A débattre 04/08/2010 à 20h30

40 milliardaires américains prêts à donner la moitié de leur fortune

Pierre Haski | Cofondateur Rue89

Bill Gates, fondateur de Microsoft, et Warren Buffett, patron du fonds Berkshire, sont à l'origine de cet inédit tour de table.


Bill Gates, sa femme Melinda et Warren Buffett à New York, le 26 juin 2006 (Shannon Stapleton/Reuters)

Evidemment, on ne vise personne. Evidemment, c'est aux Etats-Unis que ça se passe et « ils » sont différents. Evidemment, c'est plus facile d'en parler quand on n'a pas de fortune soi-même... Mais tout de même... Une quarantaine de milliardaires américains et leurs familles se sont engagés mercredi à donner au moins la moitié de leur fortune à des organisations caritatives.

L'initiative revient à deux des plus grandes fortunes mondiales, Bill Gates, le fondateur de Microsoft, et sa femme Melinda avec laquelle il a créé une fondation, et le « gourou » de la finance, Warren Buffett, le patron du fonds d'investissement Berkshire.

Les Gates et Buffett ont fait le tour de leurs amis riches, et leur ont fait signer un « giving pledge », un engagement de don qui n'a aucune valeur légale mais seulement « morale ». Chacun reste libre de la somme qu'il va donner, et de la cause qu'il va soutenir.

Parmi les signataires, qui étaient réunis mercredi à New York, le maire de la ville Michael Bloomberg, le fondateur de CNN Ted Turner -qui avait autrefois sauvé l'ONU de la faillite en donnant un milliard de dollars quand Ronald Reagan refusait de payer la part des Etats-Unis-, le cinéaste George Lucas -« Star Wars »...-, ou encore le cofondateur de l'éditeur de logiciels Oracle, Larry Ellison.

Une tradition de philanthropie

Le geste s'inscrit de plain-pied dans une tradition bien établie de « philanthropie », qui remonte aux Rockefeller et aux grands barons du capitalisme américain au début du XXe siècle.

Ainsi, Warren Buffett, l'un des initiateurs du « giving pledge », a lui-même déjà annoncé il y a quatre ans qu'il donnait plus de 80% de sa fortune personnelle, estimée à 47 milliards de dollars (environ 40 milliards d'euros), à la Fondation Bill et Melinda Gates qui est particulièrement active sur le terrain médical dans le monde en développement, avec des engagement de plusieurs milliards de dollars contre le paludisme ou le sida.

On peut évidemment ironiser, ou même parler de cynisme avec la présence dans cette liste de géants de la finance qui portent, directement ou indirectement, une part de responsabilité dans la crise actuelle. De Warren Buffett à David Rubinstein, cofondateur du célèbre fonds d'investissement Carlyle, ou encore l'ancien patron de Citi Group, Sandy Weill. Ce n'est pas une révolution ou une « nuit du 4 août » : on reste dans le registre compassionnel.

Et en France ?

Il n'empêche, le geste est fort dans une Amérique qui vit toujours les conséquences de la crise financière avec un impact social considérable. Au lieu de s'enfermer dans leur tour d'ivoire ou de s'isoler des problèmes de la société, ces riches-là ont choisi de s'acheter une conscience sociale : les bénéficiaires de la manne ne s'en plaindront pas.

Difficile, même en faisant de gros efforts, de ne pas penser aux turpitudes de certaines grandes fortunes hexagonales qui figurent dans l'actualité française du moment, ou au discours dominant sur un « bouclier fiscal » qui serait indispensable pour que nos riches ne s'enfuient pas à l'étranger... A choisir, je préfère des milliardaires peut-être hypocrites et pleins d'arrières-pensées, mais prêts à afficher un peu de solidarité.

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    Promeneur
    • Posté à 20h58 le 04/08/2010
    • Internaute
      Promeneur

    Allô Liliane ?

    Je répète (elle est un peu dure de la feuille)

    ALLO LILIANE ?

