mais la religion (juive, musulmane, catholique, protestante...) : c’est chez soi.

    Pour finir, l’appel du Pakistan, je ferai un seul commentaire : il s’agit des lecteurs du Figaro.

  • cooper59
    cooper59
    nazer c pueril et con
    • Posté à 19h32 le 19/08/2010
    • Internaute 18535
      nazer c pueril et con

    la majorité des gens de ce pays en on plein les bottes des « phenomenes religieux » , en ont plus rien a faire de la bible , du coran ou de la torah . . . et c’est tant mieux ! Les religions ok mais en silence s’il vous plait ! on a deja donné ! Alors si on commence a relayer les coms de certains zilluminés du goupillon , du tapis ou des rouleaux on a pas fini ! mais je ne parle pas specialement de cet article . . . c’est juste que c’est lourd ces sujets qui tournent autour de la religion ! ! ici et ailleurs .

  • Lamartine
    Lamartine
    dans le seau à pop-corn
    • Posté à 19h34 le 19/08/2010
    • Internaute 44088
      dans le seau à pop-corn

    Ce Prosélytisme hargneux dont font preuve les églises, devient de plus en plus insupportable. Amalgamer racisme et laïcité est une rhétorique dangereuse qui n’a pour effet que d’alimenter le phénomène communautarisme. Si je respecte la foi, les croyances et les convictions de chacun, j’aimerais en retour qu’on ne me les impose pas, tout comme je n’accepte pas le mépris de plus en plus affiché des culs bénis de tous poils (entendez par là, les religieux radicaux) envers ceux, dont je fais partie, qui pensent que la spiritualité est une affaire intime.

  • Autist Reading -
    Autist Reading -
    In enculo cum vibro
    • Posté à 20h06 le 19/08/2010
    • Internaute 73535
      In enculo cum vibro
  • VinceDeg
    • Posté à 21h27 le 19/08/2010
    • Internaute 36941

    J’ai du mal à comprendre les réactions, là, sur cet article. L’auteur se fait nazer, sa tribune est qualifiée de « haineuse » dans les commentaires...

    Moi je la trouve carrément salutaire, cette tribune. Il n’y a rien de haineux. Ce sont juste des constatations lucides sur des à priori, des priorités et des contresens de la société française. Le fait que malgré nous, beaucoup ne veulent pas accepter qu’on peut-être musulman dévot et pourtant entièrement français. Que c’est illogique d’accepter la visibilité et revendiquer les droits de certaines minorités et pourtant faire la gueule quand un barbu se promène en djelabah avec le Coran sous le bras dans la rue. Que d’un point de vue républicain, il est tout aussi français que la bonne soeur qui sort du couvent faire les courses. Marwan revendique d’être un citoyen français mis sur le même pied d’égalité que les autres, avec le même droit à ouvrir sa gueule et à prendre des décisions, tout en étant ostensiblement musulman. Normalement, si vous vous tenez à vos valeurs républicaines de gauche et vous soutenez la laïcité, vous ne pouvez qu’approuver, même si vous n’avez aucune sympathie personnelle pour les croyants d’une confession ou d’une autre.

    Attendez, j’insiste quand même sur le « ostensiblement », parce que c’est ça qui gêne. Mais c’est important. Y’à pas mal de riverains qui sont ouvertement d’avis « vous êtes ce que vous voulez chez vous tant que ça se voit pas dans la rue ». Je ne suis pas d’accord. On a tout à fait le droit de montrer publiquement (dans la rue) des signes d’appartenance à une quelconque religion ou communauté ! Ou alors, si on l’interdit aux musulmans, soyons logiques, faisons de même pour les catholiques, les juifs, les sikhs, etc. Et puis tant qu’à faire, interdisons les t-shirts Che Guevara, c’est un assassin et un communiste après tout. Etc. (Bon, moi je porte des t-shirts « I Want To Believe », mais c’est autre chose...)

