Décryptage 31/07/2010 à 19h10

Cohn-Bendit et les Verts, deux ans d'amour vache


La polémique sur la venue de Rama Yade aux Journées d'été d'Europe Ecologie met en émoi une galaxie écolo déjà bien agitée.


Daniel Cohn-Bendit avec Cécile Duflot en mai (Philippe Wojazer/Reuters)

C'est le dernier tangage en date du bateau écolo. Pour avoir osé inviter Rama Yade aux Journées d'été d'Europe Ecologie, Daniel Cohn-Bendit s'est attiré les foudres de ses principaux partenaires, les Verts.

En dépit de résultats électoraux plus qu'honorables depuis la formation du nouveau rassemblement écolo, les relations entre le leader d'Europe Ecologie et les dirigeants des Verts demeurent houleuses. Retour sur près de deux ans de luttes d'influence.

Rama Yade, persona non grata aux Journées d'été


Rama Yade lors d'un meeting de l'UMP pour les régionales 2010 (Marie-Lan Nguyen/Wikimedia Commons)

Les militants ont reçu cette semaine par e-mail le programme des Journées d'été d'Europe Ecologie, qui se tiendront à Nantes du 19 au 21 août.

Au menu, des personnalités politiques extérieures au mouvement écolo, tel le socialiste Pierre Moscovici, mais aussi la secrétaire d'Etat aux Sports, l'UMP Rama Yade, pour un atelier sur les dérives du « foot business », particulièrement d'actualité après la déroute des Bleus à la dernière Coupe du monde.

Une invitation loin de faire l'unanimité chez les Verts, qui luttent pour ne pas se faire déborder par Europe Ecologie. Contactée par LeFigaro.fr, la porte-parole nationale des Verts, Djamila Sonzogni, s'insurge :

« Il n'y a absolument aucune raison de faire venir Rama Yade à Nantes. Ça redorerait son blason, ça laisserait penser que l'écologie que nous proposons est compatible avec le sarkozisme, et ça focaliserait l'attention des médias sur la forme plutôt que sur le fond. »

Résultat : l'atelier football a été rayé du programme... et c'est au tour de Daniel Cohn-Bendit de clamer son agacement dans les médias. Au point de remettre en question sa venue à Nantes, au micro d'Europe 1 :

« C'est vraiment absurde, c'est un jardin d'enfants. Je vis dans un autre monde politique, avec une autre culture politique. Qu'on pique une crise d'urticaire pour ce genre de choix, c'est ça qui est incompréhensible. J'envisage vraiment de ne pas aller à l'université d'été.

Mon état d'esprit actuel, c'est que si j'y vais, je serai méchant, donc ça ne ferait pas avancer le schmilblick. Voilà la difficulté. »

► La suite : La « vieille éthique » d'Europe écologie et le « crétin » des Verts

« Vieille éthique » d'EE et « crétin » des Verts


Jean-Vincent Placé (DR)

Les noms d'oiseaux sont familiers de ces spécialistes de l'environnement. Une pratique exacerbée par la lutte pour la candidature écolo en 2012 que se livrent l'ex-magistrate d'Europe Ecologie Eva Joly et la secrétaire nationale des Verts Cécile Duflot.

Numéro deux des Verts et bras armé politique de cette dernière, Jean-Vincent Placé a allumé une nouvelle mèche, le 5 juin dernier, dans un portrait que lui consacrait Libé. Extrait :

« Placé a une stratégie : cibler les leaders pour se hisser à leur niveau. Dominique Voynet gagne la mairie de Montreuil ? “Nous voilà débarrassés de la mère Voynet”, se réjouit-il.

La candidature d'Eva Joly pour 2012 est évoquée en concurrence à celle de Duflot ? “Si vous préférez la vieille éthique à la jeune dynamique ! ” Lors d'une réunion cet hiver, Cohn-Bendit l'avait traité de “crétin de politique”. »

Ambiance assurée le même jour à la convention nationale d'Europe Ecologie. A la tribune, Cécile Duflot et Daniel Cohn-Bendit s'empoignent devant militants et journalistes.

