A débattre 03/08/2010 à 19h27

Déchéance de la nationalité : Besson refait ce qu'Eric a défait

Julien Martin | Ex-Rue89

Au tour du ministre de l’Immigration et de l’Identité nationale de faire exécuter le souhait du président de la République. Eric Besson a annoncé, ce mardi sur Europe 1, préparer pour septembre un amendement permettant de déchoir de la nationalité française les délinquants d’origine étrangère. Comment ?

« C’est relativement simple. Il suffit de revenir à l’état de droit qui prévalait jusqu’à 1998. En clair, étaient passibles de déchéance de la nationalité française toutes celles et tous ceux qui avaient commis des crimes passibles de plus de cinq ans de prison et qui l’avaient fait dans un délai de dix ans après l’acquisition de la nationalité. » (Voir la vidéo)

« Eric Besson ne manque pas de pragmatisme »

Le 16 mars 1998 est en effet promulguée la loi relative à la nationalité, dite « loi Guigou », du nom de la garde des Sceaux de l’époque, socialiste... comme un certain député Eric Besson. Discuté à trois reprises à l’Assemblée national, le texte est voté au moins deux fois par l’élu socialiste d’alors, le 1er décembre 1997 et le 10 février 1998 (le détail des votants n’est pas mentionné par l’Assemblée nationale pour le troisième vote, le 4 mars 1998).

A chaque fois, l’Assemblée nationale approuve l’article 14 quater du projet de loi qui stipule que le cinquième alinéa de l’article 25 du code civil est abrogé. Voici ce que disposait cet alinéa :

« L’individu qui a acquis la qualité de français peut, par décret pris après avis conforme du Conseil d’Etat, être déchu de la nationalité française [...] s’il a été condamné en France ou à l’étranger pour un acte qualifié de crime par la loi française et ayant entraîné une condamnation à une peine d’au moins cinq années d’emprisonnement. »

Précisément ce qu’Eric Besson veut rétablir aujourd’hui. Si ce n’est pas la première fois qu’un élu change de « conviction », il est toutefois très rare de voir un ministre écrire lui-même et porter exactement l’inverse de ce qu’il a voté en tant que député.

« Les mesures de déchéance sont exceptionnelles »

Au ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale, on défend son ministre comme on peut :

« Il s’est passé beaucoup de choses depuis. Des députés qui votent des dispositions puis votent le contraire ensuite, après des évènements, c’est particulièrement sain pour la démocratie et pour le droit. C’est une question de pragmatisme et Eric Besson n’en manque pas. »

Pourtant, si depuis 2006 le même ministère a fait savoir qu’il n’y avait eu aucune déchéance de la nationalité, une telle mesure était à peine plus fréquente avant 1998. Les chiffres de l’époque sont difficilement contestables, ils sont donnés le 10 février 1998 dans l’hémicycle par le député RPR Thierry Mariani, aujourd’hui député UMP :

« Les mesures de déchéance sont exceptionnelles : deux ont été prononcées en 1990, aucune en 1991, deux en 1992, aucune en 1993, deux en 1994 et une en 1995. »

Quelles évolutions justifient donc de rétablir cette sanction ? « Si on vote cette disposition, c’est pour l’appliquer. » Avez-vous établi des statistiques pour savoir combien de personnes auraient pû être déchues de leur nationalité depuis 1998 si la mesure n’avait pas été abrogée ? « Non, mais on sait que son rétablissement est nécessaire. »

Les défenseurs du ministre de l’Immigration et de l’Identité nationale pourront bien sûr expliquer qu’il était soumis à l’époque à la discipline de parti et qu’il a été contraint de voter pour la suppression de la disposition qu’il veut aujourd’hui rétablir. Mais son cabinet refuse qu’on lui pose la question pour le savoir : « On ne va pas le déranger pour ça. »

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  • France Royale
    France Royale
    Père de famille
    • Posté à 19h32 le 03/08/2010
    • Internaute 120249
      Père de famille

    L’art et la manière de brasser de l’air et de jeter de la poudre aux yeux quelques mois avant une élection... Pitoyable...

    Comprendre que la gesticulation législative est dangereuse pour le pays n’est apparemment pas dans la tête du ministre !

    Lien

  • Ndjocka
    Ndjocka
    irrégulier
    • Posté à 20h18 le 03/08/2010
    • Internaute 24567
      irrégulier

    Il est triste d’observer en temps réel l’intelligence et la probité déserter les lieux où se décrète l’administration du pays. Et de les voir remplacer par la fourberie, l’escroquerie, la veulerie…

    Besson et son pygmalion bafouent les valeurs sur lesquelles ils prétendent s’appuyer, à commencer par le premier article de la constitution, qui assure à chacun le même statut de citoyen. Triste, vraiment.

    Si j’entends bien, et si cette loi passe, je ne devrai plus me considérer comme l’égal de mon compatriote, mais à un degré en dessous de lui. J’avais entendu parler du sentiment qui pouvait résulter de cette condition de français de deuxième catégorie, mais seulement dans les livres d’histoire. On m’avait aussi dit que l’histoire ne repassait pas les plats...

  • thedude_r1
    • Posté à 20h28 le 03/08/2010
    • Internaute 11451

    Besson est en fait bien cohérent dans son comportement : il ne fait de la politique basée sur son opinion et morale personnelle, il vote et défend des positions qui pourront l’amener au plus haut de l’échiquier politique. Affilié au Ps, il vote avec le PS, quand invité au gouvernement par Sarkozy il est le fer de lance de la politique répressive de Sarkozy.

    Il n’est pas le premier homme corompu moralement par le pouvoir. Moi je ne fais qu’un seul geste. Je retourne ma veste, je retourne ma veste...

  • Ishtar
    Ishtar
     ? ?
    • Posté à 21h55 le 03/08/2010
    • Internaute 26226
       ? ?

    « “Avez-vous établi des statistiques pour savoir combien de personnes auraient pû être déchues de leur nationalité depuis 1998 si la mesure n’avait pas été abrogée ? ‘ Non, mais on sait que son rétablissement est nécessaire. ’” »

    Une logique implacable.
    En quelque sorte pas d’étude « de marché » pour une mesure que toute personne sensée a déjà identifiée sans problème : l’expression d’une idéologie empêtrée d’idées populistes et extrémistes.