  • caro
    caro
    délinquante avérée
    • Posté à 20h59 le 04/08/2010
    • Internaute
      délinquante avérée

    avant de m'extasier, j'aimerais savoir pour quelles causes humanitaires ces archimilliardaires vont donner une partie de leur fortune. Est-ce pour contrebalancer les épouvantables méfaits de la politique de leurs dirigeants ou de leurs multinationales ?
    ex : Handicap International pour aider les blessés par les bombes américaines, ou les survivants de Bophal ?

    Quoi qu'il en soit, ce n'est pas en France qu'on aura ce genre de débat, c'est vrai. La mentalité, ici, c'est tout pour moi, les amis, les actionnaires qui, soit dit en passant, sont de plus en plus étatsuniens ; )

  • blackbear
    • Posté à 21h10 le 04/08/2010
    • Internaute

    ....voilà pour moi un exemple, pour clamer ma honte d'être français.

    J'en parlais encore ce matin et je me désolidarise totalement de votre attitude M. Haski, car les cyniques c'est les gens comme vous.

    Vous avez l'esprit tellement mal tourné, pétri de « scepticisme », de cette volonté de toujours trouver une mauvaise raison cachée à des actes caritatifs, comme si la charité ça n'existait pas.Je vous plains, car n'ayant plus aucune foi dans l'homme, la générosité, la gratuité d'un beau geste pour le beau geste, car ça n'existe pas, il y a forcément un motif peu avouable derrière la générosité.
    Peut être en êtes vous vous même incapable. En voilà la raison dans 1 pays ou les envieux et les cyniques donnent le ton.
    « A choisir, je préfère des milliardaires peut-être hypocrites et pleins d'arrières-pensées, mais prêts à afficher un peu de solidarité. »
    Savez vous que cette attitude est typiquement franco-française, une sorte d'« exception culturelle » si particulière et unique.

    Voilà pourquoi ce soir j'ai honte d'être français, je me désolidarise totalement je le répète encore.

  • karlitophone
    karlitophone
    plus en France et bien content
    • Posté à 21h10 le 04/08/2010
    • Internaute
      plus en France et bien content

    quand je vois certains commentaires de Rue89, j'ai bien envie des les envoyer à ces milliardaires généreux (quoiqu'on en dise) afin qu'ils se ravisent.
    Typique réaction gauchiste : c'est pas assez ! pourquoi pas tout ? de toute façon riche = voleurs, patron = escroc.

  • Inpou
    • Posté à 21h14 le 04/08/2010

    Belle initiative. Je ne comprends pas vraiment ceux qui la regardent du coin de l'oeil. Quand un riche ne donne pas, il est avare ; quand un riche donne, il est hypocrite,,, Que veut-on au juste ? Donner des milliards, ce n'est pas rien. Réjouissons-nous d'une telle initiative, d'autant plus que nous vivons une crise économique qui n'a pas fini de causer des dégâts sociaux, économiques, etc.

  • onaissi
    onaissi
    Yo !
    • Posté à 21h41 le 04/08/2010
    • Internaute
      Yo !

    Je trouve cette initiative très positive et admirable. Ce n'est pas dans la nature de n'importe qui. Cela ne s'est pas vu ailleurs. Ce sont eux qui le font et pas d'autres.

    Il faut certes plus de courage pour donner 10 euros quand on en a 20 que de donner 1 milliard quand on en a deux, mais 1 milliard peut résoudre beaucoup plus de problèmes pour beaucoup plus de gens. Cela compte pour autant.

    Je verrais bien les milliardaires français faire quelque chose de comparable...

  • resistance citoyenne
    • Posté à 22h17 le 04/08/2010

    Difficile de critiquer pareille initiative si effectivement elle se concrétisait. Esperons pour les bénéficiaires de ces oeuvres caritatives, que celà ne restera pas uniquement un engagement moral, comme c'est hélas souvent le cas pour les promesses de dons faites pour tant de grandes causes luttant contre la souffrance humaine (teleton, victimes du tsunami, Haïti, etc etc ....)

