27/07/2010 à 18h50

Pyrénées : « L'ours fait les frais de la politique politicienne »



Kolpa est relâchée dans les Pyrénées le 6 juin 1996 (Reuters).

Chantal Jouanno, la secrétaire d'Etat chargée de l'Ecologie, l'a annoncé, la population d'ours présente dans les Pyrénées sera « conservée, pas renforcée ». Mais contrairement à ce que prévoyait le programme initial, la mesure semble mécontenter tous les acteurs du dossier ours.

« On essaye de contenter les uns et les autres, l'ours fait les frais de la politique politicienne », s'insurge Jean-François Damstaedter, président de l'association environnementaliste Ferus.

Une insatisfaction qui fait suite à une longue attente : le premier programme de réintroduction s'est achevé le 31 décembre 2009 et depuis, pour cette année de la biodiversité, les associations écologiques renouvelaient leur demande d'urgence d'un plan global de restauration et de cohabitation de l'ours dans les Pyrénées.

Or selon eux, l'Etat n'est toujours pas à la hauteur et enterre à nouveau le Grenelle de l'environnement : attendue dans les Pyrénées depuis juin, Chantal Jouanno, la secrétaire d'Etat chargée de l'Ecologie, a finalement annoncé ce mardi à Toulouse qu'il n'y aura « pas de réintroductions massives » de l'ours brun dans les Pyrénées mais que « chaque ours mort accidentellement sera remplacé ».

Le gouvernement, soucieux de ne pas se heurter à l'hostilité des anti-ours, compte ainsi sur l'accroissement naturel pour atteindre une population viable dans le massif, soit cinquante spécimens. Seule une ourse sera donc lâchée en Béarn en 2011 afin de remplacer Franska, tuée par un automobiliste il y a trois ans.

Mais pour les écologistes, la population d'ours brun reste menacée d'extinction à moyen terme. En 2006, l'ONCFS (l'Office national de la chasse et de la faune sauvage) considérait qu'avec trois femelles, le noyau occidental pyrénéen avait une probabilité d'extinction de 24%. Aujourd'hui en 2010, il n'y a plus de femelles ourses dans cette zone.

Les défenseurs des ours : « Jouanno prône le laissez-faire »

Sceptique sur la pertinence du plan ours, le FIEP (Fonds d'intervention éco-pastoral) souhaite aussi mettre en lumière l'absence de volonté à protéger l'habitat de l'ours dans le discours de la secrétaire d'Etat. Jerôme Ouilhon regrette :

« Elle prône le laissez-faire mais nous avions demandé la mise en place de mesures visant a préserver les lieux de vie du plantigrade. »

En effet, écologistes ou non, de nombreuses voix s'élèvent aujourd'hui pour dénoncer l'hypocrisie des plans de réintroductions. Pour beaucoup, l'Etat devrait réfléchir en terme d'habitats, préserver le lieu de vie de l'ours et ainsi protéger indirectement les espèces endémiques pyrénéennes comme l'euprocte, le desman.

De loin le plus fréquenté des parcs français, le Parc national des Pyrénées accueille deux millions de visiteurs par an. A cet impact anthropique viennent s'ajouter les corridors de voitures qui montent jusqu'à la frontière franco-espagnole pour faire le plein d'alcool et de cigarettes, moins chères là-bas, et la ténacité du gouvernement à développer de nouveaux transports transpyrénéens.

« Le gouvernement tente juste de déminer le terrain »

Ironie du sort, Jouanno semble cependant aussi avoir mécontenté tous les acteurs en présence. Dans le camp des anti-ours, l'élu à la FNSEA Jean-Marc Prim ne cache pas sa rancœur :

« On est face à un manque de courage politique. Le gouvernement vit des moments difficiles, il tente juste de déminer le terrain. »

En cause, le plan de soutien à l'économie de montagne. Héliportage, gardiennage, formations, etc. Depuis une vingtaine d'années, la protection de l'ours s'était accompagnée de mesures d'aides à l'agropastoralisme. Si la réforme de la PAC menace la pérennité des aides à l'agriculture de montagne, à Toulouse, Chantal Jouanno n'a pas souhaité aborder la question.

Enfin, Joseph Paroix est figure du milieu. Berger et écrivain, il a poussé beaucoup de jeunes à la vocation. Alors que son troupeau a été plusieurs fois attaqué, il demeure pro-ours et considère le plantigrade comme un élément indissociable du patrimoine.

