Vie de bureau 25/07/2010 à 16h33

Stagiaire, j'ai dû évaluer un cadre comptable pour un cabinet

Zeninho | Salarié


Le mug « World best boss » (meileur patron du monde) (Doobybrain/Flickr).

Après un master en ressources humaines, j'ai décidé de réaliser une année de césure, pour acquérir de l'expérience à bas coût. J'étais conscient de la rémunération et des difficultés, mais ce sont les règles du jeu, aussi faussées soient-elles. Me voilà donc au sein d'un cabinet, et avec bien peu de connaissance du métier, je l'avoue.

Après deux petits mois, me voilà « autonome » et capable de mener une mission à bien. Et en face-à-face avec un cadre comptable, que j'étais présupposé évaluer, j'aurais aimé voir la tête de notre client s'il avait su qui effectuait réellement son recrutement.

Par chance, ou par compétence -je ne dénigre pas mon travail malgré tout–, cette mission a été une réussite. J'aurais parfois moins de chance par la suite.

Transmission de savoir ou main d'œuvre bon marché ?

C'est ce qui me conduit à m'attarder aujourd'hui sur la place prise par les stagiaires dans le monde des cabinets de recrutement et agences d'intérim. Comment se fait-il que certaines de ces entreprises fonctionnent avec près d'un tiers de leurs effectifs stagiaires (plus ou moins longue durée) ou contrats de professionnalisation, sans se cacher ?

Faire le travail d'un titulaire –pas toujours bien payé non plus par ailleurs– pour 400 euros par mois, cela ne semble choquer personne. La frontière entre la formation et la prise de poste semble de plus en plus ténue, et les recruteurs semblent trouver là de la main d'œuvre bon marché plutôt que d'avoir de véritable volonté de faire passer un savoir.

Bien entendu, il est agréable de se voir confier des responsabilités et d'indiquer de nouvelles compétences sur un CV. Mais sur les périodes de plus de six mois, c'est aussi renoncer aux avantages « légaux » (vacances, nombre d'heures hebdomadaire...) sans véritablement être légitime.

Des missions « hautes compétences » conduites par des étudiants

Alors que le recrutement est une fonction souvent décriée par les différents acteurs sur le marché, et qu'elle requiert une si grande expertise, comment comprendre qu'on laisse agir en toute autonomie un jeune en cours ou en fin d'études, bénéficiant de peu de formation pratique et d'un accompagnement lointain sur des missions aussi importantes ?

Comment également oser vendre une prestation de services supposant de hautes compétences, alors qu'elle sera en réalité menée à bien par un étudiant, qui fera le job le plus consciencieusement possible, mais avec une expertise limitée ?

Deux ans plus tard et quelques stages plus loin, les pratiques autour de moi sont restées les mêmes, et le métier est de plus en plus critiqué. Je suis devenu à force de pratique un salarié de ce monde, et me sens aujourd'hui légitime. De l'autre côté de la barrière, chez les clients, personne n'a jamais rien su de tout ça, bien évidemment.

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  • les_canards
    • Posté à 16h38 le 25/07/2010
    • Internaute

    Normalement, une entreprise qui fait appel à des cabinets vendant surtout de l'expertise (auditeurs, consultants en stratégie, chasseurs de têtes) se fait remettre le CV des employés qui travailleront sur sa mission avant de désigner le cabinet auquel elle aura recours.

    Ca répond déjà à la question : « Comment également oser vendre une prestation de services supposant de hautes compétences, alors qu'elle sera en réalité menée à bien par un étudiant, qui fera le job le plus consciencieusement possible, mais avec une expertise limitée ? »

    Parce qu'en échange, l'entreprise commanditaire paiera moins cher, et que ça lui va bien comme ça. [Ou alors que le responsable de l'appel d'offres n'a pas fait son boulot, et dans ce cas tant pis pour sa pomme].

  • Almaren
    Almaren répond à les_canards
    • Posté à 16h55 le 25/07/2010

    Les CVs que vous allez recevoir sont ceux des gens avec qui vous allez vous retrouver en contact, ceux qui seront visibles du client.
    Le directeur de projet et éventuellement les experts techniques.
    Et c'est eux qui justifie le prix que vous allez payer.

    Toutefois, c'est bien souvent un stagiaire qui fait en fait le boulot (voir c'est même parfois lui qui ira voir les membres de l'équipe cliente, le directeur de mission s'occupant de l'unique rdv avec la hiérarchie par exemple).

    Au final vous aurez payer pour une prestation complète avec un ou plusieurs haut-profils et vous aurez eu un stagiaire qui aura fait quasiment tout le travail.