L'ancien soixante-huitard pique une colère comme il en a le secret :

« Mais enfin, “crétin”, ce n'est pas grave ça. Il faut arrêter ! Mais de dire de quelqu'un qui a un certain âge “est-ce que vous voulez celle-là ou une vieille éthique”, ce n'est pas du niveau de “crétin”. Ne nous mangeons pas et ne nous mentons pas entre nous. Merde alors ! » (Ecouter le son recueilli par France Info)

Audio file

Duflot_Cohn_Bendit.mp3

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La schizophrénie Verts / Europe Ecologie


Au QG d'Europe Ecologie à l'annonce des résultats aux européennes le 7 juin (Philippe Wojazer/Reuters)

Jusqu'au 29 avril, Europe Ecologie était encore un mouvement politique non identifié, un rassemblement de partenaires, au premier rang desquels les Verts. Depuis cette date, il est possible d'y adhérer directement en signant la charte d'adhésion et en payant une cotisation.

Objectif : entre 15 000 et 20 000 membres d'ici la fin de l'année, période qui verra se tenir les « Assises de l'écologie politique », censées aboutir après débat et vote « à la structuration de l'écologie politique ».

Mais cette structuration est loin d'être gagnée d'avance. Au lendemain des régionales, Daniel Cohn-Bendit lance « L'Appel du 22 mars » via une tribune publiée dans Libération. Il prône la création d'une « coopérative politique » sur le fonctionnement d'un parlement : une chambre haute avec tous les partis politiques affiliés (« on peut être Verts, socialiste, Cap21, communiste, que sais-je encore ») et une chambre basse avec les adhérents directs.

Réaction immédiate de Jean-Vincent Placé, sur l'antenne de France Inter : « C'est à l'opposé de ce que moi je pense de la politique. » Cécile Duflot embraye quelques jours plus tard, en envoyant une lettre aux militants des Verts, on ne peut plus claire :

« Les Verts n'ont aujourd'hui ni vocation identitaire, ni volonté de se dissoudre dans un ailleurs indéfini. »

Si la secrétaire nationale des Verts s'est également prononcée pour une « coopérative », elle en a cependant une « vision passéiste », selon Daniel Cohn-Bendit, qui s'en est ému auprès de l'AFP :

« Le problème est qu'elle confond coopérative, confédération et fédération. [Elle pense qu'une coopérative est] un noyau, les Verts, qui aurait 50% de capital autour duquel tourneraient des satellites qui pourraient être utilisés, instrumentalisés à volonté par le noyau. »

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Un candidat Europe Ecologie en 2012 ?


Eva Joly lors d'une conférence de presse en juin 2009 (Marie-Lan Nguyen/Wikimedia Commons)

La bataille entre Eva Joly et Cécile Duflot est lancée. Mais encore faut-il qu'il y ait un candidat Europe Ecologie en 2012. A l'aube des élections régionales, qui s'avèreront être une quasi confirmation (12,18 % des suffrages exprimés) du score des élections européennes (16,28 %), Daniel-Cohn Bendit a posé la question sur la table.

Le chef de file d'Europe Ecologie a annoncé le 27 janvier qu'il pourrait soutenir le candidat socialiste dès le premier tour de la présidentielle de 2012, à la condition que le PS accorde aux écologistes un minimum de 50 circonscriptions aux élections législatives qui suivront :

« Pour l'instant, je ne suis pas pour qu'il y ait un candidat d'Europe Ecologie. [...] S'il y a un accord sur les circonscriptions, je suis prêt à m'impliquer pour aider le candidat socialiste pour la présidentielle. [...]

Si je suis secrétaire national du PS, je me dis comment m'assurer d'être au deuxième tour ? Eh bien, ce sera un accord avec Europe Ecologie ! »

Hors de question pour certains Verts, notamment Cécile Duflot, d'écarter si vite une telle candidature. Elle estime qu'en l'absence d'un candidat représentant son parti et/ou Europe Ecologie, la place de candidat écologiste sera récupérée par un autre. La secrétaire nationale des Verts veut un candidat issu de leurs rangs en 2012, même si cela doit être un « crève-coeur » pour certains, a-t-elle encore souligné le 8 juin sur RMC :

« Un candidat écologiste me semble nécessaire, même si c'est un crève-cœur, parce que c'est une élection extrêmement pénible, du fait de sa personnalisation. »

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Etre ou ne pas être avec le MoDem


François Bayrou avec Daniel Cohn-Bendit en 2000 (Reuters)

Les Journées d'été d'Europe Ecologie n'avaient pas été moins mouvementées l'année dernière. En cause cette fois, la possibilité d'une alliance avec le MoDem de François Bayrou. Toujours sans craindre de froisser en public, Daniel Cohn-Bendit tempête en ouverture, le 21 août à la tribune :

« Merde ! Il faut changer la gauche et défier la droite. Et s'il faut ajouter le MoDem, on ajoutera le MoDem. Vous voulez une majorité ou vous voulez avoir raison ? »

Cécile Duflot encaisse et dégaine : « je suis d'accord avec l'essentiel de ce qu'a dit Dany », mais « il ne faut pas seulement avoir la majorité ». « La nuance fait très mal : Cohn-Bendit est plié en deux sur sa chaise, remue entre ses mains la tête d'un “non” interminable », rapporte le site de Marianne.

