Décryptage 21/07/2010 à 17h24

A la rentrée, un Houellebecq mais très peu de nouveaux auteurs

Clément Boileau | Etudiant en journalisme


A la prochaine rentrée littéraire, le nombre de premiers romans aura été quasiment divisé par deux (85) depuis 2004, baissant encore depuis l’an dernier (87). Pourtant, avec plus de 700 nouveautés, la rentrée est plus riche que l’an dernier.

D’où vient cette tendance à la baisse ? Le nombre de manuscrits reçus par les maisons d’édition, qu’elles soient petites ou grandes, n’a pourtant pas baissé d’un iota.

« On a quand même le Houellebecq qui arrive ! »

A titre d’exemple, Flammarion, qui ne publie aucun primo-arrivant français cette année, a reçu pas moins de 6 000 manuscrits. Pour l’éditeur Patrice Hoffmann, « il n’y avait pas de romans assez fort ». D’ailleurs, ne pas publier de nouveaux auteurs cette année tient selon lui d’une certaine éthique :

« Nous ne souhaitons pas jeter dans l’arène des auteurs dont on ne parlera pas. »

Et d’ajouter, un peu euphorique :

« Et puis, cette année, on a quand même le Houellebecq qui arrive ! »

Chez Robert Laffont, une résidence premier roman a été mise en place : il s’agit d’accompagner le texte d’un auteur de sa conception à sa finalisation, en passant par la mise en relation avec les différents acteurs du métier, explique Jean-François Gombert, éditeur chez Laffont.

« Mais nous ne l’avons pas fait cette année », indique le coauteur du remarqué « Le Dernier des Monterazzi » sorti en 2005 : « Cette résidence, c’est un peu un “work in progress” [en chantier] en fait... »

Les petites maisons font de la résistance

Les premiers romans français, on les cherche aussi du côté des petites maisons : Allia, dirigée par Gérard Berréby, a reçu près de 1 200 manuscrits cette année.

Généralement, Allia retient huit à dix projets, mais la maison se pose en marge de la rentrée littéraire : « La rentrée littéraire ? Ça m’est complètement égal ! », s’exclame le fondateur de la maison, qui se targue de « devoir, en tant qu’éditeur, publier des découvertes. » Et fustige, à demi-mots, les choix éditoriaux des grosses maisons :

« Les gens n’ont pas tort de penser, en ce qui concerne les nouveaux auteurs, que tout ceci se décide dans un même milieu... »

Et pourtant, même chez les petites maisons d’édition, les places sont rares pour les nouveaux auteurs français. Cette année, les éditions Liana Lévi publieront trois romans à la rentrée, dont un seul premier roman français : « Le Retour de Jim Lamar », de Lionel Salaün, qui s’annonce comme l’un des possibles rescapés des petits nouveaux lâchés dans la mare aux gros poissons.

Ici encore, « le nombre de manuscrits reçus est aussi élevé que les années précédentes, voire plus encore », déclare Liana Lévi, qui se dit surprise lorsqu’elle prend connaissance du petit nombre de premiers romans français publiés cette année.

« On ne peut pas ne pas avoir une pile de Nothomb »

Côté libraires, c’est un peu le même son de cloche que chez les petites maisons d’édition. Comme l’explique Didier Coviaux, responsable polars et jeunesse au Comptoir des mots, librairie du XXe arrondissement à Paris, eux préfèreraient mettre en rayon plus de découvertes, sous formes de coups de cœurs/coups de pouce. Mais il le concède :

« On ne peut pas ne pas avoir une pile de Nothomb. C’est une question de crédibilité. »

Quid de ces 85 premiers romans, dans la marée (noire, très noire) des 701 livres attendus d’ici septembre ? « A moins d’un gros coup de communication, il est bien rare qu’un premier roman fasse une percée », soupire Didier Coviaux.

Une analyse que partage Patrice Hoffmann chez Flammarion :

« Au fond, de combien de premiers romans français parlera-t-on cette année ? Deux ou trois, peut-être ? »

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  • Myna
    Myna
    Héroine ordinaire
    • Posté à 17h46 le 21/07/2010
    • Internaute 94861
      Héroine ordinaire

    « On ne peut pas ne pas avoir une pile de Nothomb. C’est une question de crédibilité. »

    Mais de quelle crédibilité parle-t-il ?

  • cécile r.
    • Posté à 17h48 le 21/07/2010
    • Internaute 8864

    Moi, je lirai « Dans la tête des autres », de Mano Gentil. Pas un premier roman, elle a déjà publié, mais pas avec la visibilité qu’elle mérite. Son « Photographe », chez Syros, était une perle. Je demande à lire « Dans la tête des autres » (fin août, chez Calmann Lévy).

  • damienl
    damienl
    Chercheur
    • Posté à 10h36 le 22/07/2010
    • Expert 101560
      Chercheur

    Je me demande :

    Pourquoi ce phénomène de rentrée littéraire ? Est-ce une spécificité franco-française (je n’en ai jamais entendu parler dans le monde anglo-saxon par exemple, où j’ai l’impression que les livres sortent au compte-goutte tout au long de l’année) ? Pourquoi est-ce réservé aux livres ? Il ne semble pas y avoir non plus de « rentrée cinématographique », les films sortent aussi tout au long de l’année.

    Un lien avec les prix littéraires, décernés en novembre ? Cela permet peut-être de ne devoir garder en stock les livres que jusqu’à ce que les prix ait été décernés et de pouvoir ensuite augmenter le tirage de ceux qui ont été primés ?

    Mais est-ce vraiment le mieux pour la littérature d’avoir tous les nouveaux romans en même temps ?