Selon lui, la situation est pire qu'avant, du fait des discours démagogiques et des conflits d'intérêts. Si l'Etat a réuni les acteurs du dossier dans le Groupe national ours, le plantigrade est devenu une pièce de l'échiquier politique, dont le député Jean Lassalle, notamment, sait parfaitement se jouer localement.

« Nous sommes colonisés, des citoyens de second rang. Notre avis ne compte pas », répond-il à Rue89, au travers d'un discours visant surtout à fédérer son électorat en opposition du nouveau plan ours du gouvernement.

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  • vermisseau
    • Posté à 18h54 le 27/07/2010

    le gros souci avec ce dossier ours, c'est que ça va être difficile de recréer un population génétiquement stable avec si peu d'individus. d'après mon prof de génétique de l'IUT, il faudrait pas moins de 60 ours au départ pour ensuite assurer une multiplication génétiquement diversifiée et éviter la consanguinité.

    Et 60 ours (au moins) dans les Pyrénées... adieu moutons ; )

  • Joan Basati
    Joan Basati
    charpentier
    • Posté à 19h57 le 27/07/2010
    • Internaute
      charpentier

    Bonjour à tous.
    Rue 89 à le mérite de ne pas tomber dans l'éternel débat pro contre anti ours. La question de l'habitat et de l'espace naturelle soulevé par le journaliste me parait essentielle. Les urbains (et les autres) veulent monter le plus haut possible avec leurs 4*4 dans l'espoir de voir l'ours. Certains prétendent même l'avoir vu. Comment faire face à cette contradiction.
    Ce qu'il manque dans les Pyrénées. Une vrai politique agricole durable et une vrai politique environnementale. On pourrait sauver les ours et la nature en général, mais aussi le pastoralisme et une économie agricole intégrée. 60 ours dans le massif n'est en rien synonyme de la disparition des troupeaux.
    Enfin, l'article ne tombe pas dans cette vision qui autorise l'ouvrier des grandes métropoles, salarié aux 35h, à donner des leçons à un berger qui travaille tout au long de l'année. La méconnaissance mutuelle est fréquente, elle donne trop souvent lieu à des discours caricaturaux. Nous sommes tous victimes de la démagogie des politiques. Pro ou anti ours.

  • Nounouche09
    Nounouche09
    paramédical
    • Posté à 20h04 le 27/07/2010
    • Internaute
      paramédical

    je constate que le gouvernement se désengage de la Convention de Berne en nous servant une mesurette OURs et des dés pipés côté LOUP ! ! ! !
    dans les pyrénées , on aura peut-être une ourse ...parce que les ours tués par les anti on ne les remplace pas ! ! ! Le problème, c'est que ce sont uniquement des femelles qui ont été tuées ! ! ! ! ! !
    on fera pas des oursons avec les mâles ....

    dans les alpes , un préfet autorise 8 bergers à procéder à 1 tir de défense ! ! ! ! chez moi 8 X 1 tir = 8 loups tués ! vous allez dire que c'est le quotat pour la France ...oui, mais les 5 autres départements vont réclamer leur droit à tir aussi ....pour ne pas faire de jaloux , que croyez-vous que Ste Chantal va faire avec la bénédiction du Chanoine de Latran ? ?
    je vais vous le dire :
    5 départements X 8 autorisations X 1 tir de défense = 40 loups tués en supplément ! ! !

    le problème , c'est que nous n'avons ni 40 ni 48 loups en France ! alors, combien d'ânes les fonctionnaires bénévoles des préfectures devront-ils abattre de nuit au phare et à la lunette pour ne pas avoir des balles surnuméraires !

    Attention, le manque d'âne pourrait bien mettre quelques touristes dans les lignes de mire ! HORTEFEUX ! ! ! ...Oups, pardon ! je voulais dire HALTE AU FEU, of course !

  • A.T.swey
    • Posté à 20h46 le 27/07/2010

    Je ne ferai aucun commentaire pour respecter la charte de Rue89, parce-que quand on s'attaque au droit de vivre des ours et des loups je deviens grossier....

  • Tyrian
    Tyrian répond à carsic
    • Posté à 21h16 le 27/07/2010

    Economiquement, c'est viable. Politiquement par contre... Le hic, c'est qu'on est prêt à sacrifier une espèce uniquement par choix politique...

