A débattre 15/08/2010 à 18h31

Eva Joly : « Oui, l'élection présidentielle m'intéresse »

Pierre Haski | Cofondateur Rue89


« Oui, l’élection présidentielle m’intéresse, c’est clair. » L’eurodéputée Eva Joly a franchi un nouveau pas, dans un entretien à Sud-Ouest dimanche, vers une candidature au nom d’Europe Ecologie en 2012.

Pour en juger, lisez ce qu’elle disait dans l’entretien au numéro 2 de Rue89 Le Mensuel, sorti le mois dernier et toujours dans les kiosques. A la question de Pascal Riché : « Avez-vous envie de vous lancer dans la bataille présidentielle », elle répondait :

« J’en ai parlé avec Cécile [Duflot, ndlr], et, authentiquement, nous pensons que c’est trop tôt pour en discuter. Nous ne savons pas à quoi va ressembler le monde dans deux ans.

Mais si les circonstances sont là, si je peux faire un travail collectif et s’il s’avère que je peux faire la différence, alors oui, je le ferai. Mais je ne me bagarrerai pas pour cela. Je ne pense pas que ce soit un grand bonheur. »

De « oui, si » à « oui »

A quelques semaines de différence, elle est passée de cette réponse quelque peu évasive à un « oui » plus franc. Et elle le dit à quelques jours des journées d’été du mouvement Europe Ecologie dont elle est eurodéputée.

Le sujet sera inévitablement sur la table à Nantes, où se tiennent du 19 au 21 août ces journées des Verts-Europe Ecologie. D’autant qu’Eva Joly précise à Sud-Ouest :

« Je ne m’y consacrerai que si je me sens portée par le mouvement dans sa totalité. Ma candidature doit correspondre au désir des militants. »

La députée européenne ajoute toutefois qu’elle « comprendrait très bien une décision inverse de leur part ».

Au même moment, sur JDD.fr, Cécile Duflot, secrétaire générale des Verts, alimente la tendance en déclarant :

« Je suis très zen : entre Eva et moi, il n’y aura jamais de problèmes. Quand il n’y a pas de testostérone, c’est bien plus simple ! Vous le verrez à Nantes, je parlerai de la présidentielle et il y aura des images claires. »

Clarification à Nantes ?

La testostérone ? Une attaque bien en dessous de la ceinture visant Dany Cohn-Bendit, qui s’est trouvé à plusieurs reprises en opposition avec la direction des Verts, notamment dans la préparation de l’université d’été de la semaine prochaine. Des querelles qui affaiblissent assurément l’image des écologistes dans l’opinion, incapables de taire leurs divergences alors qu’ils sont en situation de s’installer durablement comme deuxième force de la gauche.

L’université d’été de Nantes sera un moment important et attendu de clarification pour les écologistes, et les déclarations d’Eva Joly s’inscrivent dans cette perspective.

Eva Joly a su installer dans l’opinion une image éthique qui fait cruellement défaut à la politique française en cette période troublée. C’est son point fort quand elle a plus de mal à articuler un programme global de gouvernement.

De livres en interviews, elle a esquissé une posture qui lui ressemble, et a séduit une partie de l’opinion écœurée par les dérives du pouvoir et les impasses de l’opposition classique.

« Une absence de conduite éthique »

Dans Rue89 Le Mensuel, elle avait ce commentaire assassin sur le pouvoir en France, à la lumière des différentes affaires (Bettencourt-Woerth, Guillon, etc.) :

« Ce qui lie ces différents événements, c’est une absence de conduite éthique, d’exigence envers soi-même. C’est aussi l’absence de transparence dans notre société, une transparence qui aiderait pourtant les responsables politiques à se comporter de manière exemplaire. Ce qui les lie, c’est aussi une une grande arrogance, un mépris des règles communes. »

Une analyse qu’elle étend à l’élite française à laquelle elle se sent extérieure, en tant qu’« immigrée » norvégienne, même si elle utilise le « nous » à propos de la société française :

« Elles forment un club trop fermé, qui ne favorise pas la créativité. Nous sommes une société excluante. Prenez la langue : le français est une langue magnifique mais très discriminante. A la différence du norvégien, elle n’a jamais été simplifié, et il faut des années pour en saisir les nuances. Pour le manier correctement, cela suppose une culture.

La France est aussi une société ségréguée, géographiquement. Cela vient des modèles d’urbanisation, autour des cathédrales. Le centre de la société, c’est une ville romaine, avec le temple -devenu l’église- et le pouvoir politique -la mairie. Mais aussi le tribunal, les bâtiments officiels.

A la périphérie, on trouve les “quartiers” dans lesquels on a logé ceux qui souffraient de la paupérisation dans les années 50 et 60. A l’époque, cela a représenté d’immenses investissements publics, un effort colossal. On a construit dix millions de logements pour sortir les gens des taudis.

Mais l’enfer est pavé de bonnes intentions et, ironie de l’histoire, s’il n’y a plus de taudis, personne ne veut vivre dans ces barres plantées dans les herbes folles. Parce qu’on n’y trouve pas la vie de la ville, et donc il n’y a pas d’intégration possible.

