polémique 19/07/2010 à 01h52

Peut-on danser à Auschwitz ? Une vidéo fait polémique

Pascal Riché | Redchef Rue89

L'artiste australienne Jane Korman a visité les camps de la mort en compagnie de son père de 89 ans, Adolek Kohn, survivant d'Auschwitz. Elle a réalisé sur place une vidéo joyeuse, « Dancing in Auschwitz », où l'on voit le vieil homme danser sur la musique de « I will survive » de Gloria Gaynor, en compagnie de ses petits-enfants portant l'étoile jaune ou des T-shirts « Survivor ». La famille se déhanche devant diverses installations du camp d'extermination, ainsi qu'à Dachau et dans le ghetto de Lodz. (Voir la vidéo)

Mise en ligne en janvier, la vidéo a récemment soulevé une vaste polémique, une partie de la communauté juive jugeant l'initiative de très mauvais goût, certains considérant que seul le silence pouvait s'accorder avec la commémoration de la Shoah.

L'artiste, pour sa part, ne regrette rien. « Je devais le faire », a expliqué à la BBC Jane Korman, qui évoque la difficulté qu'elle a eu à tourner ces danses devant ces bâtiments de la mort :

« C'était très bizarre et inconfortable, [...] je devais me calmer et dire aux autres : “Allez, il faut danser” ! »

Selon elle, les autres visiteurs étaient émus par ce spectacle et certains, à sa surprise, applaudissaient.

Son père, Adolek Kohn, dans cette même interview, se dit heureux d'avoir dansé à Auschwitz, où il a été enfermé pendant la guerre :

« Cela ne m'a pas posé de problème de danser, parce que je suis arrivé avec ma fille et mes cinq petits-enfants. Si quelqu'un m'avait dit, à l'époque, que je reviendrais soixante-deux ans plus tard avec mes petits-enfants, je l'aurais envoyé chez les fous. [...] Danser est important, parce que nous sommes vivants. »

Dérision et Shoah : des précédents

Traiter la Shoah et le nazisme par la dérision est un exercice glissant mais pas nouveau. Le cinéaste Mel Brooks s'y était déjà risqué, notamment dans son film « Les Producteurs » (1968), avec son célèbre ballet « Springtime for Hitler ». (Voir la vidéo)

Autre exemple, cet épisode de la série « Seinfeld » dans laquelle Jerry Seinfeld embrasse sa petite amie à pleine bouche pendant toute la durée du film « La Liste de Schindler ». (Voir la vidéo)

Enfin, particulièrement dérangeant et hilarant, cet épisode de « Curb your enthusiasm » (« Larry et son nombril », en VF) dans lequel un survivant de l'holocauste, lors d'un dîner, se lance dans un absurde concours de souffrances avec un participant d'une émission de téléréalité baptisée « Survivor ». (Voir la vidéo)

En Israël, rapporte l'agence AP, la vidéo de Jane Korman n'a soulevé aucun émoi, tant les Israéliens ont l'habitude de mêler humour et Shoah...

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  • Irfan
    • Posté à 02h37 le 19/07/2010
    • Internaute

    « Danser est important, parce que nous sommes vivants » : je ne vois pas trop en quoi certains veulent, 62 ans plus tard, discuter cette victoire à ce monsieur qui a assez souffert... On ne connaît que trop le silence, l'aphasie face aux génocides et notamment au génocide des juifs pendant la Seconde Guerre mondiale, et aux camps en général (Primo Levi, Semprun l'ont écrit très bien ; beaucoup de familles connaissent le problème individuellement). Si un pied de nez aux anciens bourreaux permet de s'exprimer, alors oui !

    Sinon, toutes les commémorations finissent dans la crainte et la douleur des petits-enfants ou arrière-petits-enfants des victimes. Et les bourreaux terrorisent toujours.

    Plusieurs documentaires montrent bien comment cela fonctionne en Israël, avec des voyages scolaires organisés en Pologne, plus ou moins obligatoires, pendant lesquels les élèves voyagent avec un militaire israélien « pour leur protection », on leur conseille de ne pas sortir après 22h, de parler le moins possible aux Polonais « qui ne les aiment pas », etc. Les adolescents qui ne pleurent pas dans les camps, qui ne se sentent pas dévastés (ce qui peut se comprendre : finalement seuls des bâtiments restent), se posent des questions sur leur propre humanité... Bel acte de terrorisme intellectuel.

  • Radiolo
    Radiolo
    célibataire
    • Posté à 06h41 le 19/07/2010
    • Internaute
      célibataire

    C'est une initiative de très mauvais goût, déplacée, la qualité du tournage est déplorable (pseudo « chorégraphie », images dignes d'un amateur que je ne peux attribuer à un artiste) Bref, je pense à une insulte à la mémoire des déportés.

  • A déménagé le 2 mai 2011
    • Posté à 06h52 le 19/07/2010

    Ouais, on sent qu'il est tard, ou qu'il est tôt, ou que c'est les vacances.
    Non pas à cause de l'article, qui lui interpelle sur le fait d'être joyeux de survivre, mais sur les commentaires... : (

    Pour en revenir au sujet de l'article, je trouve au contraire que c'est très sain. Oui, ce sont des endroits terrifiants. J'ai aussi visité, et j'ai eu du mal à dire quoi que ce soit après.