    Néanmoins plusieurs remarques me sont venues à la lecture de cet article.

    Tout d'abord, remarquons que les donateurs concernés font tous partie des champions mondiaux de l'appropriation et de la capitalisation. Une réussite basée sur les plus purs dogmes du néo-libéralisme triomphant qui transforment de plus en plus surement l'ensemble du monde en une immense marchandise. La solidarité humaine se transfome également avec eux et par cet acte en marchandise, privilège accessible aux seuls possédants de leur accabit.

    L'analyse de votre article révèle en effet que cet estimable Warren BUFFET a confié sa fortune à la fondation Bill et Mellinda GATES, relèguant par là même l'action des autres acteurs caritatifs au second rang, car vraisemblablement indignes de gérer une partie même minime de ces donations.

    Et le terme gérer est le plus exact. Votre article passe hélas sous silence la spécificité fiscale des fondations caritatives outre-atlantique. Car ces fondations servent, au delà de la réalisation de leur objet social, à permettre une défiscalisation très avantageuse pour les donateurs... Le montant versé est, il me semble, proportionnel à l'avantage fiscal que le donateur peut faire valoir sur ces revenus.

    La philanthropie consisterait plutot à donner le surplus ou le superflu à autrui en conservant le nécessaire à l'existence du donateur. L'article précisant tout de même que seule une partie de leur fortune est apportée en donation, le reste (7 milliards d'euros dans le cas de M.BUFFET) doit donc consister à la part nécessaire à l'existence du donateur.

    Mais pour bénéficier de l'avantage fiscal ouvert par les donations à ces fondations, il faut conserver du patrimoine, ce que tous ces accapareurs de richesses n'oublient bien sur pas de faire, malgré la crise existentielle ou morale qui semble les pousser à faire renoncement, tel St Jean ou St François.

    Et là, on peut se demander si ces donations et les effets d'annonce qu'elles engendrent ne sont pas le fruit de purs calculs fiscaux et mercantiles ? bien à l'opposé de la notion même de philanthropie. Il semblerait bon de consulter M.de Maistre, M. Baroin ou M. WOERTH et sa dame, nos plus éminents optimisateurs fiscaux, sur ces questions pointues.

    Car point de conscience sociale en matière fiscale, ni en matière de financement de fondation américaine, où, comme on feint de l'oublier « qui paye contrôle ».

    Il me semble que ces individus, que le néolibéralisme a permis de placer au-dessus des Etats démocratiques, se préparent la voie et la voix pour justifier l'obsolescence de ces mêmes états, incapables de contenir ou d'enrayer, épidémies, famines ou raz de marée, avant bien sûr de nous proposer, avec abnégation et contrition, de les remplacer.

    Ils ne sont que les icônes bien mises d'une idéologie qui vise avant tout à délégitimer la représentation du collectif au profit de celle de l'individu, mais pas tous les individus, ceux qui ont réussi exclusivement, membre de leur cercle, a la fois donateurs et donataires, pour faire oublier leur existence d'appropriation gargantuesque.

    Le riche est gentil puisqu'il s'occupe du peuple, lui faisant l'aumone et consacrant son temps et sa fortune aux destinées de continents entiers remplis de pauvres malades et loosers, donc incapables de se gouverner et de s'autodéterminer.

    Après avoir subtiliser les richesses des peuples, les voici qui ont la bonté de les mettre à disposition gracieusement (voilà qui est suspect de leur part) et donc de créer une dépendance de la part de ses peuples sur des questions aussi cruciales que la santé, l'education ou l'eau potable. C'est du bon vieux capitalisme paternaliste façon XiXe siècle rajustée d'une sauce mondialiste sucrée-amère. « Merci, notre bon maître d'avoir payer le médecin pour mieux exploiter nos enfants demain. »

    Car qui peut croire qu'avec une pareille puissance et de pareils moyens médiatiques et technologiques, ces braves gens ne soient pas capables de proposer un système qui leur éviteraient de voler leurs contemporains au travail, avant de leur redistribuer le fruit de leurs larcins durant leur loisir pervers de se faire aduler et remercier par des gens que ces mêmes bons maîtres ont mis ou maintiennent dans la misère.

