VOS REACTIONS 20/07/2010 à 19h08

Grenoble : si on parlait seulement d'une jeunesse « désœuvrée » ?

Grosdom | citoyenmoyensansprétentionaucune

J’habite Grenoble, à un pâté de maison du quartier de la Villeneuve où j’ai vécu vingt ans de ma vie. C’était l’occasion de voir ce que vous aviez écrit sur les violences du week-end dernier et de m’essayer aux commentaires. Je pensais que cela pouvait être l’occasion de participer à un débat d’idées de « haut vol », comme votre ligne éditoriale semble le laisser penser.

Mais je suis affligé. Là ou je m’attendais à voir un échange d’idées, je ne lis que des propos orduriers, racistes, voire des incitations au meurtre et à la haine raciale et j’en passe, sans rapport avec quoi que ce soit, laissés par une petite bande d’internautes dont le niveau intellectuel n’a rien à envier à celui d’une bactérie quelconque.

Arrêter de déresponsabiliser ces jeunes

Il faut dire que l’article de Laurent Mucchielli n’est pas d’une qualité à toute épreuve, loin de là. L’histoire et la genèse de la Villeneuve ne remontent pas simplement à la politique de la ville menée depuis 2003 ; il faut remonter bien plus loin, à la fin des années 70 et au début de l’exode de ceux qui ont « rêvé » ce quartier et qui se sont fait la malle dès les premières difficultés rencontrées.

Et si, pour une fois, on essayait de pas parler en termes d’origines, de problèmes d’immigration, si on essayait d’arrêter de stigmatiser une communauté ? Si on se contentait de parler d’une « jeunesse désœuvrée », peu importe sa couleur, sa religion, son origine ?

Si on essayait, tout en comprenant la difficulté de leur situation, d’arrêter de les déresponsabiliser ? Il faut leur faire comprendre que dans notre République, il y a des règles et des valeurs qui font que l’on ne peut pas mettre à feu et à sang un quartier parce qu’un des leurs a perdu au jeu auquel il a choisi de jouer, à savoir celui du grand banditisme.

Le grand banditisme, un choix de vie

Car lorsque l’on choisit cette voie, il n’est plus question de délinquance « sociétale ». Le grand banditisme est un choix de vie qui n’a plus rien à voir avec les problèmes inhérents aux banlieues, c’est un choix de carrière, une volonté intime de ne pas s’intégrer à la société.

Lorsque l’on décide d’enfiler un gilet pare-balles et de prendre un fusil d’assaut ou je ne sais quelle autre arme automatique pour aller braquer un casino, on n’est plus du tout dans le problème de « ces jeunes qui “tiennent les murs” et s’alcoolisent à longueur de soirée », on l’a dépassé. D’ailleurs, je précise que le jeune en question avait quand même 27 ans.

Non, je pense que l’on fait fausse route en essayant de comprendre et d’excuser un déclenchement qui n’a rien à voir avec celui de deux jeunes qui se tuent en scooter lors d’une poursuite avec la police, ou de ces deux autres morts électrocutés dans un transformateur EDF.

Un caprice, ni plus ni moins

Les 40 personnes qui ont mis le bordel pendant trois jours à la Villeneuve ne revendiquent rien : elles expriment juste une colère parce que l’un de leurs potes a perdu à un jeu. C’est un caprice, ni plus ni moins. C’est en cela que c’est grave et qu’effectivement, il y a urgence à agir contre le désœuvrement de cette jeunesse.

Cette jeunesse a besoin de modèles et de valeurs, je ne m’aventurerai pas à donner des solutions, je n’en ai pas dans mon chapeau. Mais ce dont je suis persuadé, c’est que l’on doit commencer par respecter cette jeunesse en arrêtant de systématiquement sortir le sujet de l’immigration quand surgit un problème de ce genre, surtout si c’est pour lire ce qu’on trouve dans les commentaires de vos internautes.

Ensuite, il faut respecter cette jeunesse en la responsabilisant, en la mettant face à ses choix et en arrêtant de la victimiser. C’est idiot, je sais, mais rien n’excuse que l’on brûle son quartier parce que l’un de vos potes a vraiment joué au con.

J’espère vraiment que Rue89 fera le ménage dans ses commentaires, ou tout du moins quelques rappels à l’ordre. Je vous laisse maître de vos choix. Mais je trouve qu’il y a une sorte de désœuvrement dans les évènements de Grenoble. Ou en tout cas que ce désœuvrement dépasse largement le cadre restreint des banlieues. Je trouve cela vraiment inquiétant. Pas vous ?