    Et puis bon, au final, je crois qu’il ne fait qu’exprimer le sentiment de pas mal de musulmans français auxquels on demande rarement leur opinion. Le ras-le-bol de se sentir rejeté du reste de la communauté française et montré du doigt. Ils me font marrer, ceux qui veulent faire enlever leur voile aux femmes musulmanes au nom de leur propre liberté. Est-ce que vous avez déjà parlé à ces femmes là ? La plupart vous expliqueront que c’est un choix personnel et réfléchi. On a quand même le droit de se vêtir comme on veut et d’adhérer à une religion !

    Eh, oh, je précise, moi-même je suis profondément agnostique et, par exemple, je déplore les musulmanes qui portent le voile par conservatisme familial, qui ont peur de se couper de leur communauté si elles l’enlèvent. Mais il s’agit de leurs problèmes personnels, la loi et la république n’ont rien a faire là-dedans (les associations de féministes si).

    Après, j’ai trouvé ça un peu hors sujet, mais que dans la politique droit-de-l’hommiste et donneuse de leçons de la France à l’étranger, il y ait deux poids deux mesures, que l’on soit orienté dans nos bons sentiments à la fois par tout un background culturel et des froids calculs géopolitiques, ça tombe sous le sens et c’est très bien aussi de le rappeler. La hiérarchie de la compassion ou de l’indignité n’est absolument pas en fonction des réelles souffrances. On en fait des tonnes sur l’Iran, par contre l’Arabie Saoudite qui est une vraie dictature et qui réprime de façon autrement pire les femmes, on ne va jamais les critiquer. Le fait qu’il y ait 1 milliard de personnes qui crèvent la dalle et 2 milliards qui sont malnutris devrait faire la une tous les jours, mais on s’en fout puisque ce sont principalement des paysans donc ils sont invisibles, et on croit que le problème n’existe que quand il y a une flambée de prix agricoles parce qu’alors ce sont les favelas qui se révoltent. Uribe a fait changer la constitution pour se faire réelire et n’en a rien à faire des droits humains mais c’est Chavez quand il fait un référendum qui est traité de dictateur. Etc, etc.

  • Rimbus
    Rimbus répond à Nemed
    • Posté à 22h48 le 19/08/2010
    • Internaute 5136

    je crois que l’humilité ne sert à rien devant l’offensive générale des croyants, chrétiens, juifs ou musulmans (pour ne pas parler des sectes).
    De plus, je ne donne pas de leçon, juste un avis.

    Albert Einstein, qu’on ne peut pas considérer comme un crétin, disait :
    « Je ne peux pas imaginer un Dieu qui récompense et punit l’objet de sa création. Je ne peux pas me figurer un Dieu qui réglerait sa volonté sur l’expérience de la mienne. Je ne veux pas et je ne peux pas concevoir un être qui survivrait à la mort de son corps. Si de pareilles idées se développent en un esprit, je le juge faible, craintif et stupidement égoïste. »
    (Comment je vois le monde / 1934)

  • républic1
    républic1
    Fièrement laïque
    • Posté à 22h56 le 19/08/2010
    • Internaute 100854
      Fièrement laïque

    Cet article est une déclaration de guerre contre les valeurs de la république.

  • UV_29640
    UV_29640
    étudiante
    • Posté à 23h23 le 19/08/2010
    • Internaute 115124
      étudiante

    Merci, merci pour votre temoignage qui explicite ce que bon nombres de musulmans pensent, musulmans et francais, d’origine francaise parfois meme ce qui est encore plus dur a vivre lorsqu’on vous qualifie de traitre... Je n’ose pas imaginer le nombre de commentaires puants que vous allez suciter, ils confirmeront votre temoignage... mais accrochons nous il y aura des jours meilleurs. Il ne faut tout de meme pas oublier les gens tolerants, respectueux, car on a tendance a se rappeler plus facilement des mauvaises choses que des bonnes... Enfin je ne pense pas que je lirais les commentaires car trop c’est trop, mais je suis sure qu’on va vous aussi (comme moi lors de mon « temoignage », comme Mohammed) vous soupconner d’etre une invention de rue 89, ca me fait doucement rire, comme si un arabe ou un musulman qui temoigne ne peut etre que le fruit d’une chose montee de toute piece, certainnement l’un est trop occupe a dealer et l’autre a prier pour prendre le temps de temoigner...
    Bonne continuation a vous et bonne fin de Ramadan.

