Portrait 02/08/2010 à 20h15

Eric Ciotti, l'ascension éclair d'un sarkozyste en terre sécuritaire

Augustin Scalbert | Journaliste Rue89


Eric Ciotti (lunettes), Nicolas Sarkozy et Christian Estrosi, le 31 mai 2010 à Nice (Sébastien Nogier/Reuters).

A force, on finira bien par retenir son nom : Eric Ciotti, 44 ans, est à l’origine de la plupart des propositions de lois controversées ces derniers mois. Secrétaire national de l’UMP en charge de la sécurité, ce fidèle suiveur de Christian Estrosi s’illustre comme garde-chiourme des jeunes délinquants. Quitte à supprimer les allocations familiales de leurs parents en cas d’absentéisme scolaire, ou à emprisonner ces derniers. Ce discours musclé lui vaut une carrière météorique dans la sphère sarkozyste.

Le message est passé dans le JDD du 1er août : si le plan de probation imposé aux parents de mineurs condamnés n’est pas respecté, « les parents du mineur encourront alors une condamnation pénale qui pourra aller jusqu’à deux ans de prison ». Le député Eric Ciotti, qui proposera cette loi à la rentrée, cite en exemple le Canada, où « ce plan de probation fonctionne déjà avec succès ».

Peu importe que ce ne soit pas vraiment le cas, ou même que l’idée ait très peu de chances d’être validée par le Conseil constitutionnel. L’essentiel pour Ciotti, c’est de rester sur une ligne dure, « ultra-répressive » comme le dit le JDD. En deux ans, cet inconnu plutôt discret est devenu secrétaire national de l’UMP, député, et président du conseil général d’un des départements les plus droitiers de France, les Alpes-Maritimes, sorte de laboratoire sécuritaire pour la majorité.

Interdire les triangulaires pour mieux contrer le FN

Le Front national réalise là-bas des scores record, et inflige régulièrement des triangulaires à l’UMP -qui y possède sa plus grosse fédération. Coller au plus près des thèses du parti d’extrême droite n’étant pas suffisant, Eric Ciotti envisage de déposer une proposition de loi visant à... interdire les triangulaires. Partie remise, semble-t-il, après le tollé suscité dans son électorat, qui refusait que le vote FN soit bâillonné.

L’électeur azuréen, Eric Ciotti l’a toujours soigné, suivant l’exemple de son mentor Christian Estrosi. Ces deux hommes sont inséparables, bien que différents. De dix ans son aîné, le « motodidacte » Christian Estrosi -ainsi surnommé parce qu’il a quitté le collège pour se lancer dans la moto de compétition- choisit Eric Ciotti comme attaché parlementaire en 1988, dès sa sortie de Sciences Po.

Eric Ciotti n’a laissé aucun souvenir aux quelques camarades de la rue Saint-Guillaume contactés par Rue89. Ce « Niçois pure souche », comme il aime à se définir, retourne vite dans sa ville et travaille dans l’ombre de Christian Estrosi jusqu’à l’accession de Nicolas Sarkozy à l’Elysée. Qui donne un destin national au maire de Nice.

Estrosi : « [Ciotti est] mon plus fidèle compagnon »

En deux ans et trois étapes, Estrosi place son affidé à deux postes-clés. Député, d’abord. En présentant à ses électeurs celui qui était jusque-là son « plus proche collaborateur », le nouveau secrétaire d’Etat use de mots très parlants, à mi-chemin entre la geste gaulliste et le champ lexical de l’animal de compagnie :

« [...] Celui qui est mon plus fidèle compagnon, celui qui, en toutes circonstances, a partagé mes joies et mes peines [...]. » (Voir la vidéo)

Eric Ciotti est élu député en juin 2007. Mais il doit aussi remplacer son mentor à la présidence du conseil général, car Estrosi, confronté à la loi contre le cumul des mandats, préfère rester maire de Nice. C’est là qu’il vit son « principal échec » : le sortant socialiste le bat lors d’une cantonale en mars 2008.

Marc Concas, c’est son nom, qualifie son ex-adversaire de « pur produit de fabrication estrosiste ». A propos des fréquentes sorties sécuritaires de Ciotti, Concas dit :

« C’est une sorte d’odalisque qui fait la danse du ventre pour séduire son vizir. Il essaie d’agréger le vote du FN sur son nom, et ne travaille que dans cette logique-là.

Ciotti est quelqu’un que l’on craint, pas que l’on apprécie. Exactement comme Estrosi. Mais il a des qualités : il connaît ses dossiers, et est respectueux et chaleureux avec son opposition. Ce n’était pas du tout le cas d’Estrosi, qui est insupportable sur le plan politique. »

Eric Ciotti a une opposition, puisqu’il préside depuis novembre 2008 le conseil général des Alpes-Maritimes. Le conseiller général de Saint-Martin-Vésubie, commune d’où Ciotti est originaire par sa mère, a démissionné, ayant miraculeusement obtenu un poste grassement payé de chargé de mission à la mairie de Nice. Ciotti est élu au premier tour par 78% des voix, et, onze jours plus tard, devient président du département.