C’est le problème numéro un en France.

Ce n’est pas un problème que Stéphane Gatignon [maire de Sevran, conseiller général de Seine Saint-Denis, ex-PCF rallié à Europe Ecologie, ndlr] va régler tout seul. Seul l’Etat peut le faire. Il faut traiter ces espaces-là, en faire de véritables villes, les considérer avec un regard d’urbaniste.

Les élites, elles, ne voient pas cela. Elles vivent au centre, autour de la cathédrale et de la mairie. »

L’absence de femmes, « un facteur de blocage »

Le renouveau, pour Eva Joly, passe aussi par l’émergence de plus de femmes dans les postes à responsabilité dans tous les domaines :

« Je le pense. C’est une question de société fondamentale. Oui, l’absence de femmes à ces postes est un facteur de blocage.

Dans la justice, par exemple, c’est caricatural : les femmes sont très majoritaires dans la profession, mais elles n’occupent que 2 ou 3% des postes supérieurs.

Les sociétés nordiques ont décidé, lorsqu’elles ont constaté que le “plafond de verre” ne se brisait pas, d’imposer des quotas pour accroitre la présence des femmes : en politique, puis dans les entreprises... Et c’est un grand succès comme vous le savez.

Je ne veux pas trop faire de généralisations, mais par mon expérience personnelle, je constate que les femmes d’aujourd’hui sont plus orientées vers les objectifs et leur ego est de moindre importance que chez les hommes.

Cela correspond à une époque, peut-être. Les femmes de ma génération, en première ligne, avaient eu un parcours de combattantes et leurs traits de caractère étaient différents. Pour la génération de ma fille ou de ma petite fille, accéder à des responsabilités politiques est plus aisé. Et du coup elles peuvent se focaliser sur les résultats. »

On y trouve une ébauche de programme présidentiel. Il y manquait le « oui » que Eva Joly a finalement lâché à Sud-Ouest Dimanche.

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  • drn.clab
    drn.clab
    au travail
    • Posté à 23h36 le 15/08/2010
    • Internaute 78525
      au travail

    Je ne suis pas politologue mais, en terme d’image, telle qu’elle peut être perçue par ceux de l’autre bord, elle a quand même des points faibles...

    Prôner plus d’éthique, plus d’exigence envers soi-même, ça sonne bien, mais c’est de l’ordre de la posture pas de la politique ; et puis on est toujours dans l’ordre de la morale et je trouve cela rebutant.

    Cela me rappelle une autre candidate à la présidentielle... : résultat Sarkozy, comme si la morale, intenable, finissait toujours par taper sur les plus faibles.

    Si on parle politique, en reprenant les points de l’article :

    1) testostérone
    Le monde dans lequel je vis est plongé dans le rapport de force, dans la recherche de la performance, l’accomplissement individuel... Les femmes participent pleinement à ce système ; elles y adhèrent au moins autant que les hommes.

    2) l’urbanisme comme base à la ségrégation
    J’imagine qu’Eva Joly doit se référer à des études très sérieuses, donc je n’ose pas trop contredire... Cette vision me parait quand même un cliché. Chaque ville à ses quartiers bourgeois et ses quartiers populaires et je ne comprends pas pourquoi, systématiquement, on dénigre ces derniers comme si c’était honteux d’être pauvre.

    3) le modèle de la société Scandinave
    On peut trouver de nombreux défaut à ce « modèle » et j’ai un peu peur qu’Eva Joly soit dans le chauvinisme plus qu’autre chose. Pour ce qui y est de la langue... lol...

    Pour ma part, je pense que le régime présidentiel est impossible parce que la charge est trop lourde. J’adhérerais bien à un programme où le candidat, par éthique, ou par exigence envers lui/elle même, s’engagerait à renoncer à la plupart de ces prérogatives une fois élu. Il / elle jouerait avant tout un rôle de représentation, ce qui, dans notre société du spectacle est déjà très important.

  • CHINA
    CHINA
    COGITO
    • Posté à 23h38 le 15/08/2010
    • Internaute 108507
      COGITO

    Eva Joly a un énorme potentiel si elle enlève l’étiquette d’Europe écologie qui est un parti perpétuellement éphémère.

  • Warzana
    Warzana
    Retraité
    • Posté à 23h40 le 15/08/2010
    • Internaute 94837
      Retraité

    l’intégrité et l’honnêteté d’Eva Joly me suffiraient amplement ! !
    Quels sentiments nos ex-chefs d’Etat nous laissent ils pour qu’on les regrette ? ? leurs compétences ? leurs aptitudes à gérer la France ? leur abnégation au profit d’intérêts nationaux ? leur droiture qui les ont écarté de tout conflit d’intérêt ? rien de tout ça dans leur panoplie du parfait Président ...
    Alors Eva Joly ou équivalent, sans magouilles ni populisme, ça m’irait farpaitement ! ! !

  • 14240
    14240
    retraité
    • Posté à 08h18 le 16/08/2010
    • Internaute 95774
      retraité

    Intelligente...clairvoyante, faisant une analyse juste de la situation.. !
    Elle aura ma voix !
    Enfin quelqu’un de propre en politique !