A la une 15/08/2010 à 10h42

Sécurité : Estrosi n'est pas le mieux placé pour les leçons

François Krug | Journaliste Rue89

Le maire de Nice propose de sanctionner ses homologues « laxistes » mais n'est pas lui-même exemplaire en matière de sécurité.


Christian Estrosi présente la nouvelle salle de contrôle de la police niçoise, le 8 mars 2010 (Sébastien Nogier/Reuters).

Pour alimenter le discours sécuritaire, Christian Estrosi s'est choisi une cible et un modèle. La cible ? Les « maires laxistes ». Le modèle ? Lui-même. Pourtant, le maire de Nice n'est pas aussi bon élève qu'il l'affirme.

« Les socialistes n'assument pas leurs responsabilités » : le 1er août, Christian Estrosi dénonçait déjà dans Le Figaro le laxisme de certains maires en matière de sécurité. Ce week-end, le ministre de l'Industrie et maire de Nice y revient dans Le Journal du dimanche. Décryptage de ses propositions.

1

Une amende pour les maires

Christian Estrosi veut retourner contre les socialistes une de leurs inventions. Votée en 2000, la loi SRU impose une amende aux villes ne construisant pas assez de logements sociaux :

« Sur ce modèle, je propose que les municipalités qui ne se conforment pas à leur obligation de sécurité, de prévention de la délinquance, de lutte contre l'absentéisme scolaire et de réformes des règles d'urbanisme, soient condamnées à une très forte amende en conséquence. »

Le maire de Nice sait pourtant que la menace d'une amende ne règle pas tout. En matière de logements sociaux, sa ville est une des moins bien classées, mais elle a réussi à échapper aux amendes.

2

Des chiffres publics et réguliers

Dans son entretien au Journal du dimanche, Christian Estrosi fait une deuxième proposition. Après l'obligation de résultats, la transparence :

« Ils devront également publier tous les mois -comme je le fais dans ma ville- un observatoire de la tranquillité publique qui montrera l'évolution mensuelle de la délinquance générale et de proximité. »

Cet observatoire a commencé à mesurer la tranquillité des Niçois au début de l'année. Selon Nice Matin, il a fallu attendre juillet pour en connaître les premiers chiffres, portant sur la période allant de janvier à mai.

On est loin du rythme mensuel dont se targue Christian Estrosi. Et ces chiffres sont difficilement accessibles : impossible, ainsi, de les trouver sur le site de la mairie. Dans un reportage récent de Libération, l'adjoint à la sécurité de Christian Estrosi expliquait étrangement :

« On est à moins 5% de délinquance l'an dernier. Mais on hésite à communiquer car ce n'est pas le sentiment des gens. »

3

Un contrat renouvelé régulièrement

Pour sa dernière proposition, Christian Estrosi revient à la menace de l'amende. Selon lui, les maires doivent revoir régulièrement leur politique de sécurité :

« Ils devront également, sous peine de sanction, mettre à jour régulièrement leur CLSPD (contrat local de sécurité et de prévention de la délinquance). Ceux qui ne s'y conformeront pas seront hors la loi. »

Christian Estrosi oublie que ces contrats entre les villes et l'Etat ne sont pas obligatoires. Selon le dernier rapport du Comité interministériel de prévention de la délinquance, on n'en dénombrait que 414 fin 2008. Et ces partenariats entre l'Etat et les maires n'ont pas encore fait leurs preuves, comme l'expliquait le sociologue Laurent Mucchielli sur Rue89 :

« Si le maire est théoriquement l'acteur local devant piloter le partenariat, en réalité les représentants de l'Etat restent généralement prédominants, a fortiori avec l'orientation de plus en plus sécuritaire au plan national [...].

Dès lors, on produit quelques chiffres, on se donne des objectifs très généraux, chacun décline les actions qu'il va mener, puis rentre chez lui continuer à faire ce qu'il a l'habitude de faire. »

Christian Estrosi, lui, a renouvelé son contrat en 2009. Un bon exemple pour ses collègues ? Pas forcément : le précédent contrat datait de 2003, alors que la durée prévue par la loi se limite à trois ans. De 2006 à 2009, la ville de Nice a donc vécu sans contrat local de sécurité. Comme ces communes « hors la loi » que dénonce son maire.

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  • pat.k
    pat.k
    médiatrice scolaire, formatrice
    • Posté à 11h02 le 15/08/2010
    • Internaute
      médiatrice scolaire, formatrice

    Je me marre. Je connais et travaille dans une ville où tous les jours drogue, ados ivres morts se regroupent sur un parvis. Mon bureau j'assiste à ce spectacle pitoyable. Le maire est de droite très bon maire mais apparemment mais la petite délinquance , impossible à juguler malgré les passages de sa police . Alors, lui aussi il va falloir le sanctionner. Il va se faire un tas d'amis le Monsieur Estrosi.
    Les maires de gauche, c'est vrai qu'il participent à la montée de la délinquance, c'est bien connu, on vote en majorité pour cela.
    Si la crétinerie était un pays, beaucoup se verraient expulsés vers cette contrée.
    Hélas !
    Pat.K