  • 7553 visites
  • 174 réactions
Vous devez être connecté pour commenter : or inscrivez-vous
  • admirateur-
    • Posté à 20h52 le 20/07/2010
    • Internaute 32111

    Merci pour cet article qui remet en perspective ; pour compléter et corroborer par un écrit de sociologue (bon je ris) :
    dans « Le Monde », un excellent article d’un sociologue humble

    Lien...

    Ceci dit je me pose une question sur la police et l’acceptation de méthodes qui ne sont guère républicaines (je me souviens de l’indignation qui a suivi « l’exécution » de mesrine) : est-il vraiment nécessaire, sauf à vouloir faire monter la pression pour satisfaire la fange lepéniste, sauf à chercher une exploitation politique des événements, de procéder à une interpellation immédiate (avec les risques qu’elle suppose). L’autre mort violente du week-end - celle du jeune gitan - procède du même principe.

  • A-A
    A-A
    En perdition (comme la planète)
    • Posté à 21h00 le 20/07/2010
    • Internaute 48720
      En perdition (comme la planète)

    « Les 40 personnes qui ont mis le bordel pendant trois jours à la Villeneuve ne revendiquent rien : elles expriment juste une colère parce que l’un de leurs potes a perdu à un jeu. C’est un caprice, ni plus ni moins. C’est en cela que c’est grave et qu’effectivement, il y a urgence à agir contre le désœuvrement de cette jeunesse.

    Cette jeunesse a besoin de modèles et de valeurs »

    les modèles et les valeurs, on les trouve à l’école, dans les livres ou via l’éducation de ses parents (entre autres)
    Mais une partie de cette jeunesse insulte et frappe les profs, brule les écoles et les bibliothèques
    Quant aux parents ..... bah quand leurs mômes font des conneries et qu’ils se font choper, ils leurs trouvent des excuses

    désolé, mais moi, mes parents m’ont appris à être responsable. Les quelques fois où j’ai fait le con et que je me suis fait attraper, mes parents m ont mis 2 tartes dans la gueule et m ont dit « c est bien fait pour toi, la prochaine fois, tu y réfléchiras à deux fois avant de faire le con » et il y avait tout une liste de privation associée (privé de sorties, d argent de poche, de sport, de vacances....)

    les valeurs, les modèles, il faut faire l’effort de les acquérir. Ça ne tombe pas tout cuit. Dans les cités, certains le font et y arrivent (et quittent rapidement la cité s’ils le peuvent)
    Quant aux autres, on ne va pas le faire pour eux......

  • nanabel
    nanabel
    1ère version
    • Posté à 10h45 le 21/07/2010
    • Internaute 97292
      1ère version

    Je pense qu’il y a différentes approches qui peuvent expliquer la situation actuelle des cités banlieues. En dehors de tout débat sur l’immigration, on parlait déjà dans les années 60 de cités dortoirs construites à la va vite où se développait une délinquance de jeunes désoeuvrés. A l’époque le coupable était la mère qui s’émancipait par le travail à l’usine. Je crois que chaque époque trouve son coupable à la délinquance. Mais trouver le coupable n’est pas résoudre le problème.

    Comment éviter le désoeuvrement des jeunes de banlieues pour réduire la délinquance ? Tous les sociologues, les urbanistes et les législateurs se cassent les dents sur cette question depuis toujours. La question n’est pas seulement culturelle ou ethnique, elle est aussi urbaine et architecturale. Entasser les gens les uns sur les autres dans un périmètre monochrome, déshumanisé, ne favorise pas le développement culturel des plus jeunes. Si vous ajoutez une concentration de population pauvre et sédentaire, vous optimisez un sentiment d’exclusion dans un univers triste, sans espoir d’amélioration et donc sans avenir pour sa jeunesse. C’est ce que chantait Renaud dans les années 80.

    Je reste persuadée que si l’on posait la question aux habitants de ces banlieues s’ils ne préfèreraient pas habiter ailleurs, la grande majorité d’entre eux demanderait à partir de suite. Je pense que la destruction pure et simple de ces aberrations architecturales et le relogement de ces populations dans des lieux plus conviviaux serait déjà une bonne mesure pour réduire le sentiment de ghettos urbains.

    Quant-à la délinquance, comme vous le dites, c’est un choix de vie qui prend sa source ni dans le milieu culturel, ni dans l’environnement, mais plutôt dans un contexte familial particulier et qui peut toucher toutes les catégories sociales.