  • nikodiem
    nikodiem répond à vermisseau
    plus conscient
    • Posté à 00h30 le 28/07/2010
    • Internaute
      plus conscient

    tout à fait d'accord avec l'histoire de la diversité génétique... mais c'est trop compliqué pour ces gens là, déjà que celle de leur mouton doit pas etre bien élevé...

    d'accord aussi avec les chiens errants, ya plus de 100 000 chiens errants dans les massifs montagneux en france. et ils doivent se nourrir ! un garde du parc du mercantour m'a dit une fois avoir vu un caniche tué un mouton adulte ! ! ! les loups et les ours sont les boucs-émissaire de la négligence des chiens abandonnés !
    Ca alimente les raccourcis et ces gens là, aux idées courtes, aiment bien les raccourcis, parce que c'est facile à comprendre ! ! !
    Les loups et les ours sont des vrais prédateurs, ils chassent, contrairement aux chiens, qui eux, essaient de chasser et font souvent courir les troupeaux, avec les catastrophes que ca peut avoir (chute de la moitié du troupeau dans un ravin par ex.). et quand on connait un poil ces animaux on le sait, mais non ,quand les bergers voient leur troupeaus en bas du ravin, on accuse le loup et l'ours, mais c'est souvent les chiens ! Quand un loup chasse et chope un mouton le reste du troupeau ne s'en rend presque pas compte.
    Une question importante c'est la présence de chiens de garde dans les troupeaux. les bergers ne veulent pas se taper l'élevage de chiens de garde comme cela se faisait avant.... mais ce que l'on ne dit pas, c'est les bergers vont de moins en moins avec leur betes dans la montagne, que le contexte économiques les poussent à avoir des troupeaux de mille ou deux milles moutons alors qu'avant ils géraient des troupeaux de 100 à 400 bêtes, ce qui n'est pas du tout la même chose au niveau de la garde par des chiens.
    Dans le Nord de l'italie de nombreux bergers ont su resté modeste, et conservent des troupeaux de petites tailles, gardés par des chiens de bergers, avec plus de 15 000 loups dans la région et il y a bien moins de polémique qu'en france !

  • blackbear
    • Posté à 04h28 le 28/07/2010
    • Internaute

    Evidément je ne peux qu'être solidaire du sort de mes cousins ours bruns. Je vais me faire traiter de corporatiste, de communautariste, mais c'est vrai, sans copine, pas de petits.

    Bizarre aussi qu'en Espagne pas trop de problêmes, pas trop en Italie non plus et avec les loups aussi. Il n'y a qu'en France ou en Suisse que ça frotte. Intérèts économiques, électoralistes, lobbies de chasseurs, mais aussi manque de respect pour la nature. Les moutonniers certes n'ont pas des conditions faciles, mais il faudrait peut être leur inculquer et leur rappeller un principe élémentaire. La nature n'appartient pas à des particuliers, à des assos, à des corporations mais à tout le monde. C'est un bien commun, aux pyrénéens comme aux parisiens, aux valaisans comme au genevois, pour simplifier. Les humains sont, parait-il doté d1 intelligence supérieure. Alors au boulot, trouvons une solution, elle doit exister, prenons exemple sur nos voisins. Des moutonniers heureux en voisinage avec des loups et des ours heureux et libres, avec un minimum de dégats. Ca coute un peu mais ça vaut la peine, et l'écotourisme serais certainement la voie à suivre.
    Mais que le premier pyrénéen ou valaisan me dise encore de la fermer, ou le dise à ceux qui croient que la nature est un bien commun, je propose cette solution. Si nous n'avons pas le droit de venir « faire la loi » sur vos territoires alors acceptez qu'on ne bouffe plus vos produits, qu'on ne boive plus vos pinards et qu'on ne vienne plus vous apporter des pèpettes via votre tourisme local, vu que nous ne sommes ni les bienvenus et sommés de la fermer.
    Et puis de l'agneau, de bonne qualité, on en trouve en Ecosse, en Irlande, du pré-salé breton ou normand, pas besoin du vôtre. Car c'est bien à ça, voué à la boucherie, qu'il sert votre gentil agneau adoré dont vous pleurez la mort atroce de chaque individu. Hypocrites va ! Grrrr !