    Vu l'inefficacité de ce système qui pousse les thésauriseurs fous à redistribuer leur montagens d'or après avoir hypothéquer ou déréguler les équilibres humains, climatique et écologique, ne serait -il pas souhaitable plutot d'instaurer des plafonds de captation maximale des richesses prévoyant une répartition solidaire des richesses dans l'organisation même de leur production et de leur consommation en temps réel ?

    Mais, dans cette option, les peuples et les individus seraient libres de fixer leur propres règles, libre de déterminer leur destin...et celà, les nouveaux maitres du monde ne le veulent point ...ils préférent à notre liberté (et à la leur), l'exhibition honteuse de ces caches-sexes, cache misère, que sont les donations aux fondations qu'ils contrôlent.

    Je ne vois là que des soustracteurs, qui après avoir pris dans votre poche, s'échangent les billets entre eux pour brouiller les cartes, et reviennent vers vous d'un air compatissant en vous proposant leur aide... On dirait le plan de sauvetage des banques de M.SARKOZY..

  • laogong
    • Posté à 23h09 le 04/08/2010
    • Internaute

    Je me demande quelles vont être les conséquences économiques de tout ça. On parle de centaines de milliards de dollars débloquées pour des « oeuvres caritatives » dont on découvre qu'elles appartiennent en général aux donateurs...
    Est-ce que ces fondations ne vont pas servir tout simplement de bras armé pour ces capitaliste consciencieux pour saper toujours plus la démocratie et les souverainetés nationales ?

  • diviendres
    diviendres
    ex-tradé
    • Posté à 03h10 le 05/08/2010
    • Internaute
      ex-tradé

    Raaah !
    Cet article m'indispose, m'exaspère. J'ai envie d'insulter, d'être hors charte. Quelle bonté mes maîtres, vous êtes trop bon, refiler votre trop plein de pognon aux évangélistes et que même sur ce site on vous en félicite (aussi félicie) c'est à chialer.
    C'est de l'indécence, ça mérite m^me pas de répondre à l'autre blackhole (son gros nounours) sinon je me fais virer à jamais d'ici. Mais l'auteur, l'auteur ! ! !
    C'est pas lui-même qui voyait de l'anti-sémiconducteur dans la vidéo de l'argent-dettes ?
    Vous y croyait vraiment à cette générosité ?

  • nunenthal
    • Posté à 10h52 le 05/08/2010
    • Internaute

    Cela pose quand même des questions. La fondation Gates possède actuellement plus de 30 milliards d'actifs, ses actifs sont investit dans le système capitaliste (sans autre éthique que de faire de l'argent), celui la même qui crée la pauvreté qu'elle est sensé combattre. La fondation Gates donne actuellement plus que l'OMS elle a donc une influence politique considérable. Elle se comporte comme les missionnaires, sauf qu'elle à bien plus de moyen. Par exemple la fondation Gates à promu un programme agricole consistant à distribué des semences OGM. Si demain la fondations Gates avez grâce au don des 40 milliardaires 200 Milliards de fonds elle aurait un tel pouvoir en Afrique que toutes réels démocratie serait impossible. Je pense que loin du pays des Bisounours, cet engagement à pour but de promouvoir les valeurs du capitalisme et d'empêcher par son action humanitaire que la situation devienne à ce point intenable pour les populations qu'un soulèvement massif devienne inéluctable. Une fois dit tout cela, un enfant sauvé est un enfant sauvé quelque soit les desseins réels se cachant derrière cela. La montée en puissance d'organisme privée intervenant dans la sphère publique à la hauteur de ce que peuvent faire les états dans lesquels ils interviennent posent quant même un réels problème de démocratie.