    Mais la danse, la fête, c'est la célébration de la vie. Et d'ailleurs, ce monsieur a connu l'enfer ; et il sait lui, alors que la plupart de ceux qui s'offusquent ne peuvent qu'imaginer.

    La réaction de l'être humain est justement de célébrer la vie après de grandes catastrophes. Combien de bébés sont nés neuf mois après des tremblements de terre, des inondations, des moments sanglants ?

    Danser, faire l'amour, exorcise le mal. Et c'est probablement ce qu'à voulu démontrer cette joyeuse famille. (le choix de cette chanson est d'ailleurs très explicite non ? Et elle est émouvante cette vidéo. Craquant le papé)

  • oyibo
    • Posté à 07h21 le 19/07/2010

    ce n'est qu'un coup de pub merdique, tous les « artistes » reve du gros buzz pour faire connaitre leurs conneries.
    c'est juste pathetique...

  • XavierB
    • Posté à 07h26 le 19/07/2010
    • Internaute

    Pour moi, c'est réussi, il y a de l'émotion qui se dégage, même si on en sort un peu triste.

  • Majesté
    Majesté
    Anti-tout (primaire)
    • Posté à 07h49 le 19/07/2010
    • Internaute
      Anti-tout (primaire)

    Je me demande de quel droit on juge cet homme. Lui, il a subi Auschwitz. Il appartient à Auschwitz, et Auschwitz lui appartient. Cela fait partie intégrante de son âme, et il a le droit d'exorciser ses démons à sa manière.

    Et nous, qui sommes nés après la guerre, quel est notre rapport à Auschwitz ? Quelle est notre légitimité dans ce débat ? Je trouve très fort que des gens qui ne connaissent rien de toute cette tragédie se permettent de faire la leçon à quelqu'un qui l'a vécue dans sa chair et dans son être.

    Le conformisme devient complètement fou.

    Imaginez seulement l'image que ses petits-enfants garderont de lui. Un grand-pére qui a visité l'enfer, qui y revient et qui dit à sa descendance : « voyez, ils ont essayé de me détruire, je suis toujours là, et je leur fais la nique. Je vis, je respire, je ris, et eux sont toujours prisonniers de leurs démons. »

    Les enfants des Trente Glorieuses, du rock, du twist, de la fureur de vivre, qui sont nés avec le cul dans le beurre, refusent à la génération précédente le droit de faire son deuil à sa manière.

    Ca valait bien la peine...

    Au fait, si danser à Auschwitz est une offense à ceux qui y sont morts, que faut-il penser des foules qui, à la Libération, ont dansé, hurlé de joie, fait l'amour avec frénésie ? Ont-elles fait insulte aux dizaines de millions de soldats morts pour que ce jour advienne, pour que revienne la joie de vivre ?

  • jmc06
    jmc06
    chasseur de gorille
    • Posté à 08h27 le 19/07/2010
    • Internaute
      chasseur de gorille

    L'artiste australienne Jane Korman

    enlève artiste, met l'écœurante australienne

    et encore il n'existe pas de qualificatif assez fort pour te nommer

  • Anastaze
    Anastaze
    profiteur-assisté et électeur
    • Posté à 08h41 le 19/07/2010
    • Internaute
      profiteur-assisté et électeur

    Il faut bien constater qu'avec le temps, une « sacralisation » de cette période s'est installée...

    ... et a compensé une banalisation de l'horreur.

    Se jouer de cette période est petit à petit devenu un sacrilège en même temps que son souvenir s'éloigne. C'est comme si les faits qui se sont déroulés étaient devenus à la fois supportables et incompréhensibles.

    ... et ils ont admis que de telles rencontres avaient pour origine la colère de Dieu excitée par les offenses des hommes envers lui ou par les pêchés commis en son culte...

    Spinoza - Éthique

  • kargols34
    kargols34
    educ
    • Posté à 10h26 le 19/07/2010
    • Internaute
      educ

    effectivement ca derange..... ! ! ! !
    C'est clair ! Mais c'est quoi qui derange ?

    Danser a dans un camp : ca craint

    Oui mais c'est celui qui a survecu qui danse, et la.......ca devient un pied de nez !

    Ensuite : est ce une perf ? Un buzz ? ou tout simplement un témoinage trans-generationel porté et réaliser par un survivant ?

    Je reste en question......, un peu a l'arret... C'est peu etre le but ?

    Marco

  • monat
    • Posté à 10h36 le 19/07/2010
    • Internaute

    Le but de cette vidéo ? ? ?

    En tout cas aucun rapport avec l'humour et la dérision des extraits qui suivent

    Par contre, et volontairement ou pas ne serait ce pas une forme
    de négationnisme.

    Faire ou tenter de faire le clown dans un lieu comme celui ci ! !

    Primo Levi ou est tu ? ?

  • Emilande
    • Posté à 10h55 le 19/07/2010

    Voir un monsieur de cet âge s'essayer à la danse avec ses petits enfants est déjà émouvant, mais quand on sait que c'est sur le lieu même où il a vécu des horreurs, n'est-ce pas une victoire ?