  • t as raison mais non
    • Posté à 23h30 le 19/08/2010
    • Internaute 123306
      filou

    en lisant le titre, je m’attendais à quelque chose de plus drôle (du style bon ou mauvais chasseur des Inconnus) mais ce n’est manifestement pas le ton !

    je voudrais juste réagir à 2-3 choses ;

    1 - je ne trouve pas votre article particulièrement bienveillant, mais bon après tout, je ne connais pas votre histoire personnelle, vous êtes le mieux à même d’exprimé votre ressenti de « microbe ». A ce propos si d’une quelconque manière vous vous sentez contraint dans votre pratique religieuse, j’en suis désolé. Ce n’est pas une fatalité évidemment, je connais nombre de musulmans qui ne m’apparaissent pas comme étant opprimés.

    2 - SVP, vous qui semblez friand d’amalgame, évitez d’en faire des grossiers : un commentaire ne suffit pas à résumé « l’état d’esprit à l’égard des musulmans », un commentaire n’engage que la personne qui l’écrit (j’ai l’air débile quand j’écris ça tellement ça tombe sous le sens). de plus je ne vois pas l’intérêt de préciser qu’il provient du Monde, ce genre de commentaire aurait pu fleurir n’importe où, inutile de vouloir l’associer à un journal en particulier.
    de même que le raccourci musulman=terroriste est débile, dire que d’après un sondage figaro, 76% des Français qui ont voté se moquent de ce qui se passe au Pakistan est un raccourci idiot. même si vous paraissez soulignez qu’il ne s’agit que d’un sondage figaro, je trouve que vous ne nuancez pas assez vos propos car : tous les français n’ont pas internet, quand bien même tous ces français ne vont pas sur le site du figaro, quand bien même tous ces français ne votent pas à tous les sondages. merci de souligner que ces 76% ne sont pas représentatifs de la France.... voilà pour la forme.

    même si dans le fond je vous rejoins sur certains points : il est évident que la mobilisation française en faveur du Pakistan est ridicule ; je ne doute que cela puisse s’expliquer en partie, je dis bien en partie, par des « différents culturels » (disons-le ainsi pour rester politiquement correct), mais pas seulement, car le Français de base ne décide pas de la ligne éditoriale des JT, et la couverture médiatique du drame pakistanais est dérisoire (à ce sujet, pour féliciter le Monde, qui n’abrite pas sur son site uniquement des commentaires nauséabonds, voir l’article qui parle de la mobilisation française pour le Pakistan)

    en conclusion : bien sur tous les Français ne sont pas des anges chaleureux qui sont ouverts à tout, comme partout dans le monde il existe des mauvaises gens (le fond de ma pensée est bien plus vulgaire), mais merci de ne pas associer tout et n’importe quoi !

  • Marwan Muhammad
    Marwan Muhammad
    Auteur(e) de l'article Auteur de « Foul Express » et (...)
    • Posté à 12h34 le 20/08/2010
    • Internaute 123262
      Auteur de « Foul Express » et (...)

