Votre porte-monnaie au rayon X 20/07/2010 à 15h08

Peter, magicien, 3 000 euros par mois

David Servenay | Ex-Rue89

Prestidigitateur pour enfants, Peter Din a accepté qu’Eco89 fasse disparaître son porte-monnaie au rayon X.


Il a beaucoup hésité à nous laisser regarder dans son porte-monnaie. Peut-être une certaine aversion pour le Net, dont il estime qu’il détruit le métier à petit feu :

« Le Web a un peu tué le secret de la magie, ce qui fait le ciment de la profession, la transmission orale des tours et du savoir-faire. »

En trois clics, tous les tours sont à portée de main. Les tours, oui, mais pas « l’émotion magique », celle qui fait le sel de toute disparition. Avec ses vingt ans de magie professionnelle, Peter Din a connu les belles (et riches) heures des croisières. En Méditerranée d’abord, puis sur les fleuves russes « après la chute du mur », lorsque les tour-opérateurs cherchaient à attirer une clientèle occidentale.

« J’étais très bien payé, logé en cabine luxe, tous frais payés sur les bateaux. Petit à petit, comme beaucoup d’artistes, j’ai été remplacé par les “au pair”, des amateurs qui travaillent gratuitement, en échange d’un ou deux voyages. »

Sa spécialité ? La magie pour les tout-petits et son univers symbolique.

« La magie n’a jamais été faite pour les enfants, car pour eux c’est normal. Si je fais apparaître un éléphant, l’enfant va me dire : “C’est normal, tu es magicien”. »


Peter Din, magicien, le 9 juillet à Paris (David Servenay/Rue89)

Depuis trois ans, il défend la profession comme président de la Fédération française des artistes prestidigitateurs (FFAP). 1 500 membres, dont une poignée de pros :

« Beaucoup sont amateurs, avec un autre métier à côté : danse, chant, comédie... Dans l’association, nous sommes 15 à 20% de professionnels, dont une vingtaine qui vivent très bien de leur métier, mais il faut beaucoup investir pour se maintenir. C’est un art populaire à part entière. »

Initiateur d’une équipe de France de magie, il a aussi voulu faire entrer la magie à Beaubourg, pour une rencontre avec l’art contemporain en 2011. Et en 2012, il laissera son poste au suivant, comme une disparition prévisible.

Revenus : 3 000 euros par mois

Sur sa déclaration de revenus pour l’année 2009, il affiche un confortable total de 36 237 euros, soit 3019,75 euros par mois. Un nombre qui masque une réalité plus contrastée.

Pour parvenir à cette somme, Peter Din a pu compter sur l’indemnisation régulière de son statut d’intermittent du spectacle. Lorsqu’il ne travaille pas, la caisse de congés spectacles compense son manque à gagner, à hauteur des cotisations versées les années précédentes.

Assedic du spectacle : 16 000 euros soit 1 330 euros par mois

« Ce n’est pas toutes les années comme ça. J’ai beaucoup cotisé avant et sans cet apport, je n’existe plus. »

Cachets d’artiste : un peu moins de 1 700 euros

Le reste, ses cachets d’artiste, se décomposent de la manière suivante :

  • 80% proviennent de spectacles réalisés pour des entreprises, des collectivités locales ou institutions diverses ;
  • 20% proviennent du théâtre et de professionnels du spectacle :

    « Mon spectacle actuel, au théâtre de l’Alambic Comédie, doit me rapporter environ 300 euros par mois. Ce n’est rien, mais c’est important en terme d’image, cela veut dire “j’existe à Paris”. »

Il touche aussi des droits d’auteurs (quelques centaines d’euros annuels) sur ses ouvrages de vulgarisation : « La Grande Magie des tout -petits » s’est vendu à 1 600 exemplaires. Le dernier, « L’Atelier de magie sans larmes », suit la même voie.