Aujourd'hui, la question est toutefois moins d'actualité. Le MoDem a perdu du terrain et les ralliements des écologistes Yann Wehrling et Jean-Luc Benhamias à François Bayrou sont loin.

La tendance est même en passe de s'inverser, depuis le départ du parti centriste au mois de mars de Cap21 et de sa présidente Corinne Lepage, qui a affirmé dans Le Monde être « tout à fait ouverte à travailler avec Europe Ecologie ».

Photo : François Bayrou avec Daniel Cohn-Bendit en 2000 (Reuters).

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  • Rémim
    • Posté à 19h24 le 31/07/2010

    Cohn-Bendit est aussi bon que ce qu'il est mauvais. Il a de très bonnes idées et d'autres d'une médiocrité incroyable... Inviter Yade pour parler du foot bizness fait partie de la deuxième catégorie.
    Non seulement ce serait lui faire de la pub, mais surtout celle-ci n'a rien à dire sur ce sujet. Ses sorties ridicules en Afrique du Sud, son faux courage et ses revirements permanents dès que son maître lui tape sur les doigts, font qu'elle n'a rien à apporter au mouvement vert ni au débat de fond sur le sport (tiens elle est en ce moment même à la tv sur la 2 pendant l'athlétisme... vite vite sur la photo avec les champions Rama, ça tu sais le faire).

    Cohn-Bendit ne sait pas s'arrêter, il faut toujours qu'il aille trop loin dans la provocation, même dans son propre camp. En cela il est aussi dangereux que ce qu'il est indispensable pour le mouvement écologiste. Malgré le fait qu'il dise qu'il ne veut pas être candidat à une présidentielle car il refuse cette personnification, il faut toujours qu'il se distingue dans son camp et qu'il la joue perso et se mette en avant. Duflot elle semble avoir du mal à sortir du carcan politicard... la troisième voie serait peut-être la bonne : Eva Joly.

  • padiran
    padiran
    Chroniqueur Grolandais
    • Posté à 21h44 le 31/07/2010
    • Internaute
      Chroniqueur Grolandais

    Hé oui c'est énervant un vieux con qui veut aérer l'espace de discussion !
    Cohn-Bendit est un créateur, un innovateur, un empêcheur de penser en rond. Les Verts sont des conservateurs, dépositaires de La Foi et des Saintes Écritures, légataires universels de la pensée écologique, tabellions du patrimoine mondial de l'humanité, kmers de la pensée inique. La sclérose est en marche et ils en sont fiers
    Le pari aurait été audacieux car si Yadé avait accepté, elle qui est la plus populaire des membres du gouvernement de notre « bon Président », cela aurait eu comme symbolique que l'ouverture est une arme à double tranchant. Demander à un Vert de pratiquer le billard à trois bandes c'est comme demander à Sarkozy de renoncer à se présenter en 2012, c'est possible, mais c'est pas gagné.

  • brawd
    • Posté à 22h34 le 31/07/2010

    « Cohn-Bendit et les Verts, deux ans d'amour vache »
    Le fait d'avoir réussi le pari d'ouvrir le parti des Verts à la socièté civile avec Europe Écologie et de vouloir en faire un partenaire incontournable pour les élections présidentielles de 2012 est la ligne infranchissable pour les caciques de l'écologie politiques.
    Les Verts gèrent jalousement leur petite boutique et il n'est pas question de remettre en cause leur stratégie. La création d'un groupe parlementaire est le Graal que ce sont fixés les ténors du parti. Europe Écologie vient de troubler les cartes lors des dernières élections européennes et ça les Verts n'aiment pas que les citoyens de la socièté civile marchent sur leurs plates bandes.
    Cohn Bendit ouvre les portes et les fenêtres, les laborieux du parti lui en veulent, c'est la vie !