Entretien 28/07/2010 à 18h49

Hôpitaux : « Les Français veulent la proximité plus que la qualité »

Sophie Verney-Caillat | Journaliste Rue89


Paimpol, Rethel, Die, Lannemezan et autres peuvent souffler : le ministère de la Santé a reporté la fermeture des 54 blocs opératoires réalisant moins de 1 500 actes par an.

Pour Claude Le Pen, professeur à l'université Paris-Dauphine et président du Collège des économistes de la santé, ces fermetures doivent se faire, et c'est le poids de la vision locale qui a poussé le gouvernement à reculer.

Une concertation sera menée avec les élus locaux après la période de vacances scolaires puis la fermeture, prévue par la loi HPST (Hôpitaux, patients, santé et territoires), sera formalisée par un décret, annonce le ministère de la Santé. Celui-ci maintient qu'en dessous de 1 500 opérations par an, « la sécurité des soins n'est pas assurée » dans un bloc.

Pensez-vous qu'il faille maintenir la fermeture de ces services de chirurgie ?

Toutes les études le disent, la sécurité du geste passe par le nombre d'opérations. Moins il y a d'actes et plus il y a d'accidents. L'Etat tergiverse, prend son temps, mais ces fermetures se feront parce qu'elles sont nécessaires. C'est normal qu'elles aient un côté bureaucratique et parisien et soient mal comprises sur le terrain.

Pourquoi les élus locaux s'opposent-ils à ces fermetures ?

Officiellement, la qualité des soins, tout le monde y est attaché. Sauf que paradoxalement, tout le monde veut avoir son service de chirurgie à proximité, parce que l'hôpital est souvent le premier employeur de la ville, qu'il est un pôle d'animation socio-économique.

Cette tension entre la qualité des soins d'une part et la présence des services publics de l'autre n'est pas perçue comme telle. Mais en regardant de près, on constate que les Français sont plus attachés à la proximité qu'à la qualité des soins. C'est une ambiguïté nationale.

Quelle charge symbolique y a-t-il sur ces services de chirurgie ?

Ce sont des petites villes qui craignent du coup de perdre leur hôpital s'il n'a plus de service de chirurgie. Mais ce n'est pas pour autant que les gens fréquentent ces services de chirurgie. On a vu le cas pour l'hôpital de Saint-Affrique dans l'Aveyron : il y a eu une forte mobilisation contre sa fermeture... mais beaucoup allaient se faire soigner à Montpellier !

Les chirurgiens se sont-ils aussi mobilisés contre ces fermetures ?

On ne les a pas entendus mais ils ont probablement influencé la décision discrètement, parce que ça les embêtait de bouger. Dans les restructurations hospitalières (à Trousseau par exemple), on bute souvent sur des questions de personnes.

Les médecins ont leurs habitudes et n'aiment pas être bousculés. Ceux qui opèrent dans les petites structures ne sont pas les plus cotés des chirurgiens, mais ils vont souffler même s'ils savent que la sûreté n'est pas meilleure. Ils peuvent être d'accord sur les normes (le seuil de 1 500 opérations par an) et pour autant ne pas vouloir se les appliquer.

Un compromis vous semble-t-il possible sur cette question ?

Il y a une tension entre la vision statistique de la qualité des soins et la vision locale et sociale. Le gouvernement s'est déjà mis les médecins à dos avec la réforme de l'hôpital et la gestion de la pandémie de grippe A. C'est logique qu'il veuille calmer le jeu, même si les soignants n'ont pas été si revendicatifs sur ce dossier.

A l'approche des élections sénatoriales, un élu qui pourra se vanter d'avoir sauvé l'hôpital de son territoire aura plus de chance d'être réélu.

  • 10605 visites
  • 124 réactions
Vous devez être connecté pour commenter : or inscrivez-vous
  • Marcantoines
    Marcantoines
    trouveur
    • Posté à 19h56 le 28/07/2010
    • Internaute
      trouveur

    Il faut poser le problème honnêtement.
    Oui, il s'agit d'une question d'argent. Oui, la sécurité sociale est en déficit. Oui, si nous ne faisons pas attention, si nous ne trouvons pas un système de santé qui revienne moins cher à la collectivité, nous allons vivre au dessus de nos moyens...et la conséquence sera un appauvrissement général, moins d'investissements et moins d'emplois...et finalement une population plus stressée et en mauvaise santé.
    Regardons les rapports entre la densité de la population et la répartition des hôpitaux chez nos voisins européens. Et situons nous dans la moyenne. Copions ce qui fonctionne bien ailleurs.

  • papy55
    papy55
    prof. en province
    • Posté à 19h57 le 28/07/2010
    • Internaute
      prof. en province

    Quand tous les hôpitaux de proximité auront disparu, il y aura moins d'accidents au bloc opératoire, mais il y aura des « accidents » de transports, les malades qui n'auront pas eu la chance d'arriver à temps seront morts !