    Je pense que cette discussion est d’utilité publique. A l’heure où ce pays traverse une page peu lumineuse de son histoire, je crois qu’il y a de franches disputes qui sont salutaires. Celle-ci, il me semble, en fait partie. Quand je parle de pages sombres de l’histoire, je ne fais pas seulement référence à la situation des musulmans et des autres minorités, qui ne sont que des composantes de ce pays parmi d’autres (même si certaines sont souvent mises, pour des raisons plus ou moins louables, au centre de l’objectif). Il y a comme quelque chose de cassé en France, où le suicide est la deuxième cause de mortalité chez les jeunes, où la consommation d’antidépresseurs atteint des records, où le cynisme des politiques et une forme d’individualisme décomplexé font que notre pays détruit plus de lien entre nous qu’il n’en crée ce qui est, je pense, l’un des symptômes d’une société en déclin. C’est, au minimum, notre responsabilité de faire en sorte que ça change et c’est, au minimum, pour cela que je reste.

    A ceux qui me demandent pourquoi le ton de mes textes est incisif, je dis qu’il n’est qu’une réaction à l’hostilité ambiante et à l’atmosphère délétère qui nous entoure.

    A ceux qui me reprochent de parler de manière revendicative du droit d’existence de l’Islam en France, je rappelle qu’on tend rarement le micro aux musulman(e)s pour parler de solidarité ou de développement durable, deux sujets sur lesquels ils auraient pourtant beaucoup de choses à dire.

    Dans les lignes qui suivent, j’essaie d’apporter les réponses les plus franches possibles à nombre des questions et critiques qui ont été adressées par les lecteurs. L’exercice est en général périlleux, car souvent on vient pour affirmer plus que pour entendre. Quoi qu’il en soit, plutôt que de répondre au lance flammes (ce qui, vu la teneur de certains des commentaires, n’a pas manqué de traverser mon mince –mais génétiquement vindicatif- esprit), je préfère avoir recours à un extincteur et à un dictionnaire pour vous faire part de mes idées.

    Sur la laïcité, la visibilité de l’Islam et la pratique de la religion

    La laïcité, telle que définie par la loi française, s’applique aux services publics et à l’état. Elle ne s’applique pas à l’espace public. La laïcité n’est pas une interdiction de visibilité des religions dans l’espace public. Elle n’est pas un droit de bannir toute expression religieuse qui déplairait aux yeux d’une frange de nos concitoyens pour qui l’athéisme est vécu comme un acte de foi se nourrissant de la négation de celle des autres. Elle ne doit pas être détournée pour dissimuler, sous couvert d’un appel à des valeurs prétendument républicaine, une haine de ceux qui souhaitent exprimer de manière visible leur religion.

    On a l’impression que le simple fait de porter un foulard ou une barbe est déjà perçu comme le geste de trop : « cachez cet Islam que je ne saurais voir ! ! » semblent indiquer des regards dépités et des soupirs désapprobateurs. Comme le tampon de modération, celui de l’ostentation est apposé à toute image qui déplairait. C’est pourtant un droit fondamental de choisir les formes d’expression de notre foi.

    Donc non, l’expression religieuse ne doit pas être cantonnée à l’espace privé des individus. Ils ont le droit, comme ils le veulent, de l’affirmer dans la sphère publique tant qu’ils ne contreviennent pas aux lois républicaines. C’est le respect strict de ces lois que j’exige et tout républicain qui respecte un minimum les fondations de ce pays devrait me soutenir dans cette démarche.

    Concernant la pratique de l’Islam, et pour faire référence à l’accomplissement de la prière, il y a également bon nombre de malentendus. Alors oui, je sais bien que vu l’imaginaire collectif que construisent les séries télés et les films, ouuh comme ça fait peur un musulman qui se prosterne sur une pelouse… pourtant, s’agissant de l’espace public, chaque citoyen est libre de faire ce qu’il veut. Je dis une prière comme un passant dirait un poème. Je me prosterne comme quelqu’un d’autre ferait sa gymnastique, même si la signification et l’importance que cela revêt pour moi est intense. L’accomplissement d’un tel acte n’est aucunement assimilable à du prosélytisme. Donc sur ce point aussi, la loi est claire.

