Votre porte-monnaie au rayon X 18/08/2010 à 11h17

Ben, technicien d'un franchisé Apple pour 990 euros par mois



Ben s'occupe du service après-vente dans petite entreprise qui vend du matériel Apple. Ce « croqueur de pomme à plein temps » a ouvert son porte-monnaie pour Eco89.

Voilà quatorze mois que Ben (prénom d'emprunt), 21 ans, a été propulsé dans le monde du travail. Pour ne pas prendre de risques vis-à-vis de son employeur actuel et des entretiens d'embauche qu'il est en train de passer, il a souhaité garder l'anonymat. « Apple n'apprécierait sûrement pas que j'expose mes comptes. »

Technicien pour une entreprise franchisée Apple et basée en province, il se définit comme un « Apple fan ».

Ben n'a pas eu le temps de terminer ses études. Un premier entretien, et le voilà embauché en CDI pour la marque qui l'intéresse. A la place de son diplôme d'Etat, il a passé un certificat propre à Apple. Cet examen interne est reconnu dans le monde entier. A condition de le renouveler chaque année moyennant 100 dollars (soit environ 80 euros) :

« Il m'a fallu étudier pendant un mois à partir de cours en ligne sur le Web. En gros, j'ai appris par cœur des documents en anglais sur les logiciels et le matériel de la boîte. »

Au départ, l'ordinateur fournit par son employeur n'était pas assez performant. Il devait travailler sur son ordinateur personnel. Le comble pour un technicien Apple. Mais il y a quelques mois, son patron lui a fourni du nouveau matériel.

Ben travaille seul. Chargé du service après-vente d'un magasin qui vend du matériel Apple, il s'occupe de tout ce qui est maintenance et prise en main à distance lors de problèmes techniques sur des appareils Apple.

Ben a demandé une augmentation qui lui a été refusée. Sur son CV en ligne, il indique être « ouvert aux opportunités » et regarde depuis quelques mois les offres d'embauche. Il a déjà postulé directement à Apple. Sans succès. Ce qu'il ne regrette pas :

« Dans notre magasin, les écrans et claviers doivent être présentés au millimètre près selon les critères d'Apple. Ils viennent même vérifier, règle en main. Il paraît qu'il y a beaucoup de pression dans les magasins. »

Le technicien donne l'exemple du boulot des vendeurs de la boutique située près du Louvres, à Paris :

« Chacun a un périmètre de 10 m2 où il doit en permanence alpaguer les clients potentiels. »

S'il a facilement trouvé du travail, il remarque que pour ses camarades qui viennent de terminer leurs études, la donne est différente :

« C'est plus dur de trouver du travail en ce moment. Quand je me suis remis à chercher, je ne trouvais plus d'offres aussi alléchantes qu'il y a un an. »

Revenus : 990 euros

Salaire : 990 euros net

Payé au Smic, Ben travaille du lundi au vendredi de 9 heures à 12 heures et de 14 heures à 18 heures.

Il bénéficie de tickets restaurant dont il paye la moitié, soit 55 euros.

Comme son salaire ne tombe que le 10 du mois et que ses factures sont prélevées plus tôt, il se retrouve toujours à découvert et vénère sa banquière :

« Elle est cool. Mon plafond est fixé à 300 euros mais je descends souvent à 400 euros. Elle ne me compte pas d'agio. »

Dépenses fixes : 722 euros

Il vit avec sa copine, qui travaille à mi-temps dans un supermarché. Lui paye l'appartement, elle l'alimentaire.

Loyer : 246 euros

Ils vivent dans une ville de 60 000 habitants. « Les loyers n'y sont pas encore trop excessifs. »

Le loyer initial est de 420 euros pour un deux-pièces de 45 m2, mais sa petite-amie touche 189 euros mensuels d'aides au logement. Il paye donc 246 euros par mois, dont 15 euros de charges pour l'immeuble.

Prêts : 258 euros

Dans les dépenses conséquences, en plus du loyer, il y a deux crédits que Ben rembourse chaque mois.

  • Le premier fait suite aux frais d'une première installation : déménagements, meubles, caution, frais d'agence... Il a dû emprunté 2 000 euros à taux 0 et rembourse 100 euros par mois.
  • Son second crédit lui a permis d'acheter un ordinateur. Maigre cadeau de ses boss : 10% de réduction sur l'achat d'un Mac.