    Si les moyens utilisés dans les hôpitaux de proximité ne sont pas intégralement reportés dans les grands centres, on arrivera finalement à une médecine à 2, voire 3 vitesses ! Pourvu que nos élus puissent eux bénéficier de soins au Val de Grace, alors tout ira bien !

    La semaine dernière, dans un journal régional, les Pharmaciens s'inquiétaient de la baisse spectaculaire de leurs chiffres d'affaires ....étonnant ? Voilà une corporation qui a bien vécu sous la goulotte de la Sécu, à l'heure du déremboursement, la pilule est amère !

  • nelmezzodelcamin
    • Posté à 19h58 le 28/07/2010

    J'adore quand les économistes de la santé se mettent à parler de qualité des soins... alors pourquoi est-ce que les embauches dans les hôpitaux qui avaient été prévues sous Jospin au moment du passage aux 35 H n'ont pas été faites ?
    Pourquoi la carrière d'une infirmière/un infirmier est en moyenne de 8 ans ?

    C'est comme l'exemple pris systématiquement pour justifier la fermeture de ces « petits » hôpitaux : on peut faire une heure de trajet pour se faire opérer de la cataracte ! ! ! ! mais pour un accouchement ? un AVC ? bah les femmes elles n'ont plus qu'à aller se faire déclencher à l'approche du terme si elles ne veulent pas accoucher dans la voiture (avec les risques que ça comporte un déclenchement : plus de césariennes en particulier, ce qui coûte beaucoup plus cher à la collectivité soit dit en passant)
    Et qui va payer les transports ? les gens qui vont aller faire leur chimio ils doivent conduire aller-retour ?

  • duarn
    • Posté à 20h16 le 28/07/2010
    • Internaute

    En gros, c'est l'éternel problème du gars de la ville et du gars des champs. Pour l'un sa bourgeoise continuera d'accoucher dans la meilleure maternité. Pour l'autre, avec un peu de chance, sa bergère accouchera dans l'ambulance qui l'expédiera à l'hosto du coin, à 100 bornes ...

  • plopplop2000
    • Posté à 20h49 le 28/07/2010

    si on pouvait avoir les deux, comme avant, ce ne serait pas plus mal, non ?

  • Anonyme

    Les français veulent le beurre, l'argent du beurre et la crèmerie pour pas cher !
    Mieux vaut privilégier la qualité des soins par des professionnels aguerris et peu importe s'il faut prendre le train ou la voiture ! Il est illusoire de croire que l'on peut implanter des hôpitaux avec des plateaux techniques à la pointe de la technologie à la sortie de chaque village de plus 3000 habitants !

  • atrabilaire
    atrabilaire
    libre
    • Posté à 23h32 le 28/07/2010
    • Internaute
      libre

    Les arguments repris en coeur par les hautes sommités médiacles , les professeurs parisiens qui ne passent leur temps qu'en commission considérent l'activité critique d'un bloc opératoire à 1500 actes annuels.
    Mais nous devrions posé la question en face : à savoir ; combien d'interventions sont pratiquées par un praticien dans un « petit » hopital et combien sont effectuées par les opérateurs des grands CHU ?
    Je ne pense pas que le professeur Valancien si vindicatif pour cette réforme ,soit loin derrière au point de vue activité d'un de ses confrères moins soumis à la médiatisation, il en est de même pour tous les chirurgiens députés ou sénateurs( Pr Debré entre autre...)
    Ayant une grande expérience personnelle dans divers blocs opératoires de France et de Navarre, je préfererais savoir ma femme césariser par un de deux gynéco qui tiennent à bout de bras une petite maternité et qui accusent à deux 100 ou 150 césariennes par an , plutôt que par un agrégé n'ayant vu un ventre depuis 10 ans qui est obligé de s'appuyé sur son assistant pour mener à bien l'intervention.
    IL faut non pas comparer le nombre d'opérations par plateau technique , MAIS , par praticien......
    Seulement , lorsque l'on sait que l'hopital ignore même le nombre d'heures effectuées par les medecins , qu'il soient interne ou chef de service...on peut douter du sérieux des actions gouvernementales

    UN anesthésiste qui roule sa bosse

  • Machaut
    Machaut
    Infirmier
    • Posté à 23h44 le 28/07/2010
    • Internaute
      Infirmier

    Je suis infirmier dans une ville de Normandie et le bloc est menacé de fermeture.
    D'abord pourquoi 1500 interventions seraient une garantie de qualité ? ? Pourquoi pas 1600 ou 1400 ? ? ?
    J'ai travaillé dans un CHU au bloc d'un service d'orthopédie de 100 lits (St Antoine à Paris pour ne pas le nommer) Quelques fois le système fonctionnait à merveille et quelques fois les enchaînement étaient de moins bonne qualité, le chirurgien avait moins d'expérience, l'anesthésiste pouvait être un remplaçant, ou l'équipe moins bonne...