Dernier point noir, la concurrence des amateurs, en partie liée à la diffusion du savoir-faire magique sur Internet :

« Prenez les spectacles d’anniversaire chez les particuliers. Je facture 300 euros un après-midi, sur facture. Aujourd’hui, pour 80 à 100 euros, vous pouvez avoir un magicien au noir, non déclaré. Il n’a pas de formation, mais ce n’est pas grave, cela occupe les enfants. Beaucoup de jeunes font ça en ayant appris trois tours sur Internet. C’est simple, les anniversaires représentaient 40% de mon chiffre d’affaires il y a trois ans. Cette année, je n’en ai fait qu’un seul. »

Dépenses : 3 250 euros par mois

Pension alimentaire : 250 euros

Divorcé, notre prestidigitateur verse une pension alimentaire de 250 euros.

Prêt : 950 euros

Il rembourse tous les mois un prêt pour son pavillon en banlieue parisienne.

Voiture en leasing : 400 euros

Gaz : 100 euros

« Ça a beaucoup augmenté cette année. »

Electricité : 80 euros

Eau : 30 euros

Taxes foncière et d’habitation : 100 euros par mois

Impôt sur le revenu : 1 200 euros, soit 100 euros par mois

Nourriture : 200 euros

Vêtements : 400 euros

« Tous les trois mois, je dévalise les magasins pour m’acheter des costumes, surtout en ce moment où mon poids fait le yoyo. »

Livres : 100 euros

« J’en achète cinq à six par mois, plutôt des grands formats, à chaque fois que je passe dans une gare ou un aéroport. Je n’achète presque pas de DVD ou de musique, ça m’endort en voiture. »

Comédies musicales : 100 euros

« Je vais régulièrement à Londres passer un week-end où je vais voir quatre ou cinq comédies musicales à 70 euros la place. Plus l’hôtel et le reste, ça fait un bon budget. Sinon, je déteste partir en vacances, ça m’angoisse. »

Loisirs divers : 40 euros

Frais professionnels : 400 euros

Il dépense en réalité 500 euros mais 100 euros (forfait parking, téléphone, déplacements en province) sont remboursés par la FFAP chaque mois :

« Entre l’essence, les sorties au restaurant, le téléphone, le courrier... cela fait une sacrée somme. La Fédération française des artistes prestidigitateurs m’en rembourse une partie, mais pas tout. [...]

Depuis que j’occupe cette fonction de président, je suis clairement en déficit. Il a fallu que je ponctionne dans mon épargne pour assurer mon train de vie. C’est aussi pour cela que je quitterai la Fédération en 2012. »

A moins de multiplier les billets, comme d’autres les petits pains ?


Combien gagnez-vous ? Comment dépensez-vous ?

Contactez la rédaction pour participer à la rubrique « Votre porte-monnaie au rayon X », raconter comment vous gérez votre budget, présenter votre profession et votre parcours.

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  • cyel
    cyel
    Auteur à Noisy
    • Posté à 15h41 le 20/07/2010
    • Internaute 10395
      Auteur à Noisy

    Merci pour cet article instructif. 300 euros pour un après-midi anniversaire, ça paraît peut-être cher (je veux dire : je comprends que cela soit beaucoup pour une famille), mais ce n’est RIEN. 300 euros TTC, ça veut dire 240 euros HT, enlevez les charges sociales,, l’urssaf, les frais, l’amortissement du matériel... Il doit lui rester 100 euros. Reste à espérer qu’il n’ait pas dû faire 200 bornes aller-retour...

    Sinon, il y a une confusion entre les Assedic et les Congés spectacles : les congés spectacles sont versés une fois par an, théoriquement pour prendre des vacances (mais rien n’oblige à ne pas travailler pendant la période concernée). Ils correspondent à 10 % des rémunérations perçues dans l’année civile précédente.

    Ce sont bien les Assedic (enfin, désormais le Pôle Emploi) qui versent une indemnité compensant des jours non-travaillés, indemnité calculée en fonction de la rémunération perçue et du nombre de jours travaillés pendant une période donnée. Je confirme que, pour obtenir ce taux, il a dû bosser comme un malade l’année précédente.