    « Mon entreprise se fait une marge de 14% sur un ordi. Apple propose déjà 5% de réduction aux étudiants, 8% aux enseignants et 12% aux étudiants en école d'ingé. »
    Du coup, Ben paye en dix mois son ordinateur. Si fin septembre son Mac lui appartiendra entièrement, il doit encore s'acquitter de 158 euros mensuels.

Internet : 30 euros

Forfait téléphone : 45 euros

« J'ai un iPhone avec un forfait 2 heures. De temps en temps, j'appelle mes clients avec mon téléphone perso. Cela reste rare mais je ne suis pas indemnisé. »

Carte de transports en commun : 18 euros

« J'ai entendu dire que les employeurs devaient payer 50% des frais de transports publics de leurs salariés. Mon patron m'a dit que cette mesure ne s'appliquait pas aux petites entreprises. »

Occasionnellement, il prend le train pour aller voir ses parents, qui lui payent ses billets :

« D'ailleurs, il faut que je renouvelle ma carte 12-25. » (50 euros par an)

Assurance habitation : 25 euros

Canal+ et Canal Satellite : 20 euros

« C'est une offre promotionnelle. »

Electricité : 60 euros

« Nous avons un chauffage électrique qui dépense beaucoup. »

Eau : 20 euros (120 euros tous les six mois)

Mutuelle : 0 euro

« Je suis encore sur celle de mon père. Cela nous arrange tous les deux. »

Il ne paye pour l'instant pas d'impôts car il reste rattaché fiscalement à son père.

Dépenses variables : 225 euros

Loisirs : 45 euros

Restaurants, ciné, bars : il dépense peu en sorties.

« Comme nous ne connaissons pas grand monde dans cette nouvelle ville, nous ne sortons pas beaucoup. Pour le cinéma, ma copine a des prix avantageux avec sa boîte : cinq places pour 20 euros. Avant de m'installer ici, je jouais dans un club de foot. Mais je n'en ai pas cherché ici. »

Alimentaire : 50 euros

C'est sans compter les tickets restaurant dont il bénéficie avec son entreprise :

« C'est ma copine qui paye les courses. Environ 90 euros par semaine, soit 360 euros par mois. Au final, elle paye moins que moi dans nos dépenses mensuelles mais c'est normal, j'ai un salaire plus élevé. »

A cela, Ben ajoute 50 euros de « petites courses ».

Achats occasionnels  : 100 euros

En décembre, Ben a acheté une paire de skis à 300 euros payée en trois mois. Il fait également du VTT, ce qui nécessite de l'équipement.

Habillement : 30 euros

Strict minimum. Pour sa tenue de travail, son entreprise lui fournit quatre T-shirts.

Vacances : 0 euro

« L'an passé, je n'en ai pas eu. Sauf une semaine en février que j'ai passée dans une station de ski. Mon père travaille dans les remontées mécaniques, donc je n'ai pas eu besoin de payer de forfait ou quoi que ce soit.

Cet été, j'ai pris trois semaines. Nous n'avons pas pu partir. Sauf quelques jours dans une maison de famille à la campagne, en train. »

Pour un premier job, Ben est satisfait, même s'il regarde ailleurs et se dit prêt à déménager s'il a la garantie d'un meilleur salaire. Mais pas n'importe où :

« Du moment qu'il y ait des montagnes pas trop loin ! Je ne me vois pas vivre à Lille par exemple. J'avais également vu une offre à Paris, mais tout est trop cher là-bas. »

Mis à jour le 18/08/10 à 13h45. Réduction effectuée par l'entreprise et non Apple.


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  • Adéménagé le 3 janvier 2011
    • Posté à 11h26 le 18/08/2010

    On voit dans les conditions de travail, les exigences en magasin, que la « coolitude » supposée d'Apple cache mal (on s'en doutait) des moeurs managériales de base, communes à tous nos requins contemporains de France Télécom, à Apple, donc..

  • Sybylle
    • Posté à 11h42 le 18/08/2010

    Oui technicien informatique c'est mal payé, comme l'informatique en général...Et vous bénéficiez de quelques avantages ! C'est le luxe : )

    Et encore, l'environnement d'un franchisé Apple est d'après ce que je vois assez « cool », hormis les règles draconiennes habituelles de cette marque.