    Parfois ca se pase bien, parfois ca se passe mal, ce qui est « malhonnète » c'est que vous prenez un expert pour vous garantir une expertise mais que vous n'avez pas forcement celle-ci donc la réussite de la mission n'est plus assurée.

  • Ratfucker-
    Ratfucker- répond à ralamaiche
    • Posté à 16h58 le 25/07/2010

    En abusant du recours au stagiaires, les cabinets de recrutement sont en train de flinguer leur propre emploi. C'est ce qui est advenu aux coiffeurs : à force de faire réaliser aux apprentis un travail d'ouvrier qualifié, il est apparu aux patrons que l'embauche de CDI ne s'imposait plus. Résultat, une fois parvenus à l'âge de la retraite : plus personne pour reprendre le fonds de commerce.

  • jbaptiste
    jbaptiste
    C'est une situation, consultant (...)
    • Posté à 19h22 le 25/07/2010
    • Internaute
      C'est une situation, consultant (...)

    J'ai vécu ça dans le pôle conseil SI d'une très grosse boite de conseil / Audit financier / Commissariat au compte :

    Stage de fin d'étude, sur un poste systématiquement attribué à un stagiaire, sans évidement de possibilité d'embauche (enfin, si, on m'a proposé un poste, à un salaire honteusement au dessous du marché.. la gloire du nom de la société aurait peut-être du me convaincre.)

    Accompagné par un consultant plus senior, nous avons été « conseiller » un dirigeant sur un projet d'informatisation / automatisation d'une usine.

    A mon niveau, je n'avais pas grand chose à proposer, mon senior pas tellement plus.
    Résultat des comptes : facturation à 1250 euros/jour, pour le senior, et 1250 euros/jour, pour le stagiaire -moi.
    Le client n'a jamais su mon statut, le projet n'a jamais abouti. (mais c'est une autre histoire - des histoires de copains qui proposent les services de leur boite-)
    (Pour la petite histoire, j'étais moi-même rémunéré près de 1000 euros, par mois.)

    Aujourd'hui, je suis toujours dans le conseil, et quand certains de mes clients recrutent eux-mêmes des stagiaires pour m'aider sur mes missions, je précise très clairement que ces stagiaires seront la pour :
    1 - apprendre
    2 - me filer des coups de mains dans mes études
    3 - en aucun cas produire (secteur informatique)

    Résultat :
    Les stagiaires :
    1 - produisent (on a pas assez de ressources, et plus de budget.)
    2 - me filent des coups de mains
    3 - apprennent, tant que je prend sur mon temps d'intervention pour leur transmettre des connaissances.
    Leur maître de stage est mon client, je ne suis que presta, le fonctionnement de nombreuses sociétés s'appuie sur des stagiaires, et les résultats sont souvent bons, pourquoi changer ?

    Le must étant les stagiaires suffisamment arrivistes pour tenter à tout prix d'être reconnus, et qui prennent des tas de responsabilités, travaillent jours et nuits, flattent ce qu'il y a à flatter, bref, en font des tonnes. Et finissent par être remplacés par leur successeur, stagiaire lui aussi, avec une tape dans le dos « bien bossé gamin ! » (Mais quelque part, ces sur-faisant, je les plaints moins, la leçon leur permettra peut-être de ne plus rayer le parquet lorsque salariés)

  • alyss
    • Posté à 19h39 le 25/07/2010

    Dans le recrutement ces pratiques sont courantes. Une de mes copines a fait un stage en 3ème année dans un cabinet où plus de 60% de l'effectif était stagiaire, et elle a fait son 1er recrutement au bout d'une semaine !

    Mais il n'y a pas que dans le recrutement ! J'ai fait une année de césure après ma maîtrise de gestion : un an de stage payé correctement (1100€/mois), à occuper un poste à temps plein et à bosser 45 à 50h/semaine.
    J'étais ravie jusqu'au jour où mon N+2 m'a demandé de un audit de l'équipe dans laquelle j'étais ! ! ! Je devais vérifier leur travail et chercher les raisons d'éventuels manques de performance... des gens qui avaient pour certains 20 ans de carrière...

    J'ai gentiment expliqué que je ne pouvais pas le faire, que je n'avais aucune légitimité et pas assez d'expérience dans le métier pour évaluer qui que ce soit. Mon chef a accepté sans broncher, puis m'a filé une mission pourrie.

  • mad
    mad répond à Cocodou
    • Posté à 21h57 le 25/07/2010

    Malheureusement, sans stage, pas d'embauches.
    C'est vrais dans ma branche, ou à moins de 18 mois de stages sur le cursus (5 ans en théorie), on n'obtient même pas d'entretiens.