Peut-on danser à Auschwitz ? Une vidéo fait polémique
L'artiste australienne Jane Korman a visité les camps de la mort en compagnie de son père de 89 ans, Adolek Kohn, survivant d'Auschwitz. Elle a réalisé sur place une vidéo joyeuse, « Dancing in Auschwitz », où l'on voit le vieil homme danser sur la musique de « I will survive » de Gloria Gaynor, en compagnie de ses petits-enfants portant l'étoile jaune ou des T-shirts « Survivor ». La famille se déhanche devant diverses installations du camp d'extermination, ainsi qu'à Dachau et dans le ghetto de Lodz. (Voir la vidéo)
Mise en ligne en janvier, la vidéo a récemment soulevé une vaste polémique, une partie de la communauté juive jugeant l'initiative de très mauvais goût, certains considérant que seul le silence pouvait s'accorder avec la commémoration de la Shoah.
L'artiste, pour sa part, ne regrette rien. « Je devais le faire », a expliqué à la BBC Jane Korman, qui évoque la difficulté qu'elle a eu à tourner ces danses devant ces bâtiments de la mort :
« C'était très bizarre et inconfortable, [...] je devais me calmer et dire aux autres : “Allez, il faut danser” ! »
Selon elle, les autres visiteurs étaient émus par ce spectacle et certains, à sa surprise, applaudissaient.
Son père, Adolek Kohn, dans cette même interview, se dit heureux d'avoir dansé à Auschwitz, où il a été enfermé pendant la guerre :
« Cela ne m'a pas posé de problème de danser, parce que je suis arrivé avec ma fille et mes cinq petits-enfants. Si quelqu'un m'avait dit, à l'époque, que je reviendrais soixante-deux ans plus tard avec mes petits-enfants, je l'aurais envoyé chez les fous. [...] Danser est important, parce que nous sommes vivants. »
Dérision et Shoah : des précédents
Traiter la Shoah et le nazisme par la dérision est un exercice glissant mais pas nouveau. Le cinéaste Mel Brooks s'y était déjà risqué, notamment dans son film « Les Producteurs » (1968), avec son célèbre ballet « Springtime for Hitler ». (Voir la vidéo)
Autre exemple, cet épisode de la série « Seinfeld » dans laquelle Jerry Seinfeld embrasse sa petite amie à pleine bouche pendant toute la durée du film « La Liste de Schindler ». (Voir la vidéo)
Enfin, particulièrement dérangeant et hilarant, cet épisode de « Curb your enthusiasm » (« Larry et son nombril », en VF) dans lequel un survivant de l'holocauste, lors d'un dîner, se lance dans un absurde concours de souffrances avec un participant d'une émission de téléréalité baptisée « Survivor ». (Voir la vidéo)
En Israël, rapporte l'agence AP, la vidéo de Jane Korman n'a soulevé aucun émoi, tant les Israéliens ont l'habitude de mêler humour et Shoah...
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« Danser est important, parce que nous sommes vivants » : je ne vois pas trop en quoi certains veulent, 62 ans plus tard, discuter cette victoire à ce monsieur qui a assez souffert... On ne connaît que trop le silence, l'aphasie face aux génocides et notamment au génocide des juifs pendant la Seconde Guerre mondiale, et aux camps en général (Primo Levi, Semprun l'ont écrit très bien ; beaucoup de familles connaissent le problème individuellement). Si un pied de nez aux anciens bourreaux permet de s'exprimer, alors oui !
Sinon, toutes les commémorations finissent dans la crainte et la douleur des petits-enfants ou arrière-petits-enfants des victimes. Et les bourreaux terrorisent toujours.
Plusieurs documentaires montrent bien comment cela fonctionne en Israël, avec des voyages scolaires organisés en Pologne, plus ou moins obligatoires, pendant lesquels les élèves voyagent avec un militaire israélien « pour leur protection », on leur conseille de ne pas sortir après 22h, de parler le moins possible aux Polonais « qui ne les aiment pas », etc. Les adolescents qui ne pleurent pas dans les camps, qui ne se sentent pas dévastés (ce qui peut se comprendre : finalement seuls des bâtiments restent), se posent des questions sur leur propre humanité... Bel acte de terrorisme intellectuel.




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