Enquête 28/07/2010 à 21h45

Le co-prince Nicolas Sarkozy fraîchement attendu en Andorre

Augustin Scalbert | Journaliste Rue89


Son Excellence Nicolas Sarkozy, co-prince d'Andorre, honore pour la première fois d'une visite ce petit pays des Pyrénées, ce jeudi. Il en est le chef d'Etat, qualité qu'il partage avec un prélat espagnol. Pourtant, une partie des élus a décidé de boycotter l'événement. Certains Andorrans l'accusent d'avoir « trahi » sa principauté... en se défaussant sur elle dans la lutte contre les paradis fiscaux.

Andorre, Etat d'Europe de 468 km² et 95 000 habitants. Membre de l'ONU mais pas de l'Union européenne. Ses pistes de ski, ses banques, ses cigarettes à bas prix et son paréage qui fait du chef de l'Etat français celui de la principauté, « de manière indivise » avec l'évêque d'Urgell (Catalogne), à vingt kilomètres d'Andorre-la-Vieille, la capitale du pays. Le président de la République française est l'héritier d'une tradition remontant à Charlemagne et fixée par un traité de 1278.

Une visite de trois heures, un impair protocolaire

Depuis la nouvelle constitution de 1993, qui a fait d'Andorre une démocratie parlementaire, la France possède à la fois une ambassade et une représentation du co-prince français sur place. Un cas unique au monde, évidemment.

Mais ce n'est pas cette étrangeté qui rend la visite du co-prince Nicolas Sarkozy épineuse, du point de vue des Andorrans. Si épineuse que les représentants d'Ordino, une des sept « paroisses » du pays (l'équivalent de nos 26 régions, toutes proportions gardées), ont décidé de bouder sa visite.

Un riverain de Rue89 rappelle que « pour la première fois en juin 2009 l'alternance a porté un parti social démocrate au pouvoir. Un fait politique historique aux conséquences majeures dans un pays où la plupart des électeurs sont plus ou moins cousins. La paroisse d'Ordino, nichée dans la vallée du Nord, a ainsi toujours voté à gauche ».

Raison de ce boycott ? Le protocole. Le co-prince français d'Andorre n'a pas invité son homologue espagnol. « L'évêque d'Urgell est plus populaire chez nous que Nicolas Sarkozy, notamment parce qu'il est plus proche géographiquement », explique Robert Pastor, chef du service international du quotidien Diari d'Andorra et directeur de l'hebdomadaire 7 Dies.

Tous les prédécesseurs de Nicolas Sarkozy avaient convié leur homologue mitré. Sauf de Gaulle, le premier Président à visiter sa principauté. « Mais c'était en raison du franquisme de l'évêque de l'époque », précise le journaliste.

Les Andorrans sont aussi choqués par la brièveté de la visite du co-prince français -qui n'a pas titre d'« Altesse », simplement d'« Excellence ». Moins de trois heures, comme on le voit sur le site de l'Elysée.

« Encore si Carla venait... mais là je m'en fous »

Un riverain de Rue89, français résidant en Andorre, apporte quelques précisions sur l'état d'esprit qui règne dans la principauté. Anonymement, car « ici, c'est comme la Corse mais mille fois plus petit, on se connaît tous ! » :

« Tous les commerces et toutes les entreprises doivent obligatoirement être fermés de 11 heures à 14h30 ce jeudi. Ça arrange bien ma copine qui va être payée ces heures-là. Par contre, les commerçants et les entrepreneurs font un peu la gueule. »

Robert Pastor explique cette mesure par « des raisons de sécurité » demandées par la délégation française, mais aussi « pour que la population puisse assister au discours du co-prince ».

Pour le journaliste, « Mitterrand et Chirac faisaient plus attention à Andorre que Sarkozy ». En 1997, Jacques Chirac avait passé trois jours dans la principauté, en multipliant les bains de foule. Mais la cohabitation lui laissait du temps... Par ailleurs, les deux derniers prédécesseurs de Sarkozy avaient gracié des prisonniers.

Bref, pour les Andorrans, les aspects protocolaire et organisationnel de la visite du co-prince français sont plutôt agaçants. Même pas une touche glamour pour rattraper ça... Le riverain de Rue89 résume :

« Une réflexion entendue en achetant mon pain : “Encore si la Carla venait... Mais là, je m'en fous.” »

« La France s'est refait une virginité sur le dos d'Andorre »

Mais l'aspect qui dérange le plus les Andorrans chez Nicolas Sarkozy, c'est son combat contre les paradis fiscaux, lancé à grand renfort d'annonces médiatiques au plus fort de la crise financière, en 2008. A l'époque, la principauté d'Andorre était classée sur la liste noire des paradis fiscaux de l'OCDE.