  • dworkin_dambre
    dworkin_dambre
    etudiant
    • Posté à 15h49 le 20/07/2010
    • Internaute 110468
      etudiant

    Ah, toujours la haine envers les méchants « au pair » qui détruisent le métier de la magie, alors que la multiplication de ce genre de gens peut amener du renouveau au monde très fermé la magie...
    J’espère qu’un jour la FFAP acceptera l’idée que meme si ca risque de faire mal à la profession, c’est bien que des étudiant « amateur » mais doués, puissent aller « travailler » dans le monde de la magie.

  • magic78
    magic78
    Artiste
    • Posté à 10h32 le 21/07/2010
    • Internaute 120539
      Artiste

    Bonjour à toutes et à tous,

    Je me permets d’apporter quelques petites précisions au sujet de cet article dont je suis le sujet.

    Avant toutes choses je crois qu’il est important de ne pas faire d’amalgame entre la FFAP que je représente pour l’instant et ma vie personnelle, objet de cet article. Mes propos n’engagent donc que moi et ne sont en aucun cas le reflet, ni la position de notre Fédération.

    Je vois dans un commentaire sélectionné que l’on parle de haine envers les amateurs.

    Je m’inscrit en faux, ce n’est absolument pas ce que j’ai dit, ni ce que je défends. Je sais que les personnes qui me connaissent n’ont pas le moindre doute à ce sujet, mais je tiens à la préciser pour ceux qui pourraient le croire en lisant ce commentaire.

    Je ne dénonce que la concurrence déloyale et les pratiques en marge de la légalité, qu’elles soient pratiquées par un professionnel ou un occasionnel.

    Les amateurs ne sont absolument pas concernés d’ailleurs, car par définition ils ne reçoivent aucun salaire ou avantage financier, sinon ils deviennent occasionnels et soumis aux règles de la législation du travail.

    Pour ceux qui semblent être choqué par le complément de salaire que je reçois des assurances chômage. Savez-vous ce qu’est une assurance ?

    On cotise à une caisse d’assurance, afin de pouvoir « compenser » un problème éventuel. Il n’y a rien de choquant en soit. Je n’ai jamais entendu quelqu’un crier au scandale, pour le fait qu’un automobiliste accidenté se fasse rembourser les frais de réparation de son véhicule par son assureur ?

    Je sais que depuis quelques temps, on essaie de faire passer cette caisse d’assurance chômage pour la cause de tous les maux. Sans doute pour contribuer aux désirs de certains de priver les ouvriers de leurs droits, au profit des plus riches, qui souhaitent renforcer leur bénéfice. Mais je pense que si nos devancier ce sont battu pour défendre nos droits, avantages et protection. Il n’est pas judicieux de venir les battre en brèche nous même.

    Je pense que beaucoup ici se trompe de combat et de responsables.

    De plus comme toute assurance, on ne touche que ce que pour quoi l’on ai en mesure de cotiser. D’où mon soucis de toujours déclarer mes activités et par conséquent ma fragilité face à ceux qui ne le faisant pas, ce trouve en position de me concurrencer déloyalement.

    J’aime la concurrence, lorsqu’elle peut s’exprimer par le talent ou les compétences, pas par la recherche systématique du moins disant.

    Là aussi, la solidarité des salariés devraient s’exprimer, plutôt que de faire le jeu des destructeurs du tissus social et de ceux qui souhaitent voir disparaitre les avancées obtenues au fil des années par nos pères au nom d’un sacro saint libéralisme, qui n’est en fait que l’avidité du toujours plus et du « tout pour moi, rien pour les autres ».

    Ce n’est bien sur que vœux pieux, car le mal à mon sens est déjà fait et le ver est dans le fruit.

    Amicalement et magicalement
    Peter DIn