Obligé d’Hortefeux, il veut sortir de l’ombre d’Estrosi

Une ascension aussi rapide permet à Eric Ciotti de rattraper un peu son déficit de notoriété. Mais il lui reste encore du travail : en novembre, le dossier spécial de L’Express avec son visage en couverture s’est « nettement moins vendu » dans la région qu’un dossier sur Estrosi, glisse-t-on à la direction de l’hebdomadaire.

Roger-Louis Bianchini, le journaliste indépendant qui a signé son portrait dans L’Express, relève que Ciotti « veut absolument s’affirmer » et sortir de l’ombre d’Estrosi. « C’est aussi un obligé d’Hortefeux, qu’il connaît depuis la campagne de Balladur en 1995. »

Le ministre de l’Intérieur pourrait donc devenir son mentor national, surtout si Ciotti continue de porter aussi fidèlement la doctrine sécuritaire de l’UMP. Mais selon Bianchini, « ce discours sécuritaire, Ciotti l’a endossé par opportunisme politique ».

Le député, qui n’a pas retourné notre appel, ne serait « pas comme ça », au fond. Ce « clone » d’Estrosi -lui-même « clone » de Sarkozy- devrait pourtant rester « comme ça » tant que ses parrains resteront aux affaires.

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  • A déménagé le 02-02-2012-2
    • Posté à 20h46 le 02/08/2010
    • Internaute 82025
      non connue

    + = ?

  • cossery
    cossery
    résistant
    • Posté à 21h11 le 02/08/2010
    • Internaute 85601
      résistant

    Je remarque que les umpistes d’origine italienne et agissant dans les Alpes Maritimes sont les plus virulents (Estrosi, Lionel Luca, Ciotti)...

  • thierry reboud
    • Posté à 21h16 le 02/08/2010
    • Internaute 20923

    Pas impossible, en effet, qu’on finisse par retenir son nom : Ciotti est la caricature triomphale du monolithe de médiocrité qu’est devenue la droite française. Pas impossible donc, mais assez improbable tout de même : à côté de Sarkozy, il fait vraiment petit bras.

  • leo s
    leo s
    (...)
    • Posté à 21h39 le 02/08/2010
    • Internaute 73621
      (...)

    « comme le disait il y a déjà longtemps Patrick Buisson ancien de l’action française et aujourd’hui conseiller communication de Sarko : “ Le Pen, le RPR et le PR, c’est la droite. Souvent, c’est une feuille de papier à cigarettes qui sépare les électeurs des uns ou des autres ”. C’est à la lumière de cette petite phrase qu’il faut comprendre le discours de Sarkozy à Grenoble. »

  • caro
    caro
    délinquante avérée
    • Posté à 23h48 le 02/08/2010
    • Internaute 6484
      délinquante avérée

    Il ne faut quand même pas exagérer ! Eric Ciotti a quand même reçu plusieurs prix, si, si, si

    Le prix Busiris est un prix parodique remis par Maître Eolas à plusieurs personnalités politiques, en récompense d’ « une affirmation juridiquement aberrante, si possible contradictoire, teintée de mauvaise foi et mue par l’opportunité politique plus que par le respect du droit » - Lien
    On pourra voir que son mentor Estrosi l’a reçu aussi (pas étonnant)
    Lien

    Le prix parodique récompense, selon les critères de son créateur, des personnes qui ont publiquement proféré « une affirmation juridiquement aberrante, si possible contradictoire, teintée de mauvaise foi et mue par l’opportunité politique plus que par le respect du droit ».

    En l’occurrence, le 19 septembre 2007, au cours de l’examen du projet de loi « relatif à la maîtrise de l’immigration, à l’intégration et à l’asile » (devenu la loi n°2007-1631 du 20 novembre 2007), Éric Ciotti avait soutenu à l’Assemblée nationale que diviser par deux le délai de recours contre un refus d’asile contribue à réaffirmer la vocation universelle de la France à faire de son sol un lieu d’accueil pour ceux qui sont martyrisés.

    C’est lui qui veut suspendre les allocations familiales aux familles qui, d’après lui, ne respectent pas le contrat de responsabilité parental en cas d’absentéisme scolaire des enfants

    C’est dans sa bonne ville de Nice que partit le scandale de la photo primée à un concours de la FNAC

    etc quelle chance a sarko d’avoir un conseiller tel que Ciotti, qui n’hésite pas à proposer des lois anticonstitutionnelles, ou à les voter quitte, comme Hadopi, à se faire retoquer.

  • arctus
    arctus
    Toujours vivant - pas pour (...)
    • Posté à 12h21 le 03/08/2010
    • Internaute 89769
      Toujours vivant - pas pour (...)

    Ciotti, Prix Busiris 2007
    défent, au nom de la tradition de pays d’accueil, l’amendement diminuant le délai de recours devant la Commission des Recours des Réfugiés

    Messieurs sarkozy, estrosi, ciotti défendent l’esprit de notre terre d’acceuil ! ? !

    Ah, inconscient collectif et intégration ! - Un processus de recomposition long et intentionnel.
    Il y a dans l’homme quelque chose de supérieur à la nationalité : c’est la volonté ; la volonté d’être uni (plus importante qu’une similitude obtenue par des vexations). D’être uni sous cette pensée modelée siècle après siècle que l’on nomme « l’esprit d’un peuple, d’une nation ».
    Dans ce sens, certains semblent bien décidés à ne pas vouloir s’intégrer.

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