    Je cherche également autre chose, mon poste actuel étant pour le moins très ennuyant et assez éloigné de mes postes habituels (support informatique à l'international), et je constate également que le marché est assez dépourvu...Même à l'étranger (du moins où j'ai regardé).

    Surtout que la tendance est au recrutement de « jeunes » en alternance ou en stage, ce qui ne laisse aucune place pour les « vieux » techniciens, ceux qui demandent plus que le SMIC ou qui refusent de faire de la hotline au SMIC+100€.

    Il est aussi assez difficile d'évoluer une fois que l'on a commencé technicien, les formations étant assez chères et rarement financées par les employeurs (ou alors au cas par cas).
    Les postes de technicien sont aussi vus comme des postes à durée déterminée, l'usure liée au travail ayant souvent raison de l'employé. C'est par conséquence des postes où l'on attend que le salarié en ai marre et qu'il parte pour être remplacé par un nouveau jeune, et où l'investissement est nul, tout comme les possibilités d'évolution.

    Étant autodidacte, il est également très difficile de se faire accepter, certaines sociétés refusant même de regarder les CV tout simplement parce qu'il n'y a pas de diplôme confirmant la compétence (comme si un diplôme était une preuve quelconque de compétence suprême).

    D'ailleurs si vous avez des propositions : )
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    Technicien/Administrateur anglais-italien-espagnol (peut-être japonais soon™)
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  • Lictor
    Lictor répond à romi45
    • Posté à 12h14 le 18/08/2010

    Il y a aussi les GRETA pour avoir de vraies formations (longues ! ) pour pas trop cher... Et, en cherchant un peu, certaines sont de très très bonnes qualités. A une époque, on pouvait les faire prendre en charge par l'ANPE, j'imagine que ça n'est plus possible avec PE...

    Il y a aussi l'auto-formation, qui est très valable dans ces métiers mais que beaucoup d'employeurs sont trop crétins pour reconnaître... Une bonne alternative étant l'auto-formation et la validation via une certification - c'est moins cher qu'une formation (quelques centaines d'euros) et c'est reconnu par les employeurs. Sans compter les certifications d'entreprise qui demandent un quota d'employés certifiés - c'est toujours un bonus pour l'embauche quand on l'est déjà.
    Par contre, je crois que ça reste compliqué à faire financer par Pole Emploi - ce qui est débile, une certification est un gros boost pour une recherche d'emploi et reste moins cher qu'un atelier bidon...

  • Yeux Bleu
    Yeux Bleu
    SAV
    • Posté à 13h11 le 18/08/2010
    • Internaute
      SAV

    Étant moi même technicien certifier Apple (mais ne travaillant pas chez Apple) je me demandais combien pouvais gagner mes congénères.

    Les 100 dollars correspondent au passage uniquement de l'examen, si il y a un échec il faut a nouveau sortir 100 dollars et le repasser ! Mais le prix de la formation (en ayant de bonne connaissance des machines et du système) est de plus de 2100 euros HT ! (Lien )

    Il a intérêt a être ouvert a d'autre opportunité, un technicien ayant une certification Apple peu facilement prétendre a 1600-1700 euros brut (personnellement les bons mois net + primes je peu approcher les 2100 euros brut).

    De plus la politique actuel d'Apple vis a vis a des petits centres de services agrée Apple (procédure lourde et carré a mort, baisse des taux de rémunération, contrôles de plus en plus inopiné, …) donnera d'ici peu l'envie a certain de jeter d'éponge.

    Petite question (pour laquelle je ne peu pense pas avoir de réponse) : a t'il des quotas de machine a traiter ?

  • Asnor
    • Posté à 15h16 le 18/08/2010
    • Internaute

    « J'ai entendu dire que les employeurs devaient payer 50% des frais de transports publics de leurs salariés. Mon patron m'a dit que cette mesure ne s'appliquait pas aux petites entreprises. »

    Pour mémoire la réponse du patron est fausse. La prise en charge des frais de transport public s'applique quelle que soit la taille de l'entreprise.

    Source : décret du 30 décembre 2008 : Lien