Musique en ligne : Jiwa ferme et accuse les majors
Est-ce la fin des sites de musique en ligne indépendants en France ? Après le rapprochement de Deezer et du géant Orange, Jiwa annonce sa fermeture. Son PDG accuse les majors du disque.
La fermeture prochaine de Jiwa a été annoncée par ReadWriteWeb ce mardi matin. Jean-Marc Plueger, cofondateur et PDG du site, nous a confirmé que le tribunal de commerce de Paris avait prononcé la liquidation judiciaire de Jiwa le 29 juillet.
Pour Jean-Marc Plueger, Jiwa a été victime des exigences des majors du disque. Et notamment de leurs minimums garantis, les montants forfaitaires à verser indépendamment du nombre d’écoutes des morceaux :
« Pour ce type de sites, il faut pouvoir exploiter l’ensemble des catalogues, ceux des indépendants et des majors. Universal avait fixé un minimum garanti raisonnable, mais ceux des autres majors étaient déraisonnables et ne correspondaient pas au niveau de chiffre d’affaires qu’on pouvait réaliser en exploitant leurs catalogues. »
Selon Jean-Marc Plueger, ces minimums garantis représentaient « un million d’euros, pour un chiffre d’affaires de 300 000 euros ». Résultat : le passif Jiwa s’élèverait aujourd’hui à deux millions d’euros. La société emploie quatre salariés.
Orange bientôt actionnaire de Deezer
Le principal site français de streaming, Deezer, va de son côté s’allier à Orange. L’opérateur a tenté de s’imposer sur ce créneau en lançant Wormee. Les deux sites fusionneront à la rentrée et Orange va entrer au capital de Deezer, selon le blog de L’Express Tic et Net.
Des sites indépendants peuvent-ils vraiment se développer sur le marché français de la musique ? « Ça me semble impossible », juge aujourd’hui le PDG de Jiwa :
« Il y a une vingtaine d’acteurs en France dans la musique, pas seulement en streaming, avec des start-up comme Jiwa mais aussi des grands opérateurs comme Orange ou SFR.
Leur point commun est d’être tous déficitaires dans leurs activités musicales, car les conditions imposées par les majors de la musique ne permettent pas de trouver l’équilibre, ni de se différencier : on propose les mêmes prix et les mêmes offres. »
Lors du débat sur la loi Hadopi, le gouvernement citait pourtant en modèle les sites de streaming indépendants, une alternative selon lui au téléchargement illégal. « Aucune mesure pratique n’a été prise pour soutenir les sites musicaux », déplore Jean-Marc Plueger, en estimant que seul un géant comme Apple est en mesure de s’imposer sur le marché français.
Jiwa fermera progressivement, explique son PDG, sans fournir de dates pour l’instant :
« On va basculer vers un site en mode dégradé : les membres auront encore accès à leurs playlists, mais l’écoute à la demande sera coupée. »
Le PDG de Jiwa n’exclut pas qu’un repreneur soit intéressé par « certains actifs » de la société.
- Sur Rue89Musique : y a pas que Deezer et Spotify dans la vie
- Sur Rue89Deezer veut convertir ses auditeurs à la pub
- Sur Rue89Musique (4/4) : à quand la gratuité légale ?
- Sur readwriteweb.comJiwa et la disparition du dernier acteur indépendant de la musique en streaming en France, sur ReadWriteWeb
- Sur rue89.comTous nos articles sur l'industrie de la musique
- 29557 visites
- 47 réactions















22








La fin de Jiwa, les difficultés financières de Spotify qui ne parvient toujours pas à trouver l’équilibre - tout comme Youtube d’ailleurs ! - et l’adossement (un peu contraint ?) de Deezer à Orange montrent ce que je dis depuis déjà un certain temps : le modèle économique « streaming + freemium » n’est pas viable actuellement en Europe, que ce soit pour la musique ou la vidéo. J’imagine que l’alliance avec Orange permettra à Deezer d’accroître le taux de transformation d’utilisateurs gratuits en abonnés payants, mais je ne pense pas que cela suffira à rendre cette activité rentable.
En effet, ce business du streaming (mais aussi de la VOD) est effectivement plombé par les « minimum garantis » exigés par les majors. Comme le dit le PDG de Jiwa dans votre article, et comme cela est bien expliqué Lien, ces MG plombent actuellement toute velléité d’innovation (dans les logiciels et applications, dans les usages nouveaux) et, en dissuadant les investisseurs de les financer, empêchent des start-up créatives de se développer.
Il faudrait que les majors fassent une révolution copernicienne à laquelle elle ne sont pas encore prêtes.




Partager