    Dans un hôpital de petite ville, penser qu'à partir de 1500 interventions on est à l'abri d'un soin de mauvaise qualité me fait bien rire. A Bernay je me ferais opérer sans problème car les chirurgiens sont bons, l'équipe compétente et la structure moderne.

    Surtout il ne faut pas oublier que dans le service public on est à l'abri d'une intervention inutile. En effets les chirurgiens étantt mensualisés, ils n'ont pas spécialement intéret à réaliser des interventions si elles ne sont pas indispensables.. Combien de pseudos appendicites sont inutilement opérées en clinique chaque année ?

    Una anecdote au passage. Mon fils a eu des soins d'orthodontie assez longs. Le praticien m'a proposé de l'opérer pour avancer la machoire (rien que ça ! ) avec anesthésie générale. Le tout sur un ton rassurant quant à ce geste qui paraissait aussi anodin qu'indispensable. Je n'étais pas très chaud pour nous embarquer dans cette aventure, d'autant qu'il n'existe pas d'anesthésie anodine (j'ai vu un choc allergique sur anesthésie locale) Réflexion faite j'ai emmené le gosse à l'hôpital Necker à Paris en maxillo-faciale où l'on m'a assuré qu'il n'y avait pas de justification fonctionnelle à une telle intervention ! ! !
    Je suis donc retourné voir notre praticien et nous avons mis fin à toutes velléités interventionnistes, nous contentant d'un simple traitement d'orthodontie classique qui s'est révélé largement suffisant.

    Enfin dans l'article on nous présente l'obstacle à la fermeture de Trousseau à Paris comme étant un problème de personnalités. C'est scandaleux. L'hôpital Trousseau que je connais est un pôle de compétence mondialement reconnu que l'on veut brader au nom de la rentabilité. La maternité de St Antoine à Paris va fermer (2000 accouchements par ans)

    La réalité c'est qu'il y a derrière tout cela le démantèlement programmé du service public au profit du privé. Il y a un gros gâteau à se partager...

  • Rémim
    • Posté à 00h18 le 29/07/2010

    Je connais un petit bled qui s'appelle Marseille qui a un hôpital qui s'appelle Ste-Marguerite dont tous les services lourds (urgences, greffes, etc.) sont fermés et regroupés dans les deux autres grands hôpitaux de la ville.
    Il n'y a plus d'urgences dans tout le sud de la ville et les blocs ferment les uns après les autres, mais bon les politiques disent qu'avec la sirène les pompiers mettent 5 minutes pour rallier le nouveau lieu. Puis le jour où la ville est bloquée ce sera 3/4h...
    Puis tout le monde n'a pas une sirène de pompier dans sa voiture.
    Ah et à Ste-Marguerite il y avait un délai de 4h en général pour être reçu aux urgences. Mais c'est sans doute un détail.

  • balala
    • Posté à 07h04 le 29/07/2010
    • Internaute

    Près de chez moi, il y avait une maternité, et puis elle a fermé, tout le monde râlait, mais....
    les gens qui habitaient le plus près n'y seraient allés pour rien au monde, ceux qui la fréquentaient, les inconscients, y venaient parce qu'elle était un peu moins loin que l'hôpital universitaire voisin, un quart d'heure plus loin.
    En chirurgie c'est pire ! qui peut avoir envie de confier sa vie à un praticien sans pratique ? Si je dois me faire retirer un bout d'organe cancéreux, ou greffer un autre organe, j'aimerais mieux que le chirurgien qui m'opère soit quelqu'un qui fasse ça tous les jours que de tomber sur le « voisin » qui n'en a fait que 3 dans sa vie, et qui en plus travaille sans supervision....
    Alors des petites cliniques généralistes, pour un bobo sans gravité, pourquoi pas, ou pour les soins courants après une grosse opération faite ailleurs, pourquoi pas ? mais un service de chirurgie, de neurochirurgie ou autre, en bas de chez moi, sous prétexte que c'est plus près, et qui n'opère que les gens du quartier, mais tous les 36 du mois... non merci !

  • quellevie
    • Posté à 11h04 le 29/07/2010

    La qualité des soins se détermine aussi en termes de proximité.
    Bien souvent, lors des reportages, on peut s'apercevoir que le mental du patient ( et non de client) est un facteur important dans le processus de soins.

    Moi, si mon mari avait été hospitalisé loin du domicile, j'aurais eu bien des difficultés à aller lui rendre une petite visite quotidienne ! Visite courte qui était pour lui un moment de chaleur dans un univers médicalisé et angoissant du fait même de la maladie.

    Ce qu'il faut, de mon humble avis, c'est remettre à niveau les hôpitaux de proximité. Notre santé et celle des nôtres ne doit pas être au dessus de moyens, elle doit être une priorité.