    Il y a donc dans notre pays un cadre juridique, fruit de longs combats, qui garantit la neutralité des pouvoirs publics en matière de religion et la libre expression de leur foi par les citoyens. Il s’agirait maintenant d’en prendre connaissance et de faire la différence entre respect de la laïcité dans les instances publiques et négation partisane de l’expression religieuse. Connaître ce genre de lois, c’est un peu un smic républicain…

    Sur la citoyenneté et la définition de l’identité française

    Etre citoyen français, c’est disposer d’un document précisant que l’on est de nationalité française et que, à ce titre, on respecte les lois et bénéficie des droits qu’offre ce pays. Nulle part il n’est dit que je dois être solidaire de l’action menée par ce pays. Au contraire, je serais un piètre citoyen si je ne mettais pas en garde mes frères (rappelez vous de notre devise) contre les dérives qui menacent notre unité.

    En même temps c’est un lien puissant de se dire qu’on vit ensemble, que nos enfants vont grandir ensemble et, pour la plupart, partager leur futur ensemble. Ca devrait nous faire ressentir la responsabilité de créer un cadre où chacun peut vivre sans avoir perpétuellement le sentiment d’être sur un strapontin, guetté par les contrôleurs d’une sombre identité.

    Plusieurs lecteurs me demandent mon avis sur la situation des « pays musulmans ».

    J’ai envie de répondre : Je ne sais pas trop, je vis ici. C’est quoi un « pays musulman » ? Et en quelle qualité pourrais-je m’exprimer sur ce sujet ? Est-ce en lien avec ma prise de position dans la tribune que Rue89 publie ?

    Les musulmans de nationalité Française n’ont pas toujours de lien automatique avec un pays d’origine, ce qui d’ailleurs rend absurde la déchéance de nationalité. Par ailleurs, si vous faites référence aux pays arabes, la plupart d’entre eux sont des régimes autoritaires qui briment leurs citoyens, encore plus s’ils affirment leur religion, ce qui est souvent utilisé par les islamophobes comme un argument pour dire « Voyez ? Zêtes mieux traités ici alors la ramenez pas… ».

    Il est également utile de préciser que si 90% des arabes sont des musulmans, 90% des musulmans ne sont pas des arabes. Ca permet de mettre en perspective les amalgames qui sont souvent faits entre religion, groupe ethnique/culturel et citoyenneté.

    Me concernant, je pense que nous définissons tous l’identité française à notre façon. Elle est une mosaïque aux millions de facettes et pas un bloc monolithique, grisâtre et figé. Il est important aussi de préciser l’idée d’identité multiple : chacun d’entre nous ne se définit pas par une seule chose. Certains penchent plus pour leur emploi, d’autres pour leur drapeau, d’autre pour la passion qui les anime. Ces diverses parts de ce que nous sommes ne sont pas mutuellement exclusives, mais mutuellement enrichissantes.

    Me concernant, je me sens français dans mon langage et mon sens de l’humour, ma capacité à râler en faisant la queue à la station d’essence, rire aux mêmes blagues des Inconnus, chanter les mêmes génériques pourris de dessins animés des années 80, me plaindre au restaurant, parler de sauver l’environnement en rêvant de conduire une Porsche et penser que demain ça sera pire mais que c’est de la faute des autres…

    Je suis Musulman, je suis égyptien dans mon lien à la terre de mes origines, algérien dans mes crises de nerfs, indien dans ma cuisine, américain dans mes baskets, japonais dans mon imaginaire d’enfant et je me porte très bien comme ça.

    Et vous, qu’est ce qui vous définit ?