  • Red-Sky
    • Posté à 11h12 le 15/08/2010

    Toujours le même blabla provocateur et inutile.
    Définir une stratégie de terrain intelligente, mieux former les policiers à une action réellement efficace et les concentrer sur les missions essentielles (renseignement et enquêtes, prévention, dissuasion) voila ce dont est bien incapable le Ministère de l'intérieur. Surtout qu'une bonne police républicaine demande de vraies moyens et des outils technologiques assez sophistiqués.
    Je trouve la police parisienne absolument affligeante par sa médiocrité, son impolitesse, sa « fuite » dans les problèmes anodins, ses activités purement occupationnelles, sa hargne contre les cyclistes alors que les voitures super-polluantes ne sont même pas contrôlées…
    C'est vraiment du grand n'importe quoi comparé aux polices des capitales étrangères, c'est devenu une institution en pleine dérive autarcique et visiblement hors-contrôle.

  • Thrasy
    • Posté à 11h13 le 15/08/2010

    A l'UMP en ce moment on ose tout et c'est même à ça qu'on les reconnait.

    Encore qu'il n'est pas du tout évident que l'UMP dans son ensemble adhère à la surenchère présidentielle.
    Il faudrait faire des statistiques mais j'ai plutôt l'impression qu'on n'entend en tout et pour tout qu'une petite dizaine de personnes soutenir bruyamment le président. Les autres se taisent voire prennent le maquis (Larcher, Juppé...)

  • désinscrit-
    • Posté à 11h35 le 15/08/2010
    • Internaute

    Estrosi a raison, et il faut étendre ces sanctions aux membres du gouvernement et au chef de l'état, en conséquence :
    Art. 1
    « Tout responsable politique (élu ou nommé) qui ne respecterait pas ses devoirs en matière de sécurité et laisserait dans la population grandir le sentiment d'insécurité, ou qui l'encouragerait par une propagande de stigmatisation d'une frange de la population, sera passé par les armes »
    Art. 2
    « Les devoirs des responsables politique (élus ou nommés), seront évalué sur les critères :
    - Politique d'éducation
    - Politique de prévention de la délinquance
    - Rapport Moyens (matériels et humains)/sentiment d'insécurité*
    * si le premier baisse quand l'autre monte, plouf-plouf baïonnette »
    Art. 3
    « Le sentiment d'insécurité sera mesuré selon la méthode des quotas, par un organisme indépendant choisi par l'ONU »

  • Pablounet
    Pablounet
    Etudiant
    • Posté à 11h39 le 15/08/2010
    • Internaute
      Etudiant

    Personnellement, j'ai toujours pensé que l'éducation était la meilleure des préventions. Malheureusement, le gouvernement ne doit pas connaitre le fameux proverbe : « mieux vaut prévenir que guérir ». C'est bien dommage, on assiste depuis quelques années à la suppression des éducateurs dans les quartiers que l'on pourrait qualifier de « chauds ». Or ce n'est pas en rajoutant des flics qui n'ont souvent que la violence et la sanction comme seul moyen d'action que les choses vont s'arranger.

    Ce ne sont pas eux qui sont les mieux placés pour faire reculer la délinquance juvénile mais les éducateurs qui sont proches des jeunes qui on ce rôle éducatifs. C'est un problème qui se traite à la source et surtout un problème qui se traite avec pédagogie à mes yeux.

    Le jour où les hommes et femmes politiques au pouvoir comprendront cela, on verra une véritable amélioration.

  • solènejazz
    • Posté à 12h14 le 15/08/2010

    C'est à l'Etat d'assurer la sécurité des citoyens et non pas aux communes à travers les polices municipales (centre de copinage) et les systèmes de caméras. A travers cette proposition et leur « union sacré » on se demande si l'UMP ne milite pas pour la fin du multipartisme ? ? ?

    l'UMP a bon dos d'accuser les municipalités d'accentuer les déficits et de leur proposer comme solution la prise en charge de la sécurité de leur citoyen

    Estrosi essaie seulement de ramener dans le giron UMP les électeurs front national qui quittent le navire

    et de plus il devrait plutôt s'occuper de la fuite des industries du territoire, tâche où il a déjà montrer toute son incompétence

  • willyhigh
    willyhigh
    étudiant en journalisme
    • Posté à 13h56 le 15/08/2010
    • Internaute
      étudiant en journalisme

    A noter que Christian Estrosi n'était pas maire de Nice avant 2008. Donc, que le contrat n'ait été renouvelé qu'en 2009 ne peut pas forcément lui être incriminé.

  • pautreb
    • Posté à 16h13 le 15/08/2010

    Je propose aussi une amende personnelle de 1000 euros au ministre de l'industrie pour la perte de chaque emploi

  • tweesty
    tweesty répond à tweesty
    Gaucher et contrarié
    • Posté à 19h52 le 15/08/2010
    • Internaute
      Gaucher et contrarié

    Autre chose ; si on observe les images des caméras de surveillance en 2nd plan derrière estrosi, on peut remarquer que l'une d'entre elles est centrée sur les fenêtres d'un appartement du vieux Nice. Le voisin doit être au courant puisqu'il ferme ses volets.
    Quel beau projet de société nous avons là...