Jean Merckaert, du CCFD-Terre solidaire, rappelle dans un communiqué qu'Andorre est passée « en dix-huit mois » de la liste noire à la grise, puis à la blanche. Même si un réseau d'ONG luttant contre l'évasion fiscale, Tax Justice Network, lui attribue encore un score de 83% d'opacité financière.

Dans une tribune (en catalan) publiée par le quotidien Diari d'Andorra, un avocat andorran reproche à la France d'avoir été beaucoup plus coulante avec d'autres paradis fiscaux, comme la Suisse ou Monaco.

Le riverain de Rue89 résume encore le sentiment local sur ce problème :

« Les fonds qui se retrouvaient dans les banques andorranes provenaient surtout d'Espagne et appartenaient à des entrepreneurs qui “rusaient” avec le fisc espagnol.

Pour les Andorrans, la France et l'Espagne, qui fermaient les yeux sur ces agissements pas très honnêtes depuis des décennies, ont décidé de se refaire une virginité sur le dos d'Andorre. »

Selon le journaliste Robert Pastor, l'activisme de Nicolas Sarkozy contre les paradis fiscaux a été interprété en Andorre comme « une trahison à son titre de co-prince » :

« On ne s'attendait pas à ce que le co-prince fasse pression sur Andorre. »

Mis à jour le 29/7/2010 à 11h02. Ajout du commentaire d'un riverain sur l'alternance politique.

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  • Charles Mouloud
    Charles Mouloud
    Bras gauche de la Vénus de (...)
    • Posté à 21h59 le 28/07/2010
    • Internaute
      Bras gauche de la Vénus de (...)

    Le co-prince n'a pas invité l'évêque d'Urgell qui aurait fait de l'ombre au chanoine de Latran ?

  • Nils Wilcke
    Nils Wilcke
    Etudiant
    • Posté à 22h54 le 28/07/2010
    • Internaute
      Etudiant

    Si je comprends bien, on en veut à Sarkozy de ne pas emmener sa femme, de ne pas passer trop de temps en frivolités protocolaires et d'avoir dénoncé ce qui fait la richesse de cette place, à savoir la fraude fiscal et le blanchiment d'argent… Bref, d'avoir tenter de faire le président…

    L'enfer est pavé de bonnes intentions !

  • Fifi89
    Fifi89
    de l'huile sur la piste
    • Posté à 06h16 le 29/07/2010
    • Internaute
      de l'huile sur la piste
  • Fifi89
    Fifi89 répond à nono le simplet
    de l'huile sur la piste
    • Posté à 06h33 le 29/07/2010
    • Internaute
      de l'huile sur la piste

     : ) - L'occasion de remettre en mémoire ces quelques lignes du père Hugo qu'on dirait écrites avant-hier :

    Que peut-il ? Tout.
    Qu'a-t-il fait ? Rien.
    Avec cette pleine puissance,
    en huit mois un homme de génie
    eût changé la face de la France,
    de l'Europe peut-être.

    Seulement voilà, il a pris la France et n'en sait rien faire.
    Dieu sait pourtant que le Président se démène :
    il fait rage, il touche à tout, il court après les projets ;
    ne pouvant créer, il décrète ;
    il cherche à donner le change sur sa nullité ;
    c'est le mouvement perpétuel ;
    mais, hélas ! Cette roue tourne à vide.

    L'homme qui, après sa prise du pouvoir a épousé une princesse étrangère est un carriériste avantageux.
    Il aime la gloriole, les paillettes,
    les grands mots, ce qui sonne,
    ce qui brille, toutes les verroteries du pouvoir.
    Il a pour lui l'argent, l'agio, la banque, la Bourse, le coffre-fort.
    Il a des caprices, il faut qu'il les satisfasse.
    ../..
    La France, il la foule aux pieds,
    lui rit au nez, la brave, la nie, l'insulte et la bafoue !
    Triste spectacle que celui du galop, à travers l'absurde,
    d'un homme médiocre échappé.

  • Keldan
    Keldan
    Now future & karpe diem
    • Posté à 18h09 le 29/07/2010
    • Internaute
      Now future & karpe diem

    Faut pas dire du mal d'Andorre, car pour une fois c'est un paradis fiscal aussi pour les pauvres, puisqu'on peu y trouver des marchandises populaires (alcool, tabac) à bas prix.