    J’aimerais également revenir sur une expression qui revient souvent dans la bouche de chroniqueurs et de penseurs (ce dernier qualificatif reste à prouver) dont je ne citerai pas le nom ici pour ne pas faire affront aux lecteurs ni salir mon clavier, vu qu’il me reste encore quelques lignes à écrire : « A Rome, fais comme les Romains. »

    Cette phrase, hymne à l’assimilation sans condition, dit plusieurs chose à celui à qui on l’adresse :

    * Là, tout de suite, tu n’es pas Romain
    * tu fais comme les autres, point
    * non au changement et surtout tu touches à rien
    * les Romains ont raison
    * …

    Donc non, je ne ferai pas comme les Romains. Quand ON est citoyen d’un pays, ON définit autant que les autres ce qui fait l’identité de ce pays. Quand ON est en désaccord avec la politique de notre pays, ON l’exprime et on fait ce qu’ON peut pour la changer. Quand ON regarde rétrospectivement l’histoire de notre pays, ON a le droit de dire qu’il y a des passages qu’ON aime moins que d’autres et d’en tirer les conséquences pour le futur. C’est l’effort collectif des citoyens qui crée le changement.

    Sur la méthodologie, les sondages et le discours médiatique

    Concernant le sondage du Figaro que je commente à la fin de ma tribune, il y a une tournure qui est imprécise stricto senso. Quand je dis « 76% des Français… » je devrais plutôt utiliser l’expression « 76% des Français qui se sont exprimés dans ce sondage… ». Les conclusions que j’en tire sont pourtant justifiées. Preuve en est la misère des collectes des ONGs en faveur des sinistrés au Pakistan (300 euros pour la Fondation de France). Si l’échantillon des avis exprimés est biaisé en ce qu’il est le reflet du lectorat web du Figaro, les collectes sont recensées sans distinction d’appartenance à un groupe politique particulier.

    Les biais dans les statistiques et les sondages peuvent venir de la manière dont l’échantillon est formé, de la date à laquelle le sondage est fait, de la manière dont la question est posée, de la méthodologie utilisée pour recenser les réponses, etc

    Ces biais laissent une certaine marge de manœuvre aux instituts de sondage et à leurs commanditaires pour construire une analyse dans une direction plutôt qu’une autre, mais ne peuvent pas expliquer une telle asymétrie dans les résultats quand l’échantillon est plus nuancé, ce qui est le cas du lectorat du Figaro qui, certes, est plutôt à droite, mais pas dans ces proportions. Ensuite, la question posée invitait les gens sur un sentiment et pas sur un engagement de don, ce qui veut dire que l’état réel de l’opinion est sous évalué, les gens s’exprimant en général plus philanthropes qu’ils ne le sont réellement.

    Le cas de ce sondage est intéressant à bien des égards, car il permet de déconstruire la manière dont l’empathie s’exprime. Plusieurs remarques pertinentes ont été faites dans les commentaires à ce sujet :

    * On donne de préférence à ceux pour qui on a de la sympathie

    Très bien. Dans ce cas, qu’est ce qui fait qu’on a plus de sympathie pour les Haïtiens que pour les Pakistanais ? (ou plutôt moins de sympathie pour les Pakistanais)

    Je pense que c’est l’Islam et l’association aux talibans. La manière dont le discours médiatique est construit autour des talibans et de leur supposée connivence avec les Pakistanais est ce qu’on appelle un épouvantail. Un tel dispositif permet de jouer sur les peurs des citoyens occidentaux vis-à-vis de ce qui est qualifié de « nébuleuse » et qui mêle, dans un monde imaginaire de peurs ressenties : terrorisme, pouvoir religieux et pratique rigoriste de l’Islam. C’est ce qu’alimentent en permanence les séries tv mettant en scène des luttes anti-terrorisme sous alerte permanente, ainsi que des reportages d’info-spectacle reprenant la même rhétorique.

    Ces peurs sont ensuite utilisées pour exiger de nous, citoyens, l’acceptation de renoncer à toujours plus de libertés pour retrouver un sentiment de sécurité.

    Plus proche de chez nous, notez comme le mot « burka » a été introduit dans le débat sur le voile intégral pour convoquer ce sentiment de crainte et de rejet vis-à-vis du monde des talibans. Je n’ai personnellement jamais vu la moindre burka en France. Et vous ?

    Dans leur malheur, les Pakistanais peuvent en vouloir à ceux qui les ont déshumanisés dans notre imaginaire au point que leur désastre ne soit pas chez nous une cause populaire, Jack Bauer en première ligne.

    * Les collectes pour le tsunami ont été massives, alors que les zones touchées comptaient de nombreux musulmans.

    C’est que, comme le notait un lecteur, l’image des Indonésiens n’est pas celle des Pakistanais. Par ailleurs, le thème de collecte à l’époque était centré autour de plusieurs pays, notamment la Thaïllande et le Sri Lanka et a permis de plus facilement sensibiliser les Français à cette cause.

    J’avoue que c’est insupportable de comparer ces malheurs les uns avec les autres. Une vie humaine vaut la même chose, où qu’elle soit et c’est par manque de connaissance de l’autre qu’on perd le minimum d’empathie qui nous ferait réaliser que les mamans et les enfants (et leurs papas, barbus ou non) du Pakistan ont besoin de nous, là tout de suite.

    De manière plus générale, sur les mécanismes de l’empathie, il y a beaucoup de choses à dire mais qui seraient injustement traitées par un simple survol.

    Ce que je dis

    Je dis que nous vivons une période difficile de notre histoire où plusieurs lignes de fracture apparaissent dans notre société : l’islamophobie grandissante, l’aggravation des inégalités dans la distribution des richesses, la détérioration du lien social et la perte d’espoir de plus en plus visible chez les jeunes.

    Il y a une profonde incompréhension et une méconnaissance de l’autre, qu’il faut résoudre par un dialogue dépassionné et un respect de l’autre, qui commence par une acceptation inconditionnelle de ce qu’il est, quelle que soit sa tenue, sa religion, ses idées. Quand on parle d’islamophobie, il ne faut plus faire comme si ça n’existait pas. C’est sur notre sol qu’on mitraille des mosquées et qu’on lacère au cutter des femmes qui portent le foulard.

    Ensuite, nous traversons une crise morale : les gouvernants et ceux qui nous proposent de les suivre ne se comportent pas comme des modèles. Ils sont aux antipodes des valeurs qu’ils disent défendre. Quand un ministre condamné pour injure raciale nous parle de légitimité, quand le héraut de la transparence fiscale se retrouve au cœur d’un scandale financier, quand un président flambeur nous parle de république irréprochable et économe, on sait qu’il n’y a plus grand-chose à espérer d’eux.

    Jamais le fait politique n’a été aussi fort dans notre société, c’est-à-dire l’espoir que l’action collective puisse améliorer la situation de notre pays. Pourtant, jamais on a eu si peu confiance dans les politiques pour participer à cette tâche.

    Ce n’est pas si grave, c’est nous les citoyens et il y a tant de moyens d’actions pour changer les choses dans notre vie de tous les jours, à commencer par cette discussion si on en tire des enseignements réels.

    Enfin, il y a une crise socio-économique : je mêle les deux car je pense que le lien social qui nous unit pâtit du modèle dans lequel nous vivons depuis que notre sort est dicté par des mécanismes purement économiques. J’ai consacré (en partie) mon livre à ça donc j’ai (pour un prochain article) ma petite idée là dessus. Nous vivons toujours plus proches les uns des autres, pourtant la distance entre nous ne cesse de s’agrandir. On n’a jamais autant eu envie de changer le monde, pourtant on se sent impuissants face à un système qui clame son inéluctabilité. Est-ce qu’il n’y a qu’à moi que ça pose problème ?

    Si, comme l’un des commentateurs le notait, la stratégie de ceux qui nous gouvernent est de diviser pour mieux régner, alors à nous de les faire mentir.

    Il est